ARLEQUIN CAPTIF OU LE FEU MAGIQUE
pantomime, musique de Linl'ey (\Villian:i), représentée au théâtre de Drury-Lane en
ARLEQUIN ET OBERON, opéra anglais, musique de Reeve, représenté à Londres en
ARMANDO IL GONDOLIERE, opéra, musique de Chiaramonte, représenté au théâtro Carlo Felice, de Gênes, le 20 février I85i,
ARME FAMILIE (die) \\a. Pauvre famille], opéra, musique de Fischer (Antoine), représenté à Vienne vers 1800.
ARMÉNIEN (l'), opéra allemand, musique de Keiser, représenté à Copenhague en i722.
ARMIDA, paroles et musique de Ferrari (Benoît), représenté à Saint-Jean-et-Saint-« Paul, de Venise, en 1639.
ARMIDA, opéra italien, musique de Rampini, représenté à Venise en i7ii.
ARMIDA, opéra, traduit de Quinault, musique de C.-H. Graun, représente à Berlin en
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ARUIDA (l'), opéra italien, musique do Traetta, représenté à Vienne en 1760.
ARMIDA, opéra italien, musique de Joniclli, représenté au théâtre Saint-Charles, à Naples en 1771.
ARMIDA, opéra héroïque italien en trois actes , musique de Salieri , représenté à
ARMIDA, opéra italien, musique de Sacchini, représenté à Milan en 1772. Ces quatre derniers ouvrages sont remarquables à divers titres.
ARMIDA, opéra, musique de Naumann, représenté au nouveau théâtre de Padoue vers 1773.
ARMIDA, opéra italien, musique de Astaritta, représenté en 1777.
ARMIDA, opéra italien, musique de Gazzaniga, représenté en Italie en 1777.
ARMIDA, opéra italien, musique de Rauzzini, représenté à Londres en 177S.
ARMIDA, opéra italien , musique de Winter, représenté à Munich vers 1778.
ARMIDA , opéra italien , musique de Mortellari, représenté à Milan en 1778.
ARMIDA, opéra italien, musique de Mysliweczek, représenté vers 1770. Ce compositeur, né à Prague, passa presque toute sa vie en Italie. Mozart estimait sa musique. Ne pouvant s'habituer à prononcer son nom, les Italiens l'appelaient il Boemo ou Venatiirini.
ARMIDA, opéra italien, musique de Bertoni, représenté au théâtre San-Benedetto, à Venise, en i7Si.
ARMIDA, opéra italien , musique de F.-J. Haydn, représenté en 1782.
ARMIDA, opéra en trois actes, musique de Cherubini , représenté à Florence pendant le carnaval de 1782.
ARMIDA, opéra italien, musique de Anfossi, représenté à Londres en 1782,
ARMIDA, opéra italien , musique de Zingarelli, représenté à Rome en 1786.
ARMIDA , opéra italien , musique de J. Mosca, représenté à Florence vers 1799.
ARMIDA, opéra italien, musique de Righini, représenté à Berlin en 1799.
ARMIDA, opéra italien, musique de Rossini, écrit pour le théâtre de Naples et représenté à Saint-Charles dans l'automne de
Ce fut dans cet ouvrage que le maître inaugura sa seconde nianière. Jusque-là, il s'abandonnait à sa verve, à sa facilité, à la sensibilité de sa riche nature, sans trop se préoccuper du caractère général de l'œuvr» qu'il avait à traiter. C'est ainsi que la partition d'Othello offre à côté d'admirables morceaux, des passages qu'on jugerait peu dignes de l'auteur de Guillaume Tell, si on n'admettait pas la loi inévitable des tranformations du talent chez les hommes supérieurs. Il suffit de rappeler le Mosè, la Donna del lago et Maometto II, qui devint plus tard le Siège de Corinthe, pour prouver l'existence de cette seconde manière, et le parti que prit Rossini de rechercher désormais une expression dramatique mieux appropriée au caractère des personnages et à la nature du sujet, tout en demeurant attaché aux formes italiennes de l'art musical. Cette période de transformation commence, selon nous, à l'Ar" mida et s'arrête à Sémiramis.
Dans Armida, à côté de suaves cantilènes, on remarque des accents nobles et généreux qui conviennent à la couleur chevaleresque du livret. Le duo de soprano et ténor Amor possente nome est le morceau le plus connu de cette partition, et il a été souvent chanté avec succès en dehors de la scène.
