MALBOROUGH SEN VA-T-EN GUERRE
opéra-bouffe en quatre actes , paroles de AIM.Siraudin et Williams Busnach, musique
MIGN
de MM. Georges Bizet, Emile Jonas, Le.
gouix, Léo Dclibes, représenté au théâtre de l'Athénée le 15 décembre 1867. C'est à M. Bernadin que l'on doit l'introduction, dans laquelle il a intercalé et traité avec variations l'air de Malborough. Cette pièce a servi de préface aux bouffonneries plus ou moins spirituelles qui ont régné à l'Athénée jusqu'à la prhse de possession de M. Martinet.
MALEK-ADEL, Opéra italien , musique de M. G. Lamperti, représenté au théâtre Balbo, de Turin, au mois d'aoiit 1867.
MAZEPPA, grand opéra en quatre actes, musique de M. Pedrotti, représenté avec succès au théâtre San-Bcnedetto, à Venise, le ler mars 1866. Interprété par Patierno, Aldighieriet Mn^e Spezia Aldighieri.
MEFISTOFELE , Opéra italien , livret et musique de M. Arrigo Boito, représenté à la Scala de Milan en mars 1868.
MÉPRISE ET SURPRISE, opéra-comiquc en un acte, paroles de M. J. d'Evry, musique de M. W. d'Indy, représenté pour la première fois dans la salle Pleyel-Wollf le 19 février 1867. Ce petit ouvrage appartient au genre mélodique facile. Le rôle du vicomte d'Uéricy a été chanté par un jeune ténor, M. Jacquin, dont la méthode, le goiit et la charmante voix ont été fort remarqués.
Mme Barthe Banderali a fait valoir la partie de Diane de MézeroUcs. Les autres rôles ont été chantés par MM. Ilermann-Léon, E. Masson et Mlle Aline Lambelé. Nous avons remarqué un quatuor élégamment écrit.
MIGNON , opéra-comique en trois actes et cinq tableaux, paroles de MM. Michel Carré et Jules Barbier, musique de M. Ambroise Thomas, représenté à l'Opéra-Comique le 17 novembre 1866. Il semble que M. Thomas soit resté trop longtemps hors de la voie la plus favorablement ouverte à son genre de talent, à sa nature fine et distinguée. Ebloui peut-être par l'accueil fait à sa partition du Caid, il a fait de trop longues concessions au genre de l'opéra-comique. Son organisation, douée d'une sensibilité exquise, se rcplinnt volontiers sur elie-mcme pour retrouver une nuance nouvelle de sentiment, s'accommodait mal des allures de convention, des types usés par un long service à la scène ; tout cela ne lui convenait point. Pour plaire au public de l'Opéra-Comique, il ne faut pas faire le fier et le dédaigneux, ni reculer devant les procédés qui lui sont familiers; il
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ne faut pas songer surtout à s'imposer autrement que par insinuation. Si le CaXd, ouvrage plus ingénieux que solide au point de vue du grand art, a obtenu un immense succès, d'autres, véritablement inspirés, tels que Psyché , ont échoué. Le Sonf/e d'une nuit d'été, qui offre des beautés achevées, n'a obtenu qu'un demi-succès. C'est dans l'opéra de Mignon que M. Ambroise Thomas a pu donner un complet essor à ses facultés. C'est un ouvrage oii dominent la grâce , le goût et le sentiment. Le compositeur s'est trouvé dans cet élément poétique, pittoresque , vraiment artistique, qui est le sien propre. Ses phrases mélodiques expriment bien les dehors de ses personnages, de Mignon, de Philine , de Wilhelm Mcister, de Lothario, tandis que son harmonie peint avec bonheur leur caractère intime et le fond de leurs sentiments. Les auteurs du livret ont heureusement traité ce sujet difficile de Mignon, en ne s'inspirant pas moins des compositions d'Ary Schœffer, dont l'expression est si pénétrante , que du récit de Gœthe, dans ses Années de voyage de Wilhelm Meister. L'histoire de Mignon a été complétée par une scène très-pathétique au troisième acte. Une scène remarquable au point de vue littéraire, et traitée parle musicien avec l'inspiration la plus soutenue, est celle où Mignon rappelle à Wilhelm les seuls souvenirs de son enfance qui lui soient restés.
MIGNON
Demain, dis-tii? Qui sait où nous serons demain? L'avenir est à Dieu! le temps est dans sa main.
WILHELM
Quel est ton nom ?
MIGNON
Ils m'appellent Mignon, Je n'ai pas d'autre nom.
WILHELM
Quel âge as-tu?
