‹ Dictionnaire historique et critiqueChapitre 127 sur 134 · AMYOT · texte numérisé non relu

AMYOT

5oi

* Les choses que M. Varillas rapporte touchant Amyot sont pleines de faussetés (O). Il en faudra faire la critique : cela peut servir à débrouiller le chaos.

(A) Son père et sa mère.... étaient de u fort petite condition. ] Quelquesuns disent qoe le père d'Amyot était un courroyeur de Melun ( i ) : selon d’autres , il faisoil et vendait des bourses et aiguillettes (a); enfin, selon d’antres , il était boucher. Je trouve trois bons auteurs pour cette dernière opinion , M. de Thou (3) , Papyre Masson (4) , et Brantôme. On ne sera

{>as fiché , je m’assure , de voir ici es paroles du dernier un peu au long ; car elles contiennent une autre particularité , qui ne doit pas être ignorée , quand même elle serait fausse. Brantôme , ayant rapporté que Charles IX , haranguant le parlement, dit d'une audace brave et menaçante :

« C’est à vous autres d’obéir à mes » ordonnances , sans disputer ni con- » tester quelles, elles sont ; car je sai » mieux que vous ce qui est propre » et convenable pour le bien et. profit » démon royaume; » ajoute: «N’ayant » point encore de barbe au menton , u il tint ces propos devant ces vieux » et sages personnages, qui tous s’es- » merveillérent d’un si brave et grave » langage , qui sentoit plus son gé- »> néreux courage , que les leçons de u M. Araiot son précepteur , qui l’a- » voit pourtant bien instruit, et qu’il » airnoit fort , et lui a voit donné » de bons et beaux bénéfices , et fait » évêque de Lizieux (5) , et l’appeloit »> toujours son maître : et se jouant » quelquefois avec lui , reprochoit » son avarice , et qu’il ne se nour- » rissoit que de langues de bœuf ; » aussi étoit -il fils d7un boucher de » Melun , et falloit bien qu’il man-

(l) S*int-Réâl , de l’UMge de l'Huioire, p .

(s) Roolliard , Antiquité* de Melun , p. 6o5-

(3) Thuenu* , Hitkor. Ub. C, ad mon. i5gt, pop. 4o5.

(4) Lanii /Mus trot, Meloduno oppido ortus, rir txcrUenti ineenio, lalini que et g rate è doctisstmut. Contins Maeistrum eum apveltabat, inter jocos avariliam objiciens et tordes , spsitd Itngtùs bnbulis uieretur. P»ptr Mano, tn Histor. Vite Caroli IX.

(5) Il te trompe ; il fallait dire Au&crrc , et do n Liaient.

» geast de la viande qu’il avoit veu » appresterà son père: osté cette ava- » ncc , c’était un grand et savant » personnage en grec et latin , tes- » moin les belles et éloquentes tra- » ductions qu’il a faites de Plutarque»

v qu’aucuns pourtant ses envieux ont » voulu dire qu’il ne les avoit pas » faites , mais un certain grand per- » sonnage et fort savant en grec, qui » se trouva , par bon cas pour lui , a prisonnier dans la conciergerie du » palais de Paris , et eu nécessité :

» il le sceut-là , le retira et le prit a » son service , et eux deux , en ca- » chette , firent ces livres , et puis » lui les mit en lumière en son nom : » mais c’est une pure menterie , di- » soit-on , que les envieux lui ont » prestée , car c’est lui seul qui les a » faits ; et qui la connu , sondé son » savoir et discouru avec lui , dira » bien qu'il n’a rieu emprunté d’ail- » leurs que du sien. Pour fin , il nour- » rit très-bien ce brave roi , et surtout » fort catholiquement. >» Si j’avais à mettre en doute les trois basses professions qu’on attribue au père de notre Amyot , ce ne serait point par la raison que son fils n’en a désigné aucune dans le manuscrit de sa vie :

il s’est contenté de marquer qu'il était sorti d’un père et d une mère qui avaient plus de vertu que de bien, parentibus honestis magis quant copiosis (6), Cette raison - là ne me frappe point ; car il y a peu de grands hommes issus de bas lieu , qui ne soient bien aises de passer légèrement sur l’obscurité de leur naissance : le détail les importune sur ce sujet.

Ils vous avoueront en général , tant

3n’il vous plaira , qu’ils n’étaient yas ’une condition reievée : mais nfaltendez pas qu’ils vous donnent des mémoires où vous puissiez lire que leur père était boucher , savetier , vendeur d'aiguilles ou d’allumettes „ qu'ils out demandé l’aumùne dans leur enfance , etc. Ceux qui avouent de semblables faits , et qui veulent bien qu’on les place dans leur éloge t sont si rares , qu’encore qu’il fût vra» qu’Amyot gueusa quelque temps par les rues de Paris ,jc ne m’étonnerais pas qu'il n’eût point chargé de cela

(6J Rnntliard , Hht. de t'Aoii^uU. Je Met no ,

pa§.

