ICHE
qui pouvaient lui rendre suspecte la conduite de son frère • et quelques-uns disent que , pour augmenter la division , on trouva moyen de lui faire dire que don Juan s'allait marier avec la reine Elisabeth (d). Disons, pour couper court , qu'Escovedo , secrétaire de don Juan , ayant été envoyé à Madrid par son maître, pour y solliciter les secours que l'on attendait depuis longtemps , y fut tué (E). Don Juan se crut alors en pleine disgrâce :
le chagrin de se voir sacrifié à la risée des ennemis , par l'impossibilité oii on le mettait de leur tenir tête (F) , lui causa une maladie dont il mourut le i*"". d'octobre l'^'jS (e). On a cru même qu'il fut empoisonné (G). Il recommanda bien au roi Philippe sa prétendue mère, et son préten • du frère Utérin , et ses domestiques ; mais il n'osa point lui faire parler de ses deux filles naturelles (/) (H).
On voit son éloge parmi ceux de plusieurs autres guerriers , dans un livre composé par Primo Damaschino , et imprimé à Rome, l'an i68o, sous le titre de La Spada d'Orione stellata nel Cielo di Marie. Mais si vous souhaitez de voir le détail des plaintes que l'on fit contre sa conduite , avec plusieurs de ses lettres interceptées , vous n'avez qu'à lire Sommier Discours des justes Causes et Raisons qui ont constrainct les Éstats-Généraulx
(d) Voyez la remarque (F).
(c) Majoribus in dies pressas angustiis ac dcsertus , iitipalàni querebatnr à rege, traditusque hoslium ludibrio , ingens aniini
speique princeps ex inœrorc conlabuit.
Strada, decad. T , lib. X , pag. 619.
{/) Tire' de Strada, au X'. livre de U f. décade.
596 AUTRICHE
des PaïS'Bas de pourvoir à leur détrompe. Il se crut d'abord fils de
j rr ^t^„ 7I o^,'».»oT,^ ^r>r, Madeleine Ulloa , et puis de Barbe
deffense contre le seigneur don B,^^b^,g, Qu,^^^ heureux, quelque
Jean d Austrice. C est un maru- vigilant quHl fût à découvrir les plus
feste très-curieux. Il fut impri- secrètes intrigues de l'ennemi, il ne
mé en Anvers, par Guillaume put jamais développer ce mystère do-
e> 1 . ■ • j • i'„„ mestique. Habet profecto undè minus
SjrlviUS, imprimeur du roi. Un ,^,1 de sud sagacltL placeat huma-
^^77" ' oyez aussi le maniieste numingeniumquandotantusprinceps,
que le prince Jean Casimir , atque intima quœque rel in hoste ricomte Palatin du Rhin, publia l'année suivante, pour justifier son expédition. Il le fit imprimer à Neustadt , en allemand et en latin. Il y a eu au XVIT. siècle un autre don Juan d'Autriche (I) , qui a paru dans le monde avec assez d'éclat. Il était fils
de Philippe IV, £t d'une corné- donne, née àNaples, l'an iSig J. ,J^f passa en Espagne , avec la prin
(A) Barbe Blomherg voulut bien passer pour sa mère. ] Famien Strada raconte que le cardinal de la Cueva lui avait révélé ce secret (i). Ce cardinal l'avait appris de l'infante Claire- Eugénie, à qui Philippe II, qui n'avait rien de caché pour elle , en avait fait confidence. Philippe II témoigna
mari solitus , demi suce , suorumque ignarus adeo i^ixerit obieritque, ut bis in maire deceptus, seinper aliénant coluerit , numquàm suam (3). Je m'étonne que le père Strada ne dise rien d'une troisième personne qui a passé pour la mère de don Juan. L'auteur d'une docte dissertation , qui fut imprimée l'an 1688 (4) , parle avec de grands éloges de Catherine de Car-
Elle
princesse de Salerne, sa cousine, l'an iSSg , et s'acquit de telle sorte , par sa vertu et par sa piété , l'estime de Philippe II , qu'il commanda à Ruy Gomez, prince d'Évoly, gouverneur de don Carlos et de don Juan , d'avoir soin de cette dame. Ruy Gomez la prit chez lui, et la trouvant d'une sagesse admirable , il la pria de se charger de la conduite -- J D -u de sa maison, et de partager avec lui
toujours devant le monde que Barbe l'éducation des deux princes. Elle s'ac- Bloinberg était la mère de don Juan; ^j^i^^ j^ ^gj^e ^^mr^e avec tout le
Eodemque loco habitam h Philippo rege scence pariter inseruiente (2).
