ROY
J'ai observé que l'esprit ne marqua elle y eût passé tout le reste de se* pas bien le temps, et Ton m'avoue jours sans voir l'effet de la prédicqu'il ne marqua aucun temps. Que tion ; car elle est morte quinze ans puis-jc souhaiter davantage ? N'est-il avant le bombardement de Bruxelles, pas visible que quiconque omet de Elle s'étonna donc sans nécessité , elle marquer le temps - ne le marque ni déménagea par une terreur panique, bien ni mal, et qu ainsi l'on peut as- N'allez pas vous imaginer que j acsurer qu'il ne l'a pas bien marqué ? corde à son défenseur que Uévéne- Ma proposition est donc vraie , et il ment a vérifié avec évidence (i3) la sera certain en tout cas que la demoi- révélation visuelle dont il parle. Le selle Bon ri gnon tira une fausse con- bombardement de Bruxelles ne doit séquence de ce qui lui avait été révé- pas être plutôt lié avec la vision de lé visuellement. Elle en conclut que cette fille qu'avec les songes des aula ville de Bruxelles périrait bientôt très gens. Je ne pense pas qu'on m'ose par le feu ; car elle jugea que la per- nier qu'il n'y a presque personnoqui mission d'y demeurer ne lui servirait ne voie quelquefois en songe l'embra- , «me pour peu de temps ; elle le jugea, sèment d'une ville. Quand on songe dis-je , à cause de cette révélation que le feu prend à quelque maison , visuelle dont on nous parle. Le parti c est pour rordinaire à celle qui nous qu'elle prit , de se retirer d'une ville appartient : si l'on songe cju'une ville qu'elle croyait à la veille d'être brû- est submergée, ou engloutie des flamlée, fut sans doute celui qu'elle eût mes , c'est ordinairement la ville qui conseillé à tous ceux qui auraient nous est la plus connue , celle de novoulu dépendre de sa direction ; elle tre naissance , ou de notre résidence, l'eût donc conseillé à tous les habi- J'ose donc dire , et je ne crains pas tans de Bruxelles , s'ils eussent été ses que ceux qui font attention à leurs disciples. Jugez, je vous prie , dans songes m'accusent de témérité , que quelles illusions on se fût précipité si plusieurs bourgeois de Bruxelles ont l'on eût voulu se conduire par ses cru en dormant voirie feu aux quatre conseils ? Un très-grand nombre de coins de la ville , et qu'il y en a en
Sersonnes qui n'avaient à vivre que même qui ont cru voir qu'on labom ix, douze , quinze, ou vingt années, bardait ( i4). Faudra-t-il prendre ce eussent quitté leur patrie , afin de ne la pour des songes prophétiques ? Les pas périr dans un feu qui devait tom- visions de cette nature dans la tête ber au bout de vingt-neuf ans. Elles des dévots sont plus suspectes que se seraient laissé mener par de fausses dans la tête d'un mondain ; car les prophéties ; car une révélation qui dévots s'imaginent en veillant que la serait exempte de fausseté en elle- corruption qu'ils voient dans les granmême, parce qu'elle n'aurait fait que des villes attirera le feu du ciel. Or représenter des: images, devient fausse on voit pour l'ordinaire, en dormant, et trompeuse dès qu'on l'apnlique à ce à quoi l'on a pensé en veillant (i 5). des temps ou à des lieux qui ne lui Je laisse à dire que selon la prophétie conviennent pas. L'esnrit révélateur d'Antoinette Bourignon Bruxelles dene trompera point , si vous voulez ; Vait périr parle feu. Chacun voit que mais la personne à qui il se commu- cela désigne une destruction totale , nique ne laissera pas de tromper par ceci n'est point donc le bombardeses fausses applications ; et ainsi l'a- ment de l'an 1695. Il n'a point fait pologiste d'Antoinette Bourignon périr cette ville-là : plusieurs mainous fournit sans j penser de quoi sons seulement furent ruinées ou enconclure qu'elle a été sur c* point-ci dommagées. Elle fut plus belle et une fausse prophétessc. 11 vaudrait plus magnifique très-peu d'année': mieux n'avoir nulle part aux ré- après, et leshabitans se soucièrent vélations , que de recevoir des prophéties que l'on n'entend pas et que (l3) Lettre umcW les Auteurs mystique, .
l'on explique si mal, que 1 on s'en ça- i>ag. 114.
ge à des démarches inutiles , et à ues (»4) Depuis surtout que les gatettes variaient
précautions mal fondées Si cette fille " sowv"t det villes <iui waient etr'
se fût tenue en repos dans le lieu J^Jj^ef T îw* f to,ttIxrras^
, „ 1 , . «. remarque (G) de l article du second Loticiic*
qu elle croyait menace d un incendie, (Pierre).
si peu du ravage que firent les bombes , qu'ils disaient tout haut dans le chagrin que leur donnaient les nouvelles de l'avancement du traite de la paix de Ryswick , qu'ils aimeraient mieux être bombardés trois ou quatre fois , que de voir finir une guerre qui faisait rouler l'argent parmi eux avec tant de profusion,
La meilleure chose que l'anonyme ait avance'e est l'exemple de la prédiction des apôtres touchant le dernier avènement du fils de Dieu. Ils l'annonçaient comme prochain (16) , et cependant dix-sept siècles se sont écoulés sans que l'on ait vu l'accomplissement de leur dénonciation. On peut \oir dans les Commentaires sur l'Écrituro la solution de cette difficulté. Je me contente de dire que cela n'a jamais paru une valable raison pour justifier ceux qui , dans la suite des temps, ont prédit des choses cjui ne sont pas arrivées. On s'est toujours cru en droit de les appeler faux
Î>rophètes , ou faux interprètes de 'Apocalypse. Pourquoi scrais-je lé seul qui ne pourrais pas me servir d'un pareil raisonnement pour réfuter ceux qui se mêlent de prédire ?
On sait bien que ceux qui se trouvent engagés à faire valoir les nouveaux prophètes répondent aux objections , comme fait ici notre anonyme ,,aux dépens des vrais prophètes de l'Ecriture, On se souvient encore des pastorales de celui dont il parlait quel-
3 ues pages auparavant. Qui a érigé, it-il (17), en inspirés , je ne sais combien de grands et de petits prophètes imaginaires , et qui attend encore le rétablissement de son parti en France par voie d'inspiration. 11 avait beau chercher dans la conduite des
[>rophètesdu Vieux Testament ce que 'on considérait comme des marques défausse prophétie dans les prétendus inspirés de Dauphiné , les gcus sages et pieux n'ont pas laissé de conclure contre ces gens-là ce que la droite raison pouvait inférer de ces marques : et dès que le temps qu'il avait cote pour sa délivrance a été fini, ils ont soutenu que ses interprétations prophétiques étaient faus-
(id) Car ils exhortaient à s'y tenir prêts les JUIèlrs à qui ils parlaient.
(17) Lettre touchant les Auteur» mystique», pag. 108.
ses. Ils n'ont pas craint qu'on leur objectât l'exemple de la prédiction du second avènement de Jésus-Christ , que l'anonyme m'allègue. Je m'appuie sur le procédé de ces messieurs , qui a été celui de tous les plus graves théologiens toutes les fois qu'il s'est élevé des fanatiques que l'événement convainquait de fausseté.
Il faut répondre à une autre plainte de l'apolociste de mademoiselle Bourignon. Il dit qu'il semble que je trouve un ragodt singulier a la satiriserr et il s'étend fort là-dessus. Il ajoute que je renvoie souvent mes lecteurs à un libelle de M. de Seckendorf , et il cite un long passage de M. Thomasius , professeur à Hall , qui montre ue M. de Seckendorf était aveuglé e passion en écrivant contre cette demoiselle. Je réponds en peu de mots , i°. que çour m'imputer cette
}>r étendue envie de la saliriser , il aut être de ces gens qui se laissent
1>révenir d'une admiration infatuante.
