NORNES
, —. voy.
Urine. — L'urine a aussi des vertus admirables. Elle guérit la teigne et les ulcères des oreilles, pourvu qu'on la prenne en bonne sanlé. Ello guérit aussi de la piqûre des serpents, des aspics, et autres reptiles venimeux. — Il paraît que les sorcières s'en servent pour faire tomber la pluie. Delrio conte que, dans le diocèse de Trêves, un paysan qui plantait des choux dans son jardin avec sa fille, âgée de huit ans , donnait des éloges à cet enfant sur son adresse à s'acquitter de sa petite fonction. « Oh! répondit l'enfant , j'en sais bien
d'autres. Retirez- vous un peu, et je ferai descendre la pluie sur telle partie du jardin que vous désignerez. — Fais , reprend le paysan surpris, je vais me retirer. » Alors la petite fille creuse un trou dans la terre , y répand de son urine, la mêle avec la terre, prononce quelques mots*, et la pluie tombe par torrents sur le jardin. — Qui t'a donc appris cela? s'écrie le paysan étourdi. — C'est ma mère, qui est très-habile dans cette science.» Le paysan effrayé fit monter sa fille et sa femme sur la charrette, les mena à la ville, et les livra toutes les deux à la justice.
Urotopégnie , — chevillement. Delancre dit qu'il y a un livre de ce nom dans lequel on voit que les moulins, les tonneaux, les fours, etc., peuvent être liés ainsi que les hommes. Voy. Ligatures.
Uterpen, — voy. MERLIN.
Utéseture, — espèce de magie pratiquée chez les Islandais; on en fait remonter l'usage jusqu'à Odin. Ceux qui se trouvent la nuit hors de leur logis s'imaginent converser avec des esprits qui, communément, leur conseillent de faire le mal.
Vaccînc. — Quand l'inoculation s'introduisit à Londres, un ministre anglican la traita en chaire d'innovation infernale, de suggestion diabolique, et soutint que la maladie de Job n'était que la petite-vérole que lui avait inoculée le malin1. — Des pasteurs anglais ont traité pareillement la vaccine. Des médecins
1 M. Salgues, des Erreurs et des préjugés, etc., t. III, p. 84.
français ont écrit que la vaccine donnerait aux vaccinés quelque chose de la race bovine ; que les femmes soumises à ce préservatif s'exposaient à devenir des vaches comme Io. Voy. les écrits des docteurs Vaume , Moulet, Chapon, etc.
Vache. — Cet animal est si respecté dans l'Indoustan, que tout ce qui passe par son corps a , pour les Indiens, une vertu sancti-
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fiante et médicinale. Les brames donnent du riz aux vaches, puis ils en cherchent les grains entiers dans leurs excréments, et font avaler ces grains aux malades, persuadés qu'ils sont propres à guérir le corps et à purifier l'âme. Ils ont une vénération singulière pour les cendres de bouse de vache. — Les souverains ont à leur cour des officiers qui n'ont point d'autre fonction que de présenter le matin, à ceux qui viennent saluer le prince, un plat de ces cendres détrempées dans un peu d'eau. Le courtisan trempe le bout du doigt dans ce mortier, et se fait, sur différentes parties du corps, une onction qu'il regarde comme salutaire. Voy. Vaïgarani. — Chez les Hébreux, on sacrifiait une vache rousse pour faire de ses cendres une eau d'expiation destinée à purifier ceux qui s'étaient souillés par l'attouchement d'un mort. C'est de là sans doute que vient, dans le midi, l'opinion qu'une vache rousse est mauvaise.