Le sacrifice que cette dame voulut bien faire de sa propre réputation à celle d'une grande princesse n'est as à beaucoup près si considérale que l'on s'imagine : on se fait une honte de passer pour la maîtres-
soin imaginable. Don Juan l'honora toujours comme sa mère. L'auteur de la dissertation fait une remarque sur ce mot. // ne faut pas passer outre , dit-il (5) , sans justifier cette sainte d'une horrible calomnie par laquelle quelques-uns, abusant de ce mot, ont voulu faire croire quelle était la véri-
se d;un particulier 5 mais Combien y ^^^e mère de Jean d'Autriche. Stra a-t-il de dames qui se glorihent d etre les maîtresses des rois et des empereurs ! J'ai dit que ce sacrifice se faisait en faveur aune grande princesse 1 c'est Strada qui me l'apprend : Joannem Austriacum , non ex Barbara Blombergd, uti creditum ad eam diem , sed ex longé illustriori ac plané PRINCIPE feminâ procreatum : cujus utfamœ parceretur prœlentam fuisse aliam a Cnrolo Ccesare. Le même historien remarque que don Juan, trompé deux fois à sa mère, n'y fut jamais
da de Rosberg semble avoir donné lieu h cette supposition , lorsque , dans sa Généalogie de la maison d'Autriche, il marque la mère de ce prince sous le seul nom de Catherine. Mais la vie si chaste et si mortifiée qu'avait menée Catherine de Cardonne, dès son enfance, ne pouvuit pas permettre qu'on eût d'elle un tel soupçon. On ajoute plusieurs autres raisons à celle-là , peur justifier Catherine de Cardonne, et l'on finit la remarque par ces paroles :
(i) Strada, de Bello Beig', deead.
pag. 6a6.
(3) Idem y ibid'
(3) Idem , ibid. , pag. 627.
/, lib, X, (4) Dissertation sur l'bémiae de via et tur le livre de pain de saint Beooist.
(5) Pag. i86-
AUTRICHE. 597 Celait une autre personne plus illus- ta.... qu'au bout de deux ans. ] L'aptre ( qui était la mère de Jean d'Au- plication au principal est cause qu'un triche ), et que notre sainte (6) aifait historien ne s'aperçoit pas toujours même connue, comme remarque l'his- de ses erreurs de calcul. Voici Strada torien de sa uie , mais qui, pour de qui assure que don Juan naquit le 24 grandes considérations , n'a point été de février i545 j que son père mourut divulguée. Joignons à tout ceci un pas- le a i de septembre 1 558 j que Philipsage de M. Varilias. Le secret de la pe reconnut don Juan deux, ans après naissance de Jean d'Autriche , dit-il la mort de son père; qu'il le fit élever (7), n'a jamais été tout-a-Jait décou- avec don Carlos, son fils, et que ces fert ; et, soit que la qualité trop élevée deux princes n'avaient pas encore atde sa véritable mère exigeât toutes les teint leur quinzième année , annum précautions qui Jurent apportées , ou quartum decimum nondùni supergresque l'on eut eu plus de soin d'éviter le si. Si Strada avait bien compté, il auscandale que le péché , il est certain rait trouvé plus de quinze ans accomque Charles ne découvrit au'au seul plis. On ne peut pas dire que l'année Quichada quel était Jean d Autriche, 1 547 ^st celle de la naissance. J'avoue
