PRE
rait pas toléré de nos jours , ce qui n'est pas peu dire.
PRÉ AUX CLERCS (le), opéra-comique en trois actes, paroles de Planard , musique d'Hérold, représenté pour la première fois à rOpéra-Comique le 15 décembre 1832. L'inspiraiion du célèbre compositeur français a été provoquée et soutenue par un excellent livret. Le Pré aux clercs est une des quatre ou cinq productions romantiques de cette époque , dont les beautés supérieures ont bravé les outrages du temps. La scène se passe sur les bords de la Seine, dans le voisinage du Louvre. Marguerite de Valois est retenue comme prisonnière à la cour de Charles IX, son frère. Sa présence est une garantie de la conduite de Henri de Navarre, l'un des chefs du parti huguenot. Elle garde auprès de sa personne une noble fille du Bcarn , nommée Isabelle , que le roi destine en mariage au comte de Commiuge , gentilhomme brave et querelleur. Le jeune baron de Mergy, envoyé par Henri de Navarre pour réclamer sa femme et sa jeune amie, dont il est lui-même fort épris , apprend qu'il a un rival redoutable. Marguerite s'intéresse à leurs amours, et veut employer en leur faveur le génie inventif d'un astucieux Italien nommé Cantarelli. Celui-ci serait disposé à les trahir, car il est voué corps et âme à son ami Coriimlnge , si une lettre, écrite par lui au duc de Guise et tombée entre les mains de la reine de Navarre , ne le mettait à sa merci. Un hôtelier du Fré aux Clercs et sa fiancée, Nicctte, sont mêlés à l'intrigue et fournissent l'occasion d'épisodes gracieux. Le projet de la reine est de marier secrètement Isabelle et de Mergy ; mais son exécution est traversée par la découverte que fait Comminge de leur amour. Il provoque son rival en duel. Au troisième acte, le mariage secret a eu lieu et on songe aux moyens de fuir. Cependant Morgy a une dette d'honneur à acquitter. Il est rejoint par Comminge, et tous deux mettent l'épée à la main. Des archers survenant les obligent à aller plus loin vider leur querelle. Comminge est tué dans le combat, et on voit des bateliers emmener son corps à Chaillot. Les amants sont réunis et se jurent une flamme éternelle. On ne sait ce qu'on doit le plus admirer dans cet ouvrage, la peinture musicale des situations scéniques, la teinte merveilleuse qui règne sur toute la partie épisodique, le coloris tour à tour discret et puissant de l'instrumentation, tout y est réuni pour le plaisir de l'oreille et la satisfaction de l'intelligence la plus exi-
geante. Aussi cet opéra a-t-il constamment réuni les suffrages des musiciens do toutes les écoles. L'ouverture en sol mineur est d'une originalité soutenue et d'une harmonie élégante ; elle se compose d'un tutti sur un rhythme neuf et coupé à la manière de Webcr, mais avec des procédés qui le rendent plus saisissant; d'un cantabile en fa mineur, suivi d'une phrase délicieuse on majeur, reprise plus loin à la quinte inférieure ; d'un motif coquet en si bémol ; d'une fughette et de développements sur le rhythme primitif. Dans le chœur d'introduction, les voix accompagnent l'orchestre en accords plaqués d'un effet charmant. Il serait trop long d'analyser la partition, et d'ailleurs chaque morceau est un chef-d'œuvre. Nous rappellerons seulement le duo si connu : Les rendez-vous de noble compagnie ; l'air de Mergy : 0 ma tendre amie , et le finale du premier acte , dans lequel se trouve la touchante romance : Souvenirs du jeune âge. Le morceau de violon, exécuté pendant l'entr'acte, montre à quel point Hérold possédait les ressources de cet instrument. L'air d'Isabelle : Jours de mon enfance, accompagné par le violon solo, est un des plus j olis airs du répertoire de l'Opéra- Coniique. Quant au trio : Vous me disiez sans cesse : Pourquoi fuir les amours ? entre Isabelle, la reine et Cantarelli, l'agencement des voix est égal en ingéniosité et en grâce à tout ce qu'on peut trouver de plus parfait dans les œuvres de l'école italienne. Tout en restant dans .e caractère de l'opéra-comique, Hérold a dépassé les modèles du genre par l'heureux choix et l'abondance de ses mélodies. La Scène de la mascarade, les belles phrases de la reine , de Mergy , l'entrée d'Isabelle au milieu de la fête et le finale, ofl'rent une suite non interrompue de chants heureux et d'effets variés. Les combinaisons de l'orchestre et des voix sont particulières au compositeur. Des mélodies très-développées sont jouées par les instruments , tandis que les voix forment des successions d'accords groupés de manière à se suffire à elles-mêmes et à fournir des périodes intéressantes. La musique du troisième acte offre plusieurs morceaux d'un rhythme franc, cordial, qui semblerait en faire remonter la composition à l'époque de la première manière du maître. Pour bien apprécier cette différence , il est bon de rappeler qu'Hérold a commencé à travailler pour le théâtre en 1816, et que si un intervalle de seize années modifie bien des idées dans une tête comme l'était la sienne , il ne suffit pas à détruire les traces