AC ON CE
tude de Bartole , de Balde, et de semblables écrivains barbares, et plusieurs années à la cour
La lettre d’Aconce , qui a été publiée l’an i6cj6 (/»), fait voir un esprit exact qui entendait la bonne logique. Elle est datée de Londres, le 5 de juin i565 , et sert d’éclaircissement à une chose qu’il avait dite de Sabellius , et qui avait été critiquée. Notez qu’encore que la plupart des théologiens protestans regardent cet homme avec horreur, il y en a parmi eux qui l’ont fort loue (F).
Castiglioni qui publia une pièce italienne de lui intitulée : Una Esorlaiionc al timor di Dio, con alcune rime italiane , nuoramente messe in luce ; Londres , sans date.
(g) Idem , ibid.
(h) Par M. Crdnius, à la page l3a, et suiv. de la II *. partie des Ammailversiones Philologie» et Historié».
(A) À la télé du livre qu’il lui dédia.'] Au lieu d’épître dédicatoirc , il se conlenta d’une inscription canonisante , qui commence par Divje Elisa- BETHÆ i AngLIJE t F RAftClÆ ) HlBERtlIÆ Regiwæ. H déclare qu’il lui dédie son livre , afin de lui témoigner sa gratitude : In signant mernoriamque grati animiob partum ejut liberalitate, quüm in Angliam prnpler Evangelicœ veritalis projessionem exlorris appulissel , humants s inièque exceplus esset, litterarum olium. 11 dit dans sa lettre a Wollius , que sa pension soulageait en quelque sorte son indigence, et lui donnait quelque loisir pour étudier :
Ut autem quicquid est operæ id islam in artem (raüniendorum oppidorum) conferrem , ex parte privatis sum ra tionibus adductus , etenim in hoc voluntario mco exilio inopiam UTCUIV - QUE sublevai , et otii ad alia studia suppeditat DfOJSNlUlL, impetrato mthi ab hujus sapientissimœ atque optimal jReginœ liberalitate honesto stipendia (t). Quelles restrictions! et qu’elles marquent qu’il est difficile de contenter les exilés !
Notez qu’il obtint cette pension ,
(,) Acontii Kpi»t. od Wolfmm , rie Rationu rdendorum Jibrorum , pag. 411’
non pas en qualité de théologien, mais en qualité d’ingénieur : cela paraît par la raison qu’il allègue pourquoi il donnait son temns à uu ouvrage de la fortification des villes.
(B) Qui est une bonne pièce.] C’est le jugement qu’en a fait un savant cartésien (a), dans une lettre qu’il écrivit au père Mersennc, peu après que les Méditations de M. Descartes eurent vu le jour. « 11 témoignait m goûter sur toutes choses la méthode m avec laquelle M. Descaries avait » traité son sujet; il en admirait les » propriétés , et relevait les avantages » qu’elle avait sur celle des écoles or- » dinaires : mais surtout, il estimait » son j ugement et les raisons pour les- » quelles il avait préféré la méthode » analytique ou de résolution, à la » méthode synthétique ou de conii> position, tant pour enseigner que » pour démontrer, li n’avait encore » trouvé rien de semblable jusque-la « hors le petit livre de la Méthode, » compose par Jacques Aconlius, qui, » outre cet excellent traité , avait j> encore donné un bel essai de la roé- » thode analytique, dans son livre des » Stratagèmes de Satan » qu’il con- » seilie de lire à tous ceux qui aimént » la paix de l’Église, quoique Acontius « n'y soit pas exempt des préjugés de » sa communion, et qu’il ait eu inu lent ion d’y favoriser ceux de sou » parti (3). » Cette petite pièce d’Aconce , sous le titre de Metnodus siv e recta investigandarum tradendarumque Artium ac Scientiarum ratio , fut insérée, l'an i658, dans un recueil de dissertations deSludiis benè instituent dis , qui fut imprimé à Utrecht.
(C) . Qu’on allait passer dans un siècle encore plus éclairé que celui où il vivait.] 11 faut l’entendre luiméme : Voici ce qu’il dit après avoir touché les autres raisons qui rendaient fort difficile l’exécution de son projet. Inlclligo cliam me in seculum incidtsse cullum pt celer modum . nec tam certè vereor eorum , qui regnare nunc videntur , judicia , quant exorientem quandam seculi adhuc paulo cultioris lurent pcrtimescor . Etsi enim multos habuit habetque œtas nostra viras prœstantes,
(i) Heulnrru». Sa lettre est datée du 39 d'août 1641. Varet Baillet, Vie de Deicartci, tom. II, pag. 1 "• 8 .
( *) Baillet , là même.
ACONCE.
ad hue tamen vidcre videor nescio quid mugis fûturum (4).
(Dj Si 1 conjecture était bien fondée 3 Je crois que le XVIe siècle a produit un plus grand nombre de savans hommes, que le XVHej et néanmoins, il s’en faut beaucoup que le premier de ces deux siècles ait eu autant de lumières que l'autre. Pendant que le règne de la critique et de ta philologie a dure', on a vu par toute l’Europe
Plusieurs prodiges d’érudition. L’étue de la nouvelle philosophie et celle des langues vivantes ayant introduit un autre goût, on a cessé de voir cette vaste et cette profonde littérature; mais en récompense, il s’est re'pandu dans la république des lettres un certain esprit plus fin et accompagne' d'un discernement plus exquis : les gens sont aujourd’hui moins sqvans et plus habiles. Aconce avait donc raison de voir en éloignement un siècle qui serait un juge plus à craindre pour la logique qu’il me'ditait, que ue le pouvait être le siècle d'alors. Ce n’est pas moi, au reste, qui m’érige ainsi en juge de la supériorité de notre sièc le : je ne fais que me conformer an sentiment des connaisseurs les plus fins.
« Nous sommes dans un temps, dit l’un e d’eux (5), où î’on devient sensible au » sens et à la raison plus qu’à tout le » reste. En quoi on peut dire, à la » louange de notre siècle, que nous a connaissons déjà mieux le caractère » ■ des auteurs anciens, et que nous « sommes plus entrés dans leur esprit si que ceux qui nous ont précédés, La » aiflerence qu’il y a entre eux et nous si est qu’on se piquait bien plus d’ém rudition dans le siècle passé que » dans celui-ci..,. C’était le génie de » ce temps-là , où rien n'a été plus en » vogue que la grande capacité et » une profonde littérature ,* on étu- » diait à fond les langues : on s'applip quait à réformer le texte des an- » ciens auteurs par des interprétations 1» recherchées , à point iller sur une » équivoque , à fonder une conjecv ture pour bien établir une correc- » lion ; enfin , on s'attachait au sens » littéral d'un auteur , parce qu'on » n'avait pas la force de s'élever jus- »» qu’à l’esprit pour le bien connaître,
(4) Aconûi Ep *t. ad WolGutn , pnp. 4>>- (Si) £e pire llauin , dai i.« la préface de la Comparaijoo de Thucydide et de Tite-Live.