Vade. — La légende de Vade ou Wade et de son fils Véland, le forgeron, est célèbre dans ia littérature Scandinave. La voici, telle que MM. Depping et Francisque Michel, guidés par les monuments de la Suède et de l'Islande , l'ont exposée dans leur Dissertation sur une tradition du moyen âge, publiée à Paris en 1 833 : — - « Le roi danois Wilkin ayant rencontré dans une forêt , au bord de la mer, une belle femme qui était une haffru ou femme de mer, espèce d'êtres marins qui , sur terre, prennent la forme d'une femme , s'unit avec elle, et le fruit de cette union fut un fils géant, qui fut appelé Vade. Wilkin lui donna douze terres en Seelande. Vade eut à son tour un lils appelé Veland ou Vanlund. Quand ce dernier eut atteint 1 âge de neuf ans, son père le conduisit chez un habile forgeron de Hunaland, appelé Mimer, pour qu'il apprit à forger, tremper et façonner le fer. — Après l'avoir laissé trois hivers dans le Hunaland , le géant Vade se rendit avec lui à une montagne appelée Kallova , dont l'intérieur était habité par deux nains qui passaient pour savoir mieux forger le fer que les autres nains et que les hommes ordinaires. Us fabriquaient des épées, des casques et des cuirasses; ils savaient aussi travailler l'or et l'argent, et en faire toute sorte de bijoux. — Les nains , pour un marc d'or, rendirent Veland le plus habile forgeron de la terre ; néanmoins ce dernier tua ses maîtres, qui voulaient profiter d'une tempête dans laquelle Vade avait péri pour mettre à mort leur élève. — Veland s'empara alors des outils, chargea un cheval d'autant d'or et d'argttfit qu'd pouvait en porter, et reprit le chemin du Dunemarrk . Il arriva près d'un lleuve nom-
mé Visara ou Viser-Aa ; il s'arrêta sur la rive, y abattit un arbre , le creusa , y déposa ses trésors et ses vivres, et s'y pratiqua une demeure tellement fermée que l'eau ne pouvait y pénétrer. Après y être entré il se laissa flotter vers la mer. — Un jour, un roi de Jutland, nommé Nidung, péchait avec sa cour, quand les pêcheurs retirèrent de leur filet un gros tronc d'arbre singulièrement taillé. Pour savoir ce qu'il pouvait contenir, on voulut le mettre en pièces; mais tout-à-coup une voix, sortant du tronc, ordonna aux ouvriers de cesser. A cette voix, tous les assistants prirent la fuite, croyant qu'un sorcier était caché dans l'arbre. — Veland en sortit; il dit au roi qu'il n'était pas magicien , et que, si on voulait lui laisser la vie et ses trésors, il rendrait de grands services : le roi le lui promit. Veland cacha ses trésors en terre et entra au service de Nidung. Sa charge fut de prendre soin de trois couteaux que l'on mettait devant le roi à table. — Le roi ayant découvert l'habileté de Veland dans l'art de fabriquer des armes , consentit à ce qu'il luttât avec son forgeron ordinaire. Celui-ci fit une armure qu'il croyait impénétrable, mais que Veland fendit en deux d'un seul coup de l'épée d'or qu'il avait fabriquée en peu d'heures. Depuis lors, Veland fut en grande faveur auprès du roi ; mais ayant été mal récompensé d'un message pénible et dangereux, il ne songea plus qu'à se venger. Il tenta d'empoisonner le roi, qui s'en aperçut, et lui fit couper les jarrets. Furieux de cette injure , Veland feignit du repentir, et le roi consentit àiui laisser une forge et les outils nécessaires pour composer de belles armures et des bijoux précieux. — Alors le vindicatif artisan sut attirer chez lui les deux fils du roi ; il les tua, et offrit à leur père deux coupes faites avec le crâne de ses enfants. Après quoi il se composa des ailes, s'envola sur la tour la plus élevée, et cria de toutes ses forces pour que le roi vint et lui parlât. En entendant sa voix, le roi sortit. « Veland, ditil, est-ce que tu es devenu oiseau? — Seigneur, répondit le forgeron, je suis maintenant oiseau et homme à la fois ; je pars , et tu ne me verras plus. Cependant, avant de partir, je veux t'apprendre quelques secrets. Tu m'as fait couper les jarrets pour m'empècher de m'en aller; je m'en suis vengé : je t'ai privé de tes fils, que j'ai égorgés de ma main : mais tu trouveras leurs ossements dans les vases garnis d'or et d'argent dont j'ai orné ta table.» Ayant dit ces mots. Veland disparut dans les airs.»— Ce récit est la forme la plus complète qu'ait reçue la légende de Varie et de son lils dans les monuments de la littérature scandi-
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nave. Le chant de VEdda qui nous fait connaître Veland , diffère dans plusieurs de ses circonstances. Là, Veland est le troisième fils d'un roi alfe, c'est-à-dire d'espèce surnaturelle. Ces trois princes avaient épousé trois valkiries ou fées , qu'ils avaient rencontrées au bord d'un lac, où, après avoir déposé leur robe de cygne, elles s'amusaient à filer du lin. Après sept années de mariage , les valkiries disparurent , et les deux frères de Veland allèrent à la recherche de leurs femmes ; mais Veland resta seul dans sa cabane, et s'appliqua à forger les métaux. Le roi Niduth, ayant entendu parler des beaux ouvrages d'or que Veland faisait, s'empara du forgeron pendant qu'il dormait, et, comme il faisait peur à la reine, celle-ci ordonna qu'on lui coupât les jarrets. Veland, pour se venger, accomplit les actions différentes que nous avons rapportées. — Cette histoire de Wade et de son fils a été souvent imitée par les anciens poètes allemands et anglo-saxons. Les trouvères français ont parlé plusieurs fois de Veland, de son habileté à forger des armures. Ils se plaisaient à dire que l'épée du héros qu'ils chantaient avait été trempée par Veland.
