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pieds. Le plus souvent Junon, effrayée du courroux de son mari, garde en elle son mécontentement. Là, cependant, où sa violence serait sans effet, elle emploie la ruse. Ainsi, pour tromper Jupiter et l'empêcher de s'opposeraudessein de Neptune, qui veutsecourir les Grecs, l'artificieuse déesse emprunte à Venus la magique ceinture qui contient tous les charmes secrets de l'amour; au moyen de ce talisman, elle endort Jupiter sur l'Ida. Elle se retira un jour dans l'île dEubée, mais Cithéron la réconcilia avec son époux. — Essentiellement chaste et pudique, Junon est la seule des déesses de l'Olympe qui, suivant les légendes primitives, n'ait jamais été infidèle à son époux. Aussi, quoique mère de trois enfants, Héhé , Mars et Vulcain, n'a-t-elle pas perdu son caractère de vierge. C'est en quelque sorte une vierge-épouse. Elle apparaît visiblement sous cette face dans l'Iliade, où Homère la désigne par les épilhètes, très