BOG
lica, p. 286 des Dominicales) cite un autre bœuf qui a parlé. Voy. Béiiémoth.
Bogaha, — arbre-clieu de l'île de Ceylan. On conte que cet arbre traversa les airs afin de se rendre d'un pays très-éloigné dans cette île sainte, et qu'il enfonça ses racines dans le sol pour servir d'abri au dieu Budhou , qu'il couvrit de son ombrage tout le temps que ce dieu demeura sur la terre. Quatre-vingt-dixneuf rois ont eu l'honneur d'être ensevelis auprès du grand arbre-dieu. Ses feuilles sont un excellent préservatif contre tout maléfice et sortilège. Un nombre considérables de huttes l'environnent pour recevoir les pèlerins ; et les habitants plantent partout de petits bogahas, sous lesquels ils placent des images et allument des lampes. Cet arbre, au reste, ne porte aucun fruit, et n'a de recommandable que le culte qu'on lui rend.
Bogarmiles, Bogomiles et Bongomiles, —
sorte de manichéens qui parurent à Conslantinople au douzième siècle. Ils disaient que ce n'est pas Dieu mais un mauvais démon qui avait créé le monde. Ils étaient iconoclastes.
Boguet (Henri), — grand-juge de la terre de Saint-Claude au comté de Bourgogne, mort en 1019, auteur d'un livre pitoyable, plein d'une crédulité puérile et d'un zèle outré contre les sorciers. Ce livre, publié au commencement du dix-septième siècle , est intitulé : Discours des Sorciers , avec six advis en fait .de sorcellerie et une instruction pour un juge en semblable matière *. — C'est une compilation des procédures auxquelles, comme juge, l'auteur a généralement présidé. On y trouve l'histoire de Louise Maillât, possédée de cinq démons à l'âge de huit ans; de Françoise Secretain, sorcière qui avait envoyé lesdits démons; des sorciers Gros-Jacques et Willermoz, dit le Baillu; de Claude Gaillard, de Rolande Duvernois et de quelques autres. L'auteur détaille les abominations qui se font au sabbat; il dit que les sorciers peuvent faire tomber la grêle; qu'ils ont une poudre avec laquelle ils empoisonnent ; qu'ils se graissent les jarrets avec un onguent pour s'envoler au sabbat; qu'une sorcière tue qui elle veut par son souffle seulement; qu'elles ont mille indices qui. les feront reconnaître : par exemple , que la croix de leur chapelet est cassée, qu'elles ne pleurent pas en présence du juge , qu'elles crachent à terre quand on les force à renoncer au diable, qu'elles ont
« Un vol. in-8". Paris, 1603; Lyon, 1602, 1007, 1608,
1610; Rouen, 1606. Toutes ces éditions sont très rares,
parce que la famille de Boguet s'efforça d'en supprimer les exemplaires.
des marques sous leur chevelure, lesquelles se découvrent si on les rase: que les sorciers et les magiciens ont tous le talent de se changer en loups ; que sur le simple soupçon mal lavé d'avoir été au sabbat, même sans autre maléfice, on doit les condamner; que tous méritent d'être brûlés sans sacrement, et que ceux qui ne croient pas à la sorcellerie sont criminels. Il faut remarquer qu'en ces choses ce n'était pas le clergé qui était sévère, mais les juges laïques qui se montraient violents et féroces. — A la suite de ces discours viennent les Six avis, dont voici le sommaire : — '1° Les devins doivent être condamnés au feu, comme les sorciers et les hérétiques, et celui qui a été au sabbat est digne de mort. Il faut donc arrêter sur la plus légère accusation la personne soupçonnée de sorcellerie , quand même l'accusateur se rétracterait ; et l'on peut admettre en témoignage contre les sorciers toutes sortes de personnes. On brûlera vif, dit-il, le sorcier opiniâtre, et, par grâce, on se contentera d'étrangler celui qui confesse. — 2° Dans le crime de sorcellerie, on peut condamner sur de simples indices, conjectures et présomptions ; on n'a pas besoin pour de tels crimes de preuves très-exactes. — 3° Le crime de sorcellerie est directement contre Dieu (ce qui est vrai dans ce crime existe réellement, puisque c'est une négation de Dieu et un reniement) : aussi il faut le punir sans ménagement ni considération quelconque... — 4° Les biens d'un sorcier condamné doivent être confisqués comme ceux des hérétiques ; car sorcellerie est pire encore qu'hérésie , en ce que les sorciers renient Dieu. Aussi on remet quelquefois la peine à l'hérétique repenti ; on ne doit jamais pardonner au sorcier... — 5° On juge qu'il y a sorcellerie quand la personne accusée fait métier de deviner, ce qui est l'œuvre du démon; les blasphèmes et imprécations sont encore des indices. On peut poursuivre enfin sur la clameur publique. — 6° Les fascinations , au moyen desquelles les sorciers éblouissent les yeux, faisant paraître les choses ce qu'elles ne sont pas, donnant des monnaies de corne ou de carton pour argent de bon aloi , sont ouvrages du diable; et les fascinateurs , escamoteurs et autres magiciens doivent être punis de mort. — Le volume de Boguet est terminé par l'instruction pour un juge en fait de sorcellerie. Cet autre morceau curieux est connu sous le nom de Code des sorciers. Voy. Code.