» comme on fait à présent qu’on est » plus raisonnable et moins savant , » et qu’on fait bien plus d’état du bon » sens tout simple que d’une capacité » de travers. »
(E) Odieux a quelques théologiens protestant. ] Afin qu’on ne m’accuse point d’avancer ceci en l'air et sans preuve , je citerai les paroles d’un ministre de la Haye. « Jacobus slcon- » lius , dit- il (6) , (de quo jure quod » de Origene dici solel , ubi benè, ne- » rao meliiis; ubi malè , nemo pe- » jus , ) .... fuit, ... vir verè doelus , » sed ingenii ut acris quidem , ita et » elatioris , et justo liberalioris : quin » h nescio quali scepticismo et indif » ferentismo in ipsam Theologiam » introducendo haudquaqu'am alieni , » quod tractatu suo de Stratagematis » Satanæ testatum salis fecit , libeilo » ( Simone Goulartio jiulice ) omnium » malorum pessimo (*). Poctius ei » adscribit (**), quod vel iraperitè vel » su bdolè commu nem confession is con- » ceptura molitussit, sub cujus vexillo » militari possunt et ip«i Àriani u Ce qui vient d’être rapporté de Simon Goulart ne se trouve point, que je sache , dans ses livres : je crois qu’on ne le tient que d'Uytenbogard , qui a dit dans quelqu’un de ses ouvrages que Lorsqu il étudiait à Genève, il tut censuré de la lecture d’Acontius par Simon Goulart , et averti que le livre des Stratagèmes de Satan était le plut méchant livre du monde , esse librum omnium malorum pessimum in). J’ai trouvé un autre passage de Voetius concernant cette matière ; ce docteur
y met Aconce parmi les hérétiques
3ui sortirent d’Italie sous le prétexte c la réformation (8; ; et il assure que si l’on avait pris garde au venin qui est caché dans quelques endroits de sou livre (***), on l'aurait excommunié ou contraint de signer un formulaire d’orthodoxie. Juaicetur quis anguis in herbd talueril , q-'od hic vir infundamentaltbus assertionibus nunquhm tô ofA ooéviov trium personarum statuent ,
Î6) Sildtani, de Librii , «le., pag. 33^ , 338- *) TrigUad. H i»t. KccIm. png. i3i.
*•) Voetius , Politir. Ecries. part. /// , in Indice , et pag 3* , '3g8.
(-) Uytenbogsrd , Historié, Belgice cotveripta , cao. t , pag. 7 , edit. in- 4.
(8) Voetius, Disput. throl. tom. [ , rag 49^- (***) Pag. 114, *»3 , 34* * édit, tiacil. An
îoA ACOSTA.
nec adversarios , Samosatenum , Photinum , Arrium , Eunomium , Pneu matomachos , aut eorum errores rejecerit , contentas soins itlos rejectos , qui negarent filium non esse alium à pâtre (9).
(F) Il y en a parmi les protestans qui l'ont fort loué. ] M. Crenius fournit des preuves de ces deux faits. Il observe (10) que Conrad Bergius déclare qu’Aconce a raisonné prudemment et pieusement. Ce Bergius était miuistre et professeur en théologie à Brème. Le livre où il parla de la sorte est intitulé : Praxis catholica divini canonis contra quasvis hœreses et schismata , efc., et fut imprimé à Brême, l’an 1639 , in-8°. Rivet, en ayant eu un exemplaire ex dono autoris , y écrivit quelques remarques dont je rapporte celle qui concerne Aconce.
Miror c ur (pag. 5t»4), tanti facial vir doctus judicium Acontii, hominis arn biguce fidei et Socinianorum vel prodromi , vel commilitonis , cujus rei grand ab Arminianis loties recusus est et comméndalus , eliatn in varias linguas bulgares translatas. Paie homini scopas fuit , ut ex toto libro apparet , ad tam pauca necessaria doc~ trinam christianamarctare, ut omnibus sectis in christianisme pateret aditus ad mutuam communionem. V ellem doctiss. et pium virum a. talibus laudatidis et imitandis abslinuisse (11).
Le livre qui me fournit ce passage , m’apprend aussi qu’Isaac Jumus (ta) , ministre deDelft, mettait Aconce, les remontrans et Socin dans la même classe , et le regardait comme un homme qui voulait réduire à l’unité toutes les sectes et les enfermer dans une même arche , comme Noc enferma toutes sortes d'animaux dans la sienne, où elles furent conservées quoiqu’elles se nourrissent de différentes pâtures. On voit dans le même livre le jugement que Peltius faisait d’Aconce: c’est qu’en réduisant à un petit nombre les points nécessaires au salut, et en demandant la tolérance pour les opinions qui combat (aient les autres articles, il n’y avait point d’hérésies à quoi il n’ou-
(9) Voetius, Dispat. Theolog. iom. J, p. Soi.
(10) Tbom. Crnaius , Animadv. Philolog. et llistoricar. , parle II , pag. 3a.
(11) Rivet, apud Crenium, ibid ; pag. 3o.
(ta) liaac. Jonias in Examine. Apologiw Itc-
monMranliuin , pag. !\ ') , apud Crenium, ibid.
vrît la porte (i3). Enfin , on voit dahs le même ouvrage , que non-seulement Arminius et Grevinchovius ont donné beaucoup de louanges à notre Aconce $ mais aussi , qu'Amésius et George Pauli(i4/), théologiens réformés, l’ont fort loue. Jacobo Arminio ionien in Rcspons. ad excerpta theol. Ltidens .
pag. 65. Acontius est divinum prudentiæ ac moderationis lumen. Amesio preefat. ad Puritan. Anglicanoset Grevinchovio in Abstersinne calumn.
Smoulii pag. i a5. apud B. Hulscmannum in Dedicat. Supplementi Breviarii Theologici pag. 6. idem Acontius est Ji/fATeeTetTOf é» t aiç ,
qui sementem Ecclesiæ anglicane calore et rore coelesti fovit sedulù (i5).
