‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 93 sur 158 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

ALAMANDUS.

dans les plus grandes affaires sont capables de surmonter les obstacles les plus forts. Cela demande des gens laborieux et détaches des plaisirs des sens , et intrépides. Donnons en latin le témoignage de la fermeté de Louis Alamandus contre la crainte de la peste : Neque illum preces , neque domesticorumfuncra,flectere potuerunt, ^olentem potiùs cum ^itœ periculo saluare concilium , quant cum periculo concilii sali^are vitam ; sciebal eniin , quoniam se recedente pauci remansusent ,facilèque committi fi aus in ejus absentid potuisset (ji).

(B) On le traita de fils de la gehenné.'] Dans une bulle donnée à Florence , l'an 1442 , on l'appelle iniquitatisfilium , rebellionumetj'acinorum multorum reum , et Ton y dit que les conciles de Ferrare et de Florence l'avaient condamné et dépouillé de toutes ses dignités : A Ferrariensi et Florentino conciliis damnatum et unii^ersis dignitatihus priratuntfuisse{3).

(C) Cependant tl ne laissa pas de mourir en odeur de sainteté. ] Cet exemple et celui de Pierre de Luxembourg, béatifié parla même bulle de Clément VII (^4) > «0°* "° P^". em^arrassans pour les controversistes du parti romain^ car enfin, si , selon leur prétention, tout homme qui n'est point uni au pape , est hors de l'Eglise , comment se peut-il faire que non-seulement on se soit sauvé dans les deux obédiences , mais qu'on y ait aussi mérité le grade de saint ? La meilleure réponse qu'on puisse faire est de dire , que la distinction du vrai pape et du faux pape étant au-dessus des forces des particuliers , et une pure question de fait , l'erreur était invincible , et par conséquent ne devait point préjudicier à ceux qui étaient dans la bonne foi quant à la question de droit. Mais gare les répliques et les conséquences qui naissent de là en faveur d'autres erreurs!

(D) Les jansénistes qui ont critiqué Raynaldus se sont exposes euxmêmes a la censure. ] Ils allèguent d'abord les injures dont ce continuateur de Baronius a chargé le cardinal d'Ar-

(2) Id. ibid.

(3) Vide Launoium, Epist. XI partis I, num. 45 , pag. 80.

(4) f^qjf s M. Claude , Défense Ae la Réfortnalion , ///«. parue , vers lajin.

les , et ils observent ensuite , qu't^ a esté contraint d'avouer en deux divers endroits, l'an 1426, n. 26 , et l'an i45o , «. 20 , que Dieu a fait reconnaître la sainteté de ce cardinal par des miracles si visibles et si bien attestez , que Clément f^H l'a mis au nombre des bienheureux,... (5). La manière dont cet autheur se tire de ce mauvais pas , continuent-ils , est touth-J'ait horrible, « et ne peut estre fon- « dée que sur une maxime très-pernij> cicuse , qui est que des gens coupa- « blés de crimes publics puissent deve- J) nir Saints , et estre reconnus pour j) Saints par l'Eglise, sans qu'ils ayent « donné aucun témoignage de se re- » pentir de leurs crimes , et que tou- » tes choses , au contraire , fassent » voir qu'ils y ont persévéré. Car si le » cardinal d'Arles a commis des cri- » mes , et a den estre estimé un très- « raeschant homme , en faisant tout » ce qu'il a fait dans le concile de » Basle , jamais homme n'a esté plus >) constant dans ses crimes ; puisque, » lors même que les pères du concile » de Basle , où il présidoit , se réuni- » rent à Nicolas V , ce ne fut point en )> reconnoissant en aucune sorte qu'ils M eussent mal fait , ny de résister à M Eugène, ny de le déposer, ny d'é- )> lire Amédée ; mais ce fut au con- » traire, en protestant qu'ils n'avoient )) rien fait que ' our le bien de l'E- » glise, et qu'ils . j s'unissoienl à Ni- :» colas V , qu'en l'élisant de nouveau , w après la cession volontaire de Félix : j> et l'union se fit sans qu'on les obli- )) geast à rien désavouer de tout ce » qu'ils avoient fait ; mais ce fut , au )j contraire , Nicolas V qui confirma )) ce qui avoit esté fait à Basle. De )> sorte que , si tout ce qu'a fait le » cardinal d'Arles dans le concile avoit M esté criminel , jamais homme n'au- )) roit témoigné plus d'opiniastreté » dans le crime. D'où il s'ensuit que , » si cela n'a pas erapesché qu'il ne » devinst Saint , il faudroit dire que « la persévérance dans les plus grands M crimes n'empesche pas qu'on ne soit

(5) Remarques sur le XV III*. lome des Annales Ecclésiastlque^ ,pag. 2i3. Ces Remarques sont imprimées avec un Recueil de diverses Pièces pour la défense des censures de la Faculté de Théologie de Paris, contre un bref et un«; bulle d'Alexandre VII. Je me sers de l'e'dition de Genève {on a mis au litre, à JVIunster , cheï Bernard Kaesfeld; en 1667 , in-&°.

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