‹ Dictionnaire infernalChapitre 26 sur 368 · ANN · texte numérisé non relu

ANN

— Dix animaux sont admis dans le paradis de Mahomet : la baleine de Jonas , la fourmi de Salomon . le bélier d'Ismaël , le veau d'Abraham, l'àne d'Aasis, reine de Saba , la chamelle du prophète Saleh, le bœuf de Moïse, le chien des sept dormants , le coucou de Belkis et l'âne de Mahomet. Voy. Borack. — Nous ne dirons qu'un mot d'une erreur populaire qui, aujourd'hui, n'est plus très-enracinée. On croyait autrefois que toutes les espèces qui sont sur la terre se trouvaient aussi dans la mer. Le docteur Brown a prouvé que cette opinion n'était pas fondée. « Il serait bien difficile, dit-il, de trouver l'huître sur la terre ; et la panthère , le chameau , la taupe ne se rencontrent pas dans l'histoire naturelle des poissons. D'ailleurs le renard, le chien, l'âne, le lièvre de mer ne ressemblent pas aux animaux terrestres qui portent le même nom. Le cheval marin n'est pas plus un cheval qu'un aigle; le bœuf de mer n'est qu'une grosse raie; le lion marin, une espèce d'écrevisse ; et le chien marin ne représente pas plus le chien de terre que celui-ci ne ressemble à l'étoile Sirius, qu'on appelle aussi le chien l. » — Il serait long et hors de propos de rapporter ici toutes les bizarreries que l'esprit humain a enfantées par rapport aux animaux. Voy. Bêtes, Excommunication, etc.

Anj or ranci, — VOlJ. DENIS.

Anneau. — Il y avait autrefois beaucoup d'anneaux enchantés ou chargés d'amulettes ; les magiciens faisaient des anneaux constellés avec lesquels on opérait des merveilles. Voy. Eléazar. — Cette croyance était si répandue chez les païens, que leurs prêtres ne pouvaient porter d'anneaux, à moins qu'ils ne fussent si simples qu'il était évident qu'ils ne contenaient pas d'amulettes 2. — Les anneaux magiques devinrent aussi de quelque usage chez les chrétiens, et même beaucoup de superstitions se rattachèrent au simple anneau d'alliance. On croyait qu'il y avait dans le quatrième doigt, qu'on appela doigt annulaire, une ligne qui répondait directement au cœur; on recommanda de mettre l'anneau d'alliance à ce seul doigt. Le moment où le mari donne l'anneau à sa jeune épouse devant le prêtre, ce moment, dit un vieux livre de secrets, est de la plus haute importance. Si le mari arrête l'anneau à l'entrée du doigt et ne passe pas la seconde jointure, la femme sera maîtresse; mais s'il enfonce l'anneau jusqu'à l'origine du doigt, il sera chef et souverain. Cette idée est encore en vigueur, et les jeunes mariées ont

1 Brown, Des Erreurs populaires, liv. m, ch. 24. » Aulu-Gelle, lik x, cap. 25.

5 — ANN généralement soin de courber le doigt annulaire au moment où elles reçoivent l'anneau, de manière à l'arrêter avant la seconde join-