(t3) Peltius in Dediealione Harmonise, apud Crenium , ibid, pag. 3t.
(14) In Heformato AagusUno, «eu Apologie prodictati* sui* de Aug. Confesa. apud Crenium, ibid. pag'. 3a.
(15) Crenias , ibid. pag. 3t.
ACOSTA (Uriel), gentilhomme portugais, naquit à Porto, vers la fin du XVIe, siècle. Il fut élevé dans la religion romaine , dont son père faisait sincèrement
Îtrofession ( a ) , quoique issu de 'une de ces familles juives qui avaient été contraintes à vive force de recevoir le baptême.
fut élevé aussi de la manière que le doivent être lesenfans de bonne famille : on lui fit apprendre plusieurs choses , et enfin la jurisprudence. La nature lui avait donné de bonnes inclinations (A) ; et la religion le pénétra de telle sorte, qu’il souhaita ardemment de pratiquer tous les préceptes de l’Église, afin d’éviter la mort éternelle qu’il craignait beaucoup. C’est pourquoi il s’appliqua soigneusement à la lecture de l’Évangile et des autres livres spi-
(a) Pater meus verè eral christianus. Uriel Acosta , dans son Ëiemplar Vil»; hunnnæ, insère pnr M. Limborch à la fin de son Arnica Col l.i lin cum Judreo de Vcritate Religionu Christian», imprimée à Amsterdam , en 1687 , in-!\.
ACOSTA. 1 85
rituels , et à consulter les sommes des confesseurs : mais plus il s’attachait à cela , plus il sentait croître ses difficultés ; et enfin elles l’accablèrent si fort , que , n’y pouvant trouver aucun dénoûment , il se vit livré à des inquiétudes mortelles. Il ne voyait pas qu’il lui fût possible de s’acuitter ponctuellement de son evoir , à l’égard des conditions que l’absolution demande, selon les bons casuistes ; et ainsi il désespéra de son salut , en cas qu’il ne le pût obtenir que par cette voie. Mais, comme il lui était difficile d’abandonner une reli-
Sion à laquelle il était accoutumé epuis sou enfance, et qui s’était profondément enracinée dans son esprit par la force de la persuasion , tout ce qu’il put faire fut de chercher s’il ne serait pas possible que ce que l’on dit de l’autre vie fût faux , et si ces choseslà sont bien conformes à la raison. Il lui semblait que la raison lui suggérait incessamment de quoi les combattre. Il avait alors environ vingt-deux ans, et voilà l’état où il se tint : il douta; et , quoi qu’il en fût , il décida que , par la route où l'éducation l’avait inis, il ne sauverait jamais son âme. Il étudiait cependant en droit, et il impétra un bénéfice {b) à l’âge de vingt-cinq ans. Or, comme il ne voulait point être sans religion, et que la profession du papisme ne lui donnait point de repos , il lut Moïse et les prophètes, y trouva mieux son compte que dans l’Évangile , et se vit enfin persuadé que le judaïsme était la vraie religion :
(b) La dignité de Trésorier dors une église collégiale.
mais i ne pouvant pas le professer dans le Portugal , il se résolut à sortir de son pays. Il résigna son bénéfice , et il s’embarqua pour Amsterdam avec sa mère et avec ses frères qu’il avait eu le courage de catéchiser (B) , et qu’il avait effectivement imbus de ses opinions. Dès tju’ils furent arrivés là , ils s’agrégèrent à la synagogue, et furent circoncis selon la coutume. Il chanea son nom de Gabriel en celui ’Uriel. Peu de jours lui suffirent pour reconnaître que les mœurs et les observances des juifs n’étaient pas conformes aux lois de Moïse : il ne put garder le silence sur une telle non-conformité ; mais les principaux de la synaogue lui firent entendre qu’il evait suivre de point en point leurs dogmes et leurs usages ; et que, s’il s’en écartait tant soit peu , on l’excommunierait. Cette menace ne l’étonna point : il trouva qu’il siérait mal à un homme qui avait quitté les commodités de sa patrie pour la liberté de conscience , de céder à des rabbins qui étaient sans juridiction (C) , et qu’il ne ferait paraître ni du cœur , ni de la piété , s’il trahissait ses seutimens dans une pareille rencontre : c^est pourquoi il continua son train.
Aussi fut-il excommunié , et avec un tel effet, que ses propres frères, je parle de ceux qu’il avait instruits au judaïsme , n’osaient lui parler ni le saluer quand ils le trouvaient dans les rues. Se voyant en cet état, il composa un ouvrage pour sa justification , et il y fit voir que les observances et les traditions des Pharisiens sont contraires aux écrits de
ACOSTA
Moïse. A peine l’eut-il commencé
3u’il embrassa l’opinion des saducéens : car il se persuada fortement que les peines et les récompenses de l’ancienne loi ne regardent que cette vie , et se fonda principalement sur ce que Moïse ne fait aucune mention ni du bonheur du paradis, ni du malheur de l’enfer. Dès que ses adversaires eurent appris qu’il était tombé dans cette opinion , ils en eurent une extrême joie , parce qu’ils prévirent qiflf cela leur serait d’un grand usage pour justifier auprès des chrétiens la conduite de la synagogue contre lui , etc. De là vint qu avant même que son ouvrage s’imprimât, ils publièrent (c) un livre touchant l’immortalité de l’âme , composé par un médecin , qui n’oublia rien de tout ce qui était le plus capable de faire passer Acosta pour un athée. On excita les enfans à l’insulter en pleine rue et à jeter des pierres contre sa maison. Il ne laissa pas de publier un ouvrage contre le livre du médecin , et a’y combattre de toutes s|îs forces l’immortalité de l’âme ( d ). Les juifs s’adressèrent aux tribunaux d’Amsterdam , et le déférèrent comme une personne qui renversait tous les fondemens du judaïsme et du christianisme. On le fit emprisonner , on le relâcha sous caution au bout de huit ou dix jours , on confisqua l’édition du livre , et on lui fit payer une amende de trois cents florins. Il ne s’arrêta point là : le temps et l’ex-
(c) Van l6*3.
