I PP A
Il ne faut pas oublier la clef de sa Philosophie occulte. Il la gardait uniquement pour ses amis du premier ordre, et il l’expliquait d'une manière qui n’est guère différente des spéculations de nos quiétistes (V). Disons aussi que l’édition de ses œuvres , faite V 1 en deux volumes in— 8°. , est mutilée dans un endroit * qui pouvait déplaire aux gens d’église (X).
Monogamie de sainte Anne, Operum tom. II, pag. io53.
Ce n'est pas dans un endroit seulement que celte édition d’Agrippa est mutilée. Schelhorn, dans ses Araœmtates litterariw, II, 321 , a restitué beaucoup d'ai/tres passages. Joly Pent* que ce fut Agrippa lui même qui avait fait Cfs retranchemens . H s'appuie sur une édition posthume de Cologne , l5j5 , m-i 2 , au frontispice de laquelle on lit : Ex* postrernâ autboris recognitione. Joly repousse ridée que celte annonce ne soit qu'une fourberie de librairie.
Cet article Agrippa a fourni , au reste , plus de treize pages de remarques à Joly % qui y revient encore dans ses additions ci corrections ; mais c'est pour mettre des restrictions à V éloge qu'il a fait d' Agrippa.
(A) Grand magicien, si l’on en croit bien des gens .] Paul Jove, Thevet et Martin Del Rio, sont ses principaux accusateurs. Nous verrons dans la remarque (?) les bévues où ils sont tombes. Elles sont palpables ; et neanmoins une infinité de personnes se
Persuadent encore aujourd’hui , sur autorité de ces écrivains, qu’Agrippa était consommé dans la science du grimoire.
(fi) D'une famille noble et ancienne. 1 Elle s’appelait de Nettes heym. M. Teissier, à la page 99 du IIe. tome de «es additions aux éloges tirés de M. de Thon, assure qu’Agrippa était natif de Netleshcim , dans le pays de Cologne. Melchior Adam , qu’il cite, ne dit point cela : il le fait naître à Cologne même (i), et nous renvoie à une lettre d’Agrippa , où on lit ces propres paroles adres- . sées aux magistrats de Cologne : Pos sem va bis horum verissima exempta
(00) V oyez la préface de son Trait* de la (j) M«kb. AJami Vit» Mfd. , y«v- 16.
referre, nisi civium vestrorum pudori parcendum et patries meœ ralionem haberulam ducerem. Sum enim et ego,, aifortè nescitis , civitate vcstrd oriundust et primd pueritid apud vos cnutritus(ï), Thevet, par une plus grande faute , a débité qu Agrippa naquit à la ville de Neslre @). Je ne sais rien du père de notre Agrippa, sinon qu’il servit la maison d’Autriche (4), et
an’il mourut vers le commencement e l’année i5i8 (5).
(C) Il servit sept ans dans l’armée d’Italie. ] Le sieur Freher, qui ne se hasarde que rarement à sortir des bornes de ceux ^u'il copie , a voulu ici agir en maître, et faire voir qu’il pouvait dire ce que Melchior Adam n’avait point dit. Mal lui en a pris ; car il fait commencer ces sept années à l’an 1508» et finir à l’an »5i5. S’il avait bien su son Agrippa, il n’aurait pas ignoré que cet auteur était en Espagne l’an i5o8; à Dole l’an i5og; en Angleterre l’an i5io.Il faut que cette semaine d’années ait commencé en 1 5 1 1, et qu' Agrippa ait prétendu avoir passé au service militaire de l’empereur tout le temps qu’il demeura en Italie. Mais ses propres lettres l’eussent trahi , si l’on se filt mis à compter. On ne voit point que depuis qu’il monta en chaire à Pavie , en i5i5 , il ait eu de l’emploi dans les armées. Quant au reste , le sieur Freher , en tout ce qu’il copie de Melchior Adam , se contente des fautes de cet auteur, il n y en a joute point d’autres. Voyez sou Théâtre. à la page 1331.
(D) Il voulut joindre à ses honneurs militaires les honneurs académiques.^ Il est bon de voir comment il s'exprime. U Lriusque juns et medicinarunt doctor evasi , antcà eliam auratus eques ; quem ordinem non precario mihi redemi, non a Zransmannd peregrinatione mutuavi , non in regum inlhronisatione impudenti insolentid surripui , sed in publicis preeliis medid acie bellicd virtute commerui (6).
(E) Plusieurs langues.~\ 11 en savait
(a) Agrippa , Epitt. XXVI , lib. VII , pag.
loLl.
(3) Theret, Histoire de* Homme* illustres, Corn. VII , pag. aaa. Édit, de Paris, en 1671, en 7 vol. in- 1a.
(4) Agrippe, Epist. XVIII libri VI, y. 970. (5) Idem , Epi.t. XIX libri II . pag. 6. (6) Idem, Epitt. XXI libri VII , pag. loai. Voyet aussi pag. 737,977.
PPA.
huit ; et de ce grand nombre , il n'y en avait que deux qu’il n’entendit pas en perfection. Il nous le dira luimême , sans faire trop le modeste:
n’anpréhendons pas de lui faire tort en l’estimant selon le prix où il se met. Octo linguarum mediocriler doctus , sed illiirum sex adeà peritus , ut singuhs non loqui modo et intell igere »
sed et eleganter orare , dictare , et transferre noverim , tiun prœter multimodam etiam abstrusarum rerum cognitioncm , periliam , et cyclicam eru dilionem , utriusque juris et medieinarum doctor evasi (7). Il travailla de fort bonne heure à la pierre philosophale , et il paraît qu’on l’avait vanté à quelques princes comme un excellent sujet pour le grand œuvre * ; ce qui mit quelquefois en risque sa liberté (8). 11 est sûr qu’un homme , qu’on croirait capable de faire de For, aurait à craindre que quelque prince ne l’emprisonnât. On voudrait se servir de lui , et empêcher que d’autres princes ne s’en servissent.
(F) Il fit des leçons publiques a Dôlc .] 11 semble se contredire luimême sur ce sujet ; car tantôt il assure qu'il les fit sans avoir de gages m et tantôt qu’ilavait des gages : Publicis prœleclionibus , quas ad honorent Illustrissimes Principis Margarelce et unici studii Dolani feci gratis. C’est ainsi qu’il parle dans sa plainte contre le cordelier Catilinet (9). Mais ailleurs, il dit qu’il fut agrégé au corps des professeurs en théologie , et gratifié d’une pension. In Dold Burgun dite publ. lecturd sacras litleras professus sum , ob quant ab hujus studii doctoribus in collegium receptus , insuper regentid et stipenuus donatus sum (10). Le moyen d’accorder ces choses est de dire qu’au commencement il lisait gratis , et dans la suite pour de l’argent.
(G) La lettre obligeante qu’il reçut
(7) Idem, Epi»t. XXI libri VII , pag. 101*.
* Joly pense que ce ne fut pas son talent pour
le grand oeuvre qui compromit sa liberté , mais les decouvertes qu'il avait faites de machines de guerre et de moyens de destruction. Il développe son opinion dans uns note tris-longue et curieuse.
(8) Idem, Epi*t- IV et X libri I.
(y) Idem , Operum lom. II , pag. Sio.
