‹ Dictionnaire infernalChapitre 258 sur 368 · MÉL · texte numérisé non relu

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princesse. — Mélusine fut l'aînée de trois filles, que sa mère, Pressine, femme d'Élinas roi d'Albanie, eut d'une seule couche. Pressine avait exigé d'Elinas qu'il n'entrerait point dans sa chambre jusqu'à ce qu'elle fût relevée. Le désir de voir ses enfants le fît manquer à sa promesse. Pressine , qui était une sylphide ou une fée, fut donc forcée de le quitter; ce qu'elle fit, ayant emmené avec elle ses trois filles, auxquelles d'une haute montagne elle montrait le pays albanais, où elles eussent régné sans la fatale curiosité de leur père. Les trois sœurs, pour s'en venger, enfermèrent leur père dans la montagne de Brundelois. — Pressine aimait encore son mari; elle les punit par différents châtiments; celui de Mélusine fut d'être moitié serpent tous les samedis, et d'être fée jusqu'au jour du jugement, à moins qu'elle ne trouvâtun chevalier qui voulût être son mari, et qui ne vît jamais sa forme de serpent. Raimondin , fils du comte de Forez, ayant rencontré Mélusine dans un bois, l'épousa; cette princesse bâtit le château de Lusignan. — Son premier enfant fut un fils nommé Vriam, en tout bien formé, excepté qu'il avait le visage court et large entravers ; il avait un œil rouge et l'autre bleu , et les oreilles aussi grandes que les manilles d'un van. Le second fut Odon , qui était beau et bien formé ; mais il avait une oreille plus grande que l'autre. Le troisième fut Guion, qui fut bel enfant ; mais il eut un œil plus haut que l'autre. Le quatrième fut Antoine: nul plus bel enfant ne fut vu ; mais il apporta en naissant une griffe de lion sur la joue. Le cinquième fut Regnault ; il fut bel enfant, mais il n'eut qu'un œil, dont il voyait si bien qu'il voyait de vingt-une lieues. Le sixième fut Geoffroi , qui naquit avec une grande dent qui lui sortait de la bouche de plus d'un pouce, d'où il fut nommé Geoffroi à la grande dent. Le septième fut Froimond, assez beau , qui eut sur le nez une petite tache velue comme la peau d'une taupe. Le huitième fut grand à merveille , il avait trois yeux, desquels il s'en trouvait un au milieu du front. Vriam et Guion étant allés avec une armée secourir le roi de Chypre contre les Sarrasins, et les ayant taillés en pièces, Vriam épousa Hermine, fille et héritière du roi de Chypre et Guion, la belle Florie , fille du roi d'Arménie. Antoine et Regnault étant allés au secours du duc de Luxembourg, Antoine épousa Christine, fille de ce prince, et Regnault, Aiglantine, fille et héritière du roi de Bohème. Des quatre autres fils de Mélusine, un fut roi de Bretagne, l'autre seigneur de Lusignan , le troisième comte de Parlhenay, et le

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dernier se fit religieux. — Raimondin ne tint pas la promesse qu'il avait faite à Mélusine de ne jamais la voir le samedi ; il fit une ouverture avec son épée dans la porte de la chambre où elle se baignait ; il la vit en forme de serpent. Mélusine ne put dès lors demeurer avec lui, et s'envola par une fenêtre sous la même forme: elle demeurera fée jusqu'au jour du jugement ; et lorsque Lusignan change de seigneur, ou qu'il doit mourir quelqu'un de sa lignée, elle paraît trois jours avant sur les tours du château , et y pousse de grands cris *. — Selon quelques démonomanes , Mélusine était un démon de la mer; Paracelse prétend que c'était une nymphe cabalistique; le plus grand nombre en fait une fée puissante. — Le beau château de Lusignan passa dans le domaine royal. Hugues-le-Brun avait fait à Philippe--le-Bel des legs considé rables , Guy son frère , irrité , jeta le testament au feu. Le roi le fit accuser de conspiration et confisqua le château de Lusignan. A cette occasion , l'ombre de Mélusine se lamenta sur la plate-forme du château pendant douze nuits consécutives 2. — On dit ailleurs que cette Mélusine ou Merline était une dame fort absolue, et commandait avec une telle autorité que , lorsqu'elle envoyait des lettres ou patentes scellées de son sceau ou cachet , sur lequel était gravée une sirène , il ne fallait plus songer qu'à obéir aveuglément. C'est de là qu'on a pris sujet de dire qu'elle était magicienne, et qu'elle se changeait quelquefois en sirène.

Mélye. — Il y avait , dans les fées comme dans les hommes, une inégalité de moyens et de puissance. On voit, dans les romans de chevalerie et dans les contes merveilleux, que souvent une fée bienfaisante était gênée dans ses bonnes intentions par une méchante fée dont le pouvoir était plus étendu. — La célèbre fée Urgande, qui protégeait si généreusement Amadis , avait donné au jeune Espiandian , fils de ce héros, une épée enchantée qui devait rompre tous les charmes. Un jour qu'Esplandian et les chevaliers chrétiens se battaient en Galatie, aidés de la fée Urgande, ils aperçurent la fée Mélye , leur ennemie implacable, qui, sous la figure la plus hideuse, était assise sur la pointe d'un rocher, d'où elle protégeait les armes des Sarrasins. Esplandian courut à elle pour purger la terre de cette furie (car, bien qu'immortelles de leur nature, les fées n'étaient pas à l'épreuve d'un

