‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 273 sur 319 · SAC · texte numérisé non relu

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ci partit au grand galop pour la ville de Toul, qui n'était qu'à trois lieues. Vers deux heures du matin , une trentaine de sorciers et de démons entra; les uns ressemblaient à des ours, les autres avaient des cornes et des griffes. A peine étaient-ils à table , que l'écuyer de Charles IF reparut, suivi d'une troupe de gens d'armes ; et le prince escorté, entrant dans la salle du souper : — Des diables ne mangent pas, dit-il; ainsi vous voudrez bien permettre que mes gens d'armes se mettent à table à votre place... Les sorciers voulurent répliquer, et les démons proférèrent des menaces.— Vous n'êles point des démons, leur cria Charles : les habitants de l'enrer agissent plus qu'ils ne parlent , et si vous en sortiez , nous serions déjà tous fascinés par vos prestiges. — Voyant ensuite que la bande infernale ne s'évanouissait pas , il ordonna à ses gens de faire main basse sur les sorciers et leurs patrons; on arrêta pareillement les autres membres du sabbat ; et le matin , Charles II se vit maître de plus de cent vingt personnes. On les dépouilla, et on trouva des paysans, qui, sous ces accoutrements , se rassemblaient de nuit dans la forêt pour y faire des orgies abominables , et piller ensuite les riches fermiers. Le duc de Lorraine ( qui avait généreusement payé son souper avant de quitter la ferme ) , fit punir ces prétendus sorciers et démons comme des coquins et des misérables. Le voisinage fut délivré pour le moment de ces craintes; mais la foi au sabbat ne s'affaiblit pas pour cela dans la Lorraine. — Duluc, dans ses Lettres sur l'histoire de la terre et de rhomme , tome 4 , lettre 91 , rapporte encore ce qui suit : — « Il y a environ dix ans , vers 4769 , qu'il s'était formé dans la Lorraine allemande et dans l'éleclorat de Trêves , une association de gens de la campagne qui avaient secoué tout principe de religion et de morale. Ils s'étaient persuadés qu'en se mettant à Tabri des lois, ils pouvaient satisfaire sans scrupules toutes leurs passions. Pour se soustraire aux poursuites de la justice , ils se comportaient dans leurs villages avec la plus grande circonspection : l'on n'y voyait aucun désordre ; mais ils s'assemblaient la nuit en grandes bandes, allaient à force ouverte dépouiller les habitations écartées, commettaient d'abominables excès et employaient les menaces les plus terribles pour forcer au silence les victimes de leur brutalité. Un do leurs complices ayant été saisi par hasard pour quelque délit isolé, on découvrit la trame de cette confédération détestable , et Ton compte par centaines les scélérats qu'il a fallu faire périr sur l'échafaud. i>

Sabéîsmê, — culte que l'on rend aux éléments et aux astres , et qui , selon quelquesuns, est l'origine de l'astrologie judiciaire.

8«belUcus (Georges), — farceur allemand qui parcourait l'Allemagne au commencement du dix-septième siècle , en se disant chef des nécromanciens , astrologues , magiciens , chiromanciens, pyromanciens, etc. Il gagna ainsi beaucoup d'argent, et fut très-révéré des vieilles femmes et des petits enfants >.

SubîMius. — Dans la guerre de Sicile , entre César et Pompée , Sabiénus , commandant la flotte de César, ayant été pris, fut décapité par ordre de Pompée. Il demeura tout le jour sur le bord de. la mer; sa tête ne tenant plus au corps que par un filet. Sur le soir, il pria qu'on fît venir Pompée ou quelqu'un des siens, parce qu'il venait des enfers , et qu'il avait des choses importantes à communiquer. Pompée y envoya plusieurs de ses amis auxquels Sabiénus déclara que la cause et le parti de Pompée étaient agréables aux dieux des enfers, et qu'il réussirait selon ses désirs ; qu'il avait ordre de lui annoncer cela, et que, pour preuve de ce qu'il disait , il allait mourir aussitôt : ce qui arriva. Mais on ne voit pas que le parti de Pompée ait réussi.

Sabîns, — nom. des astrologues turcs.

Sable. — Les Madécasses n'entreprennent jamais la guerre sans consulter leurs augures : ceux-ci ont une petite calebasse remplie d'un sable qui ne se trouve qu'en certains lieux ; ils le répandent sur une planche et y marquent plusieurs figures. Ils prétendent conconnaître par là s'ils vaincront leurs ennemis *.