i ture. — Les Anglaises, qui observent la même superstition, font le plus grand cas de l'anneau d'alliance , à cause de ses propriétés. Elles croient qu'en mettant un de ces anneaux dans un bonnet de nuit, et plaçant le tout sous leur chevet, elles verront en songe le mari qui leur est destiné. — Les Orientaux révèrent les anneaux et les bagues, et croient aux anneaux enchantés. Leurs contes sont pleins de prodiges opérés par ces anneaux. Ils citent surtout, avec une admiration sans bornes, l'anneau de Salomon, par la force duquel ce prince commandait à toute la nature. Le grand nom de Dieu est gravé sur cette bague, qui est gardée par des dragons dans le tombeau inconnu de Salomon : celui qui s'emparerait de cet anneau serait maître du monde et aurait tous les génies à ses ordres. Voy. Sakhar. — A défaut de ce talisman prodigieux, ils achètent à des magiciens des anneaux qui produisent aussi des merveilles. — Henri VIII bénissait des anneaux d'or, qui avaient, disait-il, la propriété de guérir de la crampe *■. — Les faiseurs de secrets ont inventé des bagues magiques qui ont plusieurs vertus. Leurs livres parlent de Vanneau des voyageurs. Cet anneau,, dont le secretn'est pas bien certain, donnait à celui qui le portait le moyen d'aller sans fatigue de Paris à Orléans , et de revenir d'Orléans à Paris dans la même journée. — Mais on n'a pas perdu le secret de Vanneau d'invisibilité. Les cabalistes ont laissé la manière de faire cet anneau, qui plaça Gigès au trône de Lydie. Il faut entreprendre cette opération un mercredi de printemps, sous les auspices de Mercure, lorsque cette planète se trouve en conjonction avec une des autres planètes favorables, comme la Lune, Jupiter, Vénus et le Soleil. Que l'on ait de bon mercure fixé et purifié : on en formera une bague où puisse entrer facilement le doigt du milieu; on enchâssera dans le chaton une petite pierre que l'on trouve dans le nid de la huppe, et on gravera autour de la bague ces paroles : Jésus passant f par le milieu d'eux f s'en allait; puis, ayant posé le tout sur une plaque de mercure fixé, on fera le parfum de Mercure; on enveloppera l'anneau dans un taffetas de la couleur convenable à la planète, on le portera dans le nid de la huppe d'où l'on a tiré la pierre, on l'y laissera neuf jours; et quand on le retirera, on fera encore le parfum comme la première fois; puis on le gardera dans une

1 Misson, Voyage d'Italie, t. III, p. 16, à la marge.

petite boite faite avec du mercure lixé, pouf s'en servir à l'occasion. Alors on mettra la bague à son doigt; en tournant la pierre au dehors de !a main, elle a la vertu de rendre invisible aux yeux des assistants celui qui la porte; et quand on veut être vu, il suffit de rentrer la pierre en dedans de la main, que Ton ferme en forme de poing. — Porphyre , Jamblique, Pierre d'Apone et Agrippa, ou du moins les livres de secrets qui leur sont attribués, soutiennent qu'un anneau fait delà manière suivante a la même propriété. Il faut prendre des poils qui sont au-dessus de la tète de l'hyène , et en faire de petites tresses avec lesquelles on fabrique un anneau, qu'on porte aussi dans le nid de la huppe ; on le laisse là neuf jours; on le passe ensuite dans des parfums préparés sous les auspices de Mercure. On s'en sert comme de l'autre anneau, excepté qu'on Tôle absolument du doigt quand on ne veut plus être invisible. — Si, d'un autre côté, on veut se précautionner contre l'effet de ces anneaux cabalistiques , on aura une bague faite de plomb raffiné et purgé; on enchâssera dans te chaton un œil de jeune belette qui n'aura porté des petits qu'une fois ; sur le contour on gravera les paroles suivantes: Apparuit Dominus Simoni. Celte bague se fera un jour de samedi, lorsqu'on connaîtra que Saturne est en opposition avec Mercure. On l'enveloppera dans un morceau de linceul mortuaire où on le laissera neuf jours; puis, l'ayant retirée, on fera trois fois le parfum de Saturne, et on s'en servira. — Ceux qui ont inventé ces anneaux ont raisonné sur le principe de l'antipathie entre les matières qui les composent. Rien n'est plus antipathique à l'hyène que la belette, et Saturne rétrograde presque toujours à Mercure; ou, lorsqu'ils se rencontrent dans le domicile de quelques signes du zodiaque, c'est toujours un aspect funeste et de mauvais augure 4. — On peut faire d'autres anneaux sous l'influence des planètes, et leur donner des vertus au moyen de pierres et d'herbes merveilleuses. « Mais dans ces caractères, herbes cueillies, constellations et charmes, le diable se coule, » comme dit Leloyer. « Ceux qui observent les heures des astres, ajoute-t-il , n'observent que les heures des démons qui président aux pierres, aux herbes et aux astres mêmes. » — Et il est de fait que ce ne sont ni des sainls ni des cœurs honnêtes qui se mêlent de ces superstitions.