et qu'il lui ordonna de le faire passer pour son fils, jusqu'à ce que Sa majesté Impériale apprît à Philippe II, en lui résignant ses états , qu'il avait un frère naturel. Cette retenue de M. Varilias est plus louable que la liberté que l'on s'est donnée dans la seconde édition du Ménagiana, de dire tout net et tout franc que don Jean d'Autriche est né de la propre sœur de son père. C'est à l'occasion d'une très-excellente parole de Charles-Quint. On prétend qu'il dit, en déchirant un injuste privilège qu'il avait signé : J'aime mieux gâter ma signature que ma conscience. Sur quoi l'on a fait cette glose dans la seconde édition du Ménagiana, pag. 4^2. P^oiia une conscience bien délicate, pour un homme qui a tant fourbe pendant toute sa vie , et qui , si l'on en croit la médisance , ne se faisait pas scrupule de coucher avec
que M. Moréri l'assure; mais ce ns peut pas être l'opinion de Strada, puisqu'en mettant la mort de don Juan au I*''. d'olobre iSyS, il lui donne trente-trois ans de vie. Il n'y a donc point faute d'impression au chiffre i545.
L'auteur de la Dissertation sur l'hémine (8) met la naissance de ce bâtard au 14 février 1.545, et la mort environ le i**^. octobre 1578, h l'armée près JVamur ; et il censure la Généalogie de la maison d'Autriche, qui le fait mourir à Bruges âgé de vingtcinq ans. Il censure aussi le père Strada d'avoir mis la mort de don Juan au mois de décembre j mais on lit en propres termes dans Strada , Kalendis octobris (9). M. Varilias n'est point croyable, quand il dit que Philippe H laissa couler onze ans sans exécuter les ordres de son père , et que Jean d'Autriche avait déjà vingt ans lors-
sa propre soeur , pendant que Barbe que Sa Majesté Catholique s'avisa de Blomberg servait de couverture à ce le' reconnaître pour frère (10). 11 aurait eu vingt-quatre ans, selon ce calcul. Souvenons-nous qu'il fut envoyé généralissime au royaume de Grenade , Tan 1569 (11). Il faudrait , selon M. Varilias , qu'on eût commencé par cette importante charge à le reconnaître pour le fils naturel de Cliarles- Quint. Ce serait bien mal connaître Philippe II , que de lui attribuer une conduite si précipitée.
(D) Il révéla le premier les machinations de don Carlos : il y avait trèspeu d'amitié entre ces deux jeunes
(8) Pag. 187.
(■9) Strada, decad. I , lib. X,pag. 611. (10) VariUa», Histoire de Frasçois I»'. , /iV- XIII , pag. 389.
(u) Mor«rii/it iS^o.
commerce infante, et se disait la mère de don Juan d^ Autriche.
(B) // fut transporté en Espagne avant l'âge d'un an. ] Brantôme fait un autre conte , que je rapporterai dans les remarques de l'article Blomberg , et qui ne doit pas être cru au préjudice du père Strada.
(C) Charles-Quint découvrit à Philippe II que don Juan était son fils , et lui recommanda de le reconnaître pour son frère ce qu'il n'exécu-
(6) C'est-à-dire, Catherine de Cordonne. Son Histoire est dans rHisloire générale des Carmes déchaussés, P*. part., lh\ V. fo/ei ia Dissertation sur l'bcmine , pag. 182.
(■7) Varilias , Histoire de François I". , liv. Xtll, pag. 5Sg.