5p» amyot.

les Mémoires de sa \ie. Ainsi je ne réfuté point par sou silence ce que l’on conte de sa gueuserie , et de sa condition de laquais, et de son séjour à l'hôpital d’Ucléans (n). Il est vrai que je ne saurais accorder avec ce silence , lYndroit de son testament, où il. lègue douze cents écus à cet hôpital * en reconnaissance de la charité qu’il y avait éprouvée (8). On a observé que , dans jes OÊitvres , il ne s'est jamais qualifié du titre de son pays, et que, pendant son bonheur , il a eu fort peu d'habitude avec sa patrie (9). Il avait sans doute la faiblesse de regarder cette ville comme un rabat-joie , cf de s'imaginer que ses relations avec Melun ne serviraient qu'à faire causer le monde sur la bassesse de sa naissance. J'ai lu néanmoins , qu'il, avança quelques personnes de sa famille. Il est mort honoré de grands estais, et riche de plus de deux cent mille cscus , tans infinis autres moyens qu'il avoil d.' avancer ses païens , aucuns desquels se sentent de ses libéralilçt (10).

(B) Il quitta Paris , pour aller à Bourges y avec le sieur Colin , qui possédait dans celle ville l’abbaye de Saint-Ambroise. 1 Bullart, qui a suivi presque partout les Antiquités de Melun , s’en écarte ici , pour nous apprendre un fait assez inconnu : c’est qu’Amyot embrassa la profession religieuse dans l’abbaye de Saint-Ambroise de la ville de Bourges : mais que L’abbé le jugeant digne d'une vie plus éclatante que celle du cloistre , le fit connoistre au sieur de Sacy ü<uchetel (n). C'est dommage que l’on ne cite personne qui ait laissé par écrit une particularité si peu connue.

(C) François ltr. Lui donna V abbaye de Bellosane , que la mort de François F niable venait de faite vaquer. ] Ceci est entièrement incom-

atiblc avec le narré de M. de Saintéal. Cet auteur veut que , sous le régne de: Henri 11 , Amyot ait été eucore dans l'obscurité d'une petite pédago-

(7) S»inl-Rè»l, «le l'Usage de l'Histoire, p. 76.

1 "* Je flonte je ee legt , dit I.eClerc , sans • pourtant le nier exprestJmeni. »

g Là même , pag. -5.

Roulliard , Antiqml. de Melun , p. Co5.

) C'Vit la Popelinière nui dit cela , p. a5o , de fldée de l'Histoire.

(11) Bullart , Academie des Scienc. , lom. I , f*S loti.

gie jehez un gentilhomme de ses amis , et que M. de l’Hôpital, qui ne le connaissait point, l’ait uniquement recommandé à cause d’une épigramrae grecque qui avait ^été présentée à ce monarque (12). Cela ne saurait n’ètre point faux , s’il est vrai , comme porte le manuscrit de la Vie d’Amyot, que ce docte personnage avait été plusieurs années professeur à Bourges, avant la mort derrauçois 1er. , et que ses ouvrages , présentés à ce monarque, avaient valu à leur auteur une fort bonne abbaye. Serait-il possible que M. de l'Hôpital n'eût pas connu an Français , dont le public avait vu en i54g , • pour le pins tard ( 1 3) , une traduction de l'Histoire El liiopique d’Héliodore ? Qui nous a dit que le voyage de Henri II à Bourges ait été fait avant la première édition des Amours de Théagène? Ajoutons que la Vie manuscrite d' Amyot le fait aller en Italie peu après la mort de François Ier. Accordez cela , si vous pouvez , avec l'abbé de Saint-Réal , qui le fait précepteur à Bourges, pendant le voyage de Henri 11 à cette ville*. <

(D) Morvillier l’envoya porter a Trente les lettres du roj au concile , en i55i.J II faut nécessairement redresser ici l’auteur qui me fournit cet article (i4)> quoiqu’il assure qu’il a puisé dans une Viea’Amyot, commencée par lui-méme , et achevée par son secrétaire. Nous avons une lettre d’Amyot , qui contient la relation de son voyage de Trente, H écrivit peu de jours après ce voyage à M. de Morvillier , maître des requêtes. Or , bien loin de dire que M. de Morvillier , ambassadeur de France à Venise , l’-eût envoyé porter les lettres du roi au concile , qu’il déclare expressément qu’il fut choisi pour cette affaire par le cardinal de Tournon, et par l’ambassadeur de Self*. C’est une preuve convaincante que Morvillier n’était pas alors ambassadeur à Venise : et cela parait encore pins évidemment par la lettre d’Amyot ;

(ia) Saint-Rial, de l’Usage de rHsstoirc , p.

(i3) Je parle ainsi, parce que on Verdier Vau-Privés marque une édition de i54$- Or .-rla ne prouve point qu'il nj en ailpouU eud’autrrieure.

(*4) Sebastien Roulliard, Antiquit. de 2Xdoa.

AMYOT. 5o3

car elle est adressée à M. de Morvil* lier en cour. Remarquez bien ces paroles d’Amyot : lia pieu à A/, te cardinal de T-mrnon , et a M. l’ambassadeur de Selve, de m’élire pour faire cesie commission , sans que je pensasse à rien moins qu’à cela , ny à chose semblable..., (l5). Il faut noter que non- seulement je n’estois point nommé en celle lettre ( 16) ni près ni loin ; mais qui pis est , on n’en avoit pas seulement envoyé la r.oppie , par laquelle nous peussions sçavoirce qu’il y avoit dedans. De sorte que je ne veis jamais chose si mal cousue que cela (17). Ce ne fut donc point le roi qui l’euvoya faire ses protestations contre le concile : ce fut le cardinal de Tournon , et l'ambassadeur de France à Venise , qui le choisirent

f>our porter la lettre au roi , et pour ire mot à mot, devant rassemblée, la protestation de sa Majesté. 11 s'acquitta tout-à-fait bien de la commission.