( d ) Ce/ ouvrage est intitulé , Examen TradiUonuai PhUosophicarum ad legem teriptaoi.
périence le poussèrent beaucoup
5 lus loin. Il examina si la loi e Moïse venait de Dieu , et il crut trouver de bonnes raisons pour se convaincre qu’elle n’était qu’une invention de l’esprit de l’homme; mais , au lieu d’en tirer cette conséquence, je ne dois donc pas rentrer dans la commua nion judaïque , il en tira celle-ci :
Pourquoi m’obstinerais-je à en demeurer séparé toute ma vie , avec tant d’ incommodités , moi qui suis dans un pays étranger dont je n entends point la langue ? Ne vaut-il pas bien mieux faire le singe entre les singes?
Ayant considéré ces choses , il retourna au giron du judaïsme quinze ans après son excommunication, et il rétracta ce qu’il avait dit , et signa ce qu’on voulut. Il fut déféré quelques jours après , par un neveu qu’il avait chez lui. C’était un jeune garçon qui avait pris garde que son oncle n’observait point les lois de la synagogue , ni dans son manger, ni sur d’autres points. Cette accusation eut d’étranges suites; car un parent d’Acosta , qui l’avait réconcilié avec les juifs , se crut engagé d’honneur à le persécuter à toute outrance (D). Les rabbins et tout leur peuple se revêtirent du même esprit , et principalement lorsqu’ils eurent su que notre Acosta avait 6on— seille à deux chrétiens qui étaient venus de Londres à Amsterdam de ne pas se faire juifs. On le cita au grand conseil de la synagogue, et on lui déclara qu’il serait encore une fois excommunié s’il ne faisait les satisfactions qu’on lui prescrirait. Il les trouva si dures, qu'il répondit qu’il
ACOSTA. 187
ne pouvait pas les subir. Là-des- de philosopher sur les matières sus ils résolurent de le chasser de de religion ; car ils s’appuient leur communion ; et Ton ne sau- beaucoup sur ce que cette raérait représenter les avanies qui thode conduit peu à peu àl’athéislui furent faites depuis ce temps- me ou au déisme (G). Je touchelà , et les persécutions qu’il eut rai la réflexion que fit Acosta sur àsoufTrir de la part deses parens. ce que les juifs, pour le rendre Ayant jpassé sept années dans ce plus odieux, affectaient de dire triste étal , il prit le parti de dé- qu’il n’était ni juif, ni chrétien , clarer qu’il était prêt à se sou- ni mahométan (H), mettre à la sentence de la syna- r ». , . ,
gogue; car on lui avait fait en— bonnet inclinations.'] Il était si tendre tendre qu’au moyen de cette de- et si porté à la compassion qu’il ne claration il se tirerait d’affaire pouvait s'empêcher de verser des larcominodément, parce que les ju- mcs. <luaQd d entendait le récit «le
ges , satisfaits de sa soumission , <?ha i„ . La pudeur avait jeté de si nrotempéreraient la sévérité de la fondes racines dans son Ame, qu’il ne discipline. Mais il y fut attrapé : craignait rien autant que ce qui pou-
on lui fit subir à toute rigueur vaille déshonorer Courageux et sus- . . . ... ,p, ,, ceptible de colore dans une occasion
la penitence qui lui avait ete d a- intime, j, Apposait à ces insolens
bord proposée (E). Voilà ce que et à ces brutaux qui se plaisent à inj’ai tiré, sans déguisement ni al- sulter, et il se joignait au parti faible.
tération , et sans prétendre ga- C’est le témoignage qu’il se donne /«- , n . . 0 firmorum partes adjuvarecupiens , dit-
rantir les faits : voila , dis-je , ce il ( 1 ) , Mi* poilus me socium adjun -
que j’ai tiré d’un petit écrit com- gens.
posé par Acosta (e), publié et (B) Qu’il avait eu le courage de ca~ réfuté par M. I.imborcll (/). On VchUcr.: Il n’oublie pas les circon-
croit qu il le composa peu de Je sacrifice qu’il faisait à sa religion, jours avant sa mort, et depuis II observe qu il renonça à un bénéfice
Îu’il eut résolu de s’ôter la vie. lucratif et honorable , et à une belle
I exécuta cette étrange résolu- ?aiso.n’ <Ju*1son P^re avait fait bâtir
,.P dans le meilleur quartier de la ville
tion un peu apres qu il eut man- (a). \\ ajoute përi| de Pembarque-
qué son principal ennemi (g-) : ment; car ceux qui sont descendus
car dès que le pistolet qu’il avait des Juifs ne peuvent sortir du royau-
pris pour Je tuer daus le temps “>?. «■>» en obtonir du roi une ner-
qu il le vit passer devant sa mai- non s(ne ma^no periculo ( non licet ilson eut fait faux-feu, il ferma lis qui ab Hebneis originem duc un t h sa porte, et, prenant un autre r*Rn° discedere , sine spéciale regis
pistolet, il s’en tua (h). Cela se S.3.)- Enfin .1 dit que.. 1 on
r , . ’ , y j . eût su qu il parlait de judaïsme à sa
fit a Amsterdam ; mais on ne sait mère et à ses frères , on l’eût fait pépas au vrai en quelle année (F), rir. Sa charité le porta à négliger ce Voilà un exemple qui favorise danger: Quibus ego J'raterno amore ceux qui condamnent la liberté m°“" « Communiera». , qu* m.A.
(é) Intitulé , Exemjil.tr Vit* humante.
(/) y oyez ci-dessus la citation (a).
[e) C'était son frère ou son cousin. Limhorcli, in prafat. Rxemj»lar Vit* humaa. (A) LimLorch , ibid.
super religione visa fuerant magis consentanea , licet super aliquibus an-
(1) Lriel \co»u, in ExempUri Vil* humai* ,
mit. par. 3^6.
t») Ibtd.f pag.
(S) Ibid.
i88 ACOSTA.
bitarem ; quodquidem in magnum matum me uni poterat recidere , tantum eit in en regnn perieufurn de talibus loqui (4'. Nous pouvons voir là en passant , que les Espagnols et les Portugais n’ont rien oublié de tout ce que la politique la plus fine et la plus sévère peut inventer pour maintenir un
!>arfi« Ils ont employé tout cela pour e soutien du christianisme , et pour la ruine du judaïsme, et Ton aurait grand tort de les accuser d’avoir mis 1 Eglise sous la protection céleste, avec les dispositions de ceux qui attendent tout tranquillement de l’eflioace de leurs prières. On dirait plutôt qu’ils ont suivi les avis qu’un poète païen a donnés sur une affaire d’agriculture :
Non tamrn ulla ma gu pressens fortuna taborum «if,
Quàm il quufrno poluil rr-cindrrr lummum t terris os. Àlilur vitium , oivilqur trgrndo : D'um mr diras adhibere iganus ad vulnera pastor
Abnrgni , rt meliora Deos stdel omina posera s (5;.