Extasiés des perfections qu'ils croient voir en une certaine personne , ils n'y peuvent découvrir aucun défaut, ils en consacrent toutes les actions , et ils se mettent fort en colère contre ceux qui usent de quelque discernement, et qui osent faire voir le faible de cette personne. Je n'ai rien dit qui puisse donner atteinte à la chasteté , ni au zèle d'Antoinette Bourignon ; j'ai fait l'abrégé de sa vie nûment et simplement , et j'ai renvoyé mes lecteurs à un mémoire qui m'avait été communiqué par M. Poiret , et que notre anonyme regard e comme très-avantageux à la demoiselle. Si en qualité d'historien j'ai cru que je pouvais dire quelque chose de son humeur trop grondeuse , et de sa grande vigilance dans l'économie de son bien , je n'ai fait que ce -que la vérité exigeait de moi. Je n'ai riep dit sans^preuve : mais laissons aux lecteurs non prévenus à juger de tout ceci. 2*. Qu'entre plusieurs citations de la vie et des ouvrages d'Antoinette il n'y en a euère que cinq ou six de M. de Seckendorf. Pourquoi donc notre anonyme ti1che-t-il d'insinuer que je ne me fonde que sur cet auteur? Enfin je dis qu'alors je ne savais pas ce que M. Thomasius observe du procédé de cet illustre Allemand. M. Thomasius est un homme de mérite , et
Sour qui j'ai depuis long-temps bien d'un incident qui a donné lieu à e la considération. Jen'aipas^esoin «fes traits d'esprit aussi peu solide m opposer a ses remarques : car il , la ti paraît qu'il n'accuse M. de Secken- des que cf reflexions (C). Il se dorf d'avoir mutilé des passaces qu'en mit à la tete de quelques soldats ce qui concerne les dogmes de la de- dans le Vendômois , l'an 1 5Ô2 , moiselle Bourignon , et moi je ne le et fit un aussi ffrand càrna£e cite qu en ce qui concerne une ma- ,., , . r .9 , i 5 tière de fait, et je confirme presque <IU " ™ fut possible de ceux de toujours, par d'autres passades , ce la religion (D). Cela fut cause que j'emprunte de lui. Je n'ai point qu'on fit imprimer à Orléans sujet de croire qu'à cet égard-là ses que|ques pieces fort sanglantes , préventions raient aveugle. Apres *, r . ,.. ,p . tout, s'il était aussi coupable qu'on le ou 1 on supposait qu il était preprétend , l'eût-on laisse en repos ? M. tre. Il se défendit en vers , et nia Poiret, qu'il a réfuté , n'eût-il point qu.'il fût revêtu de ce caractère repris la plume pour le convaincre (£) Ce .j, de bien certam de supercherie r v ' ,.| J. ,
Je ne réponds rien à plusieurs au- est qu " avait en commende très observations de l'anonyme. Ce quelques bénéfices, et entre ausont tous reproches vagues , et des très le prieure de Saint-Côme , signes manifestes de sa trop grande Qe de T ,j mourut
sensibilité , et du besoin ou il est * j j ' u tzo.tz
encore de mortifier les sens internes. *e 2 7 °-e décembre lOOD, et y Ce n'est pas le tout que de se morti- fut enterré d'une manière peu fier à Téèard des sens externes, il faut distinguée : mais vingt-quatre principalement porter le ^ cautère sur £ on y érigea en son
1 appétit irascible. Je 1 exhorte ay , * J o
bien songer , et je le renvoie ou aux nonneUr un beau monument réponses que j'ai déjà faites (18) , ou (F). La goutte lui fit souffrir des à cette observation générale qu'il n'y douleurs cruelles. On d it que ses
aurait rien de plus inutile que de s en- j '1 1 p„ ^ « . . * •
gager à des justifications sur des plain- débauches 1 exposèrent a ce maltes avancées sans aucune preuve pré- heur (G). Il y a dans ses ouvrasse. Quand on m'objectera quelque ges un nombre infini de poésies chose de particulier avec quelque galantes qui nous apprennent discussion des argumens que 1 on ti- 0 »-i * • *•. • rera d'un tel ou d'un tel endroit de «F1* eut Ttr0* maîtresses pnncimon Dictionnaire bien cité, je ne re- pales (a). La dernière ne luîservit fuserai pas la voie des procédures ; que d'amusement et de sujet mais à l'égard des reproches généraux, poétique (H), je me contenterai d un appel à des * ti . * - » i c»
lecteurs équitables. 11 est meme vrai qu il fit sou-
. v tM vent des vers d'amour qui n'é-
(18) Dans mes Reûe \ions tar le Jugement du . • j .. ?
Public, qu'il m cité dans sa Lettre sur les Au- taient que des pièces de COOI-
leur^mystiques.piç. 3i», 3i3. mande : il les faisait à la prière
RONSARD ( Pierre de ) , poète de quelques seigneurs de la cour ; français de noble maison (A), ce n'était donc pas ses sentimens naquit dans le Vendômois la qu'il décrivait , mais ceux d'aumême année que François Ier. trui. Quand il se souvenait de fut fait prisonnier devant Pavie. cela, il en avait du chagrin; Cette circonstance du temps a car il se souvenait en même fait faire des réflexions peu ju- temps que ces poésies de condicieuses (B). Il pensa périr le train te ne lui avaient rien valu jour même de sa naissance; (I), la récompense étant tombée mais ce péril fut accompagné («) roye* la marque
en d'autres mains. Il ne fut pas Ronsard, son père , fut chevalier de
si malheureux à l'égard des poé- r°rdre et maître d'hôtel de Frau-
sies qu'il adressa à Charles IX ; ^"S^^}^^
e , ' i gner rrancois , dauphin de Vien-
en tut paye assez largement nois, et Henri, duc d'Orléans, ses en-
(K). Il plaida contre Joachim fansi en Espàgne, pendant qu'Us y
du Béllai, pour recouvrer quel- furea* hostage pour le roi leur
nnp« oiIm nn'ftn lui AÂi<*nn\ Pere (')• U épousa Jeanne Chandrier*,
ques odes qu on lui détenait , et dont la mai^on ëtoit alliée à ceUe d;
qu on lui avait dérobées adroite- la Trimouille, etc., et par conséquent
ment (L). lis s'accordèrent en- à celle de Craon, de laquelle sont
suite , et vécurent en bons amis. JesceH£llfî ?7r l!alliance d* V-empe-
Ti • . • , • , - . . riere Mallhdde. les rois d' Angleterre
Il aurai mieux réussi a faire des (a) . * ^ (3) ™
vers galans, s il n avait pas pris évidence aue Ronsard estoit allié au
pour modèle les anciens poètes. seLze ou aixseptiesme degré d'Eliza-
II se rendit dur et obscur par het 7^ ^ Angleterre. On prétend
1A « * 1*11 l06 Louis de Ronsard etoit issu d'un
le trop fréquent emploi de leurs gaudouin cadet d'une grande maison
fables (M). Il s émancipa même (4), sur les confins de la Hongrie et de
quelquefois comme eux à me- ^a Bulgarie, lequel avait amené une
1er dans ses ouvrages quelques î)<?mpagniS dîr6f n.til/s^omines au ro\
B i « 5 ,*r! / Philippe de Valois (5). On prétend
expressions obscènes (N) , et en même qu't7 se trouve Le seigneurie
gênerai il tomba dans plusieurs appellée le marquisat de Ronsard "(6),
profanations , et répandit trop <*ans l'endroit où le Danube voisine
de paganisme sur ses poésies , qui de ?l™ pre? le Païs de Thrace (7> ;
r * ;. F „ I? mais je crois que nous pouvons met-
rurentpourtantpayeesdunbien tre tout cela au nombre de tant de
sacre (0). Les jugemens sont chimères, que la plupart des maisons
fort partagés sur la qualité de noDJes racontent de leurs premiers
ses productions, comme on ^ate«rs (»)-. E^s aiment passion-
. I' , iw ^ -n . 1 1 \ neraent a se dire issues des pays les
le verra dans M. Baillet (b). plus éloignes, et de quelque cadet de
Voyez aussi les remarques du noble race, brave aventurier, dont,
sieur Sorel sur le Berger extra- 'e,s beaux exploits méritèrent cent
vagant (c) : on y trouve un dé- ^THr, d"-?T'mcet ™tser-
- 9 j v ... J . vi r. b il n y avait que trois ou quatre
tail de critique assez Curieux familles qui contassent de telles
et assez solide contre ce pOëte. choses, on n'aurait pas tant de pen-
Je ne veux pas oublier qu'on a chant * ^ raorluer- A« reste, fw
remarqué qu'il réussit mal à (0 Binet » Vie d* Rocard , au rx*. tome de*
• . rv > -i OEiivrcs de Ronsard . i'n-ia. oœ. ni Nnt»*.™,*
corriger ses ouvrages (?) : il en du Perron , rorai.on tiïSti L b^ST
otait le meilleur. C'est un dé- "u™fmevoJ'™>xa*' \*o>neflitP<"<iueLoy*
c , . - de Ronsard mt rte mat tre-d hôtel de François
îaut bien incommode , et ou quel- /er- » '~»« //. v
ques autres écrivains tombent *i* L*Bî0.u,,0^'rda^ •cVSoU* «««■L.Crok du
* . Maine , dit qu'il faut lire Chaudrier et non Chan-
malheurcusement. Disons aussi drier > c°™>™ Bayie et d autres ont u , trompe,
„ i | • -, .tl par de mauvaises éditions.