(ia) Idem , Dcfeni. Propvfit-, pag- 5y«î
de Léon X (11).] Elle est datée de fût enterrée à Metz, où il ne demeu- Rome, le 12 de juillet i5i3 , et signée rait plus (1 5). 11 avait soin de recom- Petrus Bembus. li y est loué de son mander que Ton s'acquittât de tous zélé pour le saint siège apostolique ; les anniversaires qu'il avait fondés et cela , sur le bon témoignage que le pour l’âme de la défunte (16). I! connonce lui avait rendu : Ex litteris ee* vola en secondes noces à Genève , l’an nerafnlis fratris Ennii episcnpi veru- i5aa (17). li ne se loue pas moins de tant nuncii nostri , almrumque sermo- cette seconde femme que de la pre* mbus , tic tuti in sancinm sedem apos - mière : Ante bienniumhoc , dit-il (18), talicam dévotion* , de que tuo in ejus secuntlam uxorem duxi , virginem no libertate incoiu mitât eque tuendd s tu- bilem pulcherrimamque , quœ acleà ad dio diligentidque intelleximus: quod mearn vivit consuctudincm , ut neseias quittent nobis gratis.simum fuit. Qua- istane priorem , arme hanc ilia , utra proptcr te in Domino magnoperè com- alteram in amando obsequendoque mendnmus , luudamusquc isturn ani * tequst an superet. La dernière surpasmum atqne virtutem (12). Notons que sait de beaucoup l'autre en fécondité : ce bref ne peut pas servir à disculper il ne vint qu’un fils de la première ; Agrippa par rapport aux accusations la seconde accoucha trois fois dans de nécromantie (i3)j car il précéda deux ans, et unonquatrièrae fois l’ande plusieurs a noces la mauvaise répu- née suivante : Duos ista mihi filios talion de cet homme-là. peperit , ambo superstites , filiamquo
(H) Il avait dès lors femme et en - tmam quœ vitd excessif (19)... Uxor fans..'] Quoique je me serve du nom- mea jam partui proxima est (20). Il bn pluriel, |e sais qu’il n’avait qu’un ne dit pas si elle était riche ; mais un fils : Quorsùm , quœso , in tant suspectd de ses amis assure qu’elle l’était : Tu tempes tu te un'a cum uxore filioque ac nunc degere Gebennis , iUicaue probd , Jarnhd confugissem , reUctd Papiœ nobili ,jormosd , ac locuplete ductd dom o ac nspeltectile , rebusque omni- tsxore in artis Apollineœ experimenbus ? C'est ainsi qu’il parle dans la tis clarere sineulariter (* 1) : mais il ne XLIX*. lettre dullr, livre. Il était fort me le persuade point ; car les lettres content de sa femme; e? voici ce qu’il en d’Agrippa, depuis le second mariage, dit en un autre lieu : Ego quident Deo ne prêchent pas moins la misère qu’au* omnipotent i innumeram habeo gra- paravant. Le troisième fils qu il eut de tiam , qui uxorem mihi conjunxit j#- «>n second mariage eut le cardinal cuntlüm cormeum , virgincm nobilem, de Lorraine pour parrain (22). Lorsbeni moratam , adofescentulam , for- qu'il partit de Pans pour Anvers, au rtiosam , quœ ita ad meam vivit con - mois de juillet 1628, il laissa sa suetudinem , ut ne eontumelinsum ver- femme grosse à Paris (23). Elle aceoubum inter nos intercidat , atque quo c^a de son cinquième fils a Anvers feticinimum me dixero , quorsùm se 1® >3 de mars 1 529(24), et mourut res vertunt , in prospéra et adversis , *u mois d août i5m, h Anvers , extréeemper cequè mihi benigna , qffabilis , œement regrettée de son mari , comme constans , integernmi animi , sam con- °.n le voit dans la LXXXI®. lettre du V*. si lit , êemper apud se ma tiens (»4). Il livre: elle avait près de vingt-sept ny a qu ime chose qu’il ne dit pas : an« accomplis. Je n'ai point remarqué C'est si elle était riche ou non; car , qu'il fasse mention de son troisième d’ailleurs , il la représente douée de noariage dans ses lettres; mais on sait tout ce qu’il pouvait souhaiter , belle, d’ailleurs, qu’en l’année »535, il répujeune, vertueuse , de famiUe noble , dia sa femme: Ubi conjugem Mcchli et d’une complaisance qui ne se démentait jamais. 11 la perdit l’an i5at, et voulut, je ne sais pourquoi, qu’elle
(il) C'est la XXXVI 1 1*. du J*f ■ livre, parmi» telles ifÀgripp».
(la)Oprr. Agrippe, tom. //, pag. 710.
( «3) On l'emploie a tel tirage , en quelque fa- , dtuu C rirait Animadv . Philo), et Hittor. , part. II , pag. et tt
C*4j Agrippa , K,m„ XI X Ubrt II , pag. 7 Hé.
(»5) Epiât. VIII libri III , pag. 785.
(16) Fpi»t. XIX Ubrt IV , pag. 846.
(17) Epi»!. XXXIII Ubri IV , pag . 8oa.
Vide e lutin pag. 85i.
(18) Epitl. LX Ubri III , pag. 818.
(ty) Ibid.
(30) Epi.-t. IXXIV Ubri Itl, pag. 8*6.
(ai) Epist. XXXIII Ubn III , pag. 800.
(aa) Epiit. LX XVI Ubrt III , pag. 837.
(a 3) Eput. I.V Ubri V , pag. q3?.
(a4) Epiât. LXVlll Ubri F, pag. y4*-
nie usent Bonnes repudidsset annotruesimo ffiiinto supra sesquimillesimum.
C’est ce que nous apprend Jean Wier (a5) , qui avait été son domestique. Si Thevet avait su toutes ces choses, il ne se serait pas contenté de nous apprendrequ’Agrippa espousa mademoiselle fsuiyse I yssie , issue de fort noble maison , l'an de son dqe a3 , et de salut i5o9 (s6): il eût parié en général pour le moins des deux autres mariages. Mclchior Adam en savait plus que Thevet ; car il n’a pas ignoré uu’Agrippa avait eu deux femmes:
Jjuum uxnrum maritus nobilium , et liberorum aliquot parent ; mais, outre qu'il paraît avoir ignoré le troisième mariage , il a fait plusieurs fautes de chronologie«quand il a parlé du premier. Voici ses paroles : Mortuo Maximiliano, snb diversis etprin cipibus et cbàtatum magislratibus per Italiam, Hispaniara, Angliam , Gallium, egit, mu lia que egresia facinora designnvit. Tandem , laborum terrd manque exanllatorum satur ac quietis et otit cuptdus , duc ta u tore , virgine nobdi , sedem in Allobrogibus Jixit , ul procul negotiis sibi ac musis vivent /nvitatus aulem ab inclyid Mediomatricum repub. munus syndici , advocati , et oratoris , obivit (27). Notez que l’empereur Maximilien mourut le ta de janvier 1 5iq , et qu’Agrippa fit le voyage d’Espagne en i5o8 , et celui d’Angleterre en i5io. Voilà donc déjà un anachronisme. Après son retour d’Angleterre , il s’arrêta à Cologne quelque temps , et puis s’en alla en Italie. Il y était encore l’an 1 5 1 7 (a8j : il était à Metz l’an i5i8 (39) ; il ne retourna point en Italie , depuis qu’il en fut sorti pour venir à Metz : voilà donc un nouvel anachronisme.
Remarquez aussi qu’en l'année i5i5 il était déjà marie (3o). Où sont donc ces grandes fatigues essuyées par mer et par terre, depuis la mort ae l’cm-
f^ereur Maximilien, auxquelles il vouut mettre tin par le mariage ? Comment a-t-il pu se fixer avec sa femme au pays des Allobroges, lui qu’on voit mener une vie fort ambulatoire
(a5) Wier. de Magis , cap. V , pag. lit.
(36) Thevet, Homme* iilutlr. , pag. «a, aa3.
(37) Mrlch. Adami Vil. Mediror. , pag. 17.
(38) Agrippa . Fpist. 7 Ubri 11 , pag. 73a. (an) Fpist. XII Itbn II pag. rio.
(Se) Epiât. XLV1I et XI. ri II Ubri I.
avec elle dans l’Italie? Ajoutez à cela , qu’avant son voyage de Metz il n’avait point planté le piquet au pays des Allobroges j et qu’il était syndic de Metz avant que Maximilien fût décédé. Melchior Adam est tout plein de semblables fautes. Une partie de celles que je viens de marquer sont d’autant plus excusables, qu’on les a faites apres Agrippa, qui, faute de mémoire ou autrement , exposa à Mar-
Îjuerite reine de Hongrie , que depuis a mort de Maximilien il avait fait tels et tels voyages, etc. Voyez sa lettre XXI du VIIe. livre. Il ferait beau voir quelqu’un occupé à accorder Melchior Adam avec Thevet. Selon celuici , Agrippa se marie à vingt-trois ans$ selon l’autre , il ne se marie qu’aprés une infinité de voyages et d'affaires , soûl du travail , et cherchant enfla quelque repos.
(I) Il avait protégé une paysanne (*) accusée de sorcellerie J] Le dominicain Nicolas Savini , inquisiteur de la foi à Metz, voulait que Von mît cette femme à la Question , sur le simple préjugé que l’on tirait de ce qu’elle était fille d’une sorcière qui avait été brûlée (3i). Agrippa fit tout ce qu’il
Îmt pour faire observer exactement es procédures: et néanmoins il n’empêcha pas que la femme ne fût appliquée a la question : mais il donna lieu à faire connaître qu’elle n’était point coupable. On condamna à l’amende les accusateurs (3a). La peine fut trop douce et trop éloignée du talion.
(R) Il promettait de nouveaux triomphes au connétable de Bourbon.~\ Les plaintes d’être employé à des sottises d’astrologie étaient fort propres à déplaire : Sciipsi stncschallo , ut admoneal i liant ne ad tant indignum artifi-
(*) Cette paysanne éuit de Vapey [V tlL 1 V apera ] , village situé aux porte* de Meta . et appartenant au chapitre de la cathédrale. Du reste il avait paru dans le clergé messin , principal accusateur de cette femme , tant de passions basses, et en toutes manière» une si grande ignorance des belles-lettres et cie la bonne philosophie, qu’à ret égard, dan* sa Lettre du 3 juin i5iQ, Agrippa traitant la ville de Mets d'oauuassaa bonarum liUrrarum virtulumque novrrea , e* pourrait bien être lui oui, par cea flétr«s»aiile» paroles , aurait donné lien au proverbe Métis avara , seientiarum noverca. Hia. cm.
(ît) Epi.t. XXXIX Ubn IJ , pag. :54fila) Epiai. XL Ubn //, pag. 757. Vida etimm pag. 763.
cium tngenio meo diutiùs abutalur , nec in nas nugas ulleriüs impin gère cogar, qui multo Jelicioribus studiis illi inséré ire queam (33). Mais le pis fut que ces sottises faisaient découvrir des prospérités pour le parti odieux, u hediit in raentem scripsisse me se- » neschallo , comperisse me in Borbo- » nii natalitiis revolutionihus iilum >» frustratis vestris exercitibus etiam
>> in hune annum vicîorem fore
» dixique intra me; O infelix prophète ta ! hoc eaticinio jam omnem princi - » pis tuœ gratinai concacdsti : hoc est » ulcus , hic anlrax , hic carbo , hic i> cancer il/e , quem noli me tangere » duunt t quem tu irnprudens tetigisii >» etiam cauterio (34). » Ceux qui savent la carte de ce temps-là voient fort bien que notre astrologue ne pouvait pas faire plus mal sa cour à la mère de François 1er. qu’en promettant de bons succès à ce connétable.