ARMIDA ABBANDONATA, opéra italien, musique de Ruggeri, représenté en 17 10 à Venise.
ARMIDA ABBANDONATA, Opéra italien, musique de Buini , représenté à Florence en
ARMIDA ABBANDONATA, opéra italien, musique de Bioni, représenté à Breslau en
ARMIDA ABBANDONATA, opéra italien,^ musique de Prati, représenté à Munich on
ARMIDA AL CAMPO, opéra italien, musique de Bpniventi, représenté à Venise en
ARMIDA AL CAMPO, opéra italien , musique de Bioni, représenté à Breslau en 1726.
ARMIDA AL CAMPO D'ECITTO , Opéra italien, musique de Vivaldi, représenté au théâtre San-Mosè, de Venise, en 1718.
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ARMIDA DELUSA , opéra italien, musique de Buini, représenté à Venise en 1720.
ARMIDA E RINALDO , Opéra italien , musique de Sarti , représenté à Saint-Pétersbourg en 1785.
ARMIDA IMMAGINARIA (l'), Opéra italien, musique de Cimarosa, représenté à Naples
ARMIDA, REGINA DI DAMASCO , Opéra italien , musique de Orgiani , représenté à Vérone, dans l'automne de i7ii.
ARMIDE , opéra, musique de Righini , représenté à Aschaffenbourg vers 1789.
ARMIDE, opéra italien, musique de Riario Sforza, né en 1769, mort en 1836. La date et le lieu de la représentation nous font défaut.
ARMIDE ET RENAUD, tragédie lyrique en cinq actes, paroles de Quinault, musique de Lulli, représentée pour la première fois, à l'Opéra, le 15 février 1686. Le style de la pièce est élégant; les situations intéressent; l'allégorie s'y développe en inventions agréables. L'exposition est très-belle : Armide est plongée dans une sombre tristesse; deux confidentes lui vantent sa gloire et lui rappellent ses succès dans le camp de Godefroi, où les plus vaillants guerriers sont tombés en sa puissance. Mais elle reste insensible à ces froides consolations ; elle ne triomphe pas du plus vaillant de tous. Viennent ensuite des morceaux admirables et des traits sublimes, qui rappellent presque le grandiose cornélien :
Le vainqueur de Renaud, si quelqu'un le peut être. Sera digne de moi.
Puis, le monologue si connu :
Enfin, il est en ma puissance, etc.
Il n'a pas été compris par Lulli à la façon de Gluck, ni traité, il est vrai, avec la passion vigoureuse et mouvementée du maître allemand; cependant c'est une belle déclamation. Dans l'opéra de LuUi, Armide chante comme une princesse ; dans celui de Gluck, l'héroïne est une femme pleine de sa passion.
Le rôle d' Armide est un de ceux qui se prêtent le mieux aux développements de la passion tragique, comme dans la scène oii Renaud se sépare d'Armide. (Voyez le IVe livre de l'Enéide). L'auteur y suit de près Virgile, son modèle. Armide fait ressortir sou caractère altier, lorsque, maîtresse du sort de Renaud, elle s'indigne d'être obligée de s'avouer que le héros ne doit qu'à ses enchantements tout l'amour qu'il lui montre. Dans cette pensée humiliante, elle voudrait le haïr
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et appelle la Haine à son secours. De là une magnifique allégorie, qui produisait un grand effet sur la scène. Cette pièce présente cependant un défaut capital : le quatrième acte y forme un épisode, une digression, qui ralentit l'action, pour donner plus de place à la danse et à la mise en scène. L'auteur s'y inspire du Tasse, faisant revenir Renaud à luimême, à la seule vue du bouclier de diamant qui lui montre l'état d'énervement oii il est tombé. Cette idée ingénieuse, excellente dans une épopée, aurait dii être remplacée au théâtre par les luttes intérieures d'un jeune héros qui hésite entre l'amour et la gloire.