Anneberg, — démon des mines; il tua un jour de son souille douze ouvriers qui Iravail-

» Petit Albert.

— ANS laient à une mine d'argent dont il avait ia garde. C'est un démon méchant et terrible. Il se montre surtout en Allemagne; on dit qu'il a la figure d'un cheval, avec un cou immense et des yeux effroyables *.

Année. — Plusieurs peuples ont célébré par des cérémonies plus ou moins singulières le retour du nouvel an. Chez les Perses, un jeune homme s'approchait du prince et lui faisait des offrandes, en disant qu'il lui apportait la nouvelle année de la part de Dieu. Chez nous, on donne encore des étrennes. Les Gaulois commençaient l'année par la cérémonie du gui de chêne, qu'ils appelaient le guide Fan neuf ou du nouvel an. Les druides, accompagnés du peuple, allaient dans une forêt, dressaient autour du plus beau chêne un autel triangulaire de gazon , et gravaient sur le tronc et sur les deux plus grosses branches de l'arbre révéré les noms des dieux qu'ils croyaient les plus puissants : Theutatès, Ésus. Tarants, Belenus. Ensuite, l'un d'eux, vêtu d'une blanche tunique, coupait le gui avec une serpe d'or; deux autres druides étaient là pour le recevoir dans un linge, et prendre garde qu'il ne touchât la terre. Ils distribuaient l'eau où ils faisaient tremper ce nouveau gui, et persuadaient au peuple qu'elle guérissait de plusieurs maladies et qu'elle était efficace contre les sortilèges-. — On appelle année platonique un espace de temps à la fin duquel tout doit se retrouver à la même place3. Les uns comptent quinze mille ans pour cette révolution, d'autres trente -six mille. Il y en eut aussi qui croyaient anciennement qu'au bout de cette période le monde serait renouvelé, et que les âmes rentreraient dans leurs corps pour commencer une nouvelle vie sembable à la précédente. On conte là-dessus cette anecdote . — Deux Allemands, étant au cabaret et parlant de cette grande année* platonique où toutes les choses doivent retourner à leur premier état, voulurent persuader au maître du logis qu'il n'y avait rien de si vrai que cette révolution ; « de sorte, disaient-ils, que, dans seize mille ans d'ici, nous serons à boire chez vous à pareille heure et dans celte même chambre. » Là-dessus, ayant peu d'argent , en vrais Allemands qu'ils étaient, ils le prièrent de leur faire crédit jusque-là. Le cabaretier leur répondit qu'il le voulait bien. « Mais, ajouta-t-il, parce qu'il y a seize

1 Wierus, De Prrcst., lib. I, cap. 22.

2 Saint-Foix, Essais, etc., t. II.

3 Quelques-uns disaient que les corps célestes seule* ment se retrouveraient au même point au bout de la grande année. Cicéron, dans un pass-agede son Hortensius, conservé par Servius, fait cette grande année de douze mille neuf cent cinquante-quatre des nôtres.

