‹ Dictionnaire infernalChapitre 204 sur 368 · ICH · texte numérisé non relu

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Siciliens et les Eubéens étaient fort adonnés à cette superstition; — 5° on tirait des présages de la couleur de l'eau et des figures qu'on croyait y voir. C'est ainsi, selon Varron , qu'on apprit à Rome quelle serait l'issue de la guerre contre Mithridate. Certaines rivières ou fontaines passaient chez les anciens pour être plus propres que d'autres à ces opérations; — 6° c'était encore par une espèce d'hydromancie que les anciens Germains éclaircissaient leurs soupçons sur la fidélité des femmes : ils jetaient dans le Rhin, sur un bouclier, les enfants dont elles venaient d'accoucher; s'ils surnageaient, ils les tenaient pour légitimes, et pour bâtards s'ils allaient au fond ; — 7° on remplissait d'eau une coupe ou une tasse, et, après avoir prononcé dessus certaines paroles, on examinait si l'eau bouillonnait et se répandait par-dessus les bords; — 8° on mettait de l'eau dans un bassin de verre ou de cristal; puis on y jetait une goutte d'huile, et l'on s'imaginait voir dans cette eau, comme dans un miroir, ce dont on désirait d'être instruit; — 9° les femmes des Germains pratiquaient une neuvième sorte d'hydromancie, en examinant, pour y deviner l'avenir, les tours et détours et le bruit que faisaient les eaux des fleuves dans les gouffres ou tourbillons qu'ils formaient ; — 4 0° enfin, on peut rapporter à l'hydromancie une superstition qui a long-temps été en usage en Italie. Lorsqu'on soupçonnait des personnes d'un vol, on écrivait leurs noms sur autant de

petits cailloux qu'on jetait dans l'eau. Le nom du voleur ne s'effaçait pas. Voy. Oomancie.

Hyène. — Les Égyptiens croyaient que l'hyène changeait de sexe chaque année. — On donnait le nom de pierres d'hyène à des pierres qui , au rapport de Pline, se trouvent dans le corps de l'hyène, lesquelles, placées sous la langue, attribuaient à celui qui les portait le don de prédire l'avenir.

Hyméra. — Une femme de Syracuse, nommée Hyméra, eut un songe, pendant lequel elle crut monter au ciel, conduite par un jeune homme qu'elle ne connaissait point. Après qu'elle eut vu tous les dieux et admiré les beautés de leur séjour, elle aperçut, attaché avec des chaînes de fer, sous le trône de Jupiter, un homme robuste, d'un teint roux, et le visage tacheté de lentilles. Elle demanda à son guide quel était cet homme ainsi enchaîné. Il lui fut répondu que c'était le mauvais destin de l'Italie et de la Sicile, et que, lorsqu'il serait délivré de ses fers, il causerait de grands maux. Hyméra s'éveilla làdessus, et le lendemain elle divulgua son rêve. — Quelque temps après, quand Denysle-Tyran se fut emparé du trône de la Sicile, Hyméra le vit entrer à Syracuse et s'écria que c'était l'homme qu'elle avait vu enchaîné dans le ciel. Le tyran, l'ayant appris, la fit mourir ».

1 Valère- Maxime.

Ialysiens, — peuple dont parle Ovide, et dont les regards avaient la vertu magique de gâter tout ce qu'ils fixaient. Jupiter les changea en rochers et les exposa aux fureurs des flots.

ibis, — oiseau d'Égypte qui ressemble à la cigogne. Quand il met sa tète et son cou sous ses ailes, dit Élien, sa figure est à peu près celle du cœur humain. On dit que cet oiseau a introduit l'usage des lavements, honneur qui est réclamé aussi par les cigognes. Les Égyptiens autrefois lui rendaient les honneurs divins, et il y avait poine de mort pour ceux qui tuaient un ibis , môme par mégarde. De nos jours, les Égyptiens regardent encore comme sacrilège celui qui tue l'ibis blanc,

dont la présence bénit, disent-ils, les travaux champêtres, et qu'ils révèrent comme un symbole d'innocence.

ichneumon. — ratdu Nil, auquel les Égyptiens rendaient un culte particulier; il avait ses prê'.res et ses autels. Buffon dit qu'il vit dans l'état de domesticité, et qu'il sert comme les chats à prendre les souris. Il est plus fort que le chat, s'accommode de tout, chasse aux oiseaux, aux quadrupèdes, aux serpents et aux lézards. Pline dit qu'il fait la guerre au crocodile, qu'il l'épie pendant son sommeil, et que si ce vaste reptile était assez imprudent pour dormir la gueule ouverte, l'ichneumon s'introduirait dans son estomac et lui rongerait les entrailles. M. Denon assure que

c'est une fable; ces deux animaux n'ont jamais rien à démêler ensemble, ajoute-t-il, puisqu'ils n'habitent pas les mômes parages; on ne voit pas de crocodiles dans la basse Égypte, on ne voit pas non plus d'ichneumons dans la haute *.