Bohémiens. — 11 n'y a personne qui n'ait entendu parler des Bohémiennes, et de ces bandes vagabondes qui, sous le nom do Bohé-
non —
miens, de Biscaïens et d'Egyptiens ou Gitanos, se répandirent au quinzième siècle sur l'Europe, dans l'Allemagne surtout, la Hollande, la Belgique, la France et l'Espagne, avec la prétention de posséder l'art de dire la bonne aventure et d'autres secrets merveilleux. Les Flamands les nommaient heyden, c'est-à-dire païens , parce qu'ils les regardaient comme des gens sans religion. On leur donna divers autres sobriquets. — Les historiens les ont fait venir, sur de simples conjectures, de l'Assyrie, de la Cilicie, du Caucase, de la Nubie, de l'Abyssinie , de la Chaldée. Bellon, incertain de leur origine, soutient qu'au moins ils n'étaient pas Égyptiens; car il en rencontra au Caire, où ils étaient regardés comme étrangers aussi bien qu'en Europe. Il eût donc été plus naturel de croire les Bohémiens euxmêmes sur leur parole, et de dire avec eux que c'était une race de juifs mêlés ensuite de chrétiens vagabonds. Voici ce que nous pensons être la vérité sur ces mystérieux nomades. — Vers le milieu du quatorzième siècle, l'Europe, et principalement les Pays-Bas, l'Allemagne et la France, étant ravagée par la peste, on accusa les juifs, on ne sait pourquoi,'d'avoir empoisonné les puits et les fontaines. Cette accusation souleva la fureur publique contre eux. Beaucoup de juifs fuirent et se jetèrent dans les forêts. Ils se réunirent pour être plus en sûreté et se ménagèrent des souterrains d'une grande étendue. On croit que ce sont eux qui ont creusé ces vastes cavernes qui se trouvent encore en Allemagne et que les indigènes n'ont jamais eu intérêt à fouiller. — Cinquante ans après, ces proscrits ou leurs descendants ayant lieu de croire que ceux qui les avaient tant haïs étaient morts, quelques-uns se hasardèrent à sortir de leurs tanières. Les chrétiens étaient alors occupés des guerres religieuses suscitées par l'hérésie de Jean Hus. C'était une diversion favorable. Sur le rapport de leurs espions, les juifs cachés quittèrent leurs cavernes, sans aucune ressource il est vrai pour se garantir de la misère; mais, pendant leur demi-siècle de solitude, ils avaient étudié les divinations et particulièrement l'art de dire la bonne aventure par l'inspection de la main ; ce qui ne demande ni instrument, ni appareil, ni dépense aucune; et ils comptèrent bien que la chiromancie leur procurerait quelque argent. — Ils se choisirent d'abord un canifnino. nommé Zundel. Puis, comme il fallait déclarer ce qui les amenait en Allemagne, qui ils étaient, d'où ils venaient, et qu'on pouvait les questionner aussi sur leur religion; pour ne passe découvrir trop clairement, ni pour-
tant se renier, ils convinrent de dire que leurs pères habitaient autrefois l'Égypte , ce qui est vrai des juifs; et que leurs ancêtres avaient été chassés de leur pays pour n'avoir pas voulu recevoir la Vierge Marie et son fils Jésus. — Le peuple comprit ce refus, du temps où Joseph emmena le divin Enfant en Égypte pour le soustraire aux recherches d'Hérode; au lieu que les vagabonds juifs l'entendaient de la persécution qu'ils avaient soufferte cinquante ans auparavant. De là vient le nom d'Égyptiens qu'on leur donna et sous lequel l'empereur Sigismond leur accorda un passe-port. — Ils s'étaient formé un argot eu un jargon déguisé , mêlé d'hébreu et de mauvais allemand , qu'ils prononçaient avec un accent étranger. Des