Ou bien on dirait qu’ils se sont réglés sur les reproches que Caton fit aux Romains, lorsqu’il les blâma de se confier en l’assistance des Dieux , qui n’exaucent jamais les fainéans , ajoutait-il^ caria paresse est une marque
de l’irritation du ciel, f^os inertid
et niolUtid animi atius afiunt exspectantrs cunctamini , videlicet diis immortalibus conjisi , qui hanc rem pub f. in maximis sœpè periculis servavére.
Non votis , neque suppliciis muliebribus auxilia deorum parantur : vigilando , agenda, benèconsulendo , prospéré omina cedunt. Ubi socordice tete nique ignaviœ tradideris , nequicquam dent implores : irati in festique sunt (6). Enfin on dirait que la leçon pour laquelle ils ont le plus de docilité, est la dernière partie de l’axiome qu’un auteur moderne a rapporté de cette façon. Il faut pour ainsi dire s'abandonner a la providence de Dieu , comme si toute la prudence humaine était inutile ; et il Jaut se gouverner par les règles de la prudence humaine , comme s’il ri y avait point de provùlence( >j). Ils se moqueraient sansdoutc de toutauteurqui
(4) Ibid.
(5) Virjil. Géorgie. U b. III , vs. 4-S*- (6, Salinu. ix Belle Catilm. pag. 160.
(7) Colin, Œuvres calante», lom. t, au Discours sur U Vérité des Songe», pag . a 60.
les blâmerait de traiter le christianisme comme un vieux palais qui a besoin d’étançons de toutes parts, tant il menace de ruine; et le judaïsme comme mie forteresse, qu’il faut canotmer et bombarder incessamment, si on le veut affaiblir. On peut justement condamner certaines manières de maintenir la bonne cause; mais enfin elle a besoin d’aide, et la défiance est la mère de la sûreté. Voyez la remarque (B) de l’article Dramcics , et la remarque (E) de l’article Llbiekietsxi.
(C) A des rabbins qui étaient sans juridiction.'] Il y a sans doute une grande différence entre les tribunaux ue notre Acosta avait à craindre ans son pays et le tribunal de la synagogue d'Amsterdam. Celui-ci ne peut infliger que des peines canoniques ; mais l’inquisition des chrétiens peut faire mourir, car elle livre au bras séculier ceux qu’elle condamne.
Je ne m’étonne donc pas qu’Acosta ait eu moins de peur pour l’inquisition des juifs que pour celle de Portugal:
il savait que la synagogue n’avait
S oint de tribunaux qui se mêlassent es procès civils ni des procès criminels ; et ainsi il regardait ses excommunications comme un brutum fulmen : il ne découvrait à la suite de cette peine canonique ni la mort ou quelque autre fonction de bourreau, ni la prison, ni les amendes pécuniaires. 11 crut donc , qu’ayant eu assez de courage pour ne trahir pas sa religion en Portugal, il devait à beaucoup plus forte raison avoir la hardiesse de parler selon sa couscience parmi les juifs , dussent - ils l'excommunier; car c’était tout ce que pouvaient faire des gens qui n’out point de magistrature- Quia minime decebat ut propter talent metum tergà verteret ille qui pro liberlate natale solunt et utili taies alias contempserat et sucenmbere hominibus , prœsertim JüHismcTioNÉM non habeniibut , in tali causd nec pium nec virile erat ; decrevi polius nmnia perferre et in sentenlid.
perduras e (8). Mais il lui arriva ce qui arrive à presque tous ceux qui jugent des maux combinés, lis s’imaginent que c’est dans Punion de «leux ou trois peines que consiste l’infortune,
(8) Acosta, Examplat Vit* lium. pag- 34“
ACOSTA
et qu’on ne serait pas fort à plaindre si l’on n’avait à son lin r que l’un de ces maux Ils éprouvent le contraire, quand la providence ne les fait passer que par l’une de ces deux ou trois dis* grâces. Ils la sentent beaucoup plus rude qu’ils n'avaient cru qu’elle le se* rait. L'inquisition de Portugal parut terrible au juif Acosta. Pourquoi ?
Parce qu’il la voyait jointe avec le pouvoir ou immédiat ou médiat d’emprisonner, de torturer, de brûler les gens. S’il ne l’eût considérée qu'en tant qu'elle excommunie, il n’en eût pas eu grand' peur. Voilà le sujet de son mépris pour les menaces Je la synagogue a Amsterdam. Mais il connut ar expérience, que la simple faculté ’excommumerest bien terrible, quoine entièrement privée des fonctions il bras séculier. On le regardait comme un hibou , depuis sou excommunication. Ses propres frères n’osaient pas même le saluer : Jpsi fratres nu lu , quibujego præceptnrf ueram me Ironsibant, necin plate a salulnbant , propter metum illorum (9). Les petits enfans couraient après lui, avec des huées dans les rues, et le chargeaient de malédictions : ils s'attroupaient devant son logis et ils y jetaient des pierres : j unique Jaces et saxo volant. il ne pouvait être tranquille ni dans sa maison , ni dehors : Pucri istorum a rabbinis et parenlibus edocti , lurrnntlm per pUiteas conveniebanl, et elatis vocibus mihi maledtcebant , et oninigenis contumeliis irritabant , hccrelicum et defectorem inc /amantes. Aliquando ctiam , ante fores me a s congregabantur , lapides jaciebant , et ninil intentotum rehnquebj.nl ut me turbarent, ne tianquillus ctiam in domo prnprid ngcre p-.sum (lo). Les maux à quoi son excommunication l'assujettit furent si rudes, qu'il se sentit entin incapable de les supporter j car quelque haine qu'il eût pour la syuagogue, il airua mieux y revenir par une réconciliation simulée , que d’en être séparé ouvertement. Aussi disait-il à quelques chrétiens qui voulaient se faire juifs , qti iis ne savaient pas quel joug ils allaient se mettre sur la tête : Nescieb s nt quale jugurn suis verticibus importèrent (11 J. Mais quels furent ses
(y) Aro*u , KxctnpUr Vit* hum. /<<*£. 34?-
(i«) finit.