Voici où j’en veux venir. M. l’abbé de Saint-Réal pose en fait qu’Amyot était précepteur des enfans de France, avant la négociation qui vient d’étre rapportée $ et il suppose qu’Henri II l'employa à cette affaire , parce qu’il avait reconnu la vérité du Don témoignage que M. de l’üopital avait rendu, quaud il avait dit au roi qu'Amyot méritait d'étre précepteur des enfans de France. Tout cela est réfuté invinciblement par la lettre d'Amyot à Morvillier. Corrigez sans crainte ce mensonge dans du SauAsai : Ccelerùm , si m 10I us adhuc abbas ad concilium Tritlentinum ab Henrico II mu s us fuit , negot iorum magni moment i causd (18).

Henri II n'eut aucune part à cela.

(E) Charles IX le fit grand-aumônier de France , et évêque d'Auxerre, j La première de ces deux dignités fut conférée à Àmyot le 6 de décembre i56o, par C lia ries IX , à Orléans. Du Peyrat , qui avait lu les registres des grands-aumôniers de France, rapporte cette date comme extraite au registre d’Amyot (19). C’est donc un

(i5) Instracüons cl Missive» des rois trèschreitien*, et cotres Pièces concernant le Concile de Trente, pas. i4 , édit. de 1608.

(16) C eu celle que le roi écrivait aux pires de Trente.

(17) Instruction» , Missives, etc. , pag. v3. (t8) AoJr. Saossains, de Scriptor. Ecclesis»t., nuis. 5a.

(«y; Guillaume Du Pcjrat , Histoire Ecclé-

fait avéré. Or on fait tomber par-là lus de la moitié de l’histoire que l’abé de Saint-Réal raconte touchant la fortune de ce prélat. Il dit qu’Amyot , sous le règne de ses disciples François 11 et Charles IX, n’avait que l'abbaye de Bellosane , avec la gloire d’avoir prononcé devant tout le concile \si judicieuse et hardie Protestation de Henri Il , et que sa fortune était apparemment pour en demeurer là , sans une rencontre fortuite , qui le porta plus haut qu’il n’avait jamais espéré , et

Zut marque admirablement l’esprit de tcour. Ce cas fortuit fut, qu’un jour, à la table de ce prince , on loua Charîfes-Quint de plusieurs choses , mais surtout d’avoir fait son précepteur pape.... Cela fit impression sut • l’esprit de Charles IX, jusque-là même qu’il dit que , si l'occasion s’en présentait , il en ferait bien autant pour le sien. Et défait , peu de temps après , la grande-aumônerie de France ayant vaqué , le roi la donna à A rnyot. Tout cela tombe par- terre, dès qu’on consulte les registres de cette grande - aumônerie , où l’on trouve la charge de grand-aumônier conférée à Amyot le second jour du règne de Charles IX. D’ailleurs, François 11 ne fut pas disciple d’Amyot , mais de Pierre Danès. Poursuivons :

M. de Saint-Réal suppose que la reinemère , ayant su bientôt ce tjue Charles IX avait fait pour son précepteur , fit appeler celui-ci dans son cabinet , où elle le reçut d’abord avec ees effroyables paroles: «J’ay faitbouquer » les Guises et les Chatillons , les Con- » nétables et les Chanceliers , les » Rois de Navarre et les Princes de » Condé ; et je vous ay en tête , petit » prestolé. » Amyot eut beau protester de ses refus , la conclusion fut quet s'il avait la charge , il ne vivrait pas vingt-quatre heures. L’abbé dit ensuite,

S 'Amyot s’alla cacher, et que Charles s’avisant aussitôt de ce que ce pouvait être.... entra dans une telle fureur. . .. , que la reine , qui avait assez de peine à le gouverner , ef qui le craignait autant quelle l’aimait , n’eut rien de plus pressé que défaire trouver Amyot. C’est supposer que Charles IX était roi depuis long- temps, lors-

siïMiqur de la Cour , ou le» Antiquité* et Recherches de la chapelle et oratoire du tu» de Traoce , pag. toj.

5o4 AMYOT.

qu’il donna cette charge à son précepteur ; mais rien n’est plus faux : il la lui donna le lendemain de 6on avènement à la couronne, avant que Catherine de Mcdicis eût goûlé de la régence , et qu’elle eût fait bnuquer bien des gens. Tout le monde sait que son pouvoir fut assez petit sous François II. Je ne laisse pas de dire que les réflexions de M. de Saint-Réal sur ces faits , considérées en elles-mêmes sont belles et bonnes. Quant à l’évêché d'Auxerre , il fut donné à Amyot, non l’au i5G8, comme l’assure Du Peyrat (30) , mais l’an 1570 (31 ), après la mort du cardinal Philibert Bu hou , qui le possédait.