Agrippa fut dès lors regardé comme un bourboniste (35). Pour réfuter ce reproche , il représenta le service qu’il avait rendu à la France en détournant quatre mille bons fantassins de suivre le parti de l’empereur, et en les attachant à celui de François iet. Il allégua le refus qu’il fit des grands avantage!* qu’on lui promettait quand il sortit de Fribourg, en cas qu’il voulût entrer au service du connétable. Il paraît par la IVe. et par la VIe. lettre du Ve. livre , qu'il avait des correspondances étroites airce ce prince au commencement de l’année i5i~. Il lui donnait des avis et des conseils , refusant pourtant de l’aller joindre , et lui promettait la victoire. Il l’assura que les murailles de home tomberaient dès ||*s premières attaques : il n'oublia que le principal: c'est que le connétable y serait tué: Jam Jata illis propinquam st ragent suamque perniciem denunciant : mox ilia superba moenia vix oppugnata corruere videbis. Eja ergo mine y strenuissime pr inceps , quem tantœ Victoria: ducem Jata constituant , rumpe moi as , perge intrépide quù cœpisti prospéré , aggretitre Jortitcr , pugna constater , aubes elcctasimorum militum ar matas actes ; adest cœlnrum fauor , aderit et justi belli v index Deus ; nihil Jormidaveris,
(33) Epiât. XXIX libri IV , pag. 854-
(34) Aurppa, Fpiit. LXII Itbn IV, pag. 88o.
(35) Ibid. , pag 88 1.
ingens tiquidem temanel glorire tri uniphus (36). La mort de ce connétable, arrivée avant qu’Agrippa sortît de Lyon, me fait songer à trois fautes de Melchior Adam. 11 dit qu’Agrippa , attiré premièrement par le connétable, et puis par le chancelier, s’en alla à la cour de Bourgogne , et se trouva peu après fort malheureux , à cause de la mort de ces deux patrons.
C’est tomber trois fois dans l’anachronisme. i°. Le connétable était mort avant qu’ Agrippa sortît de France , et jamais il n’avait songé à l’attirer à la cour de la princesse Marguerite (37).
a°. Le chancelier Gattinara le voulut bien attirer, mais ce fut à la cour de Cbarles-Quint ; et c’était une vocation qu’Agrippa distinguait fort clairement de celle qui lui était proposée par rapport à la cour de Marguerite (38), 3°. Il était déjà dans le Pays- Bas lorsque ce chancelier lui faisait faire des propositions.
(L) Agrippa se payant cassé , murmura y pesta , menaça . ] Il avait usé de menaces avant même qu’on lui otât sa pension : le dépit de n’étre point payé de ses gages et de se voir méprisé lui fit dire qu’il se porterait à faire quelque méchant coup : Crede mihiy écrit-il à un ami (39) , eo se inclinant res méte alque animus, ni tuis precibus if/iusque céleri adjuger auxiliôy malo aliquo utar consilio , siqui dent et malis artibus nonnunquam loua fortuna parta est. Après qu’il eut su sa destitution , il écrivit plusieurs lettres foudroyantes , et menaça de faire des livres où il découvrirait tous les défauts des courtisans qui l’avaient perdu (4<>)- Il se porta jusqu'à dire brutalement qu’il tiendrait désormais la princesse dont il avait été conseiller et médecin , pour une cruelle et perfide Jesabel : jVec ultra illam ego pro principe meâ ( jam enim esse desiit ) , sed pro atmcissimd et perjxdd quddiim Jesabele mihi hnbendam décrétai (41). Que n’aurait-il point fait
(36) F.piit. VI Lbri V , pag. goo. Celle lettre fui écrite de Lyon , le 3o mars i5i"J.
(3-) CeU celle que Pou entend par la Cour de Bourgogne.
(38) Agripp», Fpi.it. LXXXlVttbri V, p. «pi.
(3q) F.pi*t. XXV libri IV , p/r». 85o.
(4‘o) Vojes. la UH. et la Ï.XW. du IV». tivre.
(4.) Epiit. LXII , Ub. IV, pag 884.
la LU*. Lettre du livre V, toute pleine de fu-
dan* une telle colcre et dans un tel désir de vengeance, s'il avait eu autant de crédit auprès des démons qu'on a voulu le persuader ? Je ne sache point que quelqu'un ait dit que cette indignation d" Agrippa devint funeste à quelque personne de la cour de France. Ce malheureux homme ne fut pas plus satisfait de la cour de Charles-Quint. Il présenta une requête au conseil privé de ce prince , dans laquelle il se fit tout blanc de son épée, et représenta qu’il pouvait faire du bien et du mal. Ses menaces étaient les plus intelligibles du monde ; mais on y fut insensible impunément: Cogerelis me acceptant cd repulsd injuriant ad novarum rerum liccnliam transjerre , et malo aliquo consilio ( ceu quale Hcrmoclcs dédit P a usant œ ) uli oporlere ... Quin et malis artibus sceptssimè bona fdrluna parta est.*. Sed intere'a meminentis inter Æsnpi Apologos esse , mutent aliquamlo subvenissc leoni , et scarabœum expugndsse aquilam (4 a).
(M ) On avait.... prévenu contre lui l' esprit de cette princesse. ] Voilà ce qu’il nous apprend là-dessus , après s'être plaint qu’on le laissait mourir de faim : Quod ad le sertbant non habco aliud , nisi quod ego hic egregiè esurio , ab istis aulicis*diis totus prœteritus. Quid magnus ille Jupiter (43), suspteari nequeo. P go quanlô Juerim i n pcriculo , jam primùnt rescivi; tantum enim diclunt est mihi ; pr&valucrant cucullionet illi apud Dominant , sed nuilicbriter religiosam principent , ut nisi ilia ntox periisset , jam ego , quod maximum crimen est , monachahs majestatis sacnvque cucullce reus tanquam in religionem chrislianam intpius periturus fuissem (44)* Ordinairement une maîtresse est plus à
* craindre qu’un maître , quand on est accusé d’irréligion.
(N) On n’a pas JU dire qu’il a été luthérien. ] J’avoue que je n’ai point remarqué dans ses lettres que , quand il parle de Luther, il se serve de parolesou de réflexions injurieuses. J’avoue aussi qu’il s’informe assez curieuse-
reur , et la XXI II*. du meme livre ou il dit que cette princesse serait fort mal conseillée, si elle le reprenait à son service.
(4a) Agrippa , Epia. XXII libri VI , pag. 9^9.
(43) C'est-à-dire , Charlei-Quint.
(44) Agrippa, Epist. XV librs VI , pag. 968.
ment de ce que Luther ou les sectateur» de Luther publiaient sur les matières de controverses; mais cela ne veut as dire qu’il approuvât les dogmes e ce réformateur. Les plus rigides protesta ns de la confession de Genève ne pourraient-ils pas donner ordre qu’on leur achetât tout ce qJ»e les sectaires de Transylvanie font imprimer; et ne serait-on pas bien ridicule de prétendre sur cela qu’ils sont du sentiment de ces hérétiques ? Ceux qui embrassaient la réformation de Luther ne traitaient pas ce docteur avec cette indifférence que l’on voit dans les lettres d’Agrippa , c’est-à-dire , sans le louer ni le blâmer. Si Agrippa était l’auteur de la LXXXlle. lettre du Jlle. livre, il ne faudrait plus être en doute qu’il n’eût été un bon et franc luthérien ; mais encore qu’on ait mis au titre Agrippa ad amicum , il est certain qu’elle n’est pas d’ A grippa ; en voici la démonstration : Celui qui a écrit cette lettre marque que sa femme était accouchée d’un fils au mois de novembre i5a5. Or, 1a femme d’Agrippa était accouchée d’un fils an mois de juillet précédent : cela est clair par la lettre LXXVl*. du 111e. livre, où l’on vojâ même que le cardinal de Lorraine fut parrain de cet enfant. Il est donc incontestable quxAgrippa n'a
1>oint écrit la lettre en question. Je aisse à dire qu’il n’était point à Strasbourg , mais à Lyon , au temps que cette lettre fur écrite de Strasbourg.
Ainsi , ceux qui voudraient procurer une telle preuve à Sixte de Sienne, qui a dit qu’Agrippa était luthérien
(45), (*) ne lui fourniraient rien qui vaille. Quenstedt a réfuté Sixte de Sienne par le VIe. chapiÿe du Traité de la Vanité des Sciences, où Agrippa traite Luther d’hérésiarque. Cette ré-
(45) Sixti Senensi» Bibliolh. Ssnrta , lib V , Annotai. LXXIII , apud Quenstedt, de PatrîU illuslr. Virorum , pag. 1 44 - ^ehio , Dirait. , lib- II , quasi. XV ï. et Tennrru* sur le Traite' de «sial thamu, de Potenti* Angelorun», quæ>t J II, font Agrippa protestant. Vojret V oel- Di«p. part. III , pag. 616.