AUTRICHE
princes. ] Rapportons une particularité (jui se trouve dans Brantôme. On dit que don Carlos « s'ëtant de'couvert î) de quelque chose d'importance à 3> don Jean , qu'il le révéla au roi M d'Espagne , dont il l'en aima tou- » jours davantage , mais mal reconnu » depuis : et don Carlos l'en haït si » bien , qu'ordinairement ils avaient »> dispute, jusque-là qu'il l'appela J> une fois bâtard , et fils de putain i » mais il lui répondit : Si , yo to soy, » masyo tengo padie mejor que vos ; » Oui , je le SUIS , mais j'ai un père 5) meilleur que uous : et ils en cuidèî) rent venir aux mains (12). »
(E) Escoi'edfi, son secrétaire, ayant
été envoyé a Madrid , y f'*^ tué. ]
M. le Laboureur dit qu'il avait lu des mémoires dressés par M. de Peiresc , qui font mourir Esco\>edo après son maître , et que M. du Vair , qui avait appris cette particularité dans une conversation J'amilière avec Antonio Perez, la conta à M, de Peiresc (i 3). Cela mérite d'être examiné. Nous ferons peut-être un article sur Escovedo * , dans lequel nous traiterons de ceci plus amplement , et nous verrons si ce fut avant ou après la mort de don Juan , que l'on sut à la cour d'Espagne les machinations que lui et le duc de Guise avaient tramées. Philippe II n'avait pas tout le tort que l'on s'imagine , et don Juan était capable, avec le temps , de lui susciter plus d'aflTaires que les Hollandais. Il ne valait guère mieux , par rapport à son souverain, que le duc de Guise. Mais il est vrai que l'humeur jalouse de Philippe , et sa mystérieuse politique , inspiraient le plus souvent , dans sa famille , ces pensées de rébellion.
Multi fallere docuerunt , dum tintent
Jalli , et aliis jus peccandi suspicandojecerunt (i4)-
(F) H se vit sacrifié a la risée des ennemis , par l'impossibilité oii on le mettait de leur tenir téle.J Voilà comment le roi d'Espagne , tout grand politique qu'il était , aimait mieux perdre les Pays-Bas que de ne point satisfaire les jalousies et autres pas-
(12) Brantôme, Vi«s des Capitaines étrangers, toin. Ifypag. 117,118.
(i;'i' Additions aux Mémoires de Castelaaii , toin. II y pa,;. 88g.
* Cet article n'existe pas.
(i4) Sentca , Kpisi. IM.
sions cachées qui lui rongeaient l'âme.
C'est à cela que les Hollandais sont autant ou plus redevables de leur liberté , qu'à leur bonne et sage conduite. Il y a peu de grandes affaires qui ne réussissent pour le moins autant par les fautes de l'un des partis, que par la prudence de l'autre. Il n'était pas malailé de faire donner dans le panneau Philippe 11, dès qu'on déterrait ses jalousies. Strada se figure que le prince d'Orange écrivit à un de ses amis, à Paris, le mariage de don Juan avec la reine d'Angleterre, et la promesse que le marié faisait de la liberté de conscience à ceux de la nouvelle religion ; qu'il écrivit , disje , cela tout exprès, afin d'augmenter les soupçons du roi Philippe : il crut que sa nouvelle ne manquerait pas d'être sue par l'ambassadeur d'Espagne. Quin ad hanc quoque suspicioneni régi confirniandam haud sanè dubitaverim aspexisse Orangium, scriptis ad amicum litteris in Galliam, quibus Joan. Austriaci atque Anglœ regince conjugium signijicabat, addebatque , pro sua in eam rem operâ, spem sibi ai) Auitriaco factam liberœ per Belgium religionis. Id, quod a Vargâ , Hispano apud Gallum oratore in arcana quœque intento, sollicité admonitumjerunt Phdippum regem (i5).