Sabnao OU Salmao , — grand marquis infernal , démon des forlification3. Il a la forme d'un soldat armé , avec une tête de lion. Il est monté sur un cheval hideux. Il métamorphose les hommes en pierres, et bâtit des tours avec une adresse surprenante. Il a sous ses ordres cinquante légions'.

Saoaras , — anges du sixième ordre chez les Madécasses. Ils sont tous malfaisants.

Saodiaîret, — anciens charlatans qui se servaient de la magie pour s'approprier l'argent d'autrui.

Sacrifices. — L'homme, partout oii il a perdu les lumières delà révélation, s'est fait des dieux cruels, altérés de sang, avides de carnage . Hérodote dit que les Scylhesimmolaient la cinquième partie de leurs prisonniers à Mars Extermi^ nateur. Autrefois les Sibériens se disputaient

' Saîgues, des Erreurs et des préjugés, a Voyage de Madagascar, en 1722.

^ Wierus, in Pseudom. daem.

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rhonneur de périr sous le coutean de leurs prêtres. — H y avait un temple, chez lesThraces , où l'on n'immolait que des victimes humaines : les prêtres de ce temple portaient un poignard pendn au cou , pour marquer qu'ils étaient toujours prêts à tuer. Dans te temple de Bacchus , en Aroadie , et dans celui de Minerve ) à Lacédémone , on croyait honorer ces divinités en déchirant impitoyablement, à coups de verges , de jeunes filles sur leurs autels. Les Germains et les Cimbres se sacrifiaieqt les hommes qu'après leur avoir fait endurer les plus cruel» supplices. Il y avait , ()ans le Pégu , un temple où l'on renfermait les Gtles les plus belles et de. la plus haute naissance; elles étaient servies avec respect; elles jouissaient des honneurs les plus distingqéa; nais tous les ans une d'elles était solennellement sacrifiée à lidole de la nation. C'était ordinairement la plus belle qui avait rhonneur d'être choisie ; et le jour de ce sacrifice était un jour de fêle pour tout le peuple. Le prêtre dépouillait la victime , l'étranglait , foiullait dans son sein , en arrachait le ccpur, et le jetait au nez de Tidole. — Lea Mexicains immolaient des milliers de victimes humaines au dieu du mal. Presque toiis les peuples, hors le peuple de Dieu dans Tère ancienne et les chrétiens dans la nouvelle, ont exercé , sans scrupule , de pareilles barbaries. — On accusait les sorciers de sacrifier au diable , dans leurs orgies , des crapauds , des poules noires et de petits enfants non baptisés.

Sadial ou Sadîel , — ange qui , selon les musulmans , gouverne le troisième ciel et qui est chargé d'affermir la terre , laquelle serait dans un mouvement perpétuel , sll n'avait le pied dessus.

8aîgfieiii«ikt de nés. — Quand on perd par le nez trois goutles de sang seulement , c'est un présage de mort pour quelqu'un de |a famille.

Sains (Mairie de), — sorcière et possédée. Voy. Possédées de Flandre.

Suinokavara, — endroit du lac Fakone où les Japonais croient que les âmes des enfants sont retenues comme dans une espèce de limbes.

Saint-André. ^ Ce docteur, qui a écrit contre les superstitions, fut appelé, en 4726, par une femme qui lui fit confidence qu'elle était accouchée d'un lapereau. Le docteur témoigna d'abord sa surprise , mais , quelques jours après . celle femme prélendit ressentir des tranchées : elle ne douta pas qu'elle n'eût encore quelque lapin à mettre au monde.

Saint-André arrive, et. pour ne rien négliger, il délivre lui-même la malade. Elle accouche en effet d'un petit lapin encore vivant. Les voisines et le docteur do crier miracle. On donne daJlargarit à la mère des lapins ; elle prend goût au métier, et se met indiscrètement à accoucher tous les huit jours. La police, étonnée d'une si féconde maternité, croit devoir se mêler de cette affaire. On enferme la dame aux lapins, on la surveille exactement, et l'on s'assure bientôt qu'elle s'est moquée du public, et qu'elle a cru trouver une dupe dans le docteur Saint-André *.

8amt-4ubm , — auteur calviniste de l'^tstoire des diables de Loudun^ dans l'affaire d'Urbain Grandier. Un vqI. in-12 . Amsterdam, 4746. Ce livre est écrit avec une grande mauvaise foi.