Ichthyomancîe, — divination très-ancienne qui se pratique par l'inspection des entrailles des poissons. Polydamas, pendant la guerre de Troie , et Tirésias s'en sont servis. On dit que les poissons de la fontaine d'Apollon à Miré étaient prophètes, et Apulée fut aussi accusé de s'en être servi 2.

Ida. — On voit dans la légende de la bienheureuse Ida de Louvain quelques pâles apparitions du diable, qui cherche à la troubler et qui n'y parvient pas. ( Bollandistes , 13 avril.)

idiot. — En Écosse, les gens du peuple ne voient pas comme un malheur un enfant idiot dans une famille. Ils voient là au contraire un signe de bénédiction. Cette opinion est par tagée par plusieurs peuples de l'Orient, et nous nous bornons à la mentionner sans la juger.

Idoles. — L'idole est une image, une figure, une représentation d'un être imaginaire ou réel. Le culte d'adoration rendu à quelque idole s'appelle idolâtrie. — Si les idoles ont fait chez les païens des choses qu'on pouvait appeler prodiges, ces prodiges n'ont eu lieu que par le pouvoir des démons ou par le charlatanisme. — Saint Grégoire le thaumaturge, se rendant à Néocésarée, fut surpris par la nuit et par une pluie violente qui l'obligea d'entrer dans un temple d'idoles, fameux dans le pays à cause des oracles qui s'y rendaient. Il invoqua le nom de Jésus-Christ, fit des signes de croix pour purifier le temple, et passa une partie de la nuit à chanter les louanges de Dieu suivant son habitude. Après qu'il fut parti, le prêtre des idoles vint au temple, se disposant à faire les cérémonies de son cu'te. Les démons, dit-on, lui apparurent aussitôt, et lui dirent qu'ils ne pouvaient plus habiter ce lieu depuis qu'un saint évêque y avait séjourné. Il promit bien des sacrifices pour les engager à tenir ferme sur leurs autels; mais la puissance de Satan s'était éclipsée devant Grégoire. Le prêtre, furieux, poursuivit l'évêque de Néocésarée, et le menaça de le faire punir juridiquement s'il ne réparait le mal qu'il venait de causer. Grégoire, qui l'écoutait sans s'émouvoir, lui répondit : « Avec l'aide de Dieu, qui chasse les démons, ils pourront re-

1 M. Salgues, Dos Erreurs, etc., t. III, p. 3G1.

2 Delancre, Incrédulité et mécréance, etc., p. 2G7.

venir s'il le permet. » Il prit alors un papier sur lequel il écrivit : « Grégoire à Satan. Rentre. » — Le sacrificateur porta ce billet dans son temple, fit ses sacrifices, et les démons y revinrent. Mais, réfléchissant alors à la puissance de Grégoire, il retourna vers lui, se fit instruire dans la religion chrétienne et devint son disciple. — Porphyre avoue que les démons s'enfermaient dans les idoles pour recevoir le culte des gentils. « Parmi les idoles, dit-il, il y a des esprits impurs, trompeurs et malfaisants, qui veulent passer pour des dieux et se faire adorer par les hommes; il faut les apaiser, de peur qu'ils ne nous nuisent. Les uns, gais et enjoués, se laissent gagner par des spectacles et des jeux ; l'humeur sombre des autres veut l'odeur de la graisse et se repaît des sacrifices sanglants. »

Ifurin , — enfer des Gaulois. C'était une région sombre et terrible, inaccessible aux rayons du soleil, infectée d'insectes venimeux, de reptiles, de lions rugissants et de loups carnassiers. Les grands criminels étaient enchaînés dans des cavernes encore plus horribles, plongés dans un étang plein de couleuvres et brûlés par les poisons qui distillaient sans cesse de la voûte Les gens inutiles, ceux qui n'avaient fait ni bien ni mal , résidaient au milieu des vapeurs épaisses et pénétrantes élevées au-dessus de ces hideuses prisons. Le plus grand supplice était un froid très-rigoureux.

Ignorance. — Ceux qui enseignèrent que l'Océan était salé de peur qu'il ne se corrompît, et que les marées étaient faites pour conduire nos vaisseaux dans les ports, ne savaient sûrement pas que la Méditerranée a des ports et point de reflux. Voij. Erreurs, Merveilles, Prodiges, etc., etc., etc.