que le heu commun des raille- WBi.rtt
TICS, que les poëteS SOnt mal lo- 0) Cest-h^dire le sieur daFaui, Angevin, dans
<*é$ a été mU Pn nentrA rnnlro Mémoire*. y a dans mon e'dilion, le' ùeux
g», aeiemis ea usage contre du FaUr; v^n^/ ^ l. Croix d« Maim-
n O n Sa l'd (Q). '/M<? c<" «««ernr s'appelait Pascal Robin du Faux.
(4) Binet , Vie de Ronsard , pag. i n.
(t>) Jugemens sur le« Poètes , num. i335. 13 ^ mr'W' 1 13'
(0 5„r /. KHI*. li,rc, Pag. ^ et sut, f^ZZ\ pas.
(A) De noble maison.] Louis de , iV^wt^^?^ 4 ^' ^ ~
teur que je cite n'a fait que traduire driganx d'amour, en stances, en
en prose ce que Ronsard avoit racon- hymnes, en odes, etc. Cette pensée
té ae son extraction, dans l'une de de Claude Binet ne pourrait être souf-
ses élégies (9). Du Perron (10) fit ce ferte que dans quelque poésies de
même conte , mais au lieu de Bulea- panégyriste , encore y aurait-elle be-
rie, il mit la Moravie. Le Recueil des soin «Tindulgence, et n'éviterait ja-
plus belles Pièces des Poètes français, mais la censure d'hyperbole froide
imprimé l'an J&p, contient (1 1) uoe parmi les gens de bon goût. *. Ce
Vie de Ronsard où on le fait origi- fut sans doute ce qui obligea du Per-
naire de Hongie et de Bulgarie. Si cela ron à ne la point faire paraître dans
n'est pas absurde, c'est du moins une l'Oraison funèbre de Pierre Ronsard
falsification: car la tradition de cette (i3). Qu'en dira-t-on donc lorsqu'on
famille ne donne pas deux patries à la verra en prose dans une hisloire?
s es ancêtres, mais seulement une, je veux dire dans la Vie de Ronsard ,
sur les confins de la Hongrie et de la Mais que dira-t-on de M. de Thou f
de ses originaux, soit pour abréger, nérale qui est un chef-d'œuvre? iVa-
soit qu'on les trouve trop vieux. Il ne tus erat (Petrus Ronsardus) dit-il (1 4),
fallait pas supprimer ici le mot de eodem quo infeliciter à nostris ad Ti-
conjins. cinum pugnatum est, anno ut ipse
(B) Des réflexions peu judicieuses.'] in Elegid ad Remigium Bellaqueum
« Du mariage de Loys et de Jeanne scribit, quasi Deus Jacturam nonùnis
» de Chandrier nasquit Pierre de Oallici eo prœlio factum et secutum
» Ronsard au chasteau de la Poisson- ex Mo ueluti nostrarum rerum interi-
» niere un samedy 1 1 de sept. *um tanti "*n ortu compensare volue-
» i5a4*. Auquel jour, le roy Fran- rit. Remarquez bien que M. de Thou
» cois Ier fut prins devant Pavie. Et ne met pas à un même jour la nais-
» pourroit on douter si en mesme «ance de ce poète et la bataille^ de
j» temps la France receut par ceste Pavie ; il ne les met qu'à la même
» prinse mal-encontreuse un plus année. Mais Claude Binet ne trouvant
» grand dommage , ou un plus grand point là un assez beau jeu, ni assez
» bien par ceste heureuse naissance : ae merveilleux, assura que ces deux
» à laquelle estoit advenu comme à choses arrivèrent le même jour, Il se
» d'autres grands personnages, d'es- trahit lui-même , il ^découvre ^ son
» tre remarquée d une si mémorable mensonge j car il assigne l'onzième
» rencontre. Ainsi que la naissance jol,r de septembre i5z$ à la naissan-
» du grand Alexandre fut signalée et ce de son poète, et toute la terre sait
belle compensation , et la France vrai selon la façon de compter de ce bien dédommagée de la prison de son teinps-làj car on n'avait pas encore
longue suite de pertt honteuses et funestes à la nation : la bataille de Pavie était contenue dans voilà , dis-je, bien dédommagée, l'année i5a£. Qu'eu ne dise pas qu'il puisqu'elle acquit ce jour-là un bel y a faute d impression dans le livre esprit qui l'a enrichie de plusieurs
«.illier» de vers en sonnets et en ma- jai^Z J^!^ rj^rSiSC
(10) Oraison funèbre de Ronsard ppag. 188. fortement l'historien de Thou. Joly, tout en
(11) Au /*'. tome , pag- a3g. l'excusant, convient cependant que la comparai- * Cette date est aussi donnée par dn Verdier. son faite par deThou n'est pas à l'abri de la censure.
MatsLeclerc et Joly pensent que Ronsard ne vit le (i3) Vojet, ci-dessous , citation (18). jour qu «n i5aG. Tnuaims f lib,
(îa) binet , Vie de Ronsard , pag. 11 3. m. 43, à l'anru ï585.
de Binet : cela n'est pas vrai : lors- tre autres choses d'une vie volup-
que cet auteur nous conte que Pierre tueuse.