(•) Ao» 1 pvs , «u ch. 19 de son Apologie . parle •i magnifiquement de Luther , et avec tant de mépris de» principaux adversaire» de ce réformateur , que c est apparemment là-dessus que »’m( fondé Sixte de Sienne, pour .r»*ocer qu’ Agrippa était luthérien. Comme c’éUit ici un endroit à alléguer cette pièce , plutôt que certaines lettres d’Agrippa , on peut croire que M. Bayle ne l'avait pas lue ai exactement que ces lettres. Rtx. CUIT.
futation est infiniment plus solide quê celle dont s’est servi un théologien d’Utrecht , en alléguant la profession de théologie à laquelle Agrippa fut élevé à Dole et à Pavie , et l'emploi qu’il eut auprès du cardinal de Sainte Croix, pour le concile de Pisc (46).
Cela ne prouve rien du tout, parce que tous ces honneurs d’ Agrippa précédèrent la première prédication de Luther contre le pape. Si l’on me demande pourquoi Agrippa parle plus durement de Luther dans son livre de la Vanité des Sciences que dans ses Lettres , je ne répondrai point que cest un ouvrage où il se proposait de critiquer tout le monde : j’aime mieux me servir d'une autre raison. Quand il composa ce Traité, il était apparemment revenu de l’espérance qu’il avait d’abord conçue de Luther. Je crois qu’aussi-bien qu Érasme, il avait regardé au commencement ce réformateur comme un héros qui ferait cesser la tyrannie que les moines nren* dians et le reste du clergé exerçaient sur l’esprit et sur la conscience. Ignora ns et voluptueux, ils fomentaient mille basses superstitions , et ne pouvaient souffrir qu’on étudiât les belles-lettres : ils 11e voulaient ni sortir de la barbarie , ni souffrir que les autres eu sortissent ; de sorte qu’il suffisait d’être bcl-esnrit , «avant » poli , pour être l’objet de leurs violentes déclamations. Agrippa, Érasme, et quelques autres grands génies, furcnJËfcvis que Luther eût rompu la glarfl^B en attendirent une crise qui délivrérait de l’oppression les honnêtes gens ; mais quand ils virent que les choses ne prenaient pas le train qu'ils auraient voulu, ils furent les premiers à jeter la pierre contre Lutner. Disons pourtant qu’Âgrippa fut sujet à diverses alternatives. Jl protestait à Érasme, en lui envoyant sa déclamation sur la Vanité des Sciences , qu’il n’avait point d’autres sentiment que ceux de l’Eglise catholique : Illud te admorutuni volo , me ne hts qttee ad rehgionem aliment ncquaquàm secùs sen lire quant sentit Ecotesia cnlholica (4?)- H souhaitait en dédiant t’apologie de cette Déclamafion au légat du pape , que Dieu purgeêt sou Église Bc
(4^ Vœtii Disputai. Théologie. , part, III , ***(47) Agrippe, Epiât. XXX Fl lit ri FJ, p 999.
l’impiété des hérétiques (48) ; et peu après il écrivit à Melanchthor» le plus honnêtement du monde (49) : il le pria de saluer de sa part l’invincible hérétique Martin Luther : 6'alutabis mihi invictum ilium hcereücum Martinum Lutherum, qui , ut in Aclibus ait Pau lus, servit Deo secundum sectam quant hœresim vocant ; et lui témoigna souhaiter de sortir de Babylone : Ütirtam hic Nabuchodonosor ( il parle de Charles - Quint ) aliquandà ex bestid rediret in hominem , aut ego relinquere passent istud Ur Chaldœorum (5o) ?
Un temps a été qu’on lui recommandait les frères (5i) : ainsi, ce qu’on vient de voir qu’il écrivit à Mélanchthon , était un retour de certains premiers mouvemens que ses disgrâces et les injustes procédures des théologiens catholiques lui inspiraient. En tout cas, il est bien certain qu’il a vécu et qu’il est mort dans la communion romaine. Nous toucheronsqueîques-unes de ses opinions dans la remarque (T).
(0) Je ne crois pas qu'il ait écrit pour le divorce, de Henri FUI . ] J’ai lu dans l’ouvrage d’un fort lia bile homme , que Cramraer ayant fait « un » voyage en Allemagne , où il acquit » la connaissance du célèbre Cornélius » Agrippa , l’entretint de l’affaire du » divorce , et lui en représenta si » bien la nécessité , que ce grand » homme défendant avec chaleur les » poursuites de Henri , fut fort mal » traité par l’empereur , et mourut » enfin en prison (5a). » Celui qui a critiqué cet ouvrage a répondu entre autres choses : t°. que H. W ak- J'cld , qui écrivait en ce temps-la pour Henri ^7//, a dit positivement qu'il répond au livre de l’évêque de Rocf tester , et à un autre qu’on croit être de Ftvès ou d’ Agrippa : a°. qu’ Agrippa est mort en France , et nullement prisonnier en Allemagne (53). J’ai trouvé
(48) Epiit. XII libri Fit, pat f. ioiî.
(4p) Foret la leur* XIII du FII *. livre,
pag. 101 3. Il paraît as set favorable à la nouvelle Religion dans les lettre* X FUI et LU du III*. livre.
(5o) Kpist. X U libri FII , pag. ioi3.
(5i! Fpi*c X FI et XXXIFUbri III. Fiât etiam Epi«t. X F rjuxdem Itbri.
(5a) Histoire de ta Réformatioa d'Angleterre , par le docteur Bitraet ( a présent é eque de Sali<bur v ), a l'an. i53o, Uv. II , pag. a3o , édition X Amslerd.
(53) Le Grandi , histoire di Divorce de Hea-
dans les Lettres d’Agrippa certaines choses qui me persuadent qu’il ue fut
{>oint du sentiment de Crammcr. L’am- >assadeur de sa majesté impériale à Londres (5$) écrivit à Agrippa le a6 de juin » 53 1 , pour l'exhorter à soutenir les intérêts de la reine (55), et le fit souvenir d'un endroit de la Vanité des Sciences qui censure Henri VIII :
Hodiè adhuc nescio cui régi persuasum audio , ul liccal sibi jam plus viginti aniorum uxoretn dimiitere , et nubere pellici (56;. Agrippa fit réponse, que de bon cœur il s'engageait à cette entreprise , pouvu que l’empereur lui expédiât , ou ses ordres , ou sa permission. Il marqua très-fortement qu’il détestait ces lâches théologiens qui approuvaient le divorce ; et voici ce quil dit touchant la Sorbonne : Non est niihi incognitum quels arlibus res hœc a pu J Parisiorum Sorbonam tractata est , quœ cœleris tanti sceleris au sum temerario porrexit exemplo. f^ix me conlinere queo , quin imitatuspoëtarn ilium exclament : Dicite , Sorbonici , in theologiâ qnid valet aurum ?
Quantum pietatis et fiJei illorum pectore clausum putabimus , quorum venaits nutgis quant sincera cnnscientia est , qui extimescendas uni verso orbi chrisliano déterminât inné s auro vénales Jecerunt , ac servalam tôt annis fidei et sinceritatis npinionem nunc tandem ex l renid avariliœ infant id corru perunt (57)? Il ne laisse pas de représenter %le péril où il s’exposerait en écrivant contre un divorce que tant de théologiens avaient approuvé :
gens , dit il , qui me veulent beaucoup de mal a cause de ma ïranilè des Sciences. L’ambassadeur revint à la charge , lut fit espérer que la reine d’Angleterre écrirait , ou à l’empereur, ou à la reine de Hongrie , touchant l’ordre d’écrire sur cette matière, et lui expliqua pourquoi Érasme, Vivès , «t les autres bonnes plumes du temps , ne devaient pas être choisis aussitôt que lui (58). Agrippa se
ri VIII , tom. //, pag. ti6. V ojet ainsi tont. /, pag. *4q.
(54) Il est nommf dans les Lettres (V Agrippa , Eustochius Cl.apusins, et dans celles d'Erasme , Eustathius Chapusias.
C55) Agrip. , r'pist* XIX libri VI , pagfai) A R rip. de Yanitale Scientiar., cap LXllI , pag. saîj.
(5-) Agrippa , Fpist XX libri VI , pag. «i"4- (58) F. put. XX rX libri V/, pag .,86. Vide eliam Eputol. XXXI 1 1 , pag. gg6
comptait pour engagé à cet ouvrage ; car dans la lettre qu’il écrivit à la reine de Hongrie , après qu’il se fut retiré à Bonn , il représente comment il donnait toutes ses veilles à son emploi d’historiographe , quoiqu’il n’en eût encore retiré aucun profit. Je ramasse des mémoires , dit -il, pour l’histoire de la guerre d’Italie et de Hongrie ; et outre cela , j’ai un plus grand dessein en tête , c’est d’écrire pour la reine Catherine votre tante.
