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du faubourg Saint-Honoré venait de mettre au jour quatre chats et trois chiens. — Élien, dans le vieux temps , a pu parler d'une truie qui mit bas un cochon ayant une tête d'éléphant, et d'une brebis qui mit bas un lion. Nous le rangerons à coté de Torquemada, qui rapporte, dans la sixième journée de son Examèron, qu'en un lieu d'Espagne, qu'il ne nomme pas , une jument était tellement pleine qu'au temps de mettre bas son fruit elle creva, et qu'il sortit d'elle une mule qui mourut incontinent, ayant comme sa mère le ventre si gros et si enflé que le maître voulut voir ce qui était dedans. On l'ouvrit et on y trouva une autre mule de laquelle elle était pleine... — Voici une autre anecdote. Un duc de Mantoue avait dans ses écuries une cavale pleine qui mit bas un mulet. Il envoya aussitôt aux plus célèbres astrologues d'Italie l'heure de la naissance de cette bête , les priant de lui faire l'horoscope d'un bâtard né dans son palais sous les conditions qu'il indiquait. Il prit bien soin qu'ils ne sussent pas que c'était d'un mulet qu'il voulait parler. Les devins firent de leur mieux pour flatter le prince, ne doutant pas que ce bâtard ne fût du prince. Les uns dirent qu'il serait général d'armée ; les autres en firent mieux encore, et tous le comblèrent de dignités. — Mais rentrons dans les accouchements prodigieux. On publia au seizième siècle qu'une femme ensorcelée venait d'enfanter plusieurs grenouilles. De telles nouveautés étaient reçues alors sans opposition. Au commencement du dix-huitième siècle, les gazettes d'Angleterre annoncèrent, d'après le certificat du chirurgien accoucheur, appuyé de l'anatomiste du roi, qu'une paysanne venait d'accoucher de beaucoup de lapins; et le public le crut, jusqu'au moment où l'anatomiste avoua qu'il s'était prêté à une mystification. — On fit courir le bruit, en 1471, qu'une femme, à Pavie, avait mis bas un chien; on cita la Suissesse qui, en 1278, avait donné le jour à un lion, et la femme que Pline dit avoir été mère d'un éléphant. — On voit dans d'autres conteurs anciens qu'une autre Suissesse se délivra d'un lièvre; uneïhuringienne, d'un crapaud; que d'autres femmes mirent bas des poulets Ambroise Paré cite un jeune cochon napolitain qui portait une tête d'homme sur son corps de cochon. Boguet assure, dans ses Discours des exécrables sorciers, qu'une femme maléficiée mit au jour à la fois, en 1531, une tète d'homme, un serpent à deux pieds et un petit pourceau. Bayle pnrle d'une femme qui passa pour être accou-
1 Bayle. République des lettres, 1684, t. III, p. 172, cité par M. Salues.
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chée d'un chat noir; le chat fut brûlé comme produit d'un démon 1 . — Le môme Torquémada que nous avons cité énumère beaucoup d'accouchements extraordinaires : une femme qui mit au monde sept enfants à la fois , à Médina de! Campo ; une autre femme de Salamanque qui en eut neuf d'une seule couche ; puis une Italienne qui donna le jour à soixantedix enfants d'une même portée. Et comme on pourrait être surpris du nombre , il rappelle ce que conte Albert-le-Grand, qu'une Allemande enfanta, d'une seule couche, cent cinquante enfants, grands comme le doigt, trèsbien formés et tous enveloppés dans une pellicule. On ne dit pas ce que devint cette petite famille. Mais avouez qu'il n'y a que les Allemandes pour faire de ces choses-là. — Une Hollandaise pourtant fit plus encore. Voy. Marguerite. — « Ces faits sont difficiles à croire à qui ne les a pas vus , » dit Torquémada ; et il parle, de visu, d'un enfant né en Italie avec une barbe de bouc; comment a-t-il reconnu que cette barbe était précisément une barbe de bouc? — Volaterranus parle d'un enfant qui naquit homme jusqu'à la ceinture, et chien dans la partie inférieure du corps. Un autre enfant monstrueux naquit, sous le règne de Constance , avec deux bouches, quatre yeux, deux petites oreilles et de la barbe. — Un savant professeur de Louvain, Cornélius Gemma, écrivant à une époque où l'on admettait tout, rapporte qu'en 1545 une dame de noble lignée mit au monde, dans la Belgique, un garçon qui avait, au dire des experts, la tète d'un démon avec une trompe d'éléphant au lieu de nez, des pattes d'oie au lieu de mains, des yeux de chat au milieu du ventre , une tète de chien à chaque genou , deux visages de singe sur l'estomac et une queue de scorpion longue d'une demi-aune de Brabant. Ce petit monstre ne vécut que quatre heures, et poussa des cris en mourant par les deux gueules de chien qu'il avait aux genoux *. — Nous pourrions multiplier ces contes ridicules, fondés sur quelques phénomènes naturels que l'imagination des femmes enceintes a produits. Arrêtons-nous un moment aux faits prodigieux plus réels. Tels sont les enfants nés sans tête, ou plutôt dont la tête n'est pas distincte des épaules. Un de ces enfants vint au monde au village de Sehmechten, près de Paderborn, le 16 mai 1565; il avait la bouche à l'épaule gauche et une seule oreille à l'épaule droite. Mais en compensation de ces enfants sans tête , une Normande accoucha , le 20 juillet 1684, d'un enfant mâle
» Bayle, République des lettres, 1G86, t. III, p. 1018. 7 Cornelii Gommcc cosmocritica?, lib. 1, cap. 8.