‹ Dictionnaire médical des Essais de Montaigne: précéde d'une introduction surChapitre 2 sur 3 · LIvre II, Chap. XXXVII · texte numérisé non relu

LIvre II, Chap. XXXVII

Régime hygiénique. — Les médecins ne peuvent s'entendre sur celui qu'il faut suivre. (Livre II, Chap. XXXVII.)

Remèdes. — Ils se valent tous a Et à dire vray, de toute cette diversité et confusion d'ordonnances, quelle aultre fin et effect aprez tout y a t-il, que de vuider le ventre? ce que mille domestiques peuvent faire. » (Livre II, Chap. XXXVII.).

Il est difficile qu'ils puissent agir comme le prétendent les médecins. « Les promesses mesmes de la médecine sont incroyables ; car ayant à prouveoir à divers accidents et contraires qui nous pressent souvent ensemble, et qui ont une relation quasi nécessaire, comme lu chaleur du foye

et froideur de l'estomach, ils nous vont persuadant que de leurs ingrédients, cettuy-cy eschauffera Testomach, cet auN tre rafreschira le foye ; l'un a sa charge d'aller droict aux reins, voire jusques à la vessie, sans estaler ailleurs ses opérations, et conservant ses forces et sa vertu, en ce long chemin et plein de destourbiers, jusques au lieu au service duquel il est destiné par sa propriété occulte; l'autre asseichera le cerveau : celui-là humectera le poulmon De tout cet amas, ayant faict une mixtion de bruvage n'est-ce pas quelque espèce de resverie desperer que ces vertus s'aillent divisant et tirant de cette confusion et meslange, pour courir à charges si diverses? Je craindrois infiniement qu'elles perdissent ou eschangeassent leurs étiquettes, et troublassent leurs quartiers. Et qui pourroit imaginer qu'en cette confusion liquide, ces facultez ne se cerrompent, confondent et altèrent l'une Taultre? Quoy que l'exécution de cette ordonnance despend d'un aultre officier à la foy et mercy duquel nous abandonnons, encores un coup, nofctre vie ? (Livre U, Chap. XXXVII.).

Salive de l'homme. — Tue les serpents (!!!) Livre II Chap. XII.

Sang de bouc. — Employé pour la goutte. « Oyant faire cas du sang de bouc à plusieurs, comme d'une manne céleste envoyée en ces derniers siècles pour la tutelle et conservation de la vie humaine, et en oyant parler à des gents d'entendement comme d'une drogue admirable et d'une opération infaillible; moy qui ay toujours pensé estre en bute à touts les accidents qui peuvent toucher tout aultre homme, prins plaisir, en pleine santé à me prouveoir de ce miracle, et commanday chez moy, qu'on me nourrist un bouc selon la recepte : car il fault que ce soit aux mois les plus chaleureux de l'esté qu'on le retire et qu'on ne luy donne à manger que des herbes apéritifves, et à boire que du vin blanc. Je me rendis de fortune chez moy le jour qu'il debvoit estre tué : on me veint dire que mon cuisinier trouvoit dans la panse deux ou trois grosses boules qui se chocquoient l'une l'aultre parmy sa mangeaille. (1) Je feus

(1) Il s'agit d'égagropiles, boules formées par les poils ingurgités du vivant de l'animal.

curieux de faire apporter toute cette tripaille en ma présence et feis ouvrir cette grosse et large peau. Il en sortit trois gros corps, légers comme des esponges, de façon qu'il semble qu'ils soyent creux, durs au demourant par le dessus et fermes, bigarrez de plusieurs coulours mortes : l'un parfaict en rondeur, à la mesure d'une courte boule, les aultres deux, un peu moindres auxquels l'arrondissement est imparfaict et semble qu'il s'y acheminast. J'ay trouvé, m'en estant faict enquérir à ceulx qui ont accoustumé d'ouvrir de ces animaulx, que c'est un accident rare et inusité. Il est vraysemblable que ce sont des pierres cousines des nostres, et s'il est ainsi, c'est une espérance bien vaine aux graveleux de tirer leur guérison du sang d'une beste qui s'en alloit elle-mesrae mourir d'un pareil mal (Livre H, Chap. XXXVII). Montaigne se trompe évidemment, les egagropiles ne sont point de nature pathologique et par la même n'ont aucune influence sur la chair de l'animal de boucherie.

Santé. — « Le plus beau et le plus riche présent que Mt'ire nous sache faire. « Livre (II, Chap. XII). $ Toute

voye qui nous meneroit à la santé ne se peult dire pour moy, ny aspre ny chère.» (Livre II, Chap. XXXVII).* Jereceois la santé les bras ouverts, libre, pleine etenlièreet aiguise mon appétit à le jouir, d'autant plus qu'elle m'est à présent moins ordinaire et plus rare; tant s'en fauct que je trouble son repos et sa doulceur par l'amertume d'une nouvelle et contraincte forme de vivre. » (Livre H, Chap. XII.). Les médecins « disent que la perfection de santé .trop alaigre et vigoreuse, il nous le fault essimer (amoindrir) et rabattre par art, de peur que nostre nature, ne se pouvant rasseoir en nulle certaine place, et] n'ayant plus où monter pour s'améliorer, ne se recule en arrière en désordre et trop à coup : ils ordonnent pour cela aux athlètes les purgalions et les saignées pour leur soustraire cette surabondance de santé. » (Livre II, Chap. XXIII). C'est encore dit Montaigne « un plaisir solide, charnu et moelleux. » (Livre II, Chap. XXXVII). La santé agît encore sur les ma* nifestations de l'esprit. (Livre III, Chap. V. La maladie se sent, la santé peu ou poinct. (Livre III, Chap. X). Sylvius. -^» J'ay ouy dire à Sylvius, excellent médecin

de Paris, que pour garder que les forces de notre estomach ne s'apparessent, il est bon, une fois le mois, de les esveiller par cet excès et de les picquer, pour les garder de s'engourdir. » Liv. h, Chap. h.

Tempérament. — Peut se corriger «et corrige Ton sa complexion, comme fait César le haut mal, à force de le mespriser et corrompre. » (Livre III, Chap. XHI).

Torpille.— «La torpille a cette condition, non-seulement d'endormir les membres qui la touchent, mais au travers dés filets et de la seine, elle transmet une pesanteur endormie aux mains de ceulx qui la remuent et la manient, voire, dict-on davantage, que si on verse de l'eau dessus, on sent cette pression qui gaigne contremont jusques à la main, et endort l'attouchement au travers de l'eau. » (Livre II, Chap. XII.) (i).

(1) Voilà bien une légende du XVI* siècle. Montaigne avec son bon gens habituel aurait c|û en voir toute la fausseté. -

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Vents. — « Nous produisons trois sortes de vents ; celuy qui sort par embas est trop sale : celuy qui sort par la bouche porte quelque reproche de gourmandise : le troisième est réternuement; et parce qu'il vient de la teste, et est sans blasme. Nous lui faisons cet honneste recueil. » (Livre III, Chap. XI.)

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