Saînt-Oermaîn (LE COMTB DS) , -^ charlatan célèbre du dernier siècle qui se vantait de faire de Tor, de gonfler les diamants et d*opérer beaucoup de choses merveilleuses Comme on ignorait son origine , il se disait immortel par la vertu de la pierre philosophale : et le bruit courait qu'il était âgé de deux mille ans. Il avait l'art d'envelopper ses dupes dans le tissu de ses étranges confidences. Contant un jour qu'il avait beaucoup connu Ponce- Pilate à Jérusalem, il décrivait minutieusement la maison de ce gouverneur romain , et disait les plats qu'on avait servis sur sa table un soir qu'il avait soupe chez lui. Le cardinal de Rohan , croyant n'entendre là que dea rêveries, s'adressa au valet de chambre du comte de Saint-Germain , vieillard aux cheveux blancs, à la figure honnête : — Mon ami , lui dit-il , j'ai de la peine à croire ee que dit votre maître. Qu'il soit ventriloque , passe; qu'il fasse de l'or, j'y consens; mais qu'il ait deux mille ans et qu'il ait vu Ponce- Pilale , c'est trop fort. Ètiez-vous là ? — Oh 1 non, nionseigneur, répondit ingénument le valet de chambre , c'est plus ancien que moi. Il n y a guère que quatre cents ans que je suis au service de M. le comte.

Ifaint-Oîtte, — marchand épicier à Saint- Germain en Laye , qui fut présenté comme ventriloque à l'Académte des sciences , le %i décembre 4770. Il avait le talent d'articuler des paroles très-distinctes, la bouche bien fermée et les lèvres bien closes, ou la bouche grandement ouverte ; en sorte que les apec^ tateurs et auditeurs pouvaient y plonger. Il variait admirablement le timbre , la direction *et le ton de sa voix qui semblait venir.

* M. Saignes, des Erreurs et des priljiigés, tic, i. 3» p. 111.

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U)l au milieu des airs , tantôt du toit d'une maison opposée, de la voûte d'un temple, du haut d'un arbre, tantôt du sein de ia (erre, eto. *.

Sakhar, — génie infernal qui , suivant le Talmud, s'empara du trône de Salomon. Après avoir pris Sidon et tué le roi de cette ville, Salomon emmena sa fille Téréda ; comme elle ne cessait de déplorer la mort de son père , il ordonna au diable de lui en faire Tirnage pour la consoler. Mais cette stalue, placée dans la chambre de la princesse , devint l'objet de son culte et tie celui de ses fepimes Salomon , informé de cetle idolâtrie par sou vizir Asaf, brisa la stalue, châtia sa femme et se retira dans le désert où il s'humilia devant Dieu ; ses larmes et son repentir ne le sauvèrent pas de la peine que méritait sa faute. Ce prince était dans Tusage de remettre, avant d'entrer dans le bain, son anneau , dont dépendait sa couronne, à une de ses femmes nommée Amina. Un jour, Sakhar vint à elle sous les traits du roi, et, recevant Tanncau de ses mains, prit, en vertu de ce talisman, possession du trône, et fit dans les lois tous les changements dont sa méchanceté s'avisa. En même temps Salomon , dont la Hgure n'élait plus ia même, méconnaissable aux yeux de ses sujets , fut obligé d'errer et de demander l'aumône. Enfin , au bout de quarante joiirs, espace de temps durant lequel Tidole avait été honorée dans son palais, le diable prit la fuite, et jela l'anneau dans la mer. Un poisson qui venait de l'avaler fut pris et donné à Salomon, qui retrouva sa bague dans les entrailles dudit poisson. Rentré en possession de son royaume, ce prince saisit Sakhar, lui chargea le cou d'une pierre, et le précipita dans le lac de Tibériade.

Sakhrai. — Il y a une montagne que les oiahométans croient entourer tout le globe. C'est la montagne de Kaf. Elle a pour fondement la pierre Sakhrat , dont Lokman disait que quiconque en aurait seulement le poids d'un grain ferait des miracles. Cette pierre est faite d'une seule émeraude, et c'est de sa réflexion que le ciel nous paraît azuré. Lorsque Dieu veut exciter un tremblement de terre , il commanc'e à cette pierre de donner le mouvement à quelqu'une de ses racines. La terre se trouve au milieu de cette montagne, comme le doigt au milieu de l'anneau ; sans cet appui, elle serait dans une perpétuelle agitation. Pour y arriver, il faut traverser un trèsr-grai)d pays ténébreux; nul homme n'y

1 Le ventriloque de l'abbé de La Chapelle, cité par "M. Garinet, Hist. de la Magie en France, p. 278.

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