Voici ses propres termes : Sed longé majus his negotiumpro vestri sanguinis décoré , pro tud , inquam , materterdAngliœ celebratissimd résina mets humer i s impositum suscepi , in quo ti cet multi haclenùs operam suam collocdrunt , nul1 us adhuc nodum rei dissecuil (5r>). Je ne pense pas que ce dessein ait jamais été exécuté : l’auteur, en disgrâce à la cour impériale, trouva bon sans doute de ne se pas exposer à l’indignation du roi d’An-
Sleterre. Si Crammer l’avait, gagné (*), faudrait qu’il eût fait cette conquête pour Je plus tôt en l’annce i53a : et si Robert Wakfeld publia son livre avant l’année i53a (60) , il est sûr que le traité qu’il réfute , et qui passait pour être de Vivès ou d’Agrippa , n’est nullement d’Agrippa. Notez que Sandérus , qui nomme plusieurs auteurs qui écrivirent contre le divorce (61), ne parle point de ce dernier.
«Epist. XXI libri VII , pag. 1034.
oiirri ne s'était pa* encore laissé gagner I, temps auquel, si je ne me trompe , il >on Apologie contre Jet Docteurs «le Innovait) ; et il n'a pu le faire depuis , sans la même honteuse prévarication qn’il y reproche à la Sorbonne. Eodrm , y dit-il, parlant «le ce corps fameut, his recentibus annis détermina* il , Papam non potse dispensai* ut frater ducat n-rortm fralnt mortui sine hberis , atque proptereà matrimonium inter Angine Fegem et Caftans asnitam , vrlul contra jus naturale et divinum . indispensabile . pro incesluoso , abominabili , et sacnlego adulterio damndrunl , masnd Sorbonee infamid. Cum non multis annis ante pro Augujtino Furnario Ct»i ac Palrtcio Genuensi determinavusent oppoutum. [Agrippes A polo g. , etc., cap. a. ] Ce n’est pas, au reste, dans la seul* édition de >536 que se trouve le passage que , sou* la Lettre X, Crénios remarque avoir été retranché du Traité de la Vanité dei Sciraee» dans l'édition de Lyon. Ce passage reparaît encore dan» l'édition de i53q, et on le trouve dan« toutes les précédentes éditions de ce Traité- Rrm. ca.T.
(60) M. le Grand, tom. I, pag. a49 • dit
Îue cet Ouvrage est intitule , Côtier. Or, re/ov » Catalogue «l’Oaford, pag. *46, ^ Colxer Jut imprime a Londres , l'an j5a-.
(tii) Saudert Hist. Schi»u»ati# Aajlie.
(P) Ses accusateurs n’ont pat été bien informes de ses aventure». ] J'ai dit dans la première remarque , que Paul Jove , Thevet . et Martin Del Bio, sont ses principaux accusateurs, et j'ai promis de montrer leurs fautes; les voici donc :
i°. Paul Jove le fait mourir à Lyon dans un méchant cabaret , et le charge du soupçon infâme de magie , par la raison que vous allez voir. Agrippa, dit-il (6a j , menait toujours avec lui un diable sous la figure d’un chien noir. Aux apfh'oches de la mort , comme on le pressait de se repentir , il ôta au chien un collier g^rni de clous qui formaient des inscriptions nécrom antique s , et lui dit va-t’en , malheureuse bête qui es cause de ma perte totale. Ce chien prit tout aussitôt la fuite vers la Saône , s’jr jeta , et n'en sortit point. Cet auteur avait donné de grands éloges à Agrippa du côté de l’esprit et de la science , jusqu’à dire que cette science lui avait procuré la dignité de chevalier que l’empereur lui avait donnée: V ir cducatus in htteris,et à Ccesare eruditionis ergà equestris ordinis dignilate cohonestalus (63). Commençons par-là notre critique.
il est certain , par le témoignage d’Agrippa ; que son ordre de chevalerie fut la récompense de ses exploits militaires (64). D’ailleurs, il n’est pas mort à Lyon ; et enfin, Jean Wier, •on domestique , témoigne que ce chien noir était un vrai chien, et qu’il l’a souvent mené avec un cordon de crin. Silentio invulvi , dit-il (65) , diutiüs ob veritatis prœrogativam non pattar quod in divertis aliquot scriptoribus (*) legerim , diabolum JormJ canis ad extremum Agrippœ halilum comilem ipsi fuisse , et poste a nescio quibus modis evanuisse. Salis equi cl cm mirari hic nequeo tant ce existimationis vit os tarn insulté aliquarulo Inqui , sentire , et scribere er inanis sinin vulgi rumore. Cassent hune ni grum mediocris stalurœ , gallico nonu /te Monsieur , quod Dominum so nat , nuncupalum novi ego si qui s
(Cn) Paulu» Jovius in Elogiii, cap. XCI.
(65) Id. ibid.
(64) Vorex ci-dessus la remarque (D).
(65) Joana. Wier, de Magii, cap. y, p. m.
( * ) Jovius 1 n Elogiia, et ex hue Andrras Hon-
«lvrflti/i libro Laemplorum Ccrmao. et alii
alius familiarissimè , quem nimirünt non raro ubi Agrippam sectarer , loro ex pilis concinnato alligatum duxi ; at verè naturalis erat canis masculus f cui alias fcmellam ferè colore et reliquat corporis cnnslitutione similem , quam Gallicè Mademoiselle ( Dominais ) appellabat , me prœsente , adjunrit. Cet auteur ajoute qu' Agrippa aimait follement ce chien , qu’il le baisait souvent , qu’il le faisait quelquefois manger à sa table , qu’il le souffrait dans son lit, et que pendant que lui Wier et Agrippa étudiaient sur la même table , ce chien se tenait toujours couché entre eux deux au milieu d’un tas de papiers. Or, comme Agrippa était des semaines tout entières sans sortir de son poêle , et qu’il ne laissait pas de savoir presque tout ce nui se passait en divers pays du monde, il y avait des badauds qui disaient que son chien était un diable qui lui apprenait tout cela. 11 n’y a pas long-temps qu’un soldat réfugié me disait fort sérieusement que , pourvu que M. de Mélac (66) eût son dogue , il revenait toujours victorieux. Il m’assura que , dans l’opinion générale des soldats , ce dogue était un esprit familier qui révélait à son maître les postes des ennemis , et leur nombre, leurs desseins , etc. M. de Mélac n'était point fâché peut-être
?[u’on crût cela : cette opinion pouvait aire que les soldats ne craignissent rien sous sa conduite (67). Voilà de quelle nature étaient les bruits sur lesquels Paul Jove s’était fondé.
a°. Passons à Thevet. On ne peut nier , dit-il (68), qu'Agrippa n’ait esté misérablement ensorcelé cle la plus fine et exécrable magie qu'on puisse imaginer , et de laquelle , au veu et sceu d’un chacun , il a fait profession si évidente ( ainsi que le présent discours le justifiera ) qu’il n’est possible de reculer en arrière par négatives, palliations , ou déguisement. Or , voyons à quoi se réauisent les preuves que ce présent discours ap-
(66) Lieutenant général dont les armées de France : il servait dans 1er armées «T Allemagne pendant la guerre qui a été terminée Van 1697. F uretlaremarqut(o)del'arUcleltA*Oxv,à latin.
(fi 7) y oy et ce que Plutarque rapporte de ta biche de Serlorius , dans la Vie de ce général.
(68) Thevet , Hiat. «le» Homme» illustre» , loin, y/l, pag. 2ti , cdil. de Paris , en 1671 1 en 8 roi. in- 12. .
3oo AGRIPPA.
orte. En premier lieu , Antoine de ève chéris soit tellement ce per sonnage , que, par son conseil , atlvis et prtulence , il venait à bout des desseins de scs hautes et superbes entreprises ; ce qui a fait que certains envions à cet Espagnol ses victoires ont dit que par art magique et Agrippine il a grippe suf ses ennemis avec ses mains podacres et crochues , ce que beaucoup de yaillans capitaines n'eussent sceu par le cliquetis de leurs armes et combats furieux (69). En second lieu, les enseignemens aAgrippa sont tellement déraisonnables , que le docteur Jean V" uier , quoiqu’on plusieurs endroits de ses œuvres il le loue et exalte grandement comme son bon maistre , il est néanmoins quelquefois contraint de lui donner un coup de pied et le désavouer (70). On nous renvoie au chapitre .XL1V du 11*. livre des Illusions et Apparitions des Esprits (71), pour v trouver que Jean Vuier se moque ( avec Cardan au XVIIIe. livre ae la Subtilité ) des resvenes d' Agrippa , qui Jnrgeoit des apparitions plus que ruliculcs. En troisième lieu, son livre île la Philosophie cachée a esté condamné et censuré par les chrestiens... ; et pour cette occasion , fut contraint Agrippa d’abandonner la Flandres , où il ne put estre souffert , faisant profession de la magie : de manière qu'il prit la route d'Italie , où il séjourna l’espace de trois ans ou environ , et y épancha plus que n’edt été requis du poison avec telle abondance , que plusieurs gens de bien appercevans qu’il en avoit en si peu de temps infecté l’air de l'Italie , lui donnèrent la chasse . si vive qu’il n’eut rien de plus hast if que de se retirer h Dâle , où il leut publiquement le livre de Verbo mirifico (7a). En quatrième lieu , il obscurcit tellement la Bourgogne des fumées et brouillard de ses sciences noires , que s’il n’eust fait un trou à la nue , il est bien à craindre qu'avec le feu on ne l'eust éclairé de plus près qu’il n’eust sceu souhaiter. Eu cinquième lieu , il se rendit à Lyon, fort pielre et dénué de
(6g) Là m/me , pag. «3.