(F) Henri III voulut quen sa considération tous les aumôniers de France fussent à l'avenir commandeurs nés de l'ordre du Saint- F surit. J Voici ce que je trouve sur cela dans un autre auteur : Henri III , en l’année 1678, instituant l'ordre du Saint- Esprit, ordonna (*) en faveur d’Amiot , que son grand- aumosnier seroit associé au mesme ordre en titre de commandeur , et ses successeurs audit estât : lesquels toutes fois ( dit-il ) ne seront tenus faire preuve de noblesse ,J ce qu'il adjousta pour gratifier ledit Amiot , lequel n’estoil pas de noble extraction , mais qui entroit au temple de l’honneur par celui de la vertu (aa). Voyez dans du Saussai (a3j la réponse de Henri 111 aux courtisans qui murmurèrent de la promotion d’un homme de si basse naissance. Le même auteur assure qu’Amyot dressa les statuts et les litanies , ou plutôt l’office de l’Ordre : Hujus statuta et horarias prcces s cite et scienter composuit.

(G) L'esprit rebelle de ses diocésains lui causa mille chagrins. ] M. de Thou fait une remarque bien flétrissante * pour la mémoire de notre Amyot j car il l’accuse d’avoir oublié les bienfaits dont les deux princes ses

(30) Hi*t. F.ccle*. rte la Conr, etc., p. 481.

(ai) On s'esi donc tromp/ dans la table de la Version de Fra-Paolo , ou l'on a dit çu’Amyot alla ambaajadear à Rome , tous le nom d'évéqun d'Auxerre , en i56a. L'évfque d'Auxerre , dont Fra-Paolo parle, n’e'taà point Jacques Amrot.

(+) L’ordonnance est rapport/e au livreX VlII du Code Henri, tit. XI , du Saint-Esprit.

(33) Guill. Du Peyrat, Hist. de U Cour, etc., pap. 385.

(3 3) De Scriptor. Eecleaiaat. , num. 5s.

* Leclerc trouve la remarque de de Thou tant Jondement.

élèves l’avaient comblé , et d’avoir eu trop de complaisance pour la fureur séditieuse et ligueuse de ceux d’Auxerre. L’amour de l’étude et la vieillesse lui avaient fait prendre le parti de la résidence , et il n’eut pas la force de résister au torrent de la rébellion (a4)- Sébastien Roulliard n’en parle pas de la sorte : il insinue qu’on le maltraita , à cause de sa fidélité. Les afflictions, dit- il (a5), l'accueillirent à la sortie des estais de Blois l’an 1 589, pour ce que, par la fureur des troubles qui pour lors s'échauffèrent , il J ut tout volé et destroussé a my-chemia retournant a Auxerre, et qu estant arrivé la , lui fut baillé beaucoup de peine par les habitons , voire par son clergé % pour les causes du temps. Enfin , petit à petit Us affaires s’apaisèrent ; tellement qu’il ne bougea dicc/ui lieu, se plaignant toutesfois journellement de ce que la privation de scs biens et commoditez du passé lui oslOit U plaisir de l’estude. Sainte - Marthe avoue bieu les mauvais bruits qui avaient couru , mais il ne les croit pas véritables (aôj.

(H) Il mourut en 1 593 , courant sa soixante-dix-neuvième année. M. de Thou s’etait adressé à des gens bien mal instruits sur le chapitre cT Amyot , puisqu’ils ne surent lui apprendre, ni quand il mourut , ni à quel âge. U ait en général, qu’Àmyot, dont il met la mort au mois de juillet *591 , avait passé soixante ans. Sainte-Marthe la met à l’an 1 5ga : Trietmio post Henricurn tertium detestabili parricidarum coitionc sublatum è vivis ex cessit (27).

(I) Il se mêla de poésie, et n’r réussit pas .J Sébastien Roulliard, son compatriote, l’épargnerait sans doute sur ce sujet, si cela était possible.

Voici ce qu’il en dit : Quant au poème latin quil fit sur le sacre du roi Charles IX, on reconnoist par icelui qu’il s’estoit fort addonnea la Ucture d’Horace ; mais uuroit esté peu adroit en son génie poétique (a8). La version des vers grecs en vers français, à laquelle Amyot se voulut assujettir dans son Plutarque , est affreuse. Charles IX la trouvait grossière , en quoi

(i4) Thoann» , de Vite »uâ , Ub. V , p. 1131,

(35) Roulliard, Antiaait. de Meluu , p. 6a 5.

(sü) Samtnarth. in Elogii», peg-

(3?) Ibidem.

Roulliard , Àntiquit. de Melun, p. 6x4.

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son opinion ha esté suivie de beau eoup d’aultres (29). Roulliard apporte une excuse pitoyable : C est un ramasy dit-il , de divers aulheurs , et de style différent. Ajoutons son jugement sur la prose d’Amyot. Tant y ha , dit-il , eue, selon mon advis , U esioit plus heureux en la traduction quen sa composition , soit Jrancoise ou latine ; car ce que j'en ay veu me semble cstrangemcnt pesant et traisnassier.