MIGNON
Les bois ont reverdi, les fleurs se sont fanées, Personne n'a pris soin de compter mes années.
■WILHELJI.
Quel est ton père? quelle est ta mère?
MIGNON
Hélas ! ma mère dort,
Elle grand diable est mort!
WILHELM
Le grand diable! que veux-tu dire?
MIGNON
C'était mon premier maître.
■WILUELJf.
Celui qui t'a vendue à cet homme!
[L'examinant avec intérêt). Mais comment étais-tu tombée entre ses mains.' Parle! Je puis peut-être venir à ton secours et t'arracher à cette vie misérable ! On t'a volée à ta f,'!:">^i'>. sn'v dr.'i'p? X'nv-tii pas consrrvè
quelque souvenir de ton enfance.' (Mignon le regarde sans répondre). Tu gardes le silence! Tu n'oses te confier à moi!
MIGNON
(Cherchant à rappeler ses souvenirs, et comme se parlant à elle-même.) De mon enfance, une seule chose est restée gravée dans mon esprit, précise comme au premier jour. Je m'étais écartée de la maison de mon père et j'errais à l'aventure dans la campagne, quand je me vis entourée par des hommes à figure étrange. Je les suppliai de me ramener chez mon père, en leur indiquant le chemin qu'ils devaient suivre ; ils me le promirent et m'emmenèrent avec eux. Mais, la nuit, comme ils croyaient que je dormais, j'entendis l'un d'eux qui disait : « Elle pourra être utile ; il faut lui faire quitter son pays au plus vite !.... »
WILHELM
Dis-moi donc quelles contrées tu as traversées pour venir jusqu'ici, vers quels lieux lointains tu voudrais être ramenée.
MIGNON
Connais-tu le pays où fleurit l'oranger,
Le pays des fruits d'or et des roses vermeilles,
Où la brise est plus douce et l'oiseau plus léger.
Où dans toute saison butinent les abeilles?
Où rayonne et sourit comme un bienfait de Dieu,
Un éternel printemps, sous un ciel toujours bleu?
Hélas! que ne puis-je te suivre Vers ce rivage heureux d'où le sort m'exila!
C'est là que je voudrais vivre.
Aimer et mourir!... C'est là!....
Connais-tu la maison où l'on m'attend là-bas? La salle aux lambris d'or où des hommes do marbre M'appellent dans la nuit en me tendant les bras, Etla cour où l'on danse à l'ombre d'un grand arbre? Et le lac transparent où glissent sur les eaux Mille Irateaux légers pareils à des oiseaux?...
Hélas! que ne puis-je te suivre Vers ce pays lointain d'où le sort m'exila !
C'est là que je voudrais vivre.
Aimer et mourirl... C'est là !....
WILHELM
Ce pays enchanté dont tu parles, cette contrée heureuse dont ton coeur a gardé le souvenir, n'est-ce p.is l'Italie, chère petite ? MIGNON, ri'ccv.se.
L'Italie !... je ne sais...
WILHELM, '.ijiar/.
Etrange créature !
Le caractère rêveur et mélancolique de la musique et la poésie du récit et des couplets de Mignon ont un grand charme.
Le duo chanté par Mignon et Lothario :
I/égères hirondelles Oiseaux bénis do Dieu, Ouvrez, ouvrez vos ailes, Envole7.-rous! adieu!
forme im épisode gracieux, dont le succès a
NICA
^■OCE
passé de îa scène dans les concerts et les salons.
La partie divertissante de ce livret a aussi son mérite, et est de telle nature, qu'elle repose l'esprit sans nuire au caractère sérieux de l'cnsciuble de l'action. En voici un échantillon. Le comédien Laerte raconte les infortunes de ses camarades, que le spectateur a vus partir au finale du premier acte avec armes et bagages. Surprise par l'orage à une lieue du château où elle allait jouer la comédie, la troupe s'égare dans des chemins de traverse et tombe dans un marais.
PIHLINE.
En vérité!...
LAERTE, iléclamant.' Oui, mndanie, embouil)és dans une grenouillère! Sohwartz y perd sa perruque... avec sa tabatière ; Aloysius, au milieu des .iurons et des cris. Manque de s'y noyer... avec ses manuscrits; Le fidèle carlin de la vieille Gudule Voit nager sa maiti-esse... après son ridicule. Veut les sauver ti.us deux , et périt sous les eaux I Conrad enfin, Conrad, du milieu des roseaux. Sort comme un dieu marin, et laisse dans la mare, Le peu de voix qu'il doit .'i la nature avare !
PHIUNE.
O malheureux Conrad!