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muR, dit Pierre Deiancre, qu'il n y a guère d'hommes, qui s'osent marier, sinon à la dé* robée. On se trouve lié sans savoir par qui , et de tant de façons que le plus rusé n'y comprend rien. Tantôt le maléfice est pour l'homme , tantôt pour la femme , ou pour tous les deux. Il dure un jour, un mois, un an. L'un aime et n'est pas aimé ; les époux se mordent, s'égratignent et se repoussent; ou bien le diable interpose entre eux un fantôme, etc. » Le démonologue expose tous les cas bizarres et embarrassants d'une si fâcheuse circonstance. •— Mais l'imagination , frappée de la peur du sortilège, faisait le plus souvent tout le mal. On attribuait aux sorciers les accidents qu'on ne comprenait point, sans se donner la peine d'en chercher la véritable cause. — L'impuissance n'était donc généralement occasionnée que par la peur du maléfice, qui frappait les esprits et affaiblissait les organes; et cet état ne cessait que lorsque la sorcière soupçonnée voulait bien guérir l'imagination du malade en lui disant qu'elle le restituait. Une nouvelle épousée de Niort , dit Bodin >, accusa sa voisine de l'avoir liée. Le juge fit mettre la voisine au cachot. Au bout de deux jours , elle commença à s'y ennuyer, et s'avisa de faire dire aux mariés qu'ils étaient déliés; et dès lors ils furent déliés. — Les détails de ce désordre sont presque toujours si honteux qu'on ne peut mettre sous les yeux d'un lecteur honnête cet enchenillement, comme l'appelle Delancre ". — Les mariages ont rarement lieu en Russie sans quelque frayeur de ce genre, a J'ai vu un jeune homme , dit un voyageur ', sortir comme un furieux de la chambre de sa femme , s'arracher les cheveux et crier qu'il était ensorcelé. On eut recours au remède employé chez les Russes , qui est de s'adresser à des magiciennes blanches, lesquelles, pour un peu d'argent, rompent le charme et dénouent Taiguillette ; t:e qui était la cause de l'état où je vis ce jeune homme. » — Nomment de l aiguillette. — Nous croyons devoir rapporter la stupide formule suivante , qu'on lit au chapitre premier des Admirables secrets du petit Albert : — « Qu'on prenne la verge d'un loup nouvellement tué, qu'on aille à la porte de celui qu'on veut lier et qu'on l'appelle par son propre nom. Aussitôt qu'il aura répondu, on liera la verge avec un lacet de fil blanc , et le pauvre homme sera impuissant aussitôt. » — Ce qui est surprenant , c'est que les gens de village croient à de telles formules,
* Démonomanie des sorciers, liv. ir, ch. 6.
> L'Incrédulité et mécréance, etc., tr. 6.
' Nouveau Voyage ven le Septentrion, 1708, ch. 8.
qu'ils les emploient , et qu'on laisse vendre publiquement les livres qui les donnent. — On trouve, dans Ovide et dans Virgile, les procédés employés par les noueurs d'aiguillette de leur temps. Ils prenaient une petite Ggure de cire qu'ils entouraient de rubans ou de cordons ; ils prononçaient sur sa tête des conjurations en serrant les cordons l'un après l'autre; ils lui enfonçaient ensuite , à la place du foie , des aiguilles ou des clous, et le charme était achevé. — Bodin assure qu'il y a plus de cinquante moyens de nouer Taiguillette. Le curé Thiers rapporte plusieurs de ces sortes de moyens , qui sont encore usités dans les villages. — Contre l'aiguillette nouée, — On prévient ce maléfice en portant un anneau dans lequel soit enchâssé Fœil droit d'une belette; ou en mettant du sel dans sa poche, ou des sous marqués dans ses souliers, lorsqu'on sort du lit; ou, selon Pline, en frottant de graisse de loup le seuil et les poteaux de la porte qui ferme la chambre à coucher. — Hincmar, archevêque de Reims, conseille avec raison aux époux qui se croient maléficiés du nouement d'aiguillette la pratique des sacrements comme un remède efficace ; d'autres ordonnaient le jeûne et l'aimôoe. — Le Petit Albert conseille contre l'aiguillette nouée de manger un pivert rôti avec du sel bénit , ou de respirer la fumée de la dent d'un mort jetée dans un réchaud. — Dans quelques pays on se flatte de dénouer l'aiguillette en mettant deux chemises à Tenvers l'une sur l'autre. Ailleurs on perce un tonneau de vin blanc , dont on fait passer le premier jet par la bague de la mariée. Ou bien, pendant neuf jours, avant le soleil levé, on écrit sur du parchemin vierge le mot aviga^ zirtor. Il n'y a , comme on voit , aucune extravagance qui n'ait été imaginée. — Voici, avant de finir, un exemple curieux d'une manière peu usitée de nouer l'aiguiiletle : « Une sorcière ; voulant exciter une haine mortelle entre deux futurs époux , écrivit sur deux bil* lels des caractères inconnus, et les leur fit porter sur eux. Ck)mme ce charme ne produisait pas assez vite l'effet qu'elle désirait, elle écrivit les mêmes caractères sur du fromage qu'elle leur fit manger; Ipuls, elle prit un poulet noir qu'elle coupa par le milieu ^ en offrit une partie au diable , et leur donna l'autre , dont ils firent leur souper. Cela les anima tellement, qu'ils ne pouvaient plus se regarder Tun l'autre. — Y a-t-il rien de si ridicule, ajoute Delancre, persuadé pourtant de la vérité du fait, et peut-on reooDDatlre en cela quelque chose qui puisse forcer deux personnes qui s'entr'aiment à se haïra lOMi'i »
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