Ronsard mourut le in décembre 1 585, ta i
.. . . , „ . Tu dis que te suis vieil , encore n'ar-ie atteint
il lui donne 6l ans , 3 mois , l6 jours Trente et sept ans passe* , et mon corps ne se
de vie (i5). Il l'a donc cru né Ton- plaint
zième jour de septembre \Bii , d'où ILans %Je ma{adie> **M w forte*
„„J . 1 * ' " Mes nerfs sont bien tendus, et mes reines bieu
en passant nous recueillerons une er- fartes:
reur de Sainte-Marthe (16). Mais ne Et si j'ai h teint polie et le cheveu grison,
dissimulons point cju'il y a ici quel- M" """Ares toutes/ois ne sont hors de saU
que incertitude qui le pourrait excu- *°" ^
ser. On ne sait que par un passage Le poème où il parle ainsi fut com-
de Ronsard qu'il soit ne' la même posé quelques semaines après la
année'qire François I«r. fut pris ; pour mort du duc de Guise (ao) , et par- '
le moins est-il certain que du Perron conséquent au printemps de Tan
n'allégua point d'autre preuve con- i563. Un homme qui n'eût eu alors
tre ceux qui n'étaient pas de ce sen- que trente-sept ans , serait né l'an
timent. « Quand au temps de sa i5rô, et sur ce pied-là nous ne de»
» naissance , dit il ( 17) , il y en a vrions pas blâmer Scévole de Sainte-
» diverses opinions : les uns pensent Marthe. Il est un peu surprenant qu3
» qu'il soit né l'an cinq cens vingt notre poète n'ait pas bien su quand
» deux, et par ainsi mort en son an il était né.
» climacterique , chose que l'on a (C) .... Des traits (t esprit aussi » remarqué arriver à beaucoup de peu solides que ces réflexions. ] » grands personnages : les autres s'ar- » Peu s'en falut que le jour de si » restent a ce qu'il en a escrit, ayant » naissance ne fust aussi le jour m signalé l'année de sa nativité par » de son enterrement : car comme » la prise du grand roy François , » on le portoit baptizer du chasteat » comme souvent il se rencontre de » de la Poissonnière en l'église di » ces fortunes notables à la naissance » lieu , celle qui le portoit traversant » des hommes illustres : là où nous » un pré , le laissa tomber pas mes- » pouvons encor observer en passant, » garde à terre, mais ce fut sur l'her- » que la prise de ce roy devant Pa- » be et sur les fleurs , qui le receu- » vie, qui est l'accident duquel il a » plus doucement : et eut encor cet » voulu marquer l'année de sa nati- » accident une autre rencontre , » vité , se rencontre justement en » qu'une damoiselle qui portoit un » un mesme jour que celuy auquel » vaisseau plein d'eau rose et d'amaï » nous célébrons la mémoire de sa » de diverses herbes et fleurs selon » mort , qui est la feste de sainct *> la coustume , pensant aider à re- » Matthias (18). » Cette preuve uni- » cueillir l'enfant , luy renversa sur que de du Perron se trouvera faible, » le chef un partie de l'eau de senquand on saura que Ronsard dans » teurs , qui fut un présage des bonl'un de ses poèmes , s'est donné un » nés odeurs dont il devoit remplir âge qui ne convient point à un *» la France , des fleurs de ses doctes homme né l'an i5a4 ou l'an i5a5. » escrits (21). » Voilà ce qu'on ap- Voici ses paroles ; elles sont un peu pelle concetti au delà des monts, grossières , et peu convenables au M. le Pays ne manqua pas de rimer sujet ; car il était question de ré- sur cette pensée , lorsqu'il fit l'Hispondre à des adversaires mordans toire de la Muse de Ronsard. Il nazi railleurs , qui l'accusaient en- quit d'un chevalier de l'ordre, le jour
que François Ier. fut pris à la bataille
(i5)B»net, Vie de Ronsard, pag. i56. Je pauie; et l'on a dit a sa gloire^
Ne%* "x^7m""1 ^numexee*' que ia fronce ne se fdt jamais conso-
.fit ^Honsarau.*) articulai i morho sœvissime vexa- , « . " »»
tus. Sammarthiin., Elogior., lib. I,pag. m. 80. ^e tVun jour st malheureux, si ce
Du Perron , Oraison funèbre de Ronsard , même jour ne lui avait donné un $1 pag. m. ijjo.
(18) J'ai rapport* tout le passace , afin Je (19) Ronsard, Rqtonî-c a quelque ministre,^.
montrer ce que j'ai dit ci-dessus, citation (ii) , 86 <"* IX*' tom<? de tes 0Euvrcs > tn'1'1-
que du Perron ne se sentit pas de la pensée du (*o) Voyci Vépitre qui est au-devant de ce
prétendu dédommagement de la prison de Fran- poème.
Çoit Ier- (ai) Claude Biuet, Vie de Ronsard, pag. «4-
57o RONSARD. ,
grand homme. Le jour de sa naissan- » avec pillerics et meurtres (»<f)- »
ce faillit a être celui de sa mort. Une M. de Sponde prétend que la no-
demoiselle qui le portait {11) du chd- blesse du Vendomois élut le prêtre
teau de la Poissonnière , où il était Ronsard pour son chef ; j'aimerois
né, à l'église de la paroisse, où il mieux m'en tenir à la narration de
devait être baptisé, le laissa tomber Théodore de Bèze. Rapportons néan-
imprudemment : mais par bonheur ce moins les paroles de cet annaliste ;
fut dans un pré, et sur des fleurs , nous y trouverons d'autres choses a
et tout le mal qu'il reçut ce fut d'é- corriger. Arma quoque sumens nobi-
tre tout mouillé de Veau rose , qu'on Utas , ducem sibi elegit Ronsardum ,
portait , suivant la coutume, pour ce qui insolentiam profanorum non fe-
baptême. rens , multos ex us malè mulctavit :
„ , , . . quamquam curionatum Evalliœ te-
Ce ne fut point sans donte un effet du hasard , 7 » ,7 » -, „ /•
Je crois qu'on peut , sans b.dmagc , nebat » locl amœntlate aut commodi-
Dirc que ce fut un présage taie captus. Neque cnim is erat , qui
De la fortune de Ronsard; libertatem suam, otque adeb licen-
c^^rZ^At'K^'^,,- <""" poOkam, tacerdotalis munc pandre , ris necessilaie tanquam compeae ad
Un présage certain que les neuf docte* soeurs , gravitatem ed functione dignam
Dont il devait c"hanter la gloire , lUt ndslrinsere : sed homo genero-
Pour éterniser sa mémoire , « . . . 0 ...
Lui feraient quelque jour des couronnes de » et a tenerts annis inter nobiles fleurs (23). pueros Caroli ducis Aureliani Fran-
(D) Il se mit h la tête de quelques ci.f 1 in a"ld >" posteà militasoldats contre ceux de la ?eli- r&usstudusinAnglidetScotidianu'
fion.] Donnons le narré de Théodore trUus » witèquam Utterts sub Io.Au- Je Bèze : « Le plus grand mal fut que °P^am *aret > et dli*inum
> parmi les images , le commun ™«» ad poeUcam appellent, mur
> rompit quelques sépultures de la Pacat<* vUœ oblectamenta etiam ar-
> maison rfeVendosme, chef aujour- rjiorum curam etamoremreUnuerat
> d'huy de la maison de Bourbon , £5>' C.est °ous faire entendre que
» ce qui fut trouvé tresmauvais et à Ronsard ne 8 et.ai.1 .cha*gff d"?5 S?
» bon droit. Adonc ceux de la reli- qu? pour son plaisir % et qu i il s ac- • gion romaine voyans ces choses, et des ^ons du sacerdoce
» que quant à la noblesse du pays les cavalièrement. Si cet auteur avait
» 2ns estoient allés trouverle prince à su W\* ce. prétendu cure avait eu
» Orléans, les autres s'estoient jettés <*ez \e ro.1 dEcojs° £ ? ?u l
> dans la ville du Mans , commence- 1ue }e duc d °™aDS Vîe
> rent à tenir ceux de la religion en »™.A* if .^ncil°" 1U llR a ïlleuse sujétion. Entre autres Ç,0^e? f^û ^ue P}erre ?onsa™ Ronsard, gentilhomme doué fut eleve chez ce duc.' Ct *PÎt «des eraces en la poésie le métier des armes sous le roi d E;
» Pierre
1er sa veine de toutes ordures, <f™ ce prince décodât (rf).