Vafthrudnis , — génie des Scandinaves, renommé pour sa science profonde. Odin alla le défier dans son palais, et le vainquit par la supériorité de ses connaissances.
Vêucarani, — fleuve de feu, que les âmes doivent traverser avant d'arriver aux enfers, selon la doctrine des Indiens. Si un malade tient en main la queue d'une vache, au moment de sa mort , il passera sans danger le fleuve Vaïcarani , parce que la vache , dont il a tenu la queue, se présentera à lui sur le bord du fleuve ; il prendra sa queue et fera doucement le trajet par ce moyen.
Vaisseau -fantôme, — VOlj. VOLTIGEUR HOLLANDAIS.
Valafar ou Malafar, — grand et puissant duc de l'empire infernal. Il paraît sous la forme d'un ange , quelquefois sous celle d'un lion avec la tètè et les pattes d'une oie et une queue de lièvre. Il connaît le passé et l'avenir, donne du génie et de l'audace aux hommes, et commande trente-six légions1.
Valens, — VOlj. AlECTRYOMANCIE.
Valentin , — hérésiarque , originaire d'Égypte, qui enseigna sa doctrine peu de temps après la mort du dernier des apôtres. Il admettait un séjour éternel de lumière qu'il nommait pléroma ou plénitude, dans lequel
i — VAM habitait la Divinité; il y plaçait des Eons ou intelligences immortelles, au nombre de trente, les uns mâles, les autres femelles; il les distribuait en trois ordres, les supposait nés les uns des autres, leur donnait des noms et faisait leur généalogie. Le premier était Bythos, la profondeur, qu'il appelait aussi le premier père, propator; il lui donnait pour femme Ennoia , l'intelligence, qu'il appelait encore le silence, Sigé. Jésus-Christ et le Saint-Esprit étaient les derniers nés de ces Éons. — On a peine à concevoir que Valentin ait eu de nombreux disciples , et que plusieurs sectes soient nées de sa doctrine. Mais l'esprit humain fourvoyé a aussi ses prodiges. Voy. Basile.
Valkiries, — fées des Scandinaves. Voy.
Vade.
Vampires. — Ce qu'il y a de plus remarquable dans l'histoire des vampires, c'est qu'ils ont partagé, avec les philosophes, ces autres démons , l'honneur d'étonner le dixhuitième siècle; c'est qu'ils ont épouvanté la Lorraine, la Prusse, la Silésie, la Pologne, la Moravie, l'Autriche, la Russie, la Bohème et tout le nord de l'Europe, pendant que les démolisseurs de l'Angleterre et de la France renversaient les croyances en se donnant le ton de n'attaquer que les erreurs populaires. Chaque siècle, il est vrai , a eu ses modes; chaque pays, comme l'observe D. Calmet, a eu ses préventions et ses maladies; mais les vampires n'ont point paru avec tout leur éclat dans les siècles barbares et chez des peuples sauvages ; ils se sont montrés au siècle des Diderot et des Voltaire, dans l'Europe, qui se disait déjà civilisée. — On a donné le nom â'upiers oupires, et plus généralement vampires, en Occident, de broucolaques ( vroucolacas) en Morée, de katakhanès à Ceylan, à des hommes morts et enterrés depuis plusieurs années, ou du moins depuis plusieurs jours , qui revenaient en corps et en âme, parlaient, marchaient, infestaient les villages, maltraitaient les hommes et les animaux, et surtout qui suçaient le sang de leurs proches , les épuisaient, leur causaient la mort'4. On ne se délivrait de leurs dangereuses visites et de leurs infestations qu'en les exhumant, les empalant, leur coupant la tête, leur arrachant le cœur ou les brûlant. — Ceux qui mouraient, sucés devenaient vampires à leur tour. — Les journaux publics de la France et de la Hollande parlent, en 1693 et 4 694, des vampires qui se montraient en Pologne et surtout en Russie. On voit dans le Mercure galant
Wjerus, in Pseudom. deem.
1 C'est la définition qu'en donne le R. P. D. Calmet.