savants , qui ne voyaient pas plus loin, furent flattés de retrouver certains termes de la langue allemande dans un patois qu'ils prenaient pour de l'égyptien. Ils dénaturaient aussi plusieurs appellations; ils appelaient un enfant un criard, un manteau un preneur de vent , un soulier un marcheur, un oiseau un volant. Toutefois, la multitude de mots hébreux qui est restée dans le langage des Bohémiens suffirait seule pour trahir leur origine juive. — Ils avaient des mœurs particulières et s'étaient fait des lois qu'ils respectaient. Chaque bande se choisissait un roi , à qui tout le monde était tenu d'obéir. Quand parmi eux une femme se mariait, elle se bornait, pour toute cérémonie, à briser un pot de terre devant l'homme dont elle voulait devenir la compagne; et elle le respectait comme son mari autant d'années que le vase avait produit de morceaux. Au bout de ce temps, les époux étaient libres de se quitter ou de rompre ensemble un nouveau pot de terre. On citerait beaucoup de bizarreries de ce genre. — Dés que les nouveaux Égyptiens virent qu'ils n'étaient pas repoussés , ils implorèrent la pitié des Allemands. Pour ne pas paraître à charge, ils assuraient que, par une grâce particulière du ciel, qui les protégeait encore en les punissant, les maisons où ils étaient une fois reçus n'étaient plus sujettes à l'incendie. Ils se mirent aussi à dire la bonne aventure, sur l'inspection du visage , des signes du corps , et principalement sur l'examen des lignes de la main et des doigts. Ils annonçaient de si belles choses, et leurs devineresses déployaient tant d'adresse, que les femmes et les jeunes filles les traitèrent dès lors avec bienveillance. — Cependant la fureur contre les juifss'était apaisée; ils furent admis de nouveau dans les villages, puis dans les villes. Mais il resta toujours de ces bandes vagabondes qui continuèrent la vie
nomade, découvrant partout l'avenir, et joignant à cette profession de nombreuses friponneries plus matérielles. Bientôt, quoique la nation juive fût le noyau de ces bandes, il s'y fit un tel mélange de divers peuples qu'il n'y eut pas plus entre eux de religion dominante qu'il n'y avait de patrie. Ils parcoururent les Pays-Bas et passèrent en France, où on les appela Bohémiens parce qu'ils venaient de la Bohème. — Pasquier, dans ses recherches , raconte à peu près ainsi leur apparition mystérieuse sur le sol français et leur arrivée aux portes de Paris en 4 427 : — Ils étaient au nombre de cent vingt; l'un de leurs chefs portait le titre de duc, un autre celui de comte ; ils avaient dix cavaliers pour escorte. Ils disaient qu'ils venaient de la Basse-Égypte , chassés de leur pays par les Sarrasins ; qu'ils étaient allés à Rome confesser leurs péchés au pape , qui leur avait enjoint pour pénitence d'errer sept ans par le monde, sans coucher sur aucun lit. (Les gens éclairés n'ajoutèrent sans doute pas foi à ce conte.) — On les logea au village de La Chapelle, près Paris ; et une grande foule les alla voir. — Ils avaient les cheveux crépus, le teint basané et portaient aux oreilles des anneaux d'argent. Comme leurs femmes disaient la bonne aventure et se livraient à des pratiques superstitieuses et mauvaises , l'évêque de Paris les excommunia, défendit qu'on les allât consulter et obtint leur éloignement. — Le seizième siècle fut infecté de Bohémiens. Les états d'Orléans, en 1560, les condamnèrent au bannissement, sous peine des galères s'ils osaient reparaître. Soufferts