* mais aussi mesdire de la religion il fut donne a Charles duc
» et de tous ceux qui en font pro- ^Or/ea/u, second fils du roi , ou il
». fession, s'estant faitprestre, se vou. fon&««« feny^/or lagreab U
» lut mesler en ces combats avec ses % son / • • ' *m
» compagnons. Et pour cest efTect f?" v0l1\ d* P*? ^ d°n™ PW*.
» ayant assemblé quelques soldats M«<" * ™ d £c°i5C ^w
"» en un village nommé d'Evaille, dont ,. ____
» il estoit curé , fit plusieurs courses 5ffi*j™ > Hist" €Ccle9iasUl"e » l4<" W'
(«)Binet ne dit point nue la demoiselle le ' (*5) Spondanus, Anual. cccles. , ad ann. i5fo, foridt ; il la distingue de celle nui U portait. 16 , pag. m. ba 1 , baa. ......
» « n?-. . ' \ . M « n.„|- „i- rlitLeclerc. aue Ronsard ait eu
(a3) Le Pays, Titres de noblesse de la Muse Bayle nie , dit Leclerc, que ï
amourette , à la page i8a , .83 de la W. partie curé d'Evaiile par ce qu il supp
^ Nouvelles OEifyre* , «/Mo» ^ //o«î,«fc f q«'on ne pouvait Être cure sans être p.etrr
j6S7. (a6) Binet , Vie de Ronsard , pag. 10.
fausM'iiien'
RONSARD. 57i
estoit venu, éspouser (vj) Madame bassadeu r; Tan i54o , prit avec lui no- MagdaUine, fille du roi François, tre Ronsard qui sortait de page (3o). Le roi d'Ecosse V emmena en son Quoi qu'il en soit , M. Varillas a royaume ou il demeura deux ans (28), donné* dans le panneau que M. de ci en Angleteire six mois, après quoi Sponde a tendu à ses lecteurs. « On il retourna en France, et se retira » inventa de nouveaux supplices vers le duc d'Orléans son maistre, qui » pour punir les calvinistes de Vente retint page en son escurie, et qui » dôme, à cause que les plus emporte depescha pour quelques affaires en » tés d'entre eux avaient fouillé aans Flandres et Zélande, avec charge ex- » les sépulcres des ancêtres du roi presse de passer jusques en Ecosse , » de Navarre : et le fameux poète
ce qu'il fit Retourné qu'il fut » Ronsard, -gentilhomme du pays, qui
de ce voyage , ayant atteint seule- » lassé de la cour et de vivre peu
ment l'aase de i5 a 16 ans , ayant » accommodé dans sa maison, avait
esté au duc d'Orléans cinq ans et » accepté la cure d'Évailles , re-
jusques à son decez , et depuis a Uen~ » prit les armes .qu'il avait autre-
ry , qui fut depuis roi, l'an \§fo,fut » fois portées en Écosse et en Angle-
mis en la compagnie de Lazare de » terre. Il s'en excusa depuis en di-
Baif qui alloit ambassadeur » sant agréablement, que n'ayant pu
pour le roi h la diète de Spire (29)- Ce » défendre ses paroissiens avec la
récit nous montre , i°. que Ronsard » clef de saint Pierre , que les calvi-
n'avait point appris le métier des » nistes ne respectaient ni ne crai-
armes en Écosse , autrement que chez » gnaient, il avait pris l'épée de
le duc d'Orléans, et autrement que » saint Paul, et, se mettant à la téte
tous les pages des princes l'appren- » de la noblesse voisine , avait ga-
nent. a». Que M. de Sponde s'est mal » ranti du pillage son église et sa pa-
exprimé, et qu'il n'a point su que » roisse (3 1). » Vous voyez qu'il sup-
notre poète , étant en Écosse , n'a- oose faussement que Ronsard porta
vait qu'environ treize à quatorze ans, les armes en Écosse et en Angle-
et qu'à son retour en France on le terre.
pas
narration de Claude fiinet, toute auteurs des pièces que l'on publia
remplie de fautes. C'est une difficul- contre lui à Orléans. Le premier se
té , si l'on veut, mais qui ne mem- déguisa sous le nom de A. Zamariel
pèche point de croire que Claude B. de Mont-Dieu , et le second sous
Binet ne se trompe point à l'égard celui de François de la Baronnie (3a).
du temps que Pierre Ronsard fut Voici ce qu'en dit le père Garasse :
donné page au roi d'Écosse. il se « Ces deux hommes lui firent une
trompe néanmoins fort grossièrement » mercuriale sanglante qui s'appelle
dans son calcul ; car si Ronsard avait » la Métamorphose de Ronsard en
été au duc d'Orléans cinq ans et jus- » prêtre, ou le Temple de Ronsard, et
ques a son decez, il aurait servi ce » là dedans ils le taxent nommément
prince jusqu'en l'année 1 545 ; et si depuis ce temps-là il eût été au service du dauphin Henri , comment serait-il possible qu'il eût été mis ensuite auprès de Lazare de Baïf, l'an i54o? Bailleurs il est vrai que Lazare de Baïf, allant de la part du roi en Allemagne avec le caractère d'am-
» d'avoir enseigné l'athéisme.
• Je t'ay veu discourir tout ainsi qu'Epicure » Oui aUacheois au ciel un dieu qui n'a la cure
• De ce qu'on fait en bas, et en parlant ainsi
• Tu monstrols que de luy lu navois grand
soucy , etc.
Mais Ronsard a reparti solidement à leurs scurrilites et im-
(37) Il l'épousa à Paris , le i". de janvier
(38) Du Perron , dans /'Oraison funèbre de Ronsard , pag. 193 , dit qu'il séjourna en Ecosse deux ans et demi.
(3o) Voyez les vers d' Antoine de Bail", rap-
d'Ayrault, pag. ujS.
portés par M. Ménage, Remarque sur la
(3i) Varillas, Histoire de Charles IX , lom. /, jxig. 171 , édition de Hollande, à L'ami. i5(>3. (3a) Consultes, la Doctrine curiense du pire (19) Tiré de Claude Binet, Vie de Ronsard , Garasse, pag. 136 et ton, et La Croix, du Maine, pag. 1 15 et suiv. pag. 88.