(G) On a cru .... qu'il fut empoisonné.'] Vous trouverez ici les paroles de Strada , et celles de Brantôme. Ex mœrore contabuit , dit Strada (i6) :
an vero ad hoc quo satis extingui potuit , venenum aliud cujusquarn dolo subjectumfuerit (namque in defuncti corpore extitisse non obscura veneni vestigia qjffîrmant qui viderunt) equidem nihil ipse staluerim. Ce pauvre piince, dit Brantôme (17), ne jouit pas longuement de celte belle gloire et louange ; car lui , qui avait tant cherché de mourir dans un camp rude de Mars , alla mourir dans un lit mou et tendre, comme si c'eut été quelque tnignon de f^énus, et non un fils de Mars. Il mourut de peste, quil avait prise de madame la marquise d'Avré , disait-on , de laquelle il était épris ; mais tout le monde ne dit pas cela , et
(i5) Strada , de Bello Belg. , dec. I, Ub. X , pag- (Ji8.
(16) Idem, ibid. , pag. 6ig.
(17) Brantôme, Vies des Capitaines éliaiigers^ png- i4o-
viême en Espagne ; car on tient qu'il mourut empoisonné par des bottines parfumées.
(H) // n'osa recommandera Philippe Il ses deux filles naturelles.'] Don Juan , le plus beau prince de son siècle , était d'ailleurs fort galant et fort civil. Jugez si ce ne fut point un homme à bonnes fortunes. Il eut une fille à Madrid , et une autre à Naples. Celle de Madrid s'appelait Anne , et avait pour mère une fille de la première qualité , et d'une beauté achevée : Ex Maria Mendozid splendidissimi generisj'ormœqueelegantissimœ puelld(\8).
La même dame qui avait élevé don Juan (19), éleva secrètement cette bâtarde , jusqu'à l'âge de sept ans ; après quoi elle la mit dans un cloître. Philippe II l'en tira, et la fit mener à Burgos , où elle devint supérieure perpétuelle de^ bénédictines. L'auti'e fille de don Juan s'appelait Jeanne :
elle avait pour mère une demoiselle de Sorrento , nommée Diane Phalanga ; et après avoir été élevée jusqu'à l'âge de sept ans chez Marguerite , duchesse de Parme, sœur de son père , elle fut mise chez les religieuses de sainte Claire à Naples, où ayant vécu vingt ans elle fut enfin mariée avec le prince de Butero. Ces deux filles de
AUTRICHE. 5g9
dans une même cour, en Espagne, ils se voyaient de trop près , et parce qu'ils étaient trop bons amis pour se dérober l'un à Vautre. Mais bien persuadé que la manijestalion d'un crime est un crime, il lui avait fait mystère, dit-il , de ses amours avec Diane (21)» C'est démentir Strada sans raison ni preuve, et c'est alléguer une raison de silence qui prouve trop.
(I) Ily a eu au Xf^H^. siècle un autre don Jd.an d'Autriche.] Il était fils naturel du roi d'Espagne Philippe IV , et il naquit l'an 1629 (ai). 11 fut légitimé l'an 1642, et il n'y eut personne qui fit sur cela à Philippe IV les complimens de congratulation avec autant d'empressement que le nonce apostolique Jacques Panzirole (23). L'amitié du roi pour cet enfant fut la plus tendre du monde. 11 le déclara son généralissime , tant par mer que par terre, dans la guerre contre le Portugal l'an 1642 j et quelques années après, il l'envoya en Italie contre les rebelles de Naples (24)- Cette dernière expédition , ayant été fort heureuse , porta le roi à donner au même don Juan la commission de réduire à leur devoir les Catalans révoltés. Il l'envoya ensuite commander dans le Pays-Bas. Cet emploi ne contribua
don Juan moururent presque le même pas beaucoup à la gloire de don Juan:
jour, au mois de février i63o. 11 les celle qu'il avait acquise en faisant le
avait fait élever si secrètement , qu'il ver le siège de Valenciennes s'éva
ne doutait pas que le roi n'ignorât tout le mystère : et il n'en avait jamais fait confidence au prince de Parme son grand ami , qui ne sut la chose à l'égard de l'une de ces bâtardes , que par le moyen de la duchesse sa mère, peu avant la mort de don Juan. Eas régi incompertas crederet ; quippe occulté adeo caulèque educatas , ut Alexander ipse secretorum ejus plané omnium particeps filiarum alleram ignoraret : alleram non ab Auslriuco sed h Margaritâ matre haud pridem nôsset (20). L'auteur de la Vie de ce pxince , imprimée à Amsterdam , en 1690 , veut que don Jean ail fait confidence a son cher neveu le prince Alexandre Farnèze de ses amours avec la belle Merutoce , et de sa fille Anne , parce que vivant alors
fiS) Slr.i<la, decad. I , lib. X,pag. C24. (u)) Catherine Ultoa , femme de don Louis Çiiixaila.