Iles. — Il y a dans la Baltique des îles rapprochées que les pêcheurs croient avoir été faites par des enchanteurs , qui voulaient s'en aller plus facilement d'un lieu à un autre, et qui établissaient ainsi des stations sur leur route l.

Illuminés, — sorte de francs-maçons d'Allemagne, qui croient avoir la seconde vue et qui prophétisent. On connaît peu leur doctrine , qui est vague et libre , mais ils ont eu des prédécesseurs. En 1575, Jean de Villalpando et une carmélite nommée Catherine de Jésus, établirent une secte d'illuminés, que l'inquisition de Cordoue dispersa . Pierre Guérin les ramena en France en 1634. Ils prétendaient que Dieu avait révélé à l'un d'entre

1 Marinier, Tract, de la mer Baltique.

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eux , le frère Anloine Bocquet , une pratique de vie et de foi suréminenle, au moyen de laqueile on devenait tellement saint qu'on ne faisait plus qu'un avec Dieu et qu'alors on pouvait sans péché se livrer à toutes ses passions, ils se flallaient d'en remontrer aux apôtres, à tous les saints et à toute l'Église. Louis XIII dissipa cette secte de fous.

Images de cire,

voy. Envoûtement.

Imagination. — Les rêves, les songes, les chimères, les terreurs paniques, les superstitions, les préjugés, les prodiges, les châteaux en Espagne, le bonheur, la gloire, et tous ces contes d'esprits et de revenants, de sorciers et de diables, sont les enfants de l'imagination. Son domaine est immense, son empire est despotique ; une grande force d'esprit peut seule en réprimer les écarts. Un Athénien, ayant rêvé qu'il était devenu fou, en eut l'imagination tellement frappée qu'à son réveil il fit des folies comme il croyait devoir en l'aire , et perdit en effet la raison. — On connaît l'origine de la fièvre de Saint- Vallier. A cette occasion Pasquier parle de la mort d'un bouffon du marquis de Ferra re, nommé Gonelle, qui, ayant entendu dire qu'une grande peur guérissait de la fièvre , voulut guérir de la fièvre quarte le prince son maître, qui en était tourmenté. Pour cet effet, passant avec lui sur un pont assez étroit, il le poussa et le fit tomber dans l'eau au péril de sa vie. On repêcha le souverain, et il fut guéri ; mais, jugeant que l'indiscrétion de Gonelle méritait quelque punition, il le condamna à avoir la tête coupée, bien résolu cependant de ne pas le faire mourir. Le jour de l'exécution, il lui fit bander les yeux, et ordonna qu'au lieu d'un coup de satire on ne lui donnât qu'un petit coup de serviette mouillée ; l'ordre fut exécuté et Gonelle délié aussitôt après, mais le malheureux bouffon était mort de peur. — Héquet parle d'un homme qui, s'étant couché avec les cheveux noirs, se leva le matin avec les cheveux blancs, parce qu'il avait rêvé qu'il était condamné à un supplice cruel et infamant. Dans le Dictionnaire de police de Des Essaris, on trouve l'histoire d'une jeune fille à qui une sorcière prédit qu'elle serait pendue; ce qui produisit un tel effet sur son esprit qu'elle mourut suffoquée la nuit suivante. — Athénée raconte que quelques jeunes gens d'Agrigenle étant ivre-, dans une chambre de cabaret, se crurent sur une galère, au milieu de la mer en furie, et jetèrent par les fenêtres tous les meubles de la maison, pour soulager le bâtiment. — Il y avait, à Athènes, un fou qui se croyait maître de tous les vais-