(K) Ses traductions ont été son plus bel endroit.'] La première de tontes a été celle des Amours deThéagèneei de Chariclée; mais celle de Plutarque lui a procuré sa principale réputation 11 a traduit aussi les Pastorales de Lon gus (3o) , plusieurs Livres de Diodore de Sicile *, et quelques Tragédies grecques. La duchesse de Savoie , ne trouvant point dans Plutarque la Vie d’Épaminondas , ni celle oc Scipion , le pria de les composer. 11 le nt; mais elles n'ont pas été publiées. La préface était déjà toute prête : Pierre Mathieu l’a -vue (3 1); il faut donc croire qu’Amyot avait mis la dernière main il cet ouvrage. Il n’osa , dit-on (3a) , entreprendre la traduction de Philostrate, quoique le Roi Henri 111 la lui eût souvent demandée : il s’en excusa sur l’impossibilité } et quand ce prince, ayant vu la version de Vigénère , ait à Amyot : Hé lien , vous disiez que Philostrate estoit hors de traduction ? Amyot lui répondit qu’il l’avait cru jusqu’à celte heure.

(L) Tous tes critiques ne lui sont pas favorables.] M. Bailiet a très-heureusement recueilli les éloges que l’on a donnés au Plutarque d’Amyot (33).

Ils sont beaux et glorieux. J y ajoute ce nue j’entendis dire à M. Conrart, en l’année 1675, lorsque quelqu’un lui eut appris que presque tous Ie9 exemplaires du Plutarque de M. l’abbé Tallemant avaient péri dans l'incendie

(19) Là même.

(30) C'est ainsi qu'il fallait traduire le Long! Pcemrnica de 1H. de Thou , et non pas, comme

. du hver , par les Paineiiiques de I.oagua.

* Ce sont, tùt Leclerc, les livret XI à X VII , imprimas en i554 , in-folio, a Paru , chet Vaseosan.

(31) Bollart le rapporte dans son Académie de» Scienc. , pag. 168.

(3a) Da Verdier Vau-Priea» , Prosopogr. , tasn. III , pag. *57».

(33) Bailiet, Jugent, des Savant, toin. IV , pag 5»i. Voje a aussi Pope Bloont , O. mur. eelehr. Aulor. , pag. 5st.

du magasin d’un libraire. On s’en consolera aisément , dit-il, pendant qu’on aura la traduction d! Amyot.

On y trouve les plus beaux tours de notre langue , et la plus heureuse économie de nos périodes. M. Bailiet n’a pas recueilli avec moins de soin les jueemens désavantageux : il n'a pas ou- Dlié que M. de Thou loue beaucoup plus lelégance que la fidélité de ce traducteur : Diodoro ac prœcipuè Plutarcho licet majore plerumquè eleganlid quam Jide g allicè redditis (34).

il a oublié uu autre passage de M. de Thou , que M. de Girac rapporte.

M. de Girac sera le seul dont j'alléguerai les paroles, comme une espèce oe supplément au beau recueil de M. Bailiet. « Pour ce qui est d’Epiti- » mius , » dit-il (35) , « qui est tué » dans Amyot, au lieu que dans le » texte grec ce n'est que son cheval, » j’aime mieux croire que ce fameux » interprète s’est servi d’exemplaires » diflerens de ceux que nous avons , » que de dire , avec M. de Thou , que » ses versions sont bien plus polies que fidèles , et qu’il ne recherchoit » pas tant la vérité , qu’il affectait de m plaire aux oreilles délicates (**). Je m sais qu’un savant et sage juriscon- » suite (**) l’accuse de n'avoir pas seti » comprendre une belle antiquité » touchant une loi de Solon ; car an » lieu d’écrire que ce législateur s’é- » toit vanté quelque part dans ses u poésies qu'il avoit délivré les Athé- » niens de toutes les dettes qu'ils » avoient contractées , et oslé Us » brandons ou pannonceaux qui étoient » posez en beaucoup de lieux sur les » te.rres hypothéquées , il avoit tra- » duit , d avoir osté Us bornes qui » paravant faisoient Us séparations *> des héritages de tout U territoire » at tique. Je pourrois ajouter plu- » sieurs remarques sur quantité a’en-

(34) Thuan. llut. , Lb. C, pag. 4o5.

(35) Girac, Réplique à Costar, section Ll , pag. 438 , édition de Hollande.

91 ) Àmiolur hic Pâme nie a Longi , Heliodori ihiopica, Diodori Sicnli Historien , ac pot iremô Plularchum in hnguant notlram gallicam de Grcrcu v trierai , std hune majore e/e— ganlid quàm fi de, ditm attribut notlrtt place re, quam de tenais ver lia le laborare. poliitt rxisysnal. Thuan. , de Viti au» , lib. V.

(**) L'Oiseau, de l'Action hypothéq , lie. III,

' Ori tsc t« Tfot/7r9*M^dvsç yi( opiu c etro-

X* TSXXdt^M TtXS^-OTCtî.

5o6 AMYOT.