» pertinences dans le poème qui qu'un seul homme*1. Passons aux pa- , » porte pour titre : des Misères du rôles de Varillas : De la (35) vinrent » Temps ; auquel il proteste , etc. Veffroyable satire que Florent Chré- » (33). » Garasse s'est abusé : le tien, alors passionné calviniste et prépoëme des^ Misères du Temps n'est cepteur du prince de Navarre , écrivit point la réponse â Zamariel et à la sous le nom du ministre de la Barofiaronnie. Ce que Ronsard fit pour se nie, contre le même Ronsard; et la défendre contre eux est intitule : Rè- réponse de celui-ci y ou il montra que ponse aux injures et calomnies de je V indignation était capable de lui faire ne scay quels predicantereaux et nu- composer de plus beaux vers nue la nistreauxde Genève. La raison, qui nature, quoique son génie fut inanima les protestans à faire des vers comparable pour la poésie (36). Il n'a contre ce poète, est rapportée impar- pas raison de dire que Florent Chréfaitement et parBinet, et par M. Va- tien écrivit sous le nom d'un minisrillas. L'un dit au'ils le maltraitèrent tre , ni de croire qu'il n'y eût que lui pour se venger des poésies qu'il avait qui satirisat Ronsard. Nous avons va faites contre eux ; l'autre assure qu'ils qu'il avance après Théodore de Bèze le satirisèrent à cause de ses exploits et M. de Sponde que ce poète était d armes. Il fallait joindre ensemble curé ; mais nous allons voir qu'ils se ces deux raisons; car il est certain trompent, qu'ils le frondèrent parce au'il avait n c m. „ ^
1 ! 1 , " « y cm. Or sus. mon frère en Christ, tu dis nue te suis
employé contre eux la plume et l'é- mettre ;
Pée aVCC beaucoup de fureur. Voici J'aUeste l Eternel que je le voudrais estre ,
les paroles de Binet : « Cela donna %™ir tout le chef et le tes enfiche
4 • x t> 1 j •» x Dessous la pesanteur dune bonne evesche :
» Occasion a rionsard de S opposer a Lors j'aurof la douronne h bon droit sur la
» ces te nouvelle opinion, et armer teste, » les muses au secours de la France , Qu'm rasoir blanchirait le jour d'une
» faisant Voir le jour à Ses remons- Ouverte, fla%e\ longue , allant jusque*
» trances, qui furent jugées de tant front, » d'efficace pour combattre les enne- in forme d'un croissant qui tout se » mis de la religion catholique , que rWMf (*7)*
» presses : ce <rui fut cause que ceux un mot pour excuser les ministres
» de la nouvelle opinion commence- qui lui étonnèrent ce titre. 11 avait
» rent à l'attaquer, et dressèrent un reçu les ordres, et il faisait des fonc-
» poème fort satyrique et mordant tions ecclésiastiques au chœur avec
» contre luy, qu'ils nommoient le les habits sacerdotaux **, c'est lui-
» Temple de Ronsard, où en forme même qui le raconte.
» de tapisseries ils dépeignoient sa Mais quand je suis aux lieux ou il faut faire
voir
» vie : ils firent aussi quelques res- » ponces à ses remonstrances où es- » toit ce tiltre, la Métamorphose de
» nonsam, dont les autheurs furent D'une haumusse. le bras, d'une chape le dos ,
» Un A. Zamariel et B. de Montdieu, Et non comme tu dis, faite de croix et d'os :
» ministres, le dernier desquels il %'«P°f «j» «y*<«. la mienne
« J ' M'**'4» " De grandes boucles d or et de nm^c dorer (ii>).
» désigne assez par ses vers de la res-
» ponse qu'il luy fit , le Comparant J* ne perds un moment des prières divines :
» à Sisyphe, ,
** La Monnoic ayant ici blamc Baylc, I>.i> le est
• Qui remonte et repousse aux enfers un rocher défendu par Joly, qui cite le Cfuevre'ana, I, i56.
- Dont tu as pris ton nom (34) (35) C'eslra-dire de ce que Ronsard avait pris
Binet coupe lA un auteur en deux : ^^hWKI. IX, Uv. W,
A. Zamariel B. de Mont-Dieu n'est ^.171,1^.
„ „ (3?) Ronsard, Réponse à quelque ministre,
(33) tarasse , la meute, pag. trf, I3-. p^/m. 8o>
(34) Binet, Vie de Ronsard, pag. i38 , i3n, *a Lerlerc observe que le surplis , Vaumusse d Vojei aussi Z'Oraisou fuuèbrc par du Perron, la chape, dont Ronsard parle dan» ses vers, ne
/"H?* »97 » °" l on ne trouve que la même raison sont point des habits sacerdotaux.
fuc Bmct allègue. (38) Là même , pag. y4-
Dfs la poincte du jour je m'en vais à matines, ventis Simulitidinem Uerissitnï
J aj mon bréviaire au poing, je chante quel- .„ u ni • t\*i . . yeri?s"*e CXpres-
quefîis , * sa » n Pnuhâ lutetiano donavit , brevi
Mais c'est bien rarement, car j'aj mauvaise HOtd et efogio (46). On donne dans
r. ; ; . . . , j ces paroles latines un coun de dent
i.e devoir du service en rien je n abandonne , ailir U j D , ur ue "t
Je suis à prime, à sexte, et à tierce, et à \ «entiers i de Konsard, comme s'ils
nonne, n avaient pris aucun soin de sa mé-
J or dire la grand' messe, et avenues l'eneent moire : Cependant il est certain (inn
iQm par l'église espars comme parfum te Gallandîn« Ini fï* f • certain que
sent,) J trauanciius lui ht faire de magnifî-
T'Ao.^o^ ....... - j . f . nues tu npr.ii line I „ 1 1 t i
dieu voulut prendre à la téte de cet oecodiand sud parer,
écrit. M. Baillet (41) juge que Florent Voici une description de ce
Chrétien prit ce faux nom. M. Colo- Ies : f( Le sieur Galland n'ayant ense-
miés accuse à tort la Croix du Maine w ve" l'amitié qu'il luy portoit sous
de n'avoir point su , dans sa Biblio- n un mesme tombeau , faisant ce que
ihéque , page 88 , que Florent dire- * la France devoit, fit dresser un
tien a écrit contre Ronsard sous le nom M magnifique appareil en la chapelle
de François de la Baronnie (4*)- Je * de Concourt , là où furent célébrées
rapporte ailleurs (43) ce que Ron- * imitées ses funérailles solennel-
sard répondit sur l'acte de paganis- n «ement le lundV vingt-quatriesme
me qu'on lui reprochait. * de février i58g. Le service mis en
(F) On r érigea en son honneur un w musique n ombrée , anime' de tou-
beau monument.'} Joachim de la* Chc'- n tes sortes d'instrumens , fut chanté
tardie , conseiller clerc au parlement * Par "cslite de tous les enfans des
de Paris, fut prieur commendatairc w MusÇs, s y estans trouvez ceux de la
de Saint-Cosme vingt ans après la M m"3ique du roy, suivant son com-
mort de Ronsard : il ne put souffrir w mandement, et qui regretta à bon
qne le tombeau de ce poète illus- * escie«t le trespas d'un si grand
tre fût privé de distinction et d'in- * personnage , ornement de son
scription (44) -C'est pourquoi, faisant * r?iaume. Je n'aurois jamais fait,
réparer le monastère , il y fit un tom- M si je voulois descrire par le menu
beau de marbre qu'il orna d'une épi- M les oraisons funèbres , les éloges et
taphe (45), et d'Une statue de Ronsard M vers <(ui furent ce jour sacrez à sa
faite par un excellent sculpteur. Cum w mémoire ; et combien de grands
magni Ronsardi cineres populari lo- " a«gncurs avec ce généreux prince
culo, muto et illitterato jacere vide- n parles de Valois, accompagné
ret , melior œquiorque illis qui ejus * *JU ruc de Joueuse et du reveren-
opimis cxuviis ditati sunt, tandiu " dlssjme cardinal son frère, aus-
manes esse neglcctos non tulit, ac " (Iue,s Ronsard appartenoit , ho-
Ronsardum illum Chetardius J> n°rerent ceste pompe funèbre , à
marmoris altâ strue , statua ad vi- n laquelle l'eslite de ce grand sénat
, „ , de Paris daigna bien assister com-
(39) Ronsard, Réponse à quelque ministre, „ mc A un arFL n,,Ui:* „ • • 1 ™