(70) Là m/me , pag. aa5.
(71) J» n'ai point trouve de livre qui ait ee titre ni eeUe diviiien dant le/ OF.afrrs de Jean Wier , impnmeet à dmiteiJam , en 1C60, in*4 •
(7*) Therel, Homme* illustr. , pag. aa6.
facullez ; il chercha tous les moyens qu’il put pour vivoter , remuant le mieux qu’il pouvoit la queue du baston , et il gagnoit si peu qu’il mourut en un chetij cabaret , abhorré de tout le momie , qui le détestait comme un maudit et exécrable magicien , parce que lousjours il menoit en sa compagnie un diable sous Li figure d’un chien. Thevet ajoute à cela le reste du conte que Paul Jove a inséré dans ses Eloges.
Il serait facile de montrer la nullité de ces cinq preuves, fl n’est pas besoin de réfuter la première , puisque Thevet a reconnu qu'Antoincde Levé ne s’adressait point à Agrippa pour quelques prestigieux et iniques charmes (73) , mais plustost , pour la rare merveille de son esprit (74) ; et que l’empereur ne le prit a son service , par l’intercession d'Antoine de Lève , que pour l’asscu rance qu’il avoit que par son meur et rassis jugement il pourrait survenir aux grandes affaires qui lui étoient tombées sur les bras. Voilà donc l’accusé hors d’affaire , par la confession même de l’accusateur : il est bien plus malaisé de justifier celui-ci d’une très-crasse ignorance. Je n’ai remarqué dans les Lettres d’Agrippa aucun vestige de ses liaisons avec Antoine de Lève, et je m'étonne que , sur la foi d’un auteur comme Thevet , tant d'habiles gens aient débité qu’AgrippayVit favori d’Antoine de Lève , et capitaine en ses troupes (75). Il ne fut jamais au service des Espagnols : il ne servit que daus les troupes de l’empereur Maximilien ; et je ne pense pas que , depuis la harangue qu'il fit à Pa vie , l’an 1 5 1 5 , il ait endossé le harnais. Voici quelques mots de cette harangue : Neque mireris , rnarchin iUustris , Joannes Gonznga strenuiss. militum dur , quod cùm me proximis lus annis felicissimis Cœsareis castris prœfcclum cognosceres , nunc me sacrarum hlterarum preepositum pulpito cernas (76). Il fit encore quelque séjour en Italie : il y eut pour patron Guillaume Paléolo-
(73) Là m/rtte , pag. aa3.
{74) I-à. m/me , pag. )lS.
(7 5 ) Naudé , Apologie <te* gratins Homme* ,
Gag- 4°5. Voyex autfi Trissier , Klog tiré* de [. de Thon , iom. II, pag. gg Voyex ct-d.es sous Citation (7g).
(76) Agrippa , Oper. , loin. II , pag. ie-5.
Vf
AGRIPPA. 3oi
eue , marquis de Monferrat , à qui il dédia son Traité f)e tripliei rationc cognoscendi Deum , l’an i5i 6(77) : il enseigna à Turin , et il repassa les Alpes vers le commencement de l’année 1518(78). Qu’on me montre qu’Antoine de Lève ait servi l’empereur Maximilien. Mais voici une ignorance encore plus crasse. Agrippa n’obtint le titre de conseiller et historiographe de Charles-Quint que par le moyen des amis qu’il rencontra à la cour de la princesse Marguerite , gouvernante du Pays-Bas. Charles - Quint 11’était point alors dans le Pays-Bas : il y vint quelque temps après , si «revenu contre Agrippa, que, sans les Dons offices du cardinal Cainpège , et du cardinal de la Mark. , il l’aurait fait mettre dans un cachot. Le sieur Ctavigni de Sainte-Honorine dit que la fin d’Agrippa n’eût pas etc moins funeste que celle de Lucilius Vaninius , si le cardinal Campège , et Antoine de Lève , ses protecteurs , n’eussent détourné Charles-Quint de le faire punir (79).
Il ne vit point Agrippa , et ne lui fit point payer ses gages : tant s’en faut qu’il se soit servi de ses conseils pour se débarrasser de* grandes affaires qui lui eloient tombées sur les bras. C’est une plaisante preuve de l’habileté d’Agrippa dans le droit , que de dire que Charles- Quint le reçut au nombre de ses conseillers. A la jurisprudence , dit Thevet (80) , il avait donné une si vive atteinte , que ( comme j’ai ci-dessus remarqué ) l’empereur Charles -Quint le reçut au nombre de ses conseillers. 11 avait dit dans la page précédente , qu* Agrippa fut si bien reçu h la cour de cet empereur , qu'il fut du nombre de ses conseillers Ne sait-on pas que le titre de conseiller du roi se donne à une infinité de gens, à des médecins , à des historiographes, à des auteurs qui entrent dans les conseils du prince aussi peu que le dernier de tous les bourgeois ? La deuxième raison de Thevet ne prouve rien.
Agrippa a parlé de quelques apparitions si ridicules , que même l’un de ses meilleurs amis s'en est moqué ; donc il a été magicien. Que devien-
(77) Ibid. , pag. 480 et 718.
(78) Voye 1 tes Lettres , pag. 718 , 730.
(70) Clavigai de Ssiate-llonoriae , de l’Usage
«les Livre* suspects , pag. iot>.
(80) TLevcl, Hommes illustr. , pag . saa, aa3.
draient Bodin , Martin Del Rio , le Loyer , et la plupart des dértfonographes , si cette manière de raisonner avait fieu ? La troisième raison fourmille de faussetés. Si Agrippa eût fait profession de magie , on ne se fût as contenté de le faire sortir de landre $ on ne punit pas si doucement une telle, profession. Il ne fut jamais en Italie depuis les censures de sa Philosophie occulte. Cet ouvrage ne partit qu’en i53i. Si Agrippa eilt épanché dans l’Italie avec tant d’abondance le poison de sa magie , le cardinal de Sainte-Croix l’aurait il choisi pour l'un dès théologiens du concile de Pise? Le pape lui auraitil écrit un brefs» honnête en l’an i5i5 (81) ? Bien loin que notre Agrippa chassé d'Italie se soit retiré à Dole , il n’alla en Italie qü’aprés avoir quitté Dole. La quatrième raison suppose faux. Agrippa se fit des affaires à Dole pour avoir donné dans les hypothèses de Capnion , dont il expliquait le livre de ’erbo mirifico. On sait les longues querelles des moines et de Capnion. Le cordelier Catilinet , aimant mieux prêcher contre Agrippa devant la princesse Marguerite , que disputer on s’éclaircir avec lui à Dole , prit le parti de l’allerdiiramer à Gand sur la chaire de vérité : mais il ne l’accusa point de magie } il ne l'accusa que d’attachement à la cabale judaïue , et de pervertir l'Ecriture par es explications cabalistiques (82).
Les déclamations mal placées ae ce cordelier , qui , au lieu de prévenir la cour et le peuple contre un professeur absent , devait l’accuser dans les formes devant les juges académiques, n’empêehèrent point que le célèbre Jean Colet ne logeât Agrippa chez lui à Londres , et que l’empereur Maximilien , aïeul de la princesse Marguerite , ne lui donnât de l’emploi en Italie (83). La cinquième raison de Thevet a déjà été réfutée : il n’a fait que copier Paul Jove ; et ils ont été l’un et l’autre assez imprudens pour parler de la misère d’Agrippa. Beau moyen de persuadera un lecteur judicieux , que cet homme était un grand
(81) Agrippa, Epitt. XXXVI 1 1 l.bri /, pag. 71».
(8»l Voye* fEiposiulaiio «t’Agrippa , au II*, lomr de tet Œuvre» , pag. 5o8.
(83) Agrippa, Oper , Imm. // , pag 5 çfi.
magicien ! Belle méthodo de le persuader au peuple , lorsqu’on sait d'ailleurs, que dès qu'il y a un prince ou seigneur auquel l’heur rit , soudain on vs lui jette le chat aux jambes qu’il courtise Agrippa (84) 1
3°. Quant à Martin Del Rio , il raconte ces trois ou quatre choses :
i°. Agrippa en voyageant payait dans les hôtelleries en monnaie qui paraissait très- bonne ; mais, au bout de quelques jours , on s'apercevait qu’il avait donné des morceaux de corne ou de coquille (85). a0. Charles-Quint le chassa de sa cour et de ses états , et avec lui deux autres personnes de condition qui lui avaient promis de grands trésors par le moyen de la magie (86). 3°. Le même empereur ne remit point la peine de mort à Agrippa ; mais il le condamna au bannissement après qu’il eut su sa fuite (87).