Ce fut par l'opéra d'Armide que Quinault termina sa carrière de poëte lyrique. Il eut, comme Racine, l'avantage de finir par son chef-d'œuvre. Le second acte est des plus saisissants; Armide, prête à poignarder Renaud endormi, récite un monologue admirarable ; et, bien que Boileau ait dit que les vers de Quinault étaient des
... Lieux communs de morale lubrique Que Lulli réchauffa du feu de sa musique,
on s'accorde généralement à rendre justice au poëte. Le quatrième acte est un chef-d'œuvre et suffirait seul à mettre tout l'ouvrage au premier rang; il fut également le triomphe de Quinault, de Lulli et de M'ie Le Rochois, l'actrice chargée du rôle d'Armide. On raconte que le musicien obligea le poëte à le refaire jusqu'à cinq fois. Soit par ce motif, soit, comme on l'a dit, par des scrupules religieux, il est certain que Quinault se dégoiita du théâtre, et que, quelques instances que lui fit Lulli , il dit adieu pour toujours à la scène.
Le poëme d'Armide est de ceux que Lulli a traités avec plus de bonheur. Jamais ouvrage de musique n'avait obtenu jusque-là une telle vogue, car il fut représenté pendant quatre-vingts ans avec un égal succès. Et pourtant la première représentation avait été froidement accueillie. La cour s'était abstenue d'y assister, et le public courtisan, croyant à quelque disgrâce du musicien, n'osa point manifester son opinion sur l'œuvre nouvelle. Le prologue, tout à la louange du roi, comme le voulait l'usage , fut seul couvert d'applaudissements ; le chœur si gracieux » Dès qu'on le voit paraître, De quel cœur n'est-il pas le maître 7
pouvait, saris compromettre personne, être bien reçu. Mais le prologue terminé, les marques d'approbation cessèrent.
La fameuse Mlle Le Rochois, qui jouait le rôle d'Armide , était très -petite et d'une
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figure assez commune. Elle paraissait , dans
le premier acte, entre les deux actrices les
plus belles et de la plus riche taille qu'on eût
encore vues au théâtre, M'ics Moreau et Des-
màtins, qui lui servaient de confidentes. Mais
aussitôt que M'ie Le Rochois ouvrait les bras,
et qu'elle levait la tête d'un air fier et irrité,
en s'écriant :
Je ne triomphe pas du plus vaillant de tous : L'indomptable Renaud échappe à mon courroux,
la réalité faisait place à l'illusion, et les deux confidentes étaient entièrement éclipsées ; on ne voyait plus que la grande actrice sur le théâtre, qu'à elle seule elle paraissait remplir. Mais c'est surtout dans la cinquième scène du second acte, quand elle levait le poignard , prête à percer le sein de Renaud endormi sur un lit de verdure, que le ravissement était à son comble. La fureur l'animait à l'aspect de l'infidèle; puis l'amour s'emparait de son cœur , et ces deux sentiments l'agitaient tour à tourj mais la pitié, la tendresse l'emportaient à la fin, et l'amour restait vainqueur. Alors, quede mouvements, que d'expressions différentes dans les yeux et le visage d'Armide, pendant ce long monologue, qui commence par ces deux vers :
Enfin, il est en ma puissance Ce fatal ennemi, ce superbe vainqueur!
On voyait tous les spectateurs immobiles , saisis de frayeur, jusqu'à ce que l'air de violon qui termine la scène leur pex-mît enfin do respirer. Cependant, à cette première représentation, aucun applaudissement n'osa éclater. LuUi , désolé , crut s'être trompé. Qu'on juge de l'état où U se trouvait en voyant s'écouler silencieusement la foule, lui qui, de son propre aveu , aurait tué l'homme qui lui aurait dit que la musique d'Armide était mauvaise. En effet , les airs de ballet offrent des rhythmes vraiment originaux , auxquels la célèbre Camargo devait prêter plus tard tant de grâce et de légèreté. Plusieurs des airs d'Armide figurent avec honneur dans les répertoires classiques, entre autres la mélodie gracieuse : La chaîne de l'hymen m'étonne, et le récitatif empreint d'une belle expression tragique : ie ■perfide Renaud me fuit; tout perfide qu'il est, mon lâche cœur le suit. Le lendemain de cette chute apparente, LuUi fit jouer pour lui seul son opéra. Cette singularité fut rapportée à Louis XIV, qui jugea que, puisque LuUi trouvait l'ouvrage bon, il devait l'être effectivement, et il en ordonna une nouvelle exécution. Alors la cour et la ville applaudirent , et Armide obtint un succès prodigieux. Cette circonstance.
mentionnée dans quelques ouvrages spéciaux et dans les mémoires du temps , a fourni le sujet d'une jolie nouvelle, intitulée le Musicien du roi, par M. Alfred Deberle.