A NO — mille ans, jour pour jour, heure pour heure, que vous étiez à boire ici, comme vous faites, et que vous vous en allâtes sans payer, acquittez le passé et je vous ferai crédit du présent...» — Le préjugé des années climatériques subsiste encore, quoiqu'on en ait démontré l'absurdité. Auguste écrivait à son neveu Caïus pour l'engager à célébrer le jour de sa naissance, attendu qu'il avait passé la soixantetroisième année, — cette grande climatérique si redoutable pour les humains. — Beaucoup de personnes craignent encore l'année climatérique; cependant une foule de relevés prouvent qu'il ne meurt pas plus d'hommes dans la soixante-troisième année que dans les années qui la précèdent. Mais un préjugé se détruit avec peine. Selon ces idées, quePythagore fit naître par ses rêveries sur les nombres, notre tempérament éprouve tous les sept ans une révolution complète ; quelques-uns disent même qu'il se renouvelle entièrement; d'autres prétendent que ce renouvellement n'a lieu que tous les neuf ans : aussi les années climatériques se comptent par sept et par neuf. Quarante-neuf et quatre-vingt-un sont trèsimportantes, disent les partisans de cette doctrine; mais soixante-trois est l'année la plus fatale, parce que c'est la multiplication de sept par neuf. Un Normand disait : « Encore un des miens pendu à quarante-neuf ans ! et qu'on dise qu'il ne faut pas se méfier des années climatériques ! » « On ne doit pourtant pas porter trop loin, dit M. Salgues, le mépris de la période septénaire, qui marque les progrès du développement et de l'accroissement du corps humain. Ainsi, généralement, « les dents de l'enfance tombent à sept ans, la puberté se manifeste à quatorze, le corps cesse de croître à vingt-un.» — Mais cette observation n'est pas exacte.

Annius de Viterbe (JEAN NANNl), — Savant

ecclésiastique, né à Yiterbe en '1432. Il a publié une collection de manuscrits pleins de fables attribuées à Bérose, à Fabius Pictor, à Caton, à Archiloque, à Manéthon, etc., et connu sous le nom d'Antiquités cl' Annius. Ce recueil a peu de crédit. — On doit encore à Annius un Traité de l'empire dès Turcs et un livre des Futurs triomphes des chrétiens sur les Turcs et les Sarrasins, etc. Ces deux ouvrages sont des explications de l'Apocalypse. L'auteur pense que Mahomet est l'antechrist, et que la fin du monde aura lieu quand le peuple des saints (les chrétiens) aura soumis entièrement les juifs et les mahométans.

Anocchiatura , — fascination involontaire qui s'exerce, soit par les yeux, soit par les

paroles , selon les croyances populaires des Corses , mais clans un sens très-bizarre , les puissances mystérieuses qui président à l'anocchiatura ayantla singulièrehabitude d'exécuter le contraire de ce qu'on souhaite. Aussi, dans la crainte de fasciner les enfanls en leur adressant des bénédictions ou des éloges, le peuple qui leur veut du bien le leur prouve par des injures et des souhaits d'autant plus favorables qu'ils sont plus affreusement exprimés i.

Anpiel, — l'un des anges que les rabbins chargent du gouvernement des oiseaux ; car ils mettent chaque espèce créée sous la protection d'un ou de plusieurs anges.

Anselme de Parme , — astrologue , né à Parme, où il mourut en 1440. Il avait écrit des Institutions astrologiques, qui n'ont pas été imprimées. Wierus2et quelques démonographes le mettent au nombre des sorciers. Des charlatans qui guérissaient les plaies au moyen de paroles mystérieuses inventées par lui ont pris le nom d'anselmistes ; et, pour mieux en imposer, ils se vantaient de tenir leur vertu de guérir, non d'Anselme de Parme, mais de saint Anselme de Cantorbéry.

Ansuperomîn , — sorcier des environs de Saint-Jean-de-Luz, qui, selon des informationsprisessousHenri IV parle conseillerPierre Delancre 3, fut vu plusieurs fois au sabbat, à cheval sur un démon qui avait forme de bouc, et jouant de la flûte pour la danse des sorcières.