5» droits, où le bon Amyot a pris le « chance; mais je ne saurois approuj) ver m. de meziriac , lequel (*) , » dans un discours qu'il a fait de la » traduction , après avoir loue l'es- » prit , le travail , et le style de cet u éloquent traducteur en sa version de » Plutarque , prétend montrer qu’en » divers passages , qu i/ a remarquez » jusques au nombre de deux mille , » il a fait des fautes très-grossières. »

(M) On veut qu’il ait été plagiaire .] On a vu (36) ce que dit Brantôme sur ce sujet. Voyons maintenant ce que d’autres en ont dit. J’ai ouï dire , c’est M. Colomiés qui parle (37) , a A/. Patin , qu'il avait appris du bon homme Luurens Hochet (.qui a fait imprimer les Décrets de V Eglise Gallicane , etc. ) , qu’ Amyot avoit traduit les f^ies de Plutarque sur une vieille version italienne de la bibliothèque du roi , et quelle étoit cause des fautes qu’il avait faites. Je ne sai si cette version n’est point celle que fit sur le latin , l’an 1482 , Baptiste Alexandre Jaconel de Riele , qui est dans la même bibliothi que *. La Popelinière accuse Amyot de n’avoir pas rendu à Turnebe rhonneur qui lui était dû, puisqu’il n’a point publié les secours qu’il avait tués de lui pour l'intelligence des passages difficiles (38>. 11 prétend que Turnebe lui envoyait les passages tout entiers tournez en François sur lesquels Amyot était en peine, et que plusieurs autres gens doctes l’aidèrent de leurs bons avis (39).

(N) Quelques-uns l’ont accuse d’avarice. ] J’ai cité dans la remarque (A^ un long passage de Brantôme, ou Charles IX fait la guerre de ce défaut

(*', M. Pétition , dans f Histoire de l'Académie , pag. a3a.

(36) Ci-detsu* , Remarque (K).

(37) Colomiés, Opuscules , pag. ia4t édit. d'Ulrecht.

• V»,ci comment , dans Védilion de la Bibliothèque choisie de Colomiés, 1731 . La Monnaie parle de celle circonstance : <• Il est vrai,

• dit-il, que ceUe traduction italienne a du' r/im-

• primée plusieurs foi s in-4° et in- 8° ; maie

• comme elle n'a été faite que sur de tris-mau-

• vaieet versions latines que ce traducteur a

• rendues encore pires , il ne faut pas s'ima-

• gner au’ Amyot , qui , nonobstant les fautes » qu'on lui reproche , ne laissait pas li'etre un

• fort habile homme , fût capable de s'attacher

• a une u misérable copie. »

(stl) La Popelio., laée do l’Histoire accomplie , liv. II f, pag. >5q.

(?<l) La Popelinière , Histoire des Ilislcircs , pag: 35y.

à son précepteur. Un autre livre m’ap-

Srend qu’un jour qu’Amyot demanait un bénéfice de grand revenu , ce prince lui dit : Eh quoi, mon mat sire , vous disiez que si vous aviez n tille écus de rente , vous seriez content : je crois que vous les avez et plus. Sire , repondit-il, l’ appétit vient en mangeant; et toutefois obtint ce qu’il désirotl (4o). On prendra si l’on veut pour une preuve équivoque de son avarice les deux cent mille écus de bien qu'il amassa (4 1 )*

(0) Les choses que M. de y ariUas rapporte touchant Amyot sont pleines de faussetés. ] 11 dit que la cour de François l*r.. s’étant arrêtée durant quelques heures dans le château d'un gentilhomme de Berry , Amvnt, qui était précepteur chez ce gentilhomme, en prit occasion de présenter a. sa majesté une épigramme de quatre vers grecs , qu’il venait de composer. Les savons , qui suivaient sa majesté, trouvèrent L épigramme si belle , que ton ne jugea pas a propos de laisser plus long temps son auteur dans une province trop éloignée de Paris. Le roi l’attacha à son service par une pension considérable (4*)* Tout ceci est plein de transpositions de circonstances; car nous avons vu (43) que l’on attribue à Michel de l’Hôpital le bon eflët que produisirent quelques vers grecs d’Amyot présentés à Henri II. M. Varillas raconte dans un autre livre (44)» qu’Amyot, professeur en grec à Bourges, se ht connaître à la cour par sa politesse à écrire en français , et qu’alors Bouchetel et Morvillier, secrétaire d’état, le rappelèrent à Paris ; et après l'avoir ramené a la communion de l’église catholique , le rccommandèt enl au cardinal de Tournon , qui lui fit donner l’abbaye de Bellosane , et la commission de secrétaire d' ambassadeur a F enise , d’eù il partit pour aller a Trente exécuter les ordres du roi , l’an ï55i. Voilà comment cet historien réfute dans un ouvrage ce qu’il avait dit dans un autre. Il ajoute qu'Amyot fit un discours

(4o) Prosopogrsphiede Da Verdier, ion. ///, pag. »5r3.

(Ai) Voyct la remarque (A) , a la fin.

(40 VarilUt , Hiit. de l’Hérésie, liv. X, pag. 3 j o , édition de Hollande.

(43) Pans la remarque (C).