Le poëme de Quinault a inspiré plusieurs partitions, dont la plus célèbre est celle de Gluck (V. ci-après). Il en est une que nous rappellerons seulement pour mémoire, et qui est due au savant naturaliste Lacépède.
Quelques anecdotes, plus ou moins authentiques, se rattachent à cet opéra célèbre : une actrice représentait Armide éprise d'un feu violent pour l'infidèle Renaud; mais elle ne mettait point dans son rôle la passion qu'il exigeait. Une de ses amies, voulant lui faire jouer ce personnage avec succès, lui donna plusieurs leçons, qui ne produisirent point l'effet désiré. Enfin, un jour cette amie lui dit : « Ce que je vous demande est-il si difficile? JMettez-vous à la place de l'amante trahie. Si vous étiez abandonnée d'un homme que vous aimeriez tendrement, ne seriez-vous pas pénétrée d'une vive douleur? Ne chercheriezvous point... — Moi, répondit l'actrice , je chercherais les moyens d'avoir au plus tôt un autre amant. »
La première fois que le maréchal de Villars vint à l'Opéra, après la campagne de Denain, en 1712, Mlle Antier, qui remplissait le rôle de la Gloire, dans le prologue d'Armide, alla dans sa loge lui offrir une couronne de laurier. Le lendemain, elle recevait du maréchal une magnifique tabatière en or. Cet incident se renouvela pour le maréchal de Saxe, après la victoire de Fontenoy. Lorsqu'il parut à l'Opéra, Mlle de Metz, nièce de Mlle Antier, lui offrit également une couronne de laurier , que la modestie de l'illustre maréchal ne lui permit d'accepter qu'avec peine. Le lendemain, il envoya à l'actrice pour plus de dix mille francs de pierreries.
ARMIDE, opéra en cinq actes, de Gluck, et
l'un de ses principaux ouvrages, représenté le 23 septembre 177" à l'Académie royale de musique. Le sujet d'Armide ne pouvait guère être accepté par le public sans les paroles de Quinault, que Lulli avait mises en musique un siècle auparavant , et qui , d'ailleurs, se prêtaient merveilleusement au travail de la composition musicale. Aussi Gluck les conserva-t-il en les traitant selon la nature de son génie, et en usant des ressources que les progrès de l'art mettaient à sa disposition. Il fit un chef-d'œuvre. Quoique cet ouvrage fût représenté au moment le plus vif de la querelle des gluckistes et des piccinnistes, le succès alla toujours croissant et devint un véri-
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table enthousiasme. Il y a, dans la partition à'Armide, une grâce voluptueuse et une peinture des sentiments tendres, qui prouvent la souplesse du talent de Gluck , malgré l'opinion de l'abbé Arnaud, qui disait à son sujet qu'Hercule était plus habile à manier la massue que les fuseaux. Les deux airs : On s'étonnerait moins que la saison nouvelle, et Ak ! si la liberté' me doit être ravie , figurent dans tous les répertoires classiques. Le chiiur des Jardins d'Armide : Les plaisirs ont choisi pour asile... offre une harmonie rhythmée d'un grand effet. Le menuet et la gavotte ont été longtemps populaires. En donnant à l'acteur Larrivée le rôle ingrat du chevalier danois, Gluck lui avait dit : » Un seul vers vous dédommagera, je l'espère, de votre complaisance. » C'était le vers :
Notre général vous rappelle.
Jamais prédiction ne fut mieux accomplie ; le vers en question produisit un effet immense.
Gluck écrivait au bailli du Rollet, à propos à'Armide : « L'ensemble de YArmide est si différent de celui de YAlceste, que vous croiriez qu'ils ne sont pas du même compositeur; aussi ai-je employé le peu de suc qui me restait pour achever VArmide; j'ai tâché d'y être plus peintre et plus poëte que musicien ; enfin, vous en jugerez si on veut l'entendre. Je vous confesse qu'avec cet opéra j'aimerais à finir ma carrière ; il est vrai que, pour le public, il lui faudra au moins autant de temps pour le comprendre qu'il lui en a fallu pour comprendre YAlceste. Il y a dans YArmide une espèce de délicatesse qui n'est pas dans YAlceste; car j'ai trouvé le moyen de faire parler les personnages de manièrg que vous connaîtrez d'abord , à leur façon de s'exprimer, quand ce sera Armide qui parlera ou une suivante, etc. » Aucun critique n'a mieux jugé Gluck que lui-même en cette occasion.