(20) Slrada, devad. I, lib. X, pag, 624.
nouit par la mauvaise fortune qui l'accompagna en d'autres endroits, et surtout par la perte de la bataille des Dunes , qui fut suivie bientôt de la perte de Dunkerqne. Il ne fut pas moins malheureux dans la guerre de Portugal , après la paix des Pyrénées ; car l'armée qu'il commandait fut entièrement défaite , et il tomba en disgrâce , et reçut ordre du roi son père de se retirer à Consuégra (25). Il n'eut aucune part au gonvernement après la mort de ce prince : toute l'autorité se trouva entre les mains de la reine mère et du jésuite Nidliard. On voulut l'éloigner, sous le spécieux prétexte de l'envoyer au Pays-Bas faire tête aux armées de France j mais il décoU'
(21) Vie de Jon Juan d'Autriche , pag. \!fi.
(22) Vita di don Giovanni d'Austria ,' pig. 4> e'dit. de Genève , en i(j86.
(23} Là même, pag. 7.
(24) Là même, pag. 87.
(aSj La même, pag. 284.
6oo
AZOTE
vritla ruse, et ne voulut point y al- raient un plus libre cours sous un 1er, et feignit d'être malade. La cour, maître qu'il ne ferait qu'imiter. Ce offensée de cette conduite , le fit reti- mane'ge lui réussit. Philippe IV , âgé rer à Consuégra (26). Il ne s'oublia de seize ans , monta sur le trône en point dans cette retraite , et il mena- 1621 , et laissa le soin des aflTaires au gea si bien les dispositions des esprits comte-duc d'Olivarez, qui n'oublia à qui la faveur du père Nidhard était rien pour faire durer l'oisiveté de ceodieuse , qu'enfin ce jésuite fut obligé monarque. 11 inventa de nouveaux de céder. Il sortit d'Espagne pour al- plaisirs , il fit venir à Madrid la plus 1er à Rome , et depuis ce temps-là les excellente troupe de comédiens qui affaires de don Juan allèrent mieux , se pût former en Espagne. Elle joua jusqu'à ce qu'enfin il fut rappelé à la devant le roi , l'an 1627. Il s'y trouva cour (27), et qu'il y eut la direction une comédienne qui s'appelait la Calprincipale du gouvernement. Il mou- derona , qui lui plut beaucoup. Elle rut le 17 de septembre 1679, après n'était pas fort belle , mais elle avait une maladie de vingt-trois jours (28). des gentillesses et des agrémens in- II y eut des gens qui dirent qu'on l'a- comparables, et une voix charmante, vait empoisonné : J^i sono persone , Le roi ne l'eut pas plus tôt vue sur le che assicurano che fosse un colpo uS' théâtre , qu'il en fut épris , et il orcito dalla mano délia Reg. Mad. e del donna qu'on la fît venir dans sa cardinal JVitardi , coll' assistenza de' chambre : il ne voulait , disait-il , que suoi partigiani (29). D'autres ont dit l'entendre parler de plus près. Aussiqu'il conçut tant de chagrin du ma- tôt que le comte-duc eut appris cette riage du roi avec la fille de M. le duc nouvelle , il ménagea l'entrevue , et d'Orléans , qu'il en mourut ; et néan- fît introduire de nuit la comédienne moins , selon l'opinion publique , il dans la chambre de sa majesté. Elle avait été le principal promoteur de ce n'en partit que le lendemain , et laismariage (3o). Je me souviens d'avoir sa le prince si amoureux d'elle, qu'il lu dans quelque gazette de l'an 1678 , la déclara sa favorite. Elle n'était âgée que le marquis d'Agropoli , soupçonné que de seize ans. Depuis ce temps-là , d'avoir fait une comédie contre don les entrevues furent fréquentes , elle Juan , fut relégué à Oran. devint grosse , et accoucha de notre
(K) Jils de Philippe Ip^ et don Juan. Mais, après les couches ,
d'une comédienne.'] Tout le monde elle rompit ce commerce (3i) , et sait que Philippe IV fut fort adonné s'enferma dans un couvent , et y prit à l'amour des femmes. Il fit paraître l'habit de religieuse , avec la bénéde très bonne heure cette inclination, diction du nonce du pape (32). et il eut un gouverneur, qui , bien ^3^^ ^^^ ^^„^ ^^. ,^ Calderona accopiarci
pih col rè. Vita di don Giovanni d'ÂusIria , pag. 5.