3 Hullet, D's.serlations sur la mythologie française.

'* l'n Belgique^ Mélusine passe pour 'éir'j la protectrice 'h.- 'a maison de &avw*. On croyait qu'elle no quittait jamais \é château (l'pllgJiwn,. (M. j uie.s île Saint- Génois, La Cour de -Jean I V, t. I", p. 02 )

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bon coup d'épée, et pouvaient, comme d'autres, recevoir la mort, pourvu qu'elle fût violente). Mélye évita le coup en changeant de place avec la plus grande agilité ; et, comme elle se vit pressée , elle parut s'abîmer dans un antre qui vomit aussitôt des flammes. — Urgande , qui reconnut Mélye au portrait que les chevaliers lui en firent, voulut la voir, et conduisit Esplandian et quelques chevaliers dans une prairie, au bout de laquelle ils trouvèrent Mélye assise sur ses talons et absorbée dans une profonde rêverie. Celte fée possédait un livre magique, dont Urgande désirait depuis long-temps la possession ; Mélye, apercevant Urgande, composa son visage, accueillit la fée avec aménité, et la fit entrerdans sa grotte. — Mais à peine y avait-elle pénétré que , s'élançant sur elle , la méchante fée la renversa par terre en lui serrant la gorge avec violence; les chevaliers, les entendant se débattre, entrèrent dans la grotte : le pouvoir des enchantements les fit tomber sans connaissance ; le seul Esplandian , que son épée garantissait de tous les pièges magiques, courut sur Mélye, et retira Urgande de ses mains. Au même instant Mélye prit ceiui de ses livres qui portail le nom de Mêdée, et, formant une conjuration, le ciel s'obscurcit et il sortit d'un nuage noir un chariot attelé de deux dragons qui vomissaient des flammes. Tout à coup Mélye, enlevant Urgande , la plaça dans le chariot et disparut avec elle. Elle l'emmena dans Thésyphante, et l'enferma dans une grosse tour, d'où Esplandian parvint à la tirer quelque temps après.

Ménandre , — disciple de Simon le magicien, qui profita des leçons de son maître, et qui enseigna la même doctrine que lui. Il professait la magie. Simon se faisait appeler la grande vertu. Ménandre dit que, quant à lui, il était envoyé sur la terre par les puissances invisibles pour opérer le salut des hommes. Ainsi, Ménandre et Simon doivent être mis au nombre des faux messies plutôt qu'au rang des hérétiques. L'un et l'autre enseignaient que la suprême intelligence, qu'ils nommaient Ennoïa, avait donné l'être à un grand nombre de génies qui avaient formé le monde et la race des hommes. Valentin, qui vint plus tard, trouva là ses éons1. Ménandre donnait un baptême qui devait rendre immortel...

Menasseh ben Israël, — Savant Juif portugais, né vers 1601. Il a beaucoup écrit sur le Thalmud. Il y a quelques faits merveilleux

' B'ergier, Dictionn. tftéôTogique!

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dans ses trois livres de la Résurrection des morts i. Son ouvrage de l'Espérance d'Israël 2 est curieux. Un juif renégat de Villatlor en Portugal, Antoine Montesini, étant venu à Amsterdam vers 1649, publia qu'il avait vu, dans l'Amérique méridionale, de nombreuses traces des anciens Israélites. Menasseh ben Israël s'imagina, là-dessus (avait-il tort?), que les dix tribus enlevées par Saimanazar étaient allées s'établir dans ce pays-là , et que telle était l'origine des habitants de l'Amérique ; il publia son Spes Israelis pour le prouver. Dans la troisième partie de son livre Souffle de vie s, il traite des esprits et des démons, selon les idées des rabbins de son temps; et, dans la quatrième partie, de la métempsycose , qui est pour beaucoup de Juifs une croyance. Il avait commencé un traité de la science des thalmudistes et un autre de la philosophie rabbinique , qui n'ont pas été achevés.

Menestrier (CLAUDE-FRANÇOIS) , — Jésuite ,

auteur d'un livre intitulé : la Philosophie des Images énigmaiiques, où il traite des é.u'gmes, hiéroglyphes, oracles, prophéties, sorts, divinations, loteries, talismans, songes, centuries de Nostradamus et de baguette divinatoire, in-12, Lyon , 1 694.

Meneurs de loups. — Près du château de Lusignan , ancienne demeure de Mélusine, on rencontre de vieux bergers , maigres et hideux comme des sprctres ; on dit qu'ils mènent des troupeaux de loups. Cette superstition est encore accréditée dans quelques pays, entre autres dans le Nivernais 2.

Menippe, — compagnon d'Apollonius de Thyane. Visité d'une lamie ou démon succube, il en fut délivré par Apollonius 5.

Mensonge. — Le diable est appelé dans l'Évangile le père du mensonge.

Méph^stophélès , — démon de Faust ; on le reconnaît à sa froide méchanceté , à ce rire amer qui insulte aux larmes, à la joie féroce que lui cause l'aspect des douleurs. C'est lui qui par la raillerie attaque les vertus, abreuve de mépris les talents, fait mordre sur l'éclat de la gloire la rouille de la calomnie. Il n'était pas inconnu à Voltaire, à Parny et à quelques autres. C'est après Satan

1 Libri très de Resurrcctione mortuonim. Amsterdam, 1636, in-8°. Typiset sumptibus auctoris.

2 Spes Israelis, Amsterdam, 1C50, in-12.

3 En hébreu. Amsterdam, 5412 (1C52), in-4°.

4 M. de Marchangy, Tristan le voyageur, ou la France au quatorzième siècle, t. l'r.

5 Leloyér, Histoire des spectres et des apparitions des esprits, liv. tv, p. 310.

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