‹ Dictionnaire infernalChapitre 281 sur 368 · MGR · texte numérisé non relu

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brasser leur querelle ; on conte même que des veuves, non contentes d'avoir bien tourmenté leur mari pendant sa vie, se poignardent pour avoir encore le plaisir de le faire enrager après sa mort. — Quand un Caraïbe est mort, ses compagnons viennent visiter le corps et lui font mille questions bizarres , accompagnées de reproches sur ce qu'il s'est laissé mourir, comme s'il eût dépendu de lui de vivre plus long-temps : « Tu pouvais faire si bonne chère! il ne te manquait ni manioc, ni patates, ni ananas; d'où vient donc que tu es mort? Tu étais si considéré! chacun avait de l'estime pour toi , chacun t'honorait, pourquoi donc es-tu mort?... Tes parents t'accablaient de caresses ; ils ne te laissaient manquer de rien ; dis-nous donc pourquoi tu es mort? Tu étais si nécessaire au pays ; tu t'étais signalé dans tant de combats, tu nous mettais à couvert des insultes de nos ennemis ; d'où vient donc que tu es mort? » — Ensuite, on l'assied dans une fosse ronde ; on l'y laisse pendant dix jours sans l'enterrer ; ses compagnons lui apportent tous les matins à manger et à boire ; mais enfin , voyant qu'il ne veut point revenir à la vie, ni toucher à ces viandes, iis les lui jettent sur la tête, et, comblant la fosse, ils font un grand feu autour duquel ils dansent, avec des hurlements. — Les Turcs, en enterrant les morts, leur laissent les jambes libres, pour qu'ils puissent se mettre à genoux quand les anges viendront les examiner ; ils croient qu'aussitôt que le mort est dans la fosse, son âme revient dans son corps et que deux anges horribles se présentent à lui et lui demandent : « Quel est ton dieu, ta religion et ton prophèle ? » S'il a bien vécu , il répond : « Mon dieu est le vrai Dieu, ma religion est la vraie religion, et mon prophète est Mahomet. » Alors, on lui amène une belle figure, qui n'est autre chose que ses bonnes actions, pour le divertir jusqu'au jour du jugement , où il entre en paradis. Mais , si le défunt est coupable, il tremble de peur et ne peut répondre juste. Les anges noirs le frappent aussitôt avec une massue de feu, et l'enfoncent si rudement dans la terre , que tout le sang qu'il a pris de sa nourrice s'écoule par le nez. Là-dessus, vient une figure trèsvilaine ( ses mauvaises actions ) qui le tourmente jusqu'au jour du jugement, où il enlre en enfer. C'est pour délivrer le mort de ces anges noirs, que les parents lui crient sans cesse : « N'ayez pas peur et répondez bravement. » — Ils font une autre distinction des bons et des méchants , qui n'est pas moins absurde. Ils disent qu'au jour du jugement Mahomet viendra dans la vallée de Josaphat,

) — MOR pour voir si Jésus-Christ jugera bien les hommes; qu'après le jugement il prendra la forme d'un mouton blanc, que tous les Turcs se cacheront dans sa toison , changés en petite vermine, qu'il se secouera alors, et que tous ceux qui tomberont seront damnés, tandis que tous ceux qui resteront seront sauvés , parce qu'il les mènera en paradis. — Des docteurs musulmans exposent encore autrement la chose : au jugement dernier, Mahomet se trouvera à côté de Dieu , monté sur le Borak et couvert d'un manteau fait des peaux de tous les chameaux qui auront porté à la Mecque le présent que chaque sultan y envoie à son avènement à l'empire. Les âmes des bienheureux musulmans se transformeront en puces, qui s'attacheront aux poils du manteau du prophète, et Mahomet les emportera dans son paradis avec une rapidité prodigieuse; il ne sera plus question alors que de se bien tenir, car les âmes qui s'échapperont, soit par la rapidité du vol , ou autrement, tomberont dans la mer, où elles nageront éternellement.

— Parmi les Juifs modernes, aussitôt que le malade est abandonné des médecins, on fait venir un rabbin, accompagné, pour le moins, de dix personnes. Le Juif répare le mal qu'il a pu faire; puis il change de nom , pour que l ange de la mort qui doit le punir, ne le reconnaisse plus; ensuite, il donne sa bénédiction à ses enfants, s'il en a, et reçoit celle de son père s'il ne l'a pas encore perdu. De ce moment, on n'ose plus le laisser seul, de peur que l'ange delà mort, qui est dans sa chambre, ne lui fasse quelque violence. Ce méchant esprit, disent-ils, avec l'épée qu'il a dans sa main , paraît si effroyable , que le malade en est tout épouvanté. De cette épée qu'il tient toujours nue sur lui , découlent trois gouttes d'une liqueur funeste : la première qui tombe lui donne la mort, la seconde le rend pâle et difforme, la dernière le corrompt et le fait devenir puant et infect. — Aussitôt que le malade expire, les assistants jettent par la fenêtre toute l'eau qui se trouve dans la maison : ils la croient empoisonnée, parce que l'ange de la mort, après avoir tué le malade, y a trempé son épée pour en ôter le sang. Tous les voisins, clans la même crainte, en font autant. — Les Juifs racontent que cet ange de la mort était bien plus méchant autrefois ; mais que, par la force du grand nom de Dieu, des rabbins le lièrent un jour et lui crevèrent l'œil gauche : d'où vient que, ne voyant plus si clair, il ne saurait plus faire tant de mal.

— Dans leurs cérémonies funèbres, les Juifs sont persuadés que, si on omettait une seule des observations et des prières prescrites ,

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