‹ Dictionnaire iconographique des monuments de l'antiquité chrétienne et du moyen ageChapitre 2 sur 321 · L.-J. GUENEBAULT · texte numérisé non relu

L.-J. GUENEBAULT

INTRODUCTION

Fragmenta colligile ne pereant. . . .

Le prospectus de notre Dictionnaire des monuments du moyen âge a paru satisfaisant à la majeure partie de ceux qui l'ont eu sous les yeux, et il nous semble dire assez clairement ce que nous avons voulu faire en l'entreprenant; nous avons voulu nous dresser pour nos propres études un répertoire qui pût nous faciliter de retrouver, au besoin, tout ce qui nous a paru remarquable dans les collections et les livres que nous avons vus et dépouillés depuis nombre d'années. Quelques personnes ont pensé que ce travail serait de quelque intérêt et de quelque utilité à ceux qui se livrent aux recherches archéologiques. A force de l'entendre dire, nous avons fini par le croire, et nous présentons notre livre au public sérieux, attendant avec quelque inquiétude ce qu'il en pensera. Maintenant ferons-nous une préface d'usage, nous ne nous sentons pas assez habile pour l'essayer, et nous ne voudrions pas abuser de la patience des lecteurs pour leur débiter des phrases et faire du charlatanisme. Nous voudrions bien cependant faire comprendre au public tout ce que renferme notre répertoire, car nous sommes certain qu'il est impossible de s'imaginer l'étendue et la variété des détails dans lesquels nous descendons, et malgré tout ce que nous pourrions en dire, nous ne réussirions pas à le faire croire. Il faudra sans doute beaucoup de temps pour que le lecteur puisse s'en rendre compte. En attendant, nous n'avons pas cru pouvoir remplir mieux notre intention qu'en empruntant à quelques écrivains' de notre époque ce qu'ils pensent de l'importance de l'étude des monuments du moyen âge, des avantages immenses qui doivent en résulter et des moyens qui peuvent en faciliter l'étude.

L'histoire des arts, dit quelque part M. Guizot, n'est pas dans les livres, ou, si elle y est, elle est imparfaite. Elle est réellement écrite sur les monuments mêmes, dont les formes si variables au moyen âge, suivant les temps et les lieux et surtout les usages, représentent non-seulement les principes et les règles suivies par diverses écoles, mais encore l'esprit, les idées, les connaissances physiques, mathématiques et même philosophiques qui appartiennent aux siècles qu'elles rappellent. Ainsi, les portails des cathédrales prouvent quelles étaient à l'époque de leur construction, les idées dominantes, mystiques, astronomiques, scolastiques; à quel point en étaient les sciences exactes et naturelles à tel ou tel siècle. La botanique occupe une large place dans la sculpture des monu-

LNTRODUCTION.

ments, comme dans les miniatures des manuscrits. On y trouve les costumes de chaque siècle où les artistes travaillaient ; les instruments d'art et de métiers connus alors et formant ces imposantes et nobles corporations dont l'influence devait être si grande sur le moral des populations. On trouve sur les murailles des cathédrales et sur les tombes qui pavaient autrefois les églises, on trouve des généalogies, des biographies, des portraits même; la science allégorique y est développée avec profusion. Mais nous ignorons presque complètement ces livres de pierres. Que dire des vitraux qui forment un autre genre non moins important d'enseignement? que dire des miniatures des manuscrits si riches, si abondants en documents de tous les genres? Nous nous occupons beaucoup des Chinois et des Égyptiens, nous pâlissons sur les hiéroglyphes et les caractères d'écriture des Babyloniens, des Persépolitains, des tombeaux de quelques peuplades ignorées des déserts et des oasis de l'Orient, et nous passons sans attention devant nos propres monuments, nous ne faisons aucun effort pour découvrir leurs secrets et leurs légendes (1). Ne serait-ce pas par une coupable indifférence pour la religion de nos pères, que nous nous occupons si peu de savoir quels ont été leurs motifs, leurs idées dans l'emploi de telles ou telles figures qui ne nous paraissent que bizarres parce que nous ne les comprenons pas, de tels ou tels svmboles, de telles ou telles formes, que nous traitons dédaigneusement de caprices d'artistes, parce que nous sommes étrangers aux idées qui les ont fait admettre et exécuter, lorsqu'à l'époque qu'on nomme le moyen âge, rien n'étaitlivré à l'arbitraire ni au caprice? A cette grande époque, toutes les idées, formulées dans le creuset universel de la foi et des règles tracées par les supérieurs ecclésiastiques, devaient être l'expression fidèle et invariable de l'esprit d'unité, dont l'église catholique était alors la mère et le modèle ; et au moyen de cette unité d'action, on ne travaillait pas sur les idées de tel maître ou de telle école (comme à notre époque), mais chaque artiste, chaque savant restait dans son originalité, tout en étant fidèle à des inspirations dont sa religion et la force des convictions avaient comme rédigé le programme. A cette époque, on n'empruntait pas aux païens des lignes et des formes dites classiques, pour élever des temples^ au! DieuMes chrétiens. La foi suffisait à toutes les inspirations de l'architecte, du sculpteur, du peintre, qui ont réalisé tant de prodiges et tant de sublimes compositions, qui nous ont légué ces immenses et admirables basiliques peuplées de tant de figures qui nous étonnent aujourd'hui et font l'admiration de ceux qui les étudient (2).

