‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 198 sur 319 · LU · texte numérisé non relu

LU

ne se prêtant plus à aucune des demandes qu'on lui fait '.

Xtugubre , — oiseau du Brésil, dont le cri funèbre ne se fait entendre que la nuit ; ce qui le fait respecter des naturels, qui sont persuadés qu'il est chargé de leur apporter des nouvelles des morls. Léry, voyageur français, raconte que, traversant un village, il en scandalisa les habitants pour pvoir ri de l'attention avec laquelle ils écoutaient le cri de cet oiseau. « Tais-toi , lui dit rudement un vieillard, ne nous empêche pas d'enlendre les nouvelles que nos grands-pères nous envoient. «

liumîère merveilleuse. — Prenez quatre onces d'herbe appelée serpentinelte, mettezla dans un pot do terre bouché, puis faites-la diirérer au ventre de cheval, c'est-à-dire dans le fumier chaud, quinze jours; elle se changera en de petits vers rouges , desquels vous tirerez une huile selon les principes de l'art ; de celte huile vous garnirez une lampe, et lorsqu'elle sera allumée dans une chambre , elle provoquera au sommeil et endormira si profondément ceux qui seront dans ladite chambre, que l'on ne pourra en éveiller aucun tant que la lampe brûlera *.

l.une , — la plus grande divinité du sabéisme après le soleil. Pindare l'appelle l'œil de la nuit, et Horace la reine du silence. Une partie des Orientaux l'honoraient sous le titre d'Uranie. C'est l'Isis des Égyptiens, l'Astarté des Phéniciens, la Mylilta des Perses, TAlilat des Arabes, la Séléné des Grecs, et la Diane, la Vénus, la Junon des Romains. César ne donne point d'autres divinités aux peuples du nord et aux anciens Germains que le feu , le soleil et la lune. Le culte de la lune passa dans les Gaules, où la lune avait un oracle desservi par des druidesses dans l'ile de Sein, sur la côte méridionale de la Basse-Bretagne. Les magiciennes de Thessalie se vantaient d'avoir un grand commerce avec la lune, et de pouvoir, .par leur enchantement, la délivrer du dragon qui voulait la dévorer (lorsqu'elle était éclipsée), ou la faire à leur gré descendre sur la terre. L'idée que cet astre pouvait être habité a donné lieu à des fictions ingénieuses : telles sont entre antres les voyages de Lucien, de Cyrano de Bergerac, et la fable de l'Arioste, qui place dans la lune un vaste magasin rempli de fioles étiquetées où le bon sens de chaque individu est renfermé. Oq a récemment publié , sous le nom

* M. Noël, Dictionnaire de la Fable.

^ Le Petit Albert, p. 152.

LUlN

d llerschell, une plais^anlc dcscripliun des prétendus liabilanls do la lune. — Los Péruviens regardaient la lune comme la sœur et la femme du soleil , et comme la mère de leurs incas ; ils l'appelaient mère universelle de toutes choses, et avaient pour elle la pjus grande vénération. Cependant ils ne lui avaient point élevé de temple, et ne lui offraient point de sacrifices. Ils prétendaient aussi que les niarques nçires qu'on aperçoit dans la lune avaient été fiiiles par un renard qui, ayant monté au ciel, l'avait embrassée si étroitement qu'il lui avait fait ces taches à force de la serrer. Suivant les Taïtiens , les taches que nous voyons à la lune sont des bosquets d'une espèce d'arbres (jui croissaient autrefois à Taïii; un accident ayant détruit ces arbres, les graines furent portées par des pigeons à la lune, où elles ont prospéré V. — Les mahométans ont une grande vénération pour la lune; ils ne manquent jamais de la saluer dès qu'elle paraît, de lui présenter leurs bourses ouvertes, et do la prier d'y faire multiplier les espèces à mesure qu'elle croîtra. — La lune est la divinité des Nicaborins, habitants de Java. Lorsqu'il arrive une éclipse de lune, les Chinois idolâtres, voisins de la Sibérie, poussent des cris et des hurlements horribles, sonnent les cloches, frappent contre du bois ou des chaudrons, et louchent à coups redoublés sur les timbales de la grande pagode. Ils croient que le méchant esprit de Tair Arachula attaque la lune, et que leurs clameurs doivent l'effrayer. — Il y a des gens qui prétendent que la lune est douée d'un appétit extraordinaire ; que son estomac , comme celui de Teutruche , digère des pierres; en voyant un bâtiment vermoulu, ils disent que c'est la lune qui Ta ainsi mutilé, et que ses rayons peuvent ronger le marbre. — Combien de personnes n'osent couper leurs cbeveux dans le décours de la lune ! dit M. Salgues '. Mais les médecins sont convenus que la lune influe sur le corps humain. La plupart des peuples ont cru encore que le lever de la lune était un signal mystérieux auquel les spectres sortaient de leurs tombeaux. Les Orientaux content que les lamies et les gholes vont déterrer les morts dans les cimetières, et faire leurs horribles festins au clair de la lune. Dans certains cantons de l'orient de rAllemagne, on prétendait que les vju[npires ne commençaient leurs infestations qu'au lever de la lune , et qu'ils étaient obligés do rentrer en terre au chant du coq. L'idée la plus extraordinaire, et celle idée fut adoptée

" Voyages de Cook.

" Des Erreurs et des préjugés, etc., 1. 1*', p, 240.

Page 1