(32) Jean-Baptiste Pamphile, qui depuis fut le pape Innocent X. Tiré de la Vita di don Giovanni d'Austria , pag. 2 et suivantes.
AZOTE , en latin Azotus , ville cle la Palestine , proche de la mer , l'une des cinq satrapies des Philistins (a). C'était là qu'ils tat , et il prévit bien qu'il les pour- gardaient la principale de leurs rait exercer avec beaucoup plus d'au- .^^j^^ ,-jg nommaient Daffon , tonte , si le monarque menait une vie l \ , ^ i ■ j I
voluptueuse et efléminée ; et que laquelle tomba et se brisa devant d'ailleurs ses propres débauches au- l'arche , qu'ils avaient prise sur
les Juifs , et qu'ils avaient mise dans le temple de cette idole (b).
loin de le soutenir dans un chemin si glissant , contribua à sa chute. C'était le comte d'Olivarez : il était sujet lui aussi à cette passion ; et tant à cause de cela , que pour s'assurer davantage de l'administration des affaires , il fomenta le tempérament impur de son jeune prince. Il espéra que sous le règne de son élève , il aurait les plus grandes charges de l'é
(a6) Là mime^pag. 388.
(27) Sur la fin de Van 1676.
(28) Vita di don Giov. d'Austria, pag. 628. (2f)) Là même, pag. Csg.
(3o) yojez les Nouvelles de la République des Lettres , juillet 1686 , pag. 827.
{a) Josué , chap. XIII , vs. 3 , où la fersion de Genève la nomme Asçdod.
{b) /«^ liyre de Samuel , c/wp. V.
AZOTE
Il ne paraît pas que les Juifs riens , et avec les Phéniciens , les aient subjugué cette place avant deux principales nations , selon le règne d'Hosias roi de Juda (c) lui , qui occupassent la Syrie (i). (A). Elle leur fut prise par Tar- Etienne de Bysance prétend que tan , général d'armée de Sargon le fondateur d'Azote était un de roi d'Assyrie , comme nous l'ap- ces fugitifs qui de la mer Rouge prend Ésaïe (rf), qui vivait en ce se transportèrent en Palestine , temps-là. Elle fut assiégée quel- et qu'il donna le nom de sa femque temps après par Psammiti- me à la ville qu'il bâtit. Ce nom chus roi d'Egypte , et ce fut un signifiait une chèvre. M. Bochart des plus longs sièges dont on ait a rejeté tout cela (A). Saint Jéjamais ouï parler; car on fut rôme dit que de son temps Azote vingt-neuf ans devant cette pla— était encore une ville considérace , avant que de la prendre (e). ble (C). Il est apparent qu'elle fut ruinée par les Égyptiens, vu que le prophète Jérémie n'en parle que comme d'un reste de ville (f).
Elle était considérable lors de la guerre des Machabées : ce ne fut pas le moindre exploit de Jonathan , que la prise de cette ville.