seaux qui entraient dans le Pirée, et donnait ses ordres en conséquence. Horace parle d'un autre fou, qui croyait toujours assister à un spectacle, et qui, suivi d'une troupe de comédiens imaginaires, portait un théâtre dans sa tète , où il était tout à la fois et l'acteur et le spectateur. On voit, dans les maniaques, des choses aussi singulières; tel s'imagine être un moineau , un vase de terre , un serpent ; tel autre se croit un dieu, un orateur, un Hercule. Et parmi les gens qu'on dit sensés, en est-il beaucoup qui maîtrisent leur imagination, et se montrent exempts de faiblesses et d'erreurs ? — Plusieurs personnes mordues par des, chiens ont été très-malades parce que , les supposant atteints de la rage , elles se croyaient menacées ou déjà affectées du même mal. La société royale des sciences de Montpellier rapporte , dans un mémoire publié en 4730, que deux frères ayant été mordus par un chien enragé, l'un d'eux partit pour la Hollande, d'où il ne revint qu'au bout de dix ans. Ayant appris, à son retour, que son frère était mort hydrophobe, il mourut lui-même enragé par la crainte de l'être. — Voici un fait qui n'est pas moins extraordinaire : un jardinier rêva qu'un grand chien noir l'avait mordu. Il ne pouvait montrer aucune trace de morsure ; et sa femme, qui s'était levée au premier cri, lui assura que toutes les portes étaient bien fermées et qu'aucun chien n'avait pu entrer. Ce fut en vain ; l'idée du gros chien noir restait toujours présente à son imagination, il croyait le voir sans cesse : il en perdit le sommeil et l'appétit, devint triste, rêveur, languissant. Sa femme qui, raisonnable au commencement, avait fait tous ses efforts pour le calmer et le guérir de son illusion, finit par s'imaginer que, puisqu'elle n'avait pas réussi, il y avait quelque chose de réel dans l'idée de son mari , et qu'ayant été couchée à côté de lui. il était fort possible qu'elle eût été aussi mordue. Cette disposition d'esprit développa chez elle les mêmes symptômes que chez son mari , abattement , lassitude , frayeur, insomnie. — Le médecin, voyant échouer toutes les ressources ordinaires de son art contre cette maladie de l'imagination, leur conseilla d'aller en pèlerinage à Saint-Hubert. — Des ce moment les deux malades furent plus tranquilles : ils allèrent à Saint-Hubert, y subirent le traitement usité, et revinrent guéris. — Un homme pauvre et malheureux s'était tellement frappé l'imagination de l'idée dis richesses, qu'il avait fini par se croire flans la plus grande opulence. Un médecin le guérit, et il regretta sa folie. — On a vu , en Angleterre, un homme qui voulaiî absolument que

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rien ne l'affligeât dans ce monde. En vain on lui annonçait un événement fâcheux ; i! s'obstinait à le nier. Sa femme étant morte, il n'en voulut rien croire. Il faisait mettre à table le couvert de la défunte , et s'entretenait avec elle, comme si elle eût été présente; il en agissait de même lorsque son fils était absent. Près de sa dernière heure, il soutint qu'il n'était pas malade, et mourut avant d'en avoir eu le démenti. — Voici une autre anecdote : Un maçon , sous l'empire d'une monomanie qui pouvait dégénérer en folie absolue, croyait avoir avalé une couleuvre ; il disait la sentir remuer dans son ventre. M. Jules Gloquet . chirurgien de l'hôpital Saint-Louis, à qui il fut amené, pensa que le meilleur, peut-être le seul moyen pour guérir ce monomane, était de se prêter à sa folie. Il offrit en conséquence d'extraire la couleuvre par une opération chirurgicale. Le maçon y consent ; une incision longue, mais superficielle, est faite à la région' de l'estomac ; des linges, des compresses, des bandages rougis par le sang sont appliqués. La tète d'une couleuvre dont on s'était précautionné est passée avec adresse entre les bandes et la plaie. « Nous la tenons enfin , s'écrie l'adroit chirurgien ; la voici. » En même temps, le patient arrache son bandeau ; il veut voir le reptile qu'il a nourri dans son sein. Quelque temps après une nouvelle mélancolie s'empare de lui ; i! gémit, il soupire; le médecin est rappelé : « Monsieur, lui dit-il avec anxiété, si elle avait fait des petits? — Impossible ! c'est un mâle. » — On attribue ordinairement à l'imagination des femmes la production des fœtus monstrueux. M. Salgues a voulu prouver que l'imagination n'y avait aucune part, en citant quelques animaux qui ont produit des monstres , et par d'autres preuves insuffisantes. Plessman, dans sa Médecine puerpérale ; Harting, dans une thèse; Demangeon, dans ses Considérations physiologiques sur le pouvoir de F imagination maternelle dans la grossesse , soutiennent l'opinion générale. — Les femmes enceintes défigurent leurs enfants, quoique déjà formés, lorsque leur imagination est violemment frappée. Malebranche parle d'une femme qui , ayant assisté à l'exécution d'un malheureux condamné à la roue , en fut si affectée qu'elle mit au monde un enfant dont les bras , les cuisses et les jambes étaient rompus à l'endroit où la barre de l'exécuteur avait frappé le condamné. — Le peintre Jean-Baptiste Rossi futsurnommé Gobbino, parce qu'il était agréablement gobbo, c'est-à-dire bossu. Sa mère était enceinte de lui lorsque son père sculptait le gobbo, bénitier devenu célèbre et qui

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