pag. $5. » » me a un acte public, suivie de la
(40) Ménage, Ami-Baiilct, diap. CXI. F. n *eUT des meilleurs esprits de la (40 Baillet, dans la Liste des Auteurs déguisés. M rrance. Apres disner le sieur du (4^) Colomiés, Bibliothèque choisie, pag. a0a. » Perron prononça l'Oraison funèbre (4^) Dans l'article Jodïllk , tom. VIII, pag. » avec tant d'éloquence, et pour la-
a83 , remarque (D). 1
mrore* le d/r>it de Pasquier , Recherches (4Ç) Rodolçhus Botéréius, CommenUr. de Rr-
liv. ril, chap. XI, pag. 648, vojant une se- bus m Galha gestis , lib. XV L vas 5ftî nA
pttltnre si pauvre. onn. iCxh). ~
(45) Vous la trouverez dam Botéréius , ubi 1/1- (4:) Thuan. , Hist. , l,b. LXKXIIt sub fin
fra , pag. r.G7. pag. m. vol. 1. ' 7 '
« quelle ouïr l'afîluence des auditeurs servit que..* de sujet poétique (53). ]
» hit si grande, que monseigneur le Voyons d'abord ce qui concerne les
» cardinal de Bourbon , et plusieurs deux premières : « (54) Ronsard s'es-
» autres princes et seigneurs furent >■ tant énamouré d'une belle fille
» contraints de s'en retourner pour » Ble'sienne qui avoitnomCassandre,
» n'avoir peu forcer la presse (48). » » le vingt uniesme jour d'avril en un
(G) On dit que ses débauches Fex- » voiage qu'il lit à Biois où estoît la posèrent à ce malheur.] Il était bien » cour , ayant lors atteint l'âge de fait de sa personne, bien vigoureux » vingtans(55) resolutde la chanter, et robuste, et comme il avait d'ail- » tant pour la beauté du subject que leurs beaucoup d'esprit, et beaucoup » du nom , dont il fut épris aussitost d'inclinatiou pour les plaisirs, on » qu'il l'eust veuë, ainsi que par un peut juger qu il ne manqua pas aux » instinct divinement inspire' : ce occasions de se divertir avec le sexe, » qu'il semble assez vouloir donner et. que ces occasions lui manqué- » à cognoislre par ceste devise qu'il rent encore moins. Il ruina les forces » print alors, f!2 IAONftS EMANHN de son vigoureux tempéramment par » ( 56). » Les vers qu'il fit sur sa vie voluptueuse, comme le remar- cette maîtresse furent trouvés trop que M. deThou. Verumhomo ut in- obscurs; c'est pourquoi il délibéra genio sieformâ corporis robore insi- d'escrire en stile plus facile , les agnis , citm vitd solutd licentiosè nimis moûts de Marie , qui étoit une belle genio indulgent , valetudinem firmis- fille d'Anjou, et laquelle il entend simamdebiïilavil, acerbissimis arthri- souvent sous le nom du Pin de Bout-
e lieu où elle vid premièret avec un sien
qui lui attirèrent cette infirmité fut ami qui estoit Baïf: il l'a fort aimée
* que pendant qu 'il étâit en Allemagne, après avoir fait F amour k^Cassandre
il fut contraint de boire des vins tels dix ans, eticelle quittée par quelque
qu'on les trouve , la plus grand part jalousie conceuë (07). Voici l'histoire
souffliez et mixtionnez (5o). C'est un de ses troisièmes amours: « Il voulut
abus 9 il y a d'excelîens vins en Aile- » finir et couronner ses œuvres par
magne, et si Ronsard n'en eût guère » les Sonnets d'Helene , les vertus,
bu, ils ne lui auraient causé aucun >» beautez , et rares perfections de
mal. On lui reproche dans les écrits n laquelle furent le dernier et plus
d'Orléans qu'if avait été fort débau- » digne object de sa muse; le dernier,
r-hè *. » parce qu'il n'eut l'heur de la voir
Tu m'accuses , cafard , d'avoir eu la wnlle : " (lxl^cn sa vieillesse, et le plus digne,
Un chaste predic'ant de fait et de parole » pai'CC «ju'il Surpasse aussi bien que
Ne devrait jamais dire un propos si vilain : „ de qualité', de vertu , et de renuta-
Mais que sort-d du sac? cela dont il est 1 , j •
plein(Si) " ,10n les autres précédons sujects
» de ses jeunes amours , lesquels on
Tu te plaints d'autre part que ma vie est las- » peut juger qu'il aima plus familie-
En dsliccs^e'njeux, en vices excessive : " rCmCUt > Ct n°n CCStuy-ci qu'il en- Tu mens meschantement , si tu m'avois suivr ,t« r„„ . ,
Deux mois, tu sçaurois bien en quel estai je , (r>3) ' ^".^T" * T/f * *■»
f r f 5n>. ««"/e [n reinaraue (B) de son article.
* (54) Binet, Vie Ronsard, pag. iap. ^
(H) La dernière maîtresse ne lui î ) Ç'' f'u donc l an ,544 : néanmoins Binet
venait de dire que Uonsard avait publie' /'Epitha-
(48) Binet , Vie de Ronsard , pag. i5q , 160. l*mc T lc de M' dc ï*^ ôœe rt « m^
(4g) Tbuan., lib. IXXXlIlfpL. S, mi. .. j*™'"™ * m™1 > re,ne de ^yre,etpms
/c \ n- «r; j t» , ' " o " ' fait tieux autres poèmes , avant que d être amau-
(50) Binet, Vie de Ronsard, pag. 118. rruv (\e Çassandre. Ce mariage se fit l'an i548. * Leclerc ct Joly disent que Ronsard était son ni Dans la Vie de Ronsard, au Recueil des plus
dès l'âge de quatorze à quinze ans ; que dès lors belles Pièces des Poètes français , imprimé Ton cette infirmité ne venait pas de débauche ; et sur 169a , on assure qu'il devint amoureux de Cotre que Bayle rapporte le témoignage du respecta- sandre à Bloi*, étant auprès du duc d'Anjou. // Me de Tbou , il» disent tout simplement que c'est n'y avait point en ce temps-là de duc d'Anjou. une faute de l'historien. Ce sont des paroles de Théocritc que Vir-
(51) Ronsard, Réponse à quelque ministre, $*\c a ainsi traduites dans la FUI*, e'glogue: F**'*»- Utvidi, ut perii.
(5*) La mfme. , pag. 93. (S7) Binet , Vie de Ronsard , pag. i33.
m treprit plus d'honnorcr et louer , Ton y trouvera ces propres termes
» tiue d'aimer et servir. Tesmoin le (60) : C'est ce que je dis une fois a
» titre qu'il a donné à ses louanges, mademoiselle de Surgèles , qui me
» imitant en cela Pétrarque , lequel pnait.chezM.de Retz, que je fisse une
» comme un jour en sa poésie chaste épîlre devant tes oeuvres de Ronsard
et modeste on louoit devant la roy- pour montrer qu'il ne l'aimait pas
11e, mere du roy, sa majesté l'excita d'amour impudique. Je lui dis au
à escrire de pareil stile , comme lieu de cette épîlre,il y faut seulement
plus conforme à son âge , et à la mettre votre portrait,
gravite1 de son scavoir: et ayant, (1\ n „.,„:, j. j.
ce luv semhloit nar ce discours W ■ ^ du chaSnn *e
ce îuy seramou, par ce discours souvenait que ces poésies de contrain-
te ne lui avaient rien valu.] Prouvons
ige de Claude Binet.
maintefois qu'aucu-
ses amours et des
de s'addresser en si bon lieu , qui estoit une des filles de sa chambre, d'une tres-ancienne et tres noble maison en Saintonge. Ayant continue' en ceste volonté' jusejues à la fin , il finit quasi sa vie en la louant. Et parce que par son gentil esprit elle luy avoit souvent fourny d'argument pour exercer sa plume , il consacra ù sa mémoire une fonteine en Vandosmois , et » qui encor aujourd'hui garde son » nom (58). »
Le Recueil des plus belles Pièces des Poètes français tant anciens que modernes, imprimé à Paris l'an 1602, contient une vie de Ronsard où j ai trouve' une faute qu'il est bon de rectifier ici. Il chanta la gloire d'Hélène de Sugères , oui était une des filles d'honneur de la reine , et pria le cardinal du Perron de faire une préface nu commencement de ces poésies ga"
» mascarades avoient esté forgées sur » le commandement des grands » voulant dire qu'Us avoient souvent » forcé sa Minerve et n'y avait pris » grand plaisir, quelques autres en » avant remporté la recompense :
» c est pourquoy il fit mettre au de- » vant de ces ouvrages- là les vers de Virgil,
Sic vos
ts.