dans quelques contrées que divisait l'hérésie , chassés en d'autres lieux comme descendants de Cham, inventeur de la magie, ils ne paraissaient nulle part que comme une plaie. On disait en Flandre qu'ils étaient si experts en sorcellerie que dès qu'on leur avait donné une pièce de monnaie, toutes celles qu'on avait en poche s'envolaient aussitôt et allaient rejoindre la première, opinion populaire qui peut se traduire en d'autres termes et qui veut dire que les Bohémiens étaient des escrocs. — Leurs bandes diminuèrent au dix-septième siècle. Pourtant on en voyait encore quelques rares détachements il y a soixante ans. Sous les nouvelles lois de police des États européens, les sociétés bohémiennes sont dissoutes. Mais il y a toujours çà et là des individus qui disent la bonne aventure , et des imbéciles qui vont les consulter. Voy. Chiromancie.
Bobînum, — idole des Arméniens qui élait faite d'un métal noir, symbole de la nuit;
BOl
son nom vient du mot hébreu bohu, désolation, à ce que dit Leloyer. C'est le démon du mal.
Bohmius (Jean). — Quelques-uns recherchent sa Psychologie ou Traité des esprits, publiée en î 632 à Amsterdam1, livre qui ne manque pas d'hérésies.
Bohon-Hupas, — arbre poison qui croît dans l'île de Java, à trente lieues de Batavia. Les criminels condamnés allaient autrefois recueillir une gomme qui en découle, et qui est un poison si prompt et si violent, que les oiseaux qui traversent l'air au-dessus de cet arbre tombent morts, du moins ces choses ont été contées. Après que leur sentence était prononcée, lesdits criminels pouvaient choisir, ou de périr de la main du bourreau ou de tenter de rapporter une boîte de gomme de l'hupas. Foersech rapporte qu'ayant interrogé un prêtre malai qui habitait ce lieu sauvage, cet homme lui dit qu'il avait vu passer environ sept cents criminels, sur lesquels il n'en était revenu que vingt-deux; qu'il n'y avait pas plus de cent ans que ce pays était habile par un peuple qui se livrait aux iniquités de Sodome et de Gomorrhe; que Mahomet ne voulut pas souffrir plus long-temps leurs mœurs abominables ; qu'il engagea Dieu à les punir ; et que Dieu fit sortir de terre le bohonhupas, qui détruisit les coupables et rendit le pays à jamais inhabitable. Les Malais regardent cet arbre comme l'instrument de la colère du prophète; et la mort qu'il procure, passe chez eux pour honorable ; voilà pourquoi les criminels qui vont chercher le poison se revêtent en général de leurs plus beaux habits2.
Bois. — Les anciens avaient une divination qui se pratiquait par le moyen de quelques morceaux de bois. Voy. Zylomancie. Ils croyaient les forêts habitées de divinités bizarres; et dans les pays superstitieux, on y redoute encore les lutins. Les Kamstchadales disent que les bois sont pleins d'esprits malicieux. Ces esprits ont des enfants qui pleurent sans cesse pour attirer les voyageurs, qu'ils égarent ensuite et à qui ils ôtent quelquefois la raison. — Enfin, c'est généralement dans les bois que les sorciers font le sabbat.
Bois de vie. — C'est le nom que les alchimistes donnent à la pierre parfaite du grand œuvre, plus clairement appelée baume universel ou panacée, qui guérit tous les maux et assure à ceux qui la possèdent une. jeunesse inaltérable. — Les Juifs nomment bois Je vie
1 Johannis Bohmii Psychologia, cum verâ applicatione Johannis Angeli. Iu-24. Amstel., 1632.
;' Extrait des Voyages de M. Foersech, Hollandais, Mélanges de la littérature étrangère, t. I. p. 63.