Antœus. — Il y a , comme dit Boguet, des familles où il se trouve toujours quelqu'un qui devient loup-garou. Evanthes, et après lui Pline, rapportent que dans la race d'un certain Anthaeus, Arcadien, on choisissait par le sort un homme que l'on conduisait près d'un étang. Là, il se dépouillait, pendait ses habits à un chêne ; et, après avoir passé l'eau à la nage, s'enfuyait dans un désert où, transformé en loup, il vivait et conversait avec les loups pendant neuf ans. Il fallaitque durantee temps il ne vit point d'hommes; autrement le cours des neuf ans eût recommencé. Au bout de ce terme il retournait vers le même étang, le traversait à la nage et rentrait chez lui, où il ne se trouvait pas plus âgé que le jour de sa transmutation en loup, le temps qu'il avait passé sous cette forme ne faisant pas compte dans le nombre des années de sa vie.

1 P. Mérimée, Colomba.

2 In libro apologetico.

;{ Tableau de l'inconstance des démons, liv. ni, dise. 4.

Antamtapp, — enfer des Indiens, plein de chiens enragés et d'insectes féroces. On y est couché sur des branches d'épines et continuellement caressé par des corbeaux qui ont des becs de fer. LesBrames disent que les supplices de cet enfer sont éternels.

Antéchrist. — Par Antéchrist on entend ordinairement un tyran impie et cruel, ennemi de Jésus-Christ; il doit régner sur la terre lorsque le monde approchera de sa fin. Les persécutions qu'il exercera contre les élus seront la dernière et la plus terrible épreuve qu'ils auront à subir ; et même notre Seigneur a déclaré que les élus y succomberaient si le temps n'en était abrégé en leur faveur; car il se donnera pour le Messie et fera des prodiges capables d'induire en erreur les élus mêmes. — Leloyer 1 rapporte cette opinion populaire, que les démons souterrains ne gardent que pour lui les trésors cachés , au moyen desquels il pourra séduire les peuples. C'est à cause des miracles qu'il doit faire que plusieurs l'appellent le singe de Dieu. — L'Antéchrist aura beaucoup de précurseurs ; il viendra peu de temps avant la fin du monde. Saint Jérôme dit que ce sera un homme fils d'un démon ; d'autres ont pensé que ce serait un démon revêtu d'une chair apparente et fantastique. Mais , suivant saint Irénée , saint Ambroise , saint Augustin , et plusieurs autres pères , l'Antéchrist doit être un homme de la même nature que tous les autres, de qui il ne différera que par une malice et par une impiété dignes de l'enfer. — Il sera Juif, et de la tribu de Dan, selon Malvenda2, qui appuie son sentiment sur ces paroles de Jacob mourant à ses fils : Dan est un serpent dans le sentier3 ; sur cellesci de Jérémie : Les armées de Dan dévoreront la terre; et sur le chapitre 7 de Y Apocalypse, où saint Jean a omis la tribu de Dan dans l'énumération qu'il fait des autres tribus. — « L'Antéchrist sera toujours en guerre ; il fera des miracles qui étonneront la terre ; il persécutera les justes, et, comme le diable marque déjà ses sujets, il marquera aussi les siens d'un signe au front ou à la main4. — Élie et Énoch viendront enfin , suivant Malvenda , et convertiront les Juifs. L'Antéchrist leur fera donner la mort, qu'ils n'ont pas encore reçue, et qu'ils ne doivent recevoir que de lui. Alors Jésus-Christ , notre Seigneur, descendra des oieux et tuera l'Antéchrist avec l'épée à deux

1 Discours des spectres, liv. iv, ch. 15.

a Dans un long et curieux ouvrage en 13 livres sur l'Antéchrist, Raban-Maur , au neuvième siècle , a lait aussi un livre sur la Vie et les mœurs de l'Antéchrist.

