‹ Dictionnaire infernalChapitre 32 sur 368 · U2 — APP · texte numérisé non relu

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apparaissent la nuit plutôt que le jour, et la nuit du vendredi au samedi de préférence à toute autre, comme le témoigne Jean Bodin. — Les apparitions des esprits, dit Jamblique, sont analogues à leur essence. L'aspect des habitants des cieux est consolant, celui des archanges terrible, celui des anges moins sévère, celui des démons épouvantable. Il est assez difficile , ajoute-t-il , de se reconnaître dans les apparitions des spectres ; car il y en a de mille sortes. — Delancre donne pourtant les moyens de ne point s'y tromper. « On peut distinguer les âmes des démons, dit-il, parce qu'ordinairement elles apparaissent en hommes portant barbe, en vieillards, en enfants ou en femmes, bien que ce soit en habit et en contenance funeste. Or les démons peuvent se montrer ainsi. Mais, ou c'est l'àme d'une personne bienheureuse, ou c'est l'àme d'un damné. Si c'est l'âme d'un bienheureux et qu'elle revienne souvent, il faut tenir pour certain que c'est un démon, qui, ayant manqué son coup de surprise, revient plusieurs fois pour le tenter encore. Car une àme ne revient plus quand elle est satisfaite, si ce n'est par aventure une seule fois pour dire merci. — « Si c'est une àme qui se dise l'âme d'un damné, il faut croire que c'est un démon, vu qu'à grande peine laisse-t-on jamais sortir l'àme des damnés. » Voilà les moyens que Pierre Delancre donne comme aisés 11 dit un peu plus loin que le spectre qui apparaît sous une peau de chien ou sous toute autre forme laide est un démon ; mais le diable est si malin, qu'il vient aussi sous des traits qui le font prendre pour un ange. Il faut donc se défier. T oi/. , pour les anecdotes , Visions, Spectres, Fantômes, Esprits, Lutins , Vampires , Revenants , Songes , Armées prodigieuses, etc. — Voici, sur les apparitions, une petite anecdote qui a eu lieu à La Rochelle et que les journaux rapportaient en avril 1843. « Depuis quelque temps la ' population se préoccupait de revenants qui apparaissaient tous les soirs sous la forme de flammes phosphorescentes, bleuâtres et mystérieuses. Ces revenants ont été pris au trebuchet : c'étaient cinq gros réjouis de paysans des environs qui, grimpés tous les soirs sur des arbres très- élevés, lançaient des boulettes phosphoriques avec un fil imperceptible. Pendant la nuit, ils donnaient le mouvement et la direction qu'ils voulaient à leurs globes de feu, et quand les curieux couraient après une flamme, elle devenait aussitôt invisible; mais, à l 'instant , il en surgissait une autre sur un