\ti) ft’ul., pat(. 34».
embarras lorsque, n’ayant pas voulu subir la pénitence ignominieuse que la synagogue lui prescrivait, il se vit encore dans les liens de l’excommunication ? On crachait en le rencontrant, et l’on instruisait à cela les petits garçons. IMulli eorum transeunte me in plnted spuebant , quod ctiam et pueri illorum Jaciebant ub illis edocti; tantum non lupiiiabar , quiajacultas décrût (13). Ses parens le persécutèrent; personne ne 1 allait voir dans ses maladies. Coupons court. On le vexa en tant de manières, que l’on extorqua enlin de lui la soumission que l’on demandait : Duravit pugna ista per annos septem , intra quod tempus incredibilia passus sum (i3). Nous verrons dans la remarque (£; quelle fut la peine qu’on lui imposa. Il connut alors plus que jamais, combien sont terribles ceux même qui, sans aucune juridiction , disposent des lois de la discipline.
Je me garde bien de dire que les raisons des indépendans soient considérables , eux qui trouvent si mauvais que l'Eglise s’a t tribue le droit d’excom • munivr, c'est-à-dire, d’intiiger des peines qui sont quelquefois plus infamantes que ta fleur de lis , et qui exposent à plus de maiheurs temporels que les peiues aiiiictives à quoi les juges civils condamnent. Les arrêts des juges ne suppriment point les actes ou les oïlices de l’humanité, et encore moins les devoirs de la paren té. Maisl'excommunicatiou arme quelquefois les pères contre les enfans, et ceux-ci contre les pères : elle étouffe tous les sentimens de la nature; elle rompt les liens de l’ainitié et de l’hospitalité ; elle réduit les geus à la condition des pestiférés, et même à un abandon beaucoup plus grand.
(D) Un parent..,, se crut engagé....
à le persécuter à toute outrance .] Voici les maux qu’il lui fit. Acosta était sur le point de convoler en seconde* noces; il avait beaucoup d’effets entre les mains de l'un de ses frères , et un grandi besoin de continuer le commerce qui était entre eux. Ce parent lui fut contraire sur tous ces chefs ; il empêcha le mariage , et il engagea le frère à retenir tous ces effétslà, et
(ia) Ibid. , prtg 3^
(i3; Ibid.
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à ne plus ne'gocier avec son frère. Ces procédures doivent être considérées comme l’une des raisons qui confirmaient Acosta dans ses impiétés ; car il se persuada sans doute que ces passions et ces injustices pouvaient être autorisées par quelques passages du Vieux Testament, où la loi ordonne aux frères, aux pères, et aux maris, de n’épargner point la vie de leurs frères, de leurs enfans, de leurs femmes, en cas de révolte contre la religion (i4)* Et il faut savoir qu’il se servait de cette preuve contre la loi de Moïse; car il prétendait qu’une loi qui renversait la religion naturelle ne pouvait pas procéder de Dieu , l’auteur de cette religion (i5). Or, ditil, la religion naturelle établit un lien d’amitié entre les parens. Voyez ce que M. Limborch a répondu à ce sophisme
% A toute rigueur la pénitence qui lui avait été d’abord proposée.'] Voici la description qu’il en fait. Une grande foule d nommes et de femmes s’etant rendus à la synagogue pour voir ce spectacle , il rentra , et au temps marqué il monta en chaire , et lut tout haut un écrit où il confessait qu’il avait mérité mille fois la mort, pour n’avoir point gardé le jour du sabbat, ni la foi qu’il avait donnée, et pour avoir déconseillé la profession du judaïsme à des gens qui se voulaient convertir; que pour l’expiation de ces crimes, il était prêt de souffrir tout ce qu’on ordonnerait , et qu’il promettait de ne retomber jamais dans de telles fautes. Etant descendu de chaire, il reçut ordre de se retirer à un coin delà synagogue, où il se déshabilla jusqu'à la ceinture , et se déchaussa , et le portier lui attacha les mains à une colonne : ensuite le maître chantre lui donna trente- neuf coups de fouet , ni plus ni moins; car, dans ces sortis de cérémonies, on a soin de n’excéder pas le nombre prescrit par la loi. Le prédicateur vint ensuite , et le lit asseoir par terre, et le déclara absous de l’excommunication; de sorte que l'entrée du paradis n’était plus fermée pour lui comme auparavant. El ita,
04) Voyet le livre du Deutéronome , chap. X///.
( i S) ArosU , KsrmpUr humante Vils, p. 35a.
(îG) Pliilippus à Limbotch in Réfutât U ri «lis Acostx , png. 36», et tetj-
jeun porta cccLi tnihi eral aperla , quæ antea fortissimts seris clausa me à timine et ingressu excludebat (17). Acosta reprit ses habits, et s’alla couche par terre à la porte de la synagogue , et tous ceux qui sortirent passèrent sur lui. J’ai cru qu’on serait bien aise de trouver ici ce petit morceau des cérémonies judaïques (18).
(F) . On ne sait pas au vrai en quelle année ] 11 y a beaucoup d’apparence qu’il se tua peu après la cérémonie de son absolution , enragé du traitement qu’il avait souffert contre l’espérance qu’il avait conçue d’une peine mitigée. Mais cela ne peut point fixer le temps avec précision , puisqu’on ignore l’année où il fit cette pénitence. Si l’on savait combien il y avait de temps qu’il était excommunié , quand le livre du médecin fut mis au jour, l’an i6a3 , il ne serait pas difficile de calculer juste ; puisqu’il observe que sa première excommunication duraquinze ans, et que la seconde en dura sept , et que celle-ci suivit de
rès celle-là. On suppose , dans la Biliothéque universelle, qu’il se tua environ l’an 1647 (19); niais d’autres disent que ce fut en 1640 (ao).
(G) Que celte méthode conduit peu a peu a l’athéisme , ou au déisme.] Acosta leur sert d’exemple. 11 ne voulut point acquiescer aux décisions de l’Eglise catholique , parce qu’il ne les trouva point conformes à sa raison :
et il embrassa le judaïsme, parce qu'il le trouva plus conforme à ses lumières. Ensuite, il rejeta une infinité de traditions judaïques , parce qu’il jugea qu’elles n’étaient point contenues dans l’Ecriture : il rejeta même l’immortalité de l’âme, sous prétexte que la loi de Dieu n’en parle point ; et enfin , il nia la divinité des livres de Moïse, parce qu’il jugea que la religion naturelle n était point conforme aux ordonnances de ce législateur.