3 Genèse, ch. 49.

* Boguetf Discours des sorciers, cl). 50.

tranchants qui sortira de sa bouche. —Quelques-uns prétendent que le règne de l'Antéchrist durera cinquante ans; d'autres, qu'il ne ne durera que trois ans et demi ; après quoi les anges feront entendre les trompettes du dernier jugement. Le mot de passe des sectateurs de l'Antéchrist sera, dit Boguet : Je renie le baptême.— Ce qui est assez grotesque, assurément, c'est que les protestants, ces précurseurs de l'Antéchrist , donnent le nom d'Antéchrist au pape, comme les larrons qui crient au voleur pour détourner d'eux les recherches.— Pendant un moment dans le peuple on a craint que Napoléon ne fût l'Antéchrist. Nous mentionnons cette petite circonstance comme un simple fait.

— Le troisième traité de YHisioire des trois possédées de Flandre, par Sébastien Michaè'lis, donne des éclaircissements sur l'Antéchrist , d'après les dires des démons exorcisés. « Il sera méchant comme un enragé. Jamais si méchante créature ne fut sur terre. Il fera des chrétiens ce qu'on fait en enfer des âmes ; ce ne sera pas un martyr humain, mais un martyr inhumain. Il aura une foule de noms de synagogue ; il se fera porter par les airs quand il voudra ; Belzébut sera son père. » — Une sorcière , qui avait des visions , déclara que l'Antéchrist parlerait en naissant toutes sortes de langues, qu'il aurait des griffes au lieu de pieds et fie porterait pas de pantoufles ; que Belzébut , son père , se montrera à ses côtés sous la figure d'un oiseau à quatre pattes, avec une queue , une tête de bœuf trèsplate, des cornes, et un poil noir assez rude; qu'il marquera les siens d'un cachet qui représentera cette figure en petit. — Nous pourrions citer beaucoup de choses pareilles sur l'Antéchrist, mais les détails burlesques et les plaisanteries ne vont qu'à moitié dans une pareille matière. — On a raillé l'abbé Fiard , qui regardait Voltaire et les encyclopédistes comme des précurseurs de l'Antéchrist. Il est possible que les railleurs aient tort.

Antesser, — démon. Voy. Blokula.

Anthropomancie, — divination par l'inspection des entrailles d'hommes ou de femmes èventrés. Cet horrible usage était très-ancien. Hérodote dit que Ménélas , retenu en Égypt.e par les vents contraires, sacrifia à sa barbare curiosité deux enfants du pays , et chercha à savoir ses destinées dans leurs entrailles. Héliogabale pratiquait cette divination. Julien l'Apostat , dans ses opérations magiques et dans les sacrifices nocturnes, faisait tuer, diton, un grand nombre d'enfants pour consulter leurs entrailles. Dans sa dernière expédition,

étant à Carra en Mésopotamie , il s'enferma dans le temple de la Lune et, après avoir fait ce qu'il voulut avec les complices de son impiété, il scella les portes, et y posa une garde qui ne devait être levée qu'à son retour. Il fut tué dans la bataille qu'il livra aux Perses, et ceux qui entrèrent dans le temple de Carra, sous le règne de Jovien , son successeur, y trouvèrent une femme pendue par les cheveux , les mains étendues , le ventre ouvert et le foie arraché.

Anthropophages. — Le livre attribué à Énoch dit que les géants nés du commerce des anges avec les filles des hommes furent les premiers anthropophages. Marc-Paul dit que de son temps, dans la Tartarie, les magiciens avaient le droit de manger la chair des criminels , et des écrivains observent qu'il n'y a que les chrétiens qui n'aient pas été anthropophages.

Antide. — Une vieille tradition populaire rapporte que saint Antide , évêque de Besançon , vit un jour dans la campagne un démon fort maigre et fort laid, qui se vantait d'avoir porté le trouble dans l'église de Rome. Le saint appela le démon , le fit mettre à quatre pattes, lui sauta sur le dos, se fit ainsi transporter à Rome, répara le dégât dont l'ange déchu se montrait si fier, et s'en revint en son diocèse par la même voiture *.