1 L'Inconstanci- des démons, liv. V, dise. 2.

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point opposé pour détourner l'attention. Ce jeu s'effectuait ainsi pendant quelques instants successivement, et puis simultanément, de manière à produire plusieurs flammes à la fois. — Cette jonglerie trompa bien des incrédules; mais enfin il se trouva un esprit fort. Caché derrière une haie , il observa attentivement la mise en scène et devina le secret de la comédie. Suffisamment édifié, il alla quérir la gendarmerie, et les cinq mystificateurs furent arrêtés au moment où ils donnaient une nouvelle représentation. Quel était leur but? On l'ignore; le plus curieux de l'histoire, c'estqu'une commission scientifique avait déjà préparé un rapport sur l'étonnant phénomène météorologique de ces mauvais plaisants. — Dissertation sur ce qiïon doit penser de l 'apparition des esprits à l 'occasion de V aventure arrivée à Saint-Maur en '1706, par M. Poupart, chanoine de Saint-Maur, près Paris. Paris, '1707. — L'auteur croit, avec la modération convenable, aux apparitions. Il raconte l'aventure de Saint-Maur; elle a fait tant de bruit à Paris dans sa nouveauté, que nous ne pouvons la passer sous silence. M. de S***, jeune homme de vingtcinq ans, fixé à Saint-Maur, entendit plusieurs fois la nuit heurter à sa porte , sans que sa servante, qui y courait aussitôt, trouvât personne. On tira ensuite les rideaux de son lit; et le 22 mars '1706 , sur les onze heures du soir, étant dans son cabinet avec trois domestiques, tous quatre entendirent distinctement feuilleter des papiers sur la table. On soupçonna d'abord le chat de la maison ; mais on reconnut qu'il n'était pas dans le cabinet. Ce bruit recommença quand M. de S*** se fut retiré dans sa chambre ; il voulut rentrer dans le cabinet avec une lumière, et sentit derrière la porte une résistance qui finit par céder; cependant il ne vit rien, seulement il entendit frapper un grand coup dans un coin contre la muraille; ses domestiques accoururent au cri qu'il jeta, mais ils ne firent aucune découverte. Tout le monde s 'étant peu à peu rassuré, on se mit au lit. — A peine M. de S*** commençait-il à s'endormir qu'il fut éveillé subitement par une violente secousse ; il appela ; on rapporta deux flambeaux et il vit avec surprise son lit déplacé au moins de quatre pieds. On le remit en place , mais aussitôt tous les rideaux s'ouvrirent d'euxmêmes et le lit courut tout seul vers la cheminée. En vain les domestiques tinrent les pieds du lit pour le fixer ; dès que M. S*** s'y couchait, le lit se promenait parla chambre. Cette aventure fut bientôt publique; plusieurs personnes voulurent en être témoins, et les

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mêmes merveilles se répétèrent la nuit suivante; après quoi il y eut deux nuits paisibles. L'esprit se remit à faire du bruit le 26; il verrouilla les portes, dérangea les meubles, ouvrit les armoires; et, pendant que M. de S*** tremblait de tous ses membres, l'esprit, saisissant l'occasion, lui parla enfin à l'oreille et lui commanda de faire certaines choses qu'il tint secrètes, et qu'il fit quand il fut sorti de l'évanouissement que la peur lui avait causé. L'esprit revint au bout de quinze jours pour le remercier, et frappa un grand coup de poing dans une fenêtre en signe d'actions de grâces. — Et voilà la fameuse aventure de l'esprit de Saint-Maur, que M. Poupart a le bon esprit de regarder comme l'effet d'un cerveau visionnaire. Voy. Meyer.

Apulée , — philosophe platonicien , né en Afrique, connu par le livre de V Ane d'or. Il vécut au douzième siècle sous les Antonins. On lui attribue plusieurs prodiges auxquels, sans doute, il n'a jamais songé. — Il dépensa tout son bien en voyage, et mit tous ses soins à se faire initier dans les mystères des diverses religions; après quoi il fut ruiné. Comme il était bien fait, instruit et spirituel, il captiva l'affection d'une riche veuve de Carthage, nommée Pudentilla, qu'il parvint à épouser. Il était encore jeune , et sa femme avait soixante ans. Cette disproportion d'âge et la pauvreté d'Apulée firent soupçonner qu'il avait employé la magie et les philtres. On disait même qu'il avait composé ces philtres avec des filets de poissons, des huîtres et des pattes d'écrevisses. Les parents, à qui ce mariage ne convenait pas, l'accusèrent de sortilège; il parut devant ses juges, et, quoique les chimères de la magie fussent alors en grand crédit, Apulée plaida si bien sa cause qu'il la gagna pleinement l. — Boguet 2 et d'autres démonographes disent qu'Apulée fut métamorphosé en âne, comme quelques autres pèlerins, par le moyen des sorcières de Larisse, qu'il était allé voir pour essayer si la chose était possible et faisable 5. La femme qui le changea en âne, le vendit, puis le racheta. Par la suite il devint si grand magicien qu'il se métamorphosait lui-même, au besoin, en cheval, en âne, en oiseau ; il se perçait le corps d'un coup d'épée sans se blesser; il se rendait invisible, étant trèsbien servi par son démon familier. C'est même pour couvrir son asinisme, dit encore

1 Sa défense se trouve dans ses œuvres, soilsl's titre ae Oratio de mugia.

2 Discours dos sorciers, ch. 53.

3 Dclancre. Tableau de l'inconstance di s dém ms, etc., liv. iv, cli. 1".

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