(44) V grilla» , Histoire de Henri II , L*. II, pag. ao4-

AM Y R AU T. 5o7

devant les pères du concile : il en donne (5o) ; et par conséquent, ce ne fut le précis, et il cite ta Harangue d A- point. lui qui le fit connaître à cet myot. Mais cette harangue est une chi- abbé. Ou trouve dans les mêmes Mémère : Amyot ne fit que lire la protes- moires, qu’Amyot remplit la charge tation du roi. Quelle hardiesse n’est- de professeur l espace de dix ans , et ce pas de citer des manuscrits qui que souventes fois on lui ha ouï dire n’existèrent jamais? M. Varillas as- entre ses amis , qu’il avoit un honneste sure qu’Amyot , âge de dix ans, fut appoinctement ; que jamais en sa vie trouvé malade , sur le chemin de Pa- n'eut meilleur temps que celui-là , ris, au bord d’un fosse, et qu'un gen- et avoit pris un fort grand plaisir à tilhomme passant.... le mit sur son faire cet exercice , à cause qu’il joui scheval , et le conduisit , en le soute- soit d'un extrême repos ( 5i). il ne s'en* hanl, dans une maison proche , où il nuya donc pas bientôt d’enseigner publient , et reçut charitablement pour büqueracnt. M. Varillas observe que passer chemin seize sous , qu’il rendit Bouchetel et Morvillier lui représendepuis avec usure en laissant aux hé - tèrent i obstacle que son hérésie apriliers de son bienfaiteur seize cents porloit a son salut et à sa fortune , et écus de rente (45). La Vie d’Amyot quil profita de leur advis. Bouchetel

K rte qu’il légua douze cents écus à le connaissait donc pour calviniste ^ ôpital d’Orléans (46)* C’était là mais en ce cas-là , aurait-il voulu le qu’il avait été mené par le gentil- faire précepteur de ses enfans, comme homme : c'était là qu’il avait été guc- il avait fait (5a) ? .

qu

ri , et qu’il reçut seize sous ; ce fut à cet hôpital qu’ii fil depuis un legs de douze cents écus , selon le narré de M. de Saint-Réal. (47)» D’où vient que M. Varillas altère ces circonstances , et amplifie la gratitude ? Pourquoi par ses hyperboles convertit-il un simple legs de trois mille six cents francs en une rente annuelle de six mille deux

remarqué que ce fut en i535 quAmyol alla a Bourget.

(50) Melcb. Adamm Vit»* Philosoplior., p. *33.

(51) Houlliard, Antiquité* de Melun, p. 60-. (5a) Là mime.

AMYRAUT ( Moïse ) ministre et professeur en théologie à Sau— mur , a été un des plus illustres

cents livres (48) ? 11 assure qu’Amyot, théologiens * qu’on ait vus en « en etudiant changea de re «ion, et f ° dans Ie\YII«. siècle. Il

v compagnons, jusqu'à ce qu’étant dé- était dune bonne et ancienne couvert il se réfugia à Bourges, où famille, originaire d’Orléans (A), le même Voîmar, qui avait instruit naquit à Rourguei! , petite

l’abbé de Saint-Ambroise, en qua- ™1,e de, Touraine, au mois de lité de précepteur de ses neveux, septembre l5^D. Ayant fait son et le choisit depuis pour son suc- cours de philosophie , il fut

cesse u r à montrer le grec. Amyot envoyé Ù Poitiers , pour y étudier s ennuia bientôt d enseigner publi * ■»*' , Y «

quement. » On ne pnut «corder en drolt 5 ll s aPPllcI'ia » c.et,te rien de tout cela avec les Mémoires science , avec tant d assiduité , de la Vie d’Amyot publiés par Scbas- qu’il y employait i4heures cha-

voyage (49)- R y a*la donc l’an 1 53 7 *. compatriote , et ministre de Sau- OrVolmar sortit de Bourges 1 an i535 mur, lui conseilla d’étudier en

soi

(\S) VariUâs, HUt. de Henri H , Le. il, p. théologie î la lecture de l’Insti—

(46) y oytx la remarque (À).

(47) Saint-Réel, de rUiaee de l’IJUtoire, p. ^5.

de Henri II , lie. II, p.

• Leclerc trouve cet article trop flatteur ; -.ô\ \i :•! J II. • fl I- rr il reproche à Bayle la source nh il a puisé ,

r * * ’ ' r et dont , dit- il, il devait se défier. Voyez lu

(4o) Ronilierd, Antiquité* de Melun , p. 607. oote {p) sur le texte.

• Leclerc, dans une note tarie texte, a déjà («) Vn 1616.

5o8 *AMYRAUT.

tution de Calvin lui donna un grand goût pour ce conseil. Ainsi ayant témoigné à son père , qui avait ses vues en le destinant au barreau (B) , qu’il souhaitait passionnément d’être ministre , il obtint , quoique avec peine , le consentement qu’il demandait. Il alla étudier à Saumur, sous Cameron , qui l’aima et qui l’estima d’une façon particulière , et il fut assez long-temps proposant.

Lorsqu’il fut reçu ministre , on le donna à l’église de Saint-Aignan, au pays du Maine , où ayant demeuré dix-huit mois, il fut appelé à Saumur , pour y succéder à M.