Les ennemis qu'il avait battus s'y retirèrent, et s'enfermèrent au temple de Dagon. Il y fit mettre le feu , de sorte qu'ils y périrent dans les mêmes flammes qui consumèrent le temple et la ville (g*). Nous lisons dans les Actes des apôtres que saint Philippe ayant baptisé l'eunuque de la reine Candace , fut ravi par l'esprit du Seigneur , et se retrouva à Azote (B). Les auteurs profanes ont parlé de ce lieu-là comme de la ville marchande des Arabes (h) : et il faut bien que ses habitans fissent figure , puisque Strabon les a mis dans la liste des quatre peuples qui étaient mêlés avec les Célosy-
(c) W. livre des Chroniq., chap. XXFI , fS.6.
(d) Chap, XX , i>s. i.
(e) Herodot. , lib. II, cap. CLFII.
(y) Jérém., chap. XXV , vs 20.
(g) /""■. livre des MacUab. , chap, X, fS. 83 et suivons.
(A; Ponip. Mêla , lit). I, cap. X.
(i) Sfrabo , lib. XKI , pag. 5l5. Voyez aussi pag-. 522.
(Â) Bocliart. , Geograph. sacra , lib. II , cap. XII.
(A) // ne paraît pas que les Juifs l'aient subjugée auant le règne d'Hosias.^ Cherchez tant qu'il vous plaiia dans les chapitres XI et XV du livre de Josué, où Si. Morëri nous renvoie, vous n'y trouverez pas que Josué ait conqilîs la ville d'Azote. Il n'est pas plus vrai que ceux de la tribu de Juda l'aient conquise au temps des juges :
l'auteur qui le dit , et qui cite le P''. chapitre du livre des Juges (i) , n'a pas raison de le faire. Ce qui a trompe' , ou M. Morëri , ou l'auteur qu'il a suivi , est qu'au chapitre XV de Josuë , l'on voit cette ville dans le partage de la tribu de Juda. Mais il fallait prendre garde que l'on mettait dans ces partages ce qui ëtait dëjà subjugué , et ce qui le serait un jour. Il paraît manifestement par le III*.
chapitre des Juges , que les cinq gouvernemens des Philistins , et Azote par conséquent , ne furent point subjugués par Josuë. Dieu lui-même, lorsqu'il représente que ce conquérant ëtait trop vieux pour achever cette guerre, met entre les pays qui restaient à subjuguer, ces mêmes cinq gouvernemens (a). Cela nous indique une autre faute de Morëri. Josué , dit-il, la soumit premièrement aux Hébreux, uers l'an 2586 du monde , et elle fut depuis une des cinq satrapies des Phi-
(i) ChrUlopb. Heidmannas , in Palxstinâ, pag. ç)o.
(ij Jusur, XIII, vs. i.
AZOTE
listins. Ne l'ëtait-elle pas avant Josué , par le témoignage de Dieu même ?
(B) Se retrouva a Azote (3) .] M. Move'ri prétend que ce fut dans cette ^ille que saint Pliilippe fut ravi. S'il avait lu le chapitre VIII des Actes qu'il cite , il n'eût pas osé dire cela.
(C) Saint Jérôme dit que de son temps Azote était encore une ville considérable (4)] Voici ses paroles :
Usque hodiè insigne oppidum. Palœs-
(3) Actes des Apôtres, chap. VIII , vs. 4o.
(4) Hieronym , de Locis bebraïc.
tinœ. M. Baudrand veut qu'ayant été anciennement une ville épiscopale , sous l'archevêché de Césarée , elle était ensuite devenue un simple municipium au temps de saint Jérôme :
Olim episcopalis sub archiepiscopo cœsariensi , pnstea municipium tempore sancli Hiernnymi (5). Il me permettra de lui dire que son ordre paraît renversé. D'où serait venue la ruine de l'épiscopat d'Azote entre le temps de l'érection , et le siècle de ce saint ?
(5) Baudrand. , Lexicon Geographicum.