(1) Depuis que l'étude du moyen âge est devenue un enseignement soumis à des règles, et les préventions mises de côté, quelle étonnante révolution dans les idées en France, en Allemagne, en Angleterre et même en Espagne! Que d'amers regrets ne nous laissent pas l'abandon et la destruction des monuments du moyen âge! Que de travaux, que d'ouvrages, quelle noble émulation pour rechercher et étudier les moindres débris de la vieille Europe !

(2) Voir à ce sujet le rapport fait par M. Didron au ministre de l'intérieur en 1830, sur la cathédrale de Chartres.

INTRODUCTION

Ces paroles de M. Guizot, que nous sommes forcé d'abréger, sont positives, et beaucoup de nos lecteurs nous sauront gré sans doute de les avoir consignées ici. Parlons maintenant du but de notre répertoire.

L'intelligente patience qui réunit pierre à pierre les morceaux épars des siècles brisés par l'action du temps, dit le spirituel auteur de Y Histoire des châteaux de France, auquel nous n'ajouterons que peu de mots, est la manifestation évidente du besoin qu'a l'homme de se connaître tout entier à travers ses transformations sociales. Sa vanité personnelle y est plus intéressée qu'il ne croit : en récompense de l'immortalité qu'il ménage aux œuvres des races passées, il attend la perpétuité des siennes; la solution des problèmes de l'humanité lui échappe, mais il en arrange les chiffres avec un infatigable zèle.

Que de délicieuses révélations sur les mœurs publiques et privées ne nous font pas connaître tous ces trésors de l'industrie accumulés dans les musées, les livres et les collections ; nous y retrouvons la preuve et les progrès de l'industrie aux divers siècles.

Si des grands monuments de l'architecture, de la peinture, de la sculpture, nous descendons dans les détails de l'industrie, nous voyons rangé sous nos yeux ces meubles couverts d'arabesques, dont les tiroirs renferment les vieux parchemins de la noblesse, les sceaux, les médailles, les monnaies, dont se servaient nos aïeux ; ces dressoirs ployant sous les riches vaisselles d'or, d'argent ou sous les belle faïences de Palissi, sans oublier les modestes bahuts dont s'enorgueillissait la modeste simplicité des ménages; nous voyons sur les tables, ces couteaux aux manches d'ébène ou d'ivoire ciselés par l'adresse, aux lames flexibles, affilées pour la dextérité des écuyers tranchants, ou la main plus délicate des dames ; ces gobelets dont la sobriété n'avait pas toujours évasé le cristal, ces coupes, ces hanaps et tous ces vases de formes si variées; plus loin, ces beaux prie- Dieu où reposent les livres d'heures enrichis de miniatures ravissantes, les chapelets de la châtelaine, et tous les objets de piété entremêlés des mille recherches de la galanterie ; ces grands sièges sculptés avec tant de grâce et de goût ; ces lits somptueux où reposèrent les plus illustres personnages des xine, xive et xve siècles; ces stalles des églises et des cathédrales, ces beaux pupitres et tant d'autres meubles, chroniques de chêne où la rudesse et la naïveté des temps sont écrits en sculptures franches comme le parler de nos aïeux. Viennent aussi les riches et pesantes armures, et toutes ces armes^ confectionnées à grands frais pour la destruction du genre humain.

L'histoire de l'homme marche de front avec l'histoire de toutes ses découvertes, utiles ou funestes.

Quand l'antiquaire a classé tous ces débris des siècles passés dans l'étroit espace de son cabinet, il fait passer dessus le souftle de l'histoire qui lui redit tous les souvenirs, toutes les passions, toutes les légendes... Radieuse résurrection (jui nous fait revivre au milieu du passé, nous rend à nos familles éteintes, trompe la destruction elle-même, nous vieillit par la pensée en nous laissant

INTRODUCTION

notre âge, et nous remplit de la sublime gravité de la mort sans nous ôter les joies de la vie.