Daillé , qui sortait de ce poste , afin d’aller être ministre de Charenton (b). En même temps que l’église de Saumur le souhaita pour ministre , le conseil académique jeta les yeux sur lui pour la profession en théologie. C’est pour cela que l’église de Rouen , et celle de Tours, qui le demandèrent en même temps au synode, ne l’obtinrent pas ; car les synodes nationaux avaient régie que le# intérêts des académies seraient préférés à ceux des églises. Sa réception au professorat en 1 633, l’examen qui la précéda, et la thèse inaugurale de Sacerdotio Christ i , lui attirèrent beaucoup d’applaudissemens. On reçut avec lui deux autres excellens professeurs , Louis Cappel , et Josué de la Place : si bien que l’on donna tout à la fois k l’académie de Saumur les trois personnes qui étaient les plus capables de la rendre florissante; puisque , outre leur grand savoir, il y avait entre eux une sympathie merveilleuse qui a

(b) La Vie de M. Daillé nous apprend qu'il fut appelé à Paris l'an 1626.

produit une concorde pleine d’édification et de bonheur, et d’autant plus digne de louange , qu’elle est une rareté fort difficile à trouver en pays académique. M. Amyraut fut député au synode national de Chareuton , l’an i63i. Cette compagnie le députa pour aller haranguer le roi , et pour présenter à sa majesté le cahier des plaintes concernant les infractions des édits.

On le chargea en particulier de faire en sorte qu’il neparlAt point à genoux (C), comme avaient fait les députés du dernier synode national; et il ménagea cette affaire avec tant d’adresse et de fermeté , qu’il fut enfin admis à l’audience selon l’ancien usage , et selon le désir de la compagnie (c). Cette députation le fit connaître au cardinal de Richelieu , qui s’étonna de lui trouver tant de qualités qui ne sentaient point son homme d’étude. Quelque temps après il publia un écrit, où il expliqua le mystère de la

Ïirédestinationet de lagrâce, selon es hypothèses de Cameron (D).

Cet écrit excita une espèce de guerre civile parmi les théologiens protestans de France (E).

Ceux qui n’étaient point dans ces hypothèses crièrent k la nouveauté , et surtout lorsqu’ils virent le grand du Moulin en canine, qui ne cessait d’accuser Amyraut de contravention au synode de Dordrecht , et de favoriser l’arminianisme. L’autorité de ce célèbre théologien , qui s’était acquis dans son parti la vénération des peuples par quantité de livres de controverse , fit

(c) Tm Harangue qu'il fil au mi est inséré « dans le Mercure fraoçaia de l’an i63l.

AMYRAUT. 5<>q

une telle impression sur plusieurs ministres, qu’encore que M. Amyraut eût publié un écrit (</), où il soutenait que Calvin avait enseigné la grâce universelle , on vit au synode national d’Alençon ve) un bon nombre de députés chargés d’instructions contreM. Amyraut ; et il y en eut de si ardens , qu’ils ne parlaient que de déposer (F). Les députés des provinces de delà la Loire furent ceux qui témoignèrent le plus de chaleur.

Néanmoins la compagnie , ayant ouï en plusieurs séances M. Amyraut qui exposa son sentiment , et qui satisfit aux difficultés qui lui étaient proposées , le renvoya avec honneur à l’exercice de sa charge , et imposa sur ces questions un silence qui ne fut pas trop bien gardé. On {/) porta plainte au synode national de Charenton, en i645, contre M.

Amyraut , comme ayant contrevenu aux règlemens qui concernaient ce silence ; et il se plaignit à son tour de quelques contraventions faites contre les mêmes règlemens. La compagnie , ensevelit par une sainte amnistie toutes ces plaintes réciproques , renouvela les règlemens du silence , renvoya M. Amyrau,t avec honneur à l’exercice de sa charge, et lui permit de faire contre les étrangers qui l’attaqueraient ce que le synode d’Anjou trouverait bon. Ce synode lui permit de publier une réponse aux trois volumes de M. Spanheiin sur la

Î;ràce universelle (G); ce qui fut a source de quantité d’autres #

(et) Intitulé , Echantillon de la Doctrine de Calvin.

(e) L'an 1637.

(J) Blondel, Actes aulhentiq., pag. 36.

livres {g). Pendant le synode national de l’année ib45,M. Âmyraut fut prié par la compagnie d’entrer en conférence avec M. de la Milletière , afin de tâcher de le ramener. La conférence dura plusieurs jours ; mais ils ne s’accordèrent pas mieux en disputant de vive voix , que dans les livres qu’ils avaient déjà ubliés l’un contre l’autre. La octrine de M. de la Place sur le péché originel fut attaquée dans ce synode. M. Amyraut , en ayant été averti , se présenta à la compagnie, pour plaider la cause de son collègue , et montra par un loug discours , que le sentiment dont on se plaignait n’avait rien de dangereux. Cette action ne fut pas seulement louée , à cause de l’habileté avec laquelle la doctrine de M. de la Place fut soutenue ; mais aussi , à cause que M. Amyraut n’avait en vue que l’interet de son collègue : car son sentiment là-dessqs n’était point celui de M. de laPUce. Si j’ajoute que M. Cappel ne suivait pas la route ordinaire des protestanssur l’antiquité des pointsde l’Écriture hébraïque , j’aurai dit tous les chefs de plainte que l’on faisait contre l’académie de Saumur ; mais ces plaintes n’empêchaient pas que l’on n’y vit un grand concours de proposans , qui diminua à vue d’œil après la mort de ces illustres professeurs (h). M. Amyraut survécut à ses deux collègues, et a eu le temps de publier un trèsgrand nombre de livres (H). 11 avait autant de facilité pour la plume que pour la langue : et c’est

(g) Là meme , pag. ^o, t\\.

(h) Ils sont les auteurs de ce qu'on appelle Thèses Sal marieuses , ouvrage très- es Urne.

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