Dans cet opéra, Gluck, continuant la révolution musicale qu'il avait commencée en subordonnant le chant à la vérité de l'expression dramatique , s'écarta du plan suivi par Lulli et montra la même énergie de style, le même art dans la distribution des instruments, la même science d'harmonie, toutes choses qui avaient paru si nouvelles dans Orphée, Iphigénie et Alceste. Il avait alors soixante et un ans, et attendait encore qu'on rendît justice à son génie. Les diatribes, les attaques de toutes sortes contre sa personne et sa musique semblaient redoubler à chaque production nouvelle ; les musiciens
et les gens de lettres s'acharnaient après lui avec une fureur sans exemple, et on ne lui pardonnait pas d'avoir voulu réformer le goiit et les spectacles de notre nation. Parce que Gluck plaçait la vérité de la déclamation au-dessus de ces mélodies ou de ces airs de danse qui ne s'appliquent qu'à charmer l'oreiUe et qui forment l'essence de la musique italienne, on lui reprocha de vouloir bannir le chant de la musique ; le mot d'ordre devint celui-ci : « Il n'y a pas de chant dans la musique de Gluci. » La preuve qu'U y en avait, c'est que toute l'Europe a chanté les airs d'Orphée, d' Alceste, et ceux.d' Armide. N'importe, on fit venir d'Italie à Paris Piccinni, qui devait apprendre aux Français ce que c'était que du chant, et la guerre commença, guerre inconcevable, qui jamais n'eut sa pareille et qui, lorsqu'on en suit les péripéties dans les mémoires et les gazettes du temps, fait croire que notre pays était devenu fou. Rapporter tout ce qui s'est imprimé de sottises, tout ce qui s'est échangé d'injures, de quolibets , d'épigrammes, à propos de ces deux hommes de génie, Gluck et Piccinni; décrire l'acharnement, le délire qui s'était emparé des combattants, est impossible. Plus d'un, forcé de mettre l'épée à la main, au café ou au théâtre, est resté sur le carreau, percé de part en part, pour n'avoir pas trouvé que Gluck eût suffisamment de chant, ou Piccinni suffisamment d'énergie. La querelle reprit de plus belle lorsque parut 1'^?-)?»"^^ de Gluck, et les piccinnistes,^e changeant en lullistes, se mirent à raisonner devant le public mélopée, mélodie, harmonie, récitatif mesuré, etc., employant tout l'arsenal de ces mots prétendus scientifiques, qui font croire aux ignorants que d'autres ignorants en savent plus qu'eux. Le plus infatué de tous les pédants du xvine siècle, La Harpe , était avec Marmontel à la têtes des lullistes ; Arnaud et Sicard étaient les coryphées du parti des gluckistes; ceux-ci répandaient leurs écrits sous le couvert de Y Anonyme de Vaugirard. La Harpe ayant rendu compte , dans le Journal de politique et de littérature , de la première représentation d'Armide, en cuistre qui n'entend pas un mot à la musique (bien qu'il voulût prouver à Gluck lui-même qu'il ignorait les éléments de son art), celui-ci lui décocha une lettre qui fit beaucoup de bruit, et dans laquelle on remarque ce qui suit : «J'ai été confondu en voyant que vous aviez plus appris sur mon art en quelques heures de réflexion, que moi après l'avoir pratiqué pendant quarante ans. 'Vous me prouvez, mon-
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sieur, qu'il suffît d'être homme de lettres pour parler de tout. Me voilà bien convaincu que la musique des maîtres italiens est la musique des maîtres par excellence , que le chant, pour plaire, doit être régulier et périodique , et que même dans ces moments de désordre où le personnage chantant, animé de différentes passions, passe successivement de l'une à l'autre , le compositeur doit conserver le même motif de chant. » La Harpe . fort maltraité dans cette affaire , riposta en vers. Voici la poésie qu'on lui attiibue , adressée à l'Anonyme de Vaugirard :
Je fais, monsieur, beaucoup de cas De cette science infinie Que, malgré votre modestie, Vous étalez avec fracas.
Sur le genre de l'harmonie Qui convient à nos opéras.
Mais tout cela n'empêche pas Que votre Annide ne m'ennuie.
Armé d'une plume hardie.
Quand vous traitez du haut en bas
Le vengeur de la mélodie.