» et les suivans. On sçait assez en fa- » veur de qui il fit les amours de Cally- » rée,qui estoit une très-belle dame de m la cour de la noble maison d'Atry » (6a), surnommée Aquaviva : com- » me il l'exprime assez en ce So%net m qui commence ,
La belle eau vive .*.....
» et ceux d'Astréc (63) qui fut aussi » une fort belle dame de la cour , v dont le nom est assez embelly par » le seul desguisement d'une voyelle
» changée en la prochaine première. »
lantes-ch dans laquelle itle conjurait 0n t conclJe dc ces ^pol
de direqu d avait aime cette fille Aon- ce d poète n'avaitpas tout le dés-
nétement..Le cardinal lui répondit intéressement qu'un honnête homme
qu au lieu de préface ilnravaUqua doit avoir ,u*. 8erait tris-glorieux
mettre le poitrait ( ) d Hélène de d>ayoir faifc parattre lus d>gIoigtle
Sugères au commencement de son livre (5g). Comme du Perron n'était qu'un jeune homme quand Ronsard
ment de cet esprit mercenaire qui est si commun parmi les amis des muses .
qu un puC .u„ mC qu-u„ «uuN.u et ]e S(|is ris y^de Binet
mourut , ce n eût pas «te a lui que ce ait eu iiingAlllil6- d* no^3 apprendrc
grand poète aurait demande une pre- les plaintes qui lui avaient hé con-
facc. La vente est qu il ne s adressa fie-e9 toucliant ïe deïaut de d
a personne pour un tel service ; ce Quoi ^ en soifc ^ ayons
futla dame qui demanda cette prefa- ici une^reuve que l'on peut faire des
ce au cardinal du Perron *. Qu on yers pa^ioim(£ san9 é£c amourcnx
Use le Perromana, au mot Gournai, de Ja personne qui est ,e sujct dw
(5V)Lkmfme . ^. iji, «43. (6o) Voytl VarûcU Goorhii , tom. VU .
(•) Parce qu elle était laide. ptTg, i86 , remarque (BJ.
(59) Recueil dru plus belle* Pièce», tom. /, (61) Binet, Vie de Ronsard , pag. i$i ,
pag. ifa , a4* < édition de Hollande. (Ga) J'ai parle' de celte dame, tom. JIII, pag.
* Leclerc observe que du Perron n'était |»a< 3i5 , à la Jin du texte de l'article Jaccktiuï.
encore abbé à l'époque dont il est question. (63) Celait une dame de la maison d'Eslre'e*.
poésie tendre. Je crois que cela est souhaiter à la république dee lettres ;
plus facile quand on a une maîtresse car il y a des auteurs qui n'eussent
(64). point publié , s'ils eussent vécu dans
(K) Il fut payé assez largement des une grande opulence , les bons ou-
poésies qu'il adressa à Charles IX. ] vrages que l'on a d'eux. Il y en a
Ce prince « outre sa pension ordi- d'autres qui eussent mis en meilleur
» naire luy fit quelques dons libéra- état leurs productions , s'ils eussent
» lement , vray est qu'il disoit ordi- été moins pauvres. C'est de la trop
» nairement en gaussant, qu'il avoit grande indigence de quelques auteurs
D peur de perdre son Ronsard , et qu'est sortie la multitude de mauvais
» que le trop de biens ne le rendist livres dont le public a été foule. Un
» paresseux au mestier de la muse , revenu honnête leur eût permis de
» et qu'un bon poète ne se devoit limer avec quelque sorte de patience
» non plus engresser que le bon che- leurs compositions ; mais les besoins
» eu : car il n'igporoit pas que les toire , et touché le prix de sa copie , » poètes ont je ne sçay quelle sym- l'engagent à se hâter, et l'empêchent » pathie avec la grandeur des roys , de lécher ses petits ours avant que de » et sont sujets à s'irriter , fortsensi- les montrer au public. Et notez qu'il » bles aux disgrâces quand ils voyent y a de cette sorte d'ouvrages qu'il » la faveur ne respondre à leurs la- vaut mieux avoir que d'en être tout- » beurs et mérites , comme il s'en à-fait privé. Il a été plus utile, par » est plaint en plusieurs endroits exemple , d'avoir les versions de du » (65). » La dernière partie de ce Ryer , que de n'en avoir aucune des passage confirme ce qu'on a vu ci- auteurs qu'il a traduits. Ainsi , au dessus (66) touchant 1 esprit merce- cas que cet honnête homme eût été naire de notre Ronsard , c'est pour- capable de s'enfoncer dans l'oisiveté quoi je ne l'ai point supprimé comme s'il eût eu beaucoup de bien , il vajel'eÉsse fait sans cette raison. Notez lait mieux qu'il n'eût que le nécesque Brantôme parle de cette adroite saire , que d'avoir le superflu. Voyez politique de Charles IX * , comme ce que disait Érasme touchant Sigison l'a vu dans l'article de Daurat mond Gélénius (69). Un écrivain qui (67). C'est la plus sûre manière de se proposede parvenir à quelque fortenir en exercice les muses des beaux tune , s'efforce de bien composer. Aesprits. Il serait à craindre qu'ils ne t— il obtenu ce qu'il cherchait , il se méprisassent le métier de poète , s'ils relâche. C'est ce qu'on observe à Péétaient trop riches. On peut donc gard des prédicateurs : on trouve juger que Charles IX avait raison de qu'ils prêchent mieux avant que d'asc comporter comme si les poètes lui voir l'episcopat où ils aspirent, qu'ae lissent fait la prière qu'Agur faisait près l'avoir obtenu (70). Cela me fait au bon Dieu , ne me donne ni pau- souvenir d'une pensée qui a passé vreté ni richesses , nouiiis-moi du pour un fort bon mot. Un grand pain de mon ordinaire ( 68 ). Le prince de nos jours voulant assiéger tempérament qu'il gardait est peut- une ville apprit qu'elle serait défendre le plus grand bien que l'on puisse due par un maréchal de France , et (64) On n'a qu'à se figurer que la dame pour ne changea point de résolution , et
qui l'on se voit prié de faire des vers est celle l'on assure qu'il répondit à ceux qui
q%aSt, Vie de Rons.nl, pag. ,43. voulurent lui représenter les suites
(G6) Dans la remarie précédente. de cette circonstance , un gouver-
(*) Ce que dit là Brantôme est tiré de ce«j»aro- neur qui n'est pas encore maréchal de
les Je P.p^re Ma«op dans m Vie du roi Char- prance est plus h craindre , qu'un
les IX, réimprimée a la suite des Additions au* * . », j '
Mémoires de Cstelnau : Poêlas genenxsis equis gouverneur qui l est deja.
ùmiles esse dicens , quos nutrire non saginari (L) // plaida pour recouvrer
oporteat. Rem. cri t.
(rj-) Citation (11) , tom. V, pag. 4^3. ((*)) Ci-dessus , citation (10) , tant. VIT, p. 5g.
(68) Proverbes de Salomon, chap. XXX, (7o) Voyc% la remarque (C) de l'article Z%.vxu t