Nous voyons apparaître tous les rangs de la société dans leurs costumes : le prélat, le guerrier, le magistrat, le bourgeois, la grande dame, le manant même. Tous les états et tous les métiers avec les bannières de leurs corporations, le fou et le nain des vieux châteaux, les troubadours avec leurs instruments de musique, la foule des demoiselles d'honneur, des varlets, des jeunes damoiseaux , tous cheminent sous nos yeux avec les couleurs de leur époque et les insignes de leur profession. N'oublions pas les vieilles villes avec leurs habitations vermoulues, couvertes de restes de sculptures qui font encore l'admiration des artistes et des curieux. Les antiques abbayes avec leurs cloîtres en ruines, dont les arcades tremblantes se découpent avec tant de charme sous des graminées flottantes qui couvrent leurs vitraux défoncés ou leurs statues à moitié brisées. Les manoirs, les châteaux avec leurs hautes tours, leurs vastes souterrains, leurs remparts croulants, les donjons, les élégantes tourelles aux girouettes armoiriées et les mystérieuses cryptes avec les tombeaux de toutes les époques et de tous les pays avec leurs inscriptions gothiques, les châsses et les reliquaires des saints, tous ces riches trésors des anciennes églises, tout cela et bien d'autres choses impossibles à décrire; tel est le but de notre Dictionnaire, dans lequel nous avons tâché d'inventorier tous les détails qui peuvent aider à faire connaître et apprécier les mœurs et les coutumes de ce moyen âge méprisé et méconnu pendant si longtemps, mais dont on s'occupe avec tant d'ardeur depuis quelques années, et qui est pour nous comme notre pensée fixe depuis près de vingt ans, résumée dans l'épigraphe en tête de cette introduction.

Avons-nous atteint le but que nous nous proposions? c'est à nos lecteurs à en juger. Nous comptons non sur la commode indulgence qui ne remédie à rien, mais sur les observations des personnes sérieuses et impartiales, pour connaître les défauts de notre livre et les moyens de l'améliorer avec le temps. Nous ne nous dissimulons pas toute l'imperfection de notre labeur, mais nous espérons qu'on nous saura quelque gré d'avoir osé l'entreprendre, et que l'on nous tiendra compte de notre persévérance pour l'avoir pu conduire à sa fin malgré les nombreux obstacles que nous avons rencontrés sur notre chemin , et la vaste étendue des matériaux que nous avions à signaler.

DE

A, majuscule tirée d'un manuscrit du vie au viie siècle, reproduit dans l'ouvrage de Thom. Astle, intitulé : Origin and progress of Writing. London , in-4° , planche ix , page 82 du texte (1).

Autre provenant d'un manuscrit du ixe siècle et publié par Seroux d'Agincourt, Histoire de l'art au moyen âge prouvée par les monuments, depuis le ive siècle jusqu'au xvie. Voir la pi. xxxviii, n° 4, section Peinture, au bas de la page.

Autre tirée d'une Bible manuscrite du vme au ixe siècle, reproduite avec ses couleurs et fond d'or, dans la 2e livraison du grand ouvrage de M. le comte de Bastard Sur les manuscrits, etc.

L'A dit de Charlemagne. Voir à l'article Reliquaire.

Autre tirée d'une Bible manuscrite du xie siècle, appartenant à la bibliothèque de la ville de Moulins , reproduite dans l'ouvrage intitulé : Magasin universel (2). Paris, 1859, t. VI, p. 321.

Autres tirées de manuscrits des xne et xme siècles, publiés dans l'ouvrage anglais

(1) Nous prévenons une fois pour toutes que chacune de nos séries alphabétiques commence par l'indication de plusieurs beaux spécimens de lettres majuscules choisies dans les manuscrits de France, d'Allemagne, d'Angleterre, etc., en nous attachant à celles dont la grandeur (*) et les ornements nous ont paru les plus remarquables.

(*) On trouve de ces majuscules qui ont jusqu'à i3 pouces de haut ; elles sont ordinairement peintes sur fond d'or. Sur la confection de ces lettres, voir les curieux détails consignés dans diverses dissertations sur Je luxe typographique des manuscrits au moyen âge, signées Acheri, Annales de philosophie chrétienne, t. XVIII, p. 446; t. XIX, p. 47, 114 et suiv.; et encore tous les ouvrages spéciaux que nous citons au mot Calligraphie dans ce Dictionnaire.

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