Vous avez l'air d'un fler à-bras ;
Et je trouve que vos débats
Passent, ma foi, la raillerie ;
Mais tout cela n'empêche pas
Que votre Armide ne m'ennuie.
Le fameux Gluck, qui, dans vos bras.
Humblement se jette et vons prie,
Avec des tours si délicats,
De faire valoir son génie.
Mérite sans doute le pas
Sur les Amphions d'Ausonie :
Mais tout cela n'empêche pas
Que votre Armide ne m'ennuie.
A quoi il fut répondu, par une pièce intitulée : Vers d'un homme qui aime la musique et tous les instruments, excepté La Harpe.
J'ai toujours tait assez de cas D'une savante symphonie.
D'où résultait une harmonie Sans effort et sans embarras.
De ces instruments hauts et bas.
Quand chacun fait bien sa partie, L'ensemble ne me déplaît pas ; Mais, ma foi ! La Harpe m'ennuie.
Chacun a son goût ici-bas :
J'aime Gluck et son beau génie.
Et la céleste mélodie Qu'on entend à ses opéras.
De vos Amphions à'Atisonie La période et son fatras Pour mon oreille ont peu d'appas; Et surtout La Harpe m'ennuie.
Quant à Marmontel , comme il s'était aussi montré fort agressif, on n'eut garde de l'oublier. On lui décocha le trait que voici :
Ce Marmontel si long, si lent, si lourd , Qui ne parle pas, mais qui beugle.
Juge la peinture en aveugle Et la musique comme un sourd.
Ce pédant à si triste mine, Bt de ridicules bardé. Dit qu'il a le secret des beaux vers de Racine :
Jamais secret ne fut si bien gardé.
Mais de toutes les parodies, brochures, épigrammes , chansons, etc., qu'inspira cetto querelle mémorable, le morceau le plus spirituel est peut-être certaine lettre écrite à La Harpe sous le nom , dans le style et avec l'orthographe d'un serpent de village. On ignore qui en est l'auteur. «Monsieur, y est-il dit, j'avons l'honneur de vous faire une lettre pour me dépêcher de vous apprendre une chose q»ii vous intéressera beaucoup : c'est qu'il faut vous dire que je sommes serpent de ma paroisse, et que notre curé, qui s'amuse à lire les gazettes, n'a pas de plus grand plaisir que de les lire tout haut , à cette fin que je l'entendions et que nos enfants en profitions itou. L'autre soir y lisait le journal de..., j'avons oublié son nom; car je ne l'avons entendu nommer que c'te fois-là. Tant il y a que ça part de votre pleume. Y avait làrdedans tout plein de belles choses , car je n'y comprenions goutte , et de pauvres gens comme nous ne sont pas faits pour entendre tous ces baragouinages-là ; ça parlait contre M. Guelouque, et ça disait comme ça que gnia pas de chant dans ses airs ; que la mélodie est la même chose que l'harmonie; que pour faire pleurer le monde il faut faire des accords ; enfin, tout plein d'autres choses que je trouvions bian dites; car tout ça venait pesle-mesle l'un sur l'autre, et moi je trouve ça mieux à cause que je dis à part moi : Eh bien, voyez! je n'aurions pourtant pas dit ça. Et puis, j'étions content encore, parce que j'étais fâché contre ce biau M. Guelouque, à cause que M. le curé, qui l'aime biau, comme je vous le disais, m'avait prêté un air de son plus nouveau opéra, et que ce diable d'air ne pouvait pas aller sur mon serpent... » La lettre continue sur ce ton de plaisanterie ingénieuse ; elle frappa si juste que La Harpe, étourdi du coup, et voyant bien d'ailleurs que les dissertations musicales ne lui étaient pas favorables, retourna à ses tragédies.
Pourtant cette Armide qui causait tant de tapage, Gluck avait été bien près de ne pas la donner au théâtre. En dépit de La Harpe et de sa critique, elle fut accueillie avec l'enthousiasme que devait inspirer un pareil chefd'œuvre. Quelques vieux amateurs, dilettanti du premier quart de ce siècle, se rappellent les reprises de cet opéra célèbre , et parlent encore avec chaleur de la rare perfection que mettaient Nourrit et Mme Branchu à interpréter la poésie de Quinault et la déclamation rapide et accentuée de Gluck.
ARMIDE, parodie anonyme, en quatre ac-
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