4°. Agrippa tenait à Louvain un pensionnaire fort curieux. Un jour qu’il sortit hors de la ville , il recommanda à sa femme de ne laisser entrer personne dans son cabinet. Le pensionnaire en obtint pourtant la clef : il y entre, et y lit un livre de conjurations : il entend frapper à la porte une et deux fois sans interrompre sa lecture : le démon veut savoir qui l’appelle et pourquoi ; et parce qu’on ne sait que lui répondre, il étrangle le lecteur. Agrippa revenant à soft logis , voit les démons qui sautent sur sa maison ; il les appelle , et apprend d’eux ce uui était arrivé. 11 nonne ordre à l’homicide d'entrer dans le cadavre et de lui faire faire quelques tours de promenade à la place la plus fréquentée des écoliers , et puis de se retirer. Cela fut fait. Le pensionnaire, après trois ou quatre tours de promenade tomba raide mort. On pensa long-temps que ce fut de mort subite ; mais certaines marques de suffocation rendirent la chose suspecte dés le commencement : ensuite , le temps apprit tout ; et Agrippa , fugitif dans la Lorraine , commença d’y vomir les hérésies qu’il avait retenues dans le cœur (88).
(84) Tlievrt, fîomtni-» i!lu*tr. , pag. a//.
(85) Drl Kio, Di«qni»il. Magicar. , Itb. II, aumit. XII , num. 10.
(86) Ibid.
(K-) Del Rio , Ditquitil. Magirar. Itb. V, seul.
(K*) Ibid , ib. II, ention. X XIX itcL I.
- La misère d’Agrippa , et la peor tpi’il fait, paraître tant de fois dans ses epîtres de n’avoir pas de quoi manger, réfutent pleinement la première de ces histoires. Quand on a un moyen si court de payer ses créanciers , on ne doit pas être en peine de quoi vivre : c’est la pistole volante. Il n’est point vrai que Charles-Quint ait jamais chassé Agrippa de ses états : il était trop habile homme pour panir de cette manière un magicien dispensateur des trésors ; il aurait craint que les autres princes ne profitassent à son dommage des secrets d’un tel banni.
Del Kio réfute la seconde historiette
f>ar la troisième ; car il prétend dans a troisième , que sa Majesté Impériale eût fait mourir Agrippa , si elle l’eût eu en sa puissance , et que l’arrêt de bannissement fut postérieur à la fuite de ce magicien. Pures fables.
Agrippa présentait requête surrequéte au conseil de cet empereur, ou pour être payé de ses gages, ou pour avoir son congé (89); et, quand il fut las de n’obtenir rien , il s’en alla à Cologne , où il parlaje plus hardiment du monde aux magistrats , contre les moines qui arrêtaient l’impression de son ouvrage (90). Il vécut tranquillement à Bonn , jusqu’à ce qu’il en partit pour aller en France. Charles-Quint auraitil souffert cela à un homme qu il aurait banni de ses états ? L'eût-il souffert à un magicien , qui n’aurait évité le dernier supplice que par la fuite ? Sur la cpiatnéme historiette , soit renvoyé a Gabriel Naudé , dont voici les paroles ; On la pcul nier encore plus raisonnablement avec Ludwigiut (*) , que Del Rio ne l’asseure , veu
2! u’ il l’a traduite mot pour mot d’un ivre intitulé le Théâtre de la Nature, divulgue en italien et en latin sous le nom deStroze Cicogna, et en Jranceit et espagnol sous celui de I wderam* (91). On peut sc servir d’une autre réfutation; la voici : Del Rio remarque que la femme qui avait prêté la clef au pensionnaire fut répudiée depuis par Agrippa. Il faut donc que ce soit
(89) Vide Uperum ejus votumen II , à /mu rg-5 , ujque ad pagtnam 984 : item pag- toi- et sequent. ,
(90) Ibid. , pag io33.
(*) Quasi. XV Dsemonoma^. , fuit* 18-.
(91) Na**r?é , A pot. pour le» graud* Domntrt t pag. 4a3.
AGRIPPA. 3o3
la troisième femme de ce magicien.
Or la seconde ne mourut qu’en i5'ig:
il faut donc que l’aventure du pensionnaire soit poste'rieure à l’an i5ag ; il faudrait donc qu’Agrippa eût pris la fuite vers la Lorraine depuis Van i53o ou environ : il faudrait que depuis qu’il fut installé à la charge d’Historiographe de Charles-Quint , il eût été louer une maison à Louvain pour y tenir des pensionnaires : mais rien n’est plus faux que cela ; car , i°. il n’alla point en Lorraine comme fugitif : il y alla pour exercer une belle charge à Metz , laquelle lui avait été offerte avec tous les agrémens possibles , pendant qu’on lui présentait ailleurs des conditions honorables (qa>. a°. 11 n’alla en Lorraine qu’en >5i8 , et il avait encore sa première femme. 3°. Les doctrines qu’il soutint en ce pays-là , et pour lesquelles il fut exposé aux vexations de quelques moines , n’étaient ni magiques , ni hérétiques ; elles roulaient sur la question si sainte Anne mère de la sainte Vierge, a eu trois maris, et un enfant de cnacun ; ou si elle n’a eu qu’un mari et une fille. Agrippa soutint ce dernier parti (93) , qui fait infiniment plus d’honneur que l’antre à la mémoire de sainte Anne. 4°* R ne paraît point qu’il ait demeuré ailleurs qu’à Anvers et à Malinrs , depuis qu’il fut fait historiographe de l’empereur , jusqu'à ce qu’il se retira chez l’électeur de Cologne $ et je te pense pas que jamais il ait tenu de pensionnaires à Louvain. On pourrait donc se dispenser de répondre à Martin Del Rio et à ses consorts , jusqu'à ce qu’ils eussent un peu arrangé les circonstances des temps et des lieux.
Je m’étonne que le célèbre Naudé n’ait pas eu la prévoyance d’objecter aux accusateurs d’Agrippa le grand nombre de faussetés historiques dont je viens de les convaincre.
(Q) U y a des erreurs de fait dans
les moyens de son apologie '] J’ai
Gabriel Naudé en vue *. 11 tâche de
(91) Agrippa , F.piftt. IX et X libri II; mais surtout vojret son nemeretment à me*sieur* de
Mti», pi i*. totp.
<03) Vote x les Œuvre* d’Agrippa , loin. II , pua. mu, 747.
* Bayle na pat relevé, dit Joly , toutes let fautes de fraudé, au sujet d* Agrippa. C’est à tort , par exempte , que G. fraudé avance squ Agrippa se rétracta dans la préface de la
justifier Agrippa , entre autres raisons , par la faveur de deux empereurs , et autant de rois (94)* C’est supposer que Charles-Quint eut de l'amitié pour Agrippa; mais on n’a qu’à lire les plaintes de cet auteur (Ô5) pour voir clairement le contraire- De plus , Naudé suppose qu’on ne s’avisa de crier contre la Philosophie occulte que long-temps après qu’elle eut été publiée ; il prétend qu’on ne cria contre ce livre que pour se venger des injures qu’on croyait avoir reçues dans celui de la Vanité des Sciences. Il est fort vrai que ce dernier livre irrita furieusement plusieurs personnes. Les moines, les suppôts des académies, les prédicateurs , les théologiens s’y reconnurent. Agrippa était un espnt trop ardent. Ex ejus libri (de Vanitate Scientiarum) qualicunque gustudeprehendi hominem esse ardentis inge nii , varias lectionis , et rnulxce mcworite , alicubi tarnen majore copid rptàm deleclu , ac dictione tumulluosd venus quant composild. In omni genere rerum vitupérât mala , laudat bona ; sed sunt qui nihtl aliud sustinent quant laudari (96). Ses peintures étaient trop fortes;, les couleurs en étaient trop noires, ses traits étaient trop marques. On s'en fâcha donc , je l’avoue; mais il n’est pas vrai que cette colère ait eu un effet rétroactif sur un livre qu’on eût laissé en repos plusieurs années. Naudé eût mieux fait de garder cette pensée pour une autre application : if eût trouvé où la placer tôt ou tard , quand même il n’aurait pas eu autant de lecture qu’il en avait. Je m’explique. Il n’est point rare que des zélateurs laissent long-temps en repos un livre et celui qui l’a composé , quel que puisse être d'ailleurs ce livre , pourvu qu’il n’attaque point personnellement ces zélateurs. Mais si, au bout de dix, quinze , vingt ans , ils se brouillent avec l’auteur; si quelque
Philosophie occulte, de ce qui pouvait s’être glissé de contraire à la doctrine de l'Eglise. La rétractation ne pouvait , dit Joly , être tincère, puisque Agrippa fit imprimer lui-même cel ouvrage peu de temps (trois ans) avant sa mort. On verra dans la remarque de Bayle let motifs qui portèrent Agrippa à cette publication.
(g4) Naudé , Apo). de* grand* Homme*, p. 4<K|- (o5) Agrippa , F.pisl. hbn^VI , pag. 97 5, 'et alibi pas sim. V oyet le lie. volume de ses OF.ti vre*, pag. a5l , 44? • 58d , et tes erulroits notés ci-detsus page 390 note (g g',.
(96) Krasmui, Epist. ho. XXVII , p ■ 108J.
nouvel ouvrage vient faire des descriptions où Ton puisse reconnaître ce que l’on cache le plus soigneusement que Ton peut au peuple ; le premier livre ne peut plus jouir de son repos : il devient hérétique, imie, brûlable. On commence alors 'être rongé du zèle de la maison de Dieu , on le persuade aux bonnes gens; mais ceux qui ne sont point dues voient bien quelle est la passion onteuse que l’on couvre sous le beau masque des intérêts de la piété. Rendons justice aux théologiens de Louvain : ils ne méritent pas la flétrissure dont l’apologiste d’Agrippa les charge par un tel endroit. La Philosophie occulte ne fut imprimée qu’après la Déclamation de la Vanité des Sciences : il suffit de leur reprocher qu’ils usèrent de raille chicaneries pour trouver des propositions condamnables dans cette Déclamation. Voyez la forte réponse qui leur fut faite : elle est au second volume d’Agrippa , et comment* à la page a5a.