S’il eût vécu encore six ou sept ans , il aurait peut-être nié la religion naturelle, parce que sa misérable raison lui eût fait trouver des difficultés
(17) Acosta , Exemplar hum. Vit*, pag. 35o.
(18) Je t'ai tiré de /'Exemplar humante Vit* , ti’ Acosta , pag. 349 et 35o.
(19) Biblioth. Univers, tom. VU , pag. 3x7»
(20) Joh. Helvicti» Wiltrmero» in Dissertât philologie» de Sadilucaeis, pag. ult. Il cite Mullarut , Judaism Proleg. pag. 71-
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dans l’hypothèse de la providence et du librr arbitre de l'Etre éternel et nécessaire. Quoi qu'il en soit , il n’y . a personne qui , en se servant de la raison, n’ait besoin de l’assistance de Dieu ; car , sans cela , c’est un guide qui s'égare : et l’on peut comparer la philosophie à des poudres si corrosives, qu’ajurès avoir consumé les chairs baveuses d’une plaie , elles rongeraient la chair vive, et carieraient les os , et perceraient jusqu’aux moelles. La philosophie réfuté d'abord les erreurs, mais, si on ne l’arrête point là, elle attaque lès vérités : et quand on la laisse faire à sa fantaisie, elle va si loin qu’elle® ne sait plus oh elle est, ni ne trouve plus où s’asseoir. Il faut imputer cela à la faiblesse de l'esprit de l'homme , ou au mauvais usage qu’il fait de ses prétendues forces.
Par bonheur, ou plutôt par une sage dispensation de la providence, il y a peu d’hommes qui soient en état de tomber dans cet abus.
(H) Affectaient de dire qu'il n’était ni juif % ni chrétien , ni mahometan .] 11 y avait en êcla, répondait-il, et de la malice et de l’ignorance; car, s’il eût été chrétien, iis l’eussent considéré comme un idolâtre abominable, qui , avec le fondateur du christianisme, eût été puni du vrai Dieu comme un révolte S il eût suivi la religion mahométane , ils n'eussent
rint parlé de lui moins odieusement.
ne pouvait donc en nulle manière sc garantir des coups de leur langue, à moins qu'il ne s'attachât dévotement aux traditions pharisaïques.
Considérons ses propres paroles : S cio adversarios istns, dit-il (ai), ut nome n meum coram indoctd plcbe dila nient , iohtos esse dicere , « h le nul- » lam habei religinnem , Judceus non » est , non christianus , non mahome- » tanus. F idc prias , phnnsœe , quid » dicas ; cœcus enim es , et licet mars litid abundes , tamen sicut cœcus » impingis. Quœso , die mihi , si ego » christumus essern , quid fuisses die - » turus? Pbvium est , dicturum le, » fœdissirhum me esse idololatram , « et cum Je su JVazareno chnstiano - » rum doctore pat nas verô Deo solu- » turum , à quo defeceram. Si maho- » tnctanus esscm , norunt etiatu omnes
f si ) A co tu , Fuecnplnr. hum Vu*
» qui b us me honoribu» fuisses cumuu laturus : et ita nunquam linguam a tuant pnssem evadere ; unicum hoc » effugium h ibens , ncrnpc ad ge/uta » tua procumbere , et fœdissimos pedes u tuas , tuas inquum nef arias et pair dendas institutions osculari. » il se sert d’une autre réponse; car il demande à ses adversaires si , outre les trois religions qu'ils ont nommées , et dont les deux dernières leur paraissent moins une religion qu’une révolte contre Dieu , ils en reconnaissent quelque autre. 11 suppose qu’ils reconnaissent une religion naturelle comme véritable , et comme un moyen de plaire à Dieu , et qui suint à sauver tontes les nations , excepté les Juifs. C’est celle qui est contenue dans les sept préceptes que Noé et ses descendait» jusqu’à Abraham observèrent. ny a donc selon vous , dit-il, une religion sur laquelle je puis m’appuyer , quoique je descende des Juifs ; car, si mes prières ne peuvent pas vous engager a me permettre de me mêler dans la foule des autres peuples , je ne laisserai pas de me donner cette licence. La-dessus , il fait l’éloge de la religion naturelle.
Par sa première réponse , il est aisé de connaître que les juifs lui faisaient une objection plus spécieuse que forte: elle avait moins de solidité que d’éclat ; elle était plus propre à les amener à leurs fins que conforme aux lois exactes du raisonnement :
elle était au fond un peu suspecte de supercherie. Voici d'où vient son éclat. L'esprit de l’homme est tellement fait, que, par les premières impressions , la neutralité en fait de culte de Dieu le choque plus rudement que le fiux cuite ; et ainsi , dés qu'il entend dire que certaines gens ont abandonné la religion de leurs pères, sans en prendre une autre, il se sent saisi de plus d’horreur que s’il apprenait qu’ils étaient passés de la meilleure à la pire. Cette première impression l'éblouit, et le remue de telle sorte qu’il se règle là-dessu* pour juger de ces gens-là ; et c’est à quoi il proportionne les passions qu’il conçoit contre eux. Il ne se donne point la patience d'examiner profondément si en ellet il vaut mieux s’all^r ranger sous les étendards du diable, dans quelqu'une des fausses religions
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que cet ennemi de Dieu et des hommes a établies , que de garder la neutralité. On peut donc croire que les Pharisiens , qui persécutaient Acosta, ne faisaient valoir leur objcctiou , qu’à cause qu’ils la trouvaient propre à effaroucher le peuple et à intéresser les chrétiens dans ce procès. J’avoue qu’ils auraient fait moins de vacarme s’il eût embrassé le christianisme à Amsterdam , ou le mahométisme à Constantinople ; mais ils ne l’eussent pas trouvé ell'ectivement moins perdu, moins damné, moins apostat : leur ménagement n aurait été qu’une retenue de politique, et l'effet d’une juste crainte du ressentiment de la religion dominante. A juger des choses selon les premières impressions , il n’y a guère de protestans qui, sur la nouvelle que Titius aurait quitté la profession de l’église réformée , sans entrer dans aucune autre communion , ne prétendissent qu’il serait plus criminel que s’il s était fait papiste ; mais je demanderais volontiers à ces protestans: ous
êtes-vous bien sondés ? Avez-vous bien examiné ce que vous diriez en cas qu’il fui devenu un grand dévot du papisme y quon le vil charge de reliques , et courir à toutes les processions , et quen un mot il pratiquai tout ce qu’il y a de dIus outré dans l’idoldtrie et dans les superstitions des moines ? Pour liez-vous répondre que vous ne changeriez pas de langage , si vous appreniez qu’il s’était fait juif , ou mahornétany ou adorateur des pagodes de la Chine ? Encore un coup , c’est ainsi que 1 esprit de l’homme est tourné : la première chose qui le frappe est la règle de ses passions ; il protite de l’état présent , et ne cherche point ce qu'il dirait sous une autre conjoncture. Ce particulier nous a quittés , et n’a point pris de parti ailleurs ; c’est par là qu il faut l’attaquer : son indifférence doit être son plus grand crime : s il s’était lait païen , nous l’attaquerions par la , et nous dirions , ou pour le moins nous le penserions : Encore s’il s était tenu neutre et attaché au gros de la religion naturelle y passe ; mais y etc.
Parla seconde réponse, Acosta otait à ses adversaires un grand avantage : il se mettait à couvert de cette forte batterie : Il vaut mieux avoir
NlÜS.
une fausse religion que de n’en avoir aucune. Nonobstant cela, nous conclurons que c’était un personnage digne d’horreur, et un esprit si mal tourné qu’il se perdit misérablement par les travers de sa fausse philosophie.
ACRONIUS (Jean) enseigna les mathématiques et la médecine à Bâle avec beaucoup de réputation , et composa quelques livres, de Terrœ Motu , de Sphœrd , de Aslrolabii et Annuli Astronomici confectione. Il était de Frise , et mourut à Bâle à la fleur de son âge, l’an i563. Cet auteur a échappé à la diligence de Vossius {a) , quoique Swertius et Valère André l’eussent mis dans leur Bibliothèque des Pays-Bas , oii d’ailleurs ils ont oublié un autre Jean Acronius, qui était ministre , et natif peut-être de la même province que le précédent. Ce ministre était un esprit fort inuiet et fort séditieux. Il abandonna l’église de Wesel dans un temps où elle courait un grand risque ; il fit connaître à Deventer qu’on n’aurait pu l’y faire pasteur sans établir dans la ville un fort mauvais citoyen ; il se $é-
Sara peu honnêtement de l’église e Groningue ; il n’eut pas à F ra neker la science qui lui était nécessaire pour la profession en théologie où il se fourra. Enfin il fut ministre à Harlem , et s’y comporta comme de coutume : il contredisait, il critiquait tout.
L’historien de cette ville ne lui ôte pas la qualité d’homme fort docte; mais il lui donne aussi celle d’un esprit turbulent (b).
Quelqu’un le compare à Heshu—
(«) fl n’en parle pas dans son livi de ScienUit Matlicmaticis.
(6) Théodore ScrcToîiu*.
actor.
sius , contre lequel on fit courir ce distique :
Quantur , Heshusi , quand cur pulsus ab urOe ?
In promptu causa est , seditiosus eras.
Àcronius a fait en flamand ün livre de Jure Patronatils , où il a inséré plusieurs citations du Droit canonique (c). Je lui donnerais volontiers YElenchus orthodoxus pseudo-Religionis Romano-Catholicœ , qui fut imprimé à Deventer , l’an i6i5. 11
Sourrait bien être aussi l’auteur u traite de Studio Theologico , que le sieur Konig attribue à celui qui a écrit de la Sphère. Le même Konig parle d’un Ruard Acronius , qui publia des Expositions catéchêti ques en l’année 1606. On aurait pu ajouter qu’au commencement des troubles de l’arminianisme il composa quelque chose contre l’hypothèse des arminiens touchant le pouvoir des magistrats dans les matières de religion , et que ce fut lui qui publia un sermon qu’Uytenbogard avait prêché à la Haye avant les troubles, fort différent de la doctrine qu’il soutint depuis sur cette question (d). Ruard Acronius fut l’un des six tenans des réformés contre les arminiens , dans la fameuse conférence de la Haye, en 161 1.
(c) Voyet Martin. Sclioockii Exercitat.
Sacr . pag 205 -, edit.
(« d ) Ex Vo«tii Polit. Ecoles, iom. /, p. 126.
ACTOR (A) est le nom de plusieurs personnes dans l’histoire fabuleuse. C’est ainsi que s’appelait r un des compagnons d’Hercule dans la guerre des Amazones , qui , ayant été blessé , voulut s’en retourner chez lui , et
mourut en chemin (a). C’est aussi le nom du grand-père de Patrocle ; car Menetius , père de Patrocle, était fils d’ Actor et d’Égine. Cet Actor était Locrien , selon quelques-uns (b) ; mais il s’établit dans l’iled’OEnone, après avoir épousé Égine , fille du fleuve Asopus , et y devint père de Menetius. D’autres disent qu’il était Thessalien , fils de Myrinidon , qui était fils de Jupiter (c) , et que la nymphe Égine, ayant déjà eu un enfant de Jupiter , nommé Æacus , s’en alla en Thessalie , où Actor fut d’assez bonne ' volonté pour l’épouser , sans se faire un scrupule du noviciat par où elle avait passé (d). Il en eut plusieurs enfans , qui conspirèrent contre lui (e) , ce qui l’obligea à les chasser et à donner son royaume à Peleus avec sa fille Polymèle. Peleus était fils d’Æacus , et par conséquent petit-fils d’Égine: il était réfugié àPhthie, où Actor régnait; il s’y était , dis-je, réfugié après qu’il eut tué son frère Phocus. Il y a eu un Actor, fils d’Hippasus , qui fit le voyage des Argonautes (f) ; et un autre qui était fils de Neptune et d’Agamède (B) , fille d’Augeus (g); et un autre (/i), qui était fils d’Axeus (C) et père d’Astyo— que, dont le dieu Mars eut deux fils qui commandèrent au siège de Troie les troupes d’Aspîedon et d’Orchoraène , villes de jftéotie.
(a) Carol. Sfeplianus, in Dictionar. Histor.
(b) Scholiaat. Homeri in lliad-, lib.XV lit»
(c) Euituth in Iliad. / ; Scholiast. Apollon. in lib. IV,
(d) Scholiast. Pindari in Olymp. IX.
(e) Eusfath. in Iliad. II.
if) Hygin. cap. XIV.
(p) Id. cap CI. VII.
(h) Hoout. iliadis, hb. II ; Pausau. in Bœoticiy.