Antiochiu, — moine de Séba qui vivait au commencement du septième siècle. Dans ses '190 homélies, intitulées Pandectes des divines Ecritures, la 84e de Insomniis , roule sur les visions et les songes 2.

Antipathie. — Les astrologues prétendent que ce sentiment d'opposition qu'on ressent pour une personne ou pour une chose est produit par les astres. Ainsi, deux personnes nées sous le même aspect auront un désir mutuel de se rapprocher, et s'aimeront sans savoir pourquoi ; de même que d'autres se haïront sans motif, parce qu'ils seront nés sous des conjonctions opposées. Mais comment expliqueront-ils les antipathies que les grands hommes ont eues pour les choses les plus communes ? on en cite un grand nombre, auxquelles on ne peut rien comprendre.— Lamothe-Levayer ne pouvait souffrir le son d'aucun instrument, et goûtait le plus vif plaisir au bruit du tonnerre. César n'entendait pas le chant du coq sans frissonner. Le chancelier Bacon tombait en défaillance toutes les fois qu'il y avait une éclipse de lune. Marie de Méd-ieis ne pouvait

1 Voyez les Bollandistcs, 25 juin, etc.

2 Voyez t. XII de la Bibliotheca patrunv,eç|. Lugdun-.

souffrir la vue d'une rose, pas même en peinture, et elle aimait toute autre sorte de fleurs. Le cardinal Henri de Cardonne éprouvait la même antipathie et tombait en syncope lorsqu'il sentait l'odeur des roses. Le maréchal d'Albret se trouvait mal dans un repas où l'on servait un marcassin ou un cochon de lait. Henri III ne pouvait rester seul dans une chambre où il y avait un chat. Le maréchal de Schomberg avait la même faiblesse. Ladislas, roi de Pologne, se troublait et prenait la fuite quand il voyait des pommes. Scaliger frémissait à l'aspect du cresson. Érasme ne pouvait sentir le poisson sans avoir la fièvre. Tycho- Brahé sentait ses jambes défaillir à la rencontre d'un lièvre ou d'un renard. Le duc d'Épernon s'évanouissait à la vue d'un levraut. Cardan ne pouvait souffrir les œufs ; le poète Arioste, les bains ; le fils de Crassus , le pain ; César de Lescalle , le son de la vielle. — On trouve souvent la cause de ces antipathies dans les premières sensations de l'enfance. Une dame qui aimait beaucoup les tableaux et les gravures s'évanouissait lorsqu'elle en trouvait dans un livre ; elle en dit la raison : étant encore petite, son père l'aperçut un jour, qui feuilletait les livres de sa bibliothèque pour y chercher des images ; il les lui retira brusquement des mains, et lui dit d'un ton terrible qu'il y avait dans ces livres des diables qui l'étrangleraient si elle osait y toucher... Ces menaces absurdes , ordinaires à certains parents, occasionnent toujours de funestes effets qu'on ne peut plus détruire. — Pline assure qu'il y a une telle antipathie entre le loup et le cheval , que si le cheval passe où le loup a passé, il sent aux jambes un engourdissement qui l'empêche de marcher. Un cheval sentie tigre en Amérique, et refuse obstinément de traverser une forêt où son odorat lui annonce la présence de l'ennemi. Les chiens sentent aussi très-bien les loups avec qui ils ne sympathisent pas ; et peut-être serions-nous sages de suivre jusqu'à un certain point, avec les gens que nous voyons la première fois, l'impression sympathique ou antipathique qu'il nous font éprouver; car l'instinct existe aussi chez les hommes mêmes , qui le surmontent cependant par la raison.

Antipodes. — L'existence des antipodes était regardée naturellement comme un conte dans le temps où l'on croyait que la terre était plate. Mais il n'est pas vrai , comme on l'a écrit , que le prêtre Virgile fut excommunié par le pape Zachario pour avoir soutenu qu'il y avait des antipodes ; ce Virgile au contraire , à cause de sa science, fut comblé d'honneurs

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