Faisons en peu de mots l’histoire de cette Philosophie occulte. Agrippa fit cet ouvrage dans ses jeunes ans (97) , et le montra à l’abbé Trithème , dont il avait appris bien des choses (98).
Trithème en fut charmé , comme il paraît par la lettre qu’il lui écrivit le 8 d’avril i5io (99); maisil lui conseilla de ne le communiquer qu’à des personnes affidées. Je ne sais si l’auteur le communiqua à trop de gens, ou si les premiers qui en curent une copie manquèrent de discrétion : la vérité est qu'il en courut diverses copies manuscrites presque par toute 1 Europe.
Il n’est pas besoin d’avertir que la plupart étaient fort défectueuses : cela ne manque jaroaisd arriver en pareil cas.
On se préparait à l'imprimer sur une de ces mauvaises copies : c’est ce qui détermina l'auteur à le publier luiméme avec les additions et les cbangemens dont il l'avait embelli depuis qu’il l’avait montré à l’abbé Trithème.
Melchior Adam se trompe quand il dit qu’Agrippa, ayant corrigé et augmenté ce livre dans un âge pins avancé, le fit voir à l’abbé Trithème. 11
(y") Eojet-en la préface.
(^8; Agrippa , F.pi»»- XXXIII libri III , p.
fon) Elle est à la tête du livre , et U lu page «o4‘ du Ile. tome de ses Œuvres.
avait réfuté, dans son écrit de la Vanité des Sciences, sa Philosophie occulte; et néanmoins il la publia , aûn d'empêcher que d'autres ne l’imprimassent pleine de fautes et mutilée (100). Il la fit approuver par des docteurs en théologie et par des personnes que le conseil de l’empereur commit spécialement à cette lecture : Liber ille jam nuper per aliquos Ecçlesiœ prcelatos et doctores sacrarum humanarumque litlerarumerudilissimos , et ex Ccesaris consilio ad hoc specialiter deputalos cornmissarios examinants et probatus j'ueritydcindè etiam tolius Cœsnrei consilti as te ns 11 adrnissus , et ejusdem Cœsareœ majestatis authentico diplomate et appensd in rubrd cerd Cœsans aqui- Id privilégiât us , in super ytnlverpi.ee , et poslea etiam Parisiis , sine cnntradictione impressus et publiée vend du s et distraclus sit (101). Sur ces approbations il obtint un privilège de sa majesté impériale , il fit imprimer son livre à Anvers , et le dédia à l'électeur de Cologne. Son épître dédicatoire est datée de Malines-, au mois de janvier i53i ; et c’est la treizième du VI*. livre de ses Lettres. Ce livre parut l'an i53i. 11 fut réimprimé d’abord à Paris. Ces deux éditions se vendirent sans nul obstacle. L'auteur fit travailler à une troisième à Cologne. Le père Conrad d’Ulin, inquisiteur de la foi , en eut le vent , et fit arrêter l'impression ; mais la vigoureuse requête d’Agrippa aux magistrats eut sans doute son effet, puisqu’il y a une édition de Cologne de la Philosophie occulte en 1 533. Elle contient trois livres , au lieu que les précédentes ne contenaient que le premier (10a). On y joignit, après la mortd'Agrippa, un quatrième livre qui n’est point du même auteur. Opiimo jwvhis (libris magicis) annumeratur abominabilis libellas nuper in lucem ab impio honù ne emisstts , tributusque Hcnr. Corn .
sfgrippœ, meo ohm hospili et prceceptori nonorando , ultra annos quqdraginta jam mortuo , ut hinc falsî* ejus mantbus jam inscribi sperem , sub tilulo quarti libri deoccultd philosnphiâ scu de ceremoniis magicis : qui insu. per
(100) V or et- en la préface.
(io\) Agr. Epitlola XXVI libri Eli ,p. iolî- Eojet aussi pag io45-
(10a) y or et l'rpllre dédicatoire du //•. ei dm III*. livre au mfme électeur de Cologne.
AGRIPPA. 3o/)
clavis librorum trium de Occulid Philosophid omniumquc magic arum a per ationum jaclatur (io3). C’est ainsi que parle Jean Wier. J’ai vu une édition m-folio de la Philosophie occulte, en |533 , sans le lieu de l'impression. Le privilège de Charles-Quint y est à la tète, eu français, daté de Malincs , le 12 de janvier i5a9, si je ne me trompe.
Voyons présentement les raenson-
f;es qui sont répandus dans ces paroes de Naudé : « Les théologiens de » Louvain censurèrent rigoureusement » sa Déclamation contre les Sciences :
» Jean Catilinet , cordelier, déclama » publiquement contre l’explication » qu’il avoit faicte à Dole de Perbo mi- » rifico : les jacobins de la ville de » Metz escrivirent contre les proposi- » lions qu’il avoit divulguées pour » soutenir l’opinion de Fabert Stapu- » lensis, touchant la monogamie de » sainte Anne ; et toutefois pas un » de ces censeurs ne put trouver au- » cun sujet de rien dire ou remarquer » sur les deux premiers livres de sa » Philosophie occulte , qui furent im- » primés long-temps auparavant toutes « ces pièces, tant à Paris qu’à Anvers » et ailleurs.... (io4). » Notez qu’il répète ces mêmes mots, long-temps auparavant, dans la page 4>(>. Pour comprendre toute la faute, il faut se souvenir que Catilinet déclama l’an 1609 ; que les jacobins de Metz écrivirent sur sainte Anne l’an z 5 1 ç> ; et que la Déclamation sur la Vanité des Sciences parut en i53o , un an avant la Philosophie occulte. « L’avarice des librai- >» res , et la vanité de certains es-
» prits , ajoute Naudé (io5) ,
» îont tort à la mémoire de cet auteur, « lui attribuant un quatrième livre » plein de cérémonies magiques, vai- » nés, superstitieuses et abominables , » et le mettant en lumière avec les » trois de sa Philosophie occulte..*....
» Wierus asseure (*), pour la défense >* d’ Agrippa , que ce livre ne fut di- » vulgué que vingt-sept ans après sa mort, et qu’asseurément il ne l’a- » voit point composé (106). »
(io3) Wieru* , Je Magi* , cap. V , p. 108. 04) Naudc, Apologie pour le* grand* Hommes, pag. 4»i.
(io5) Là même , pag. 4*3.
(*) Lth. II , de Priettigii*.
(10C) Naudé , Apologie pour lej grands Ilora- «ut*, pag. 4*4.
Ces paroles de Naudé, vingt-sept ans après sa mort , comparées avec le passage latin que l’on a vu ci-dessus (107), peuvent causer de l’embarras ; mais, pour débrouiller cela, il suffit de prendre garde aux diverses éditions de Jean Wier. Il revit et il augmenta six fois son ouvrage. Naudé avait sans doute une édition que l'auteur avait préparée l’an i56a. Il s’était alors passé y ingt-sept années depuis la mort d’Agrippa. Mon édition fut préparée treize ou quatorze ans après : voila pourquoi l’auteur y emploie cette phrase , ultra annos quadraginta jam mortuo. 11 retint toujours son nuper , et il est blâmable en cclaj car il trompe .par ce moyen ses lecteurs. 11 leur fait accroire que le quatrième livre Philosophiez occultée ne fut imprimé que vingt-sept ou quarante ans après la mort d’Agrippa : ce qui est faux. 11 arrive rarement à ceux qui augmentent plusieurs fois leur»
livres, de changer partout les particules qui marquent les dates dit temps.
En faveur de ceux qui n’auront pas les ouvrages d’Agrippa , je dirai ici comment on prouve que la Déclamation contre les Sciences fut imprimée l’an i53o, et la Philosophie occulte 1 an i53r. Pur une lettre imprimée avec celle d’Agrippa et datée le iode
janvier 1 53 1 (108; , on apprend que l’électeur de Cologne avait reçu un exemplaire de la Vanité des Sciences, et vu quelques feuilles de la Philosophie occulte oui s’imprimait à Anvers. L’auteur de la Bibliothèque de Dauphiné a pris une peine bien inutile dans son errata : il y a fait mettre 1 5O7 , au lieu de f4^>>- Sou livre porte que le traité de la Vanité des Sciences fut composé dans Grenoble , l’an 1467.
Corrigez selon l 'errata, vous supposerez que ce livre fut composé trente-deux ans après la mort de son auteur. Il aurait aillant valu ne point corriger. Je pense qu’on sc tromperait , quelque année que l’on mît ; car je ne crois pas que cet auteur ertt séjourné jamais à Grenoble considérablement lorsqu’il y alla mourir.
(R) Les fautes de Moréri ne sont pas nombreuses dans cet article. ~\ i°. On y voit Cohori , au lieu de Gohori ; C,a-
(to'.) Citation (toi).
(*®8) C est la \ f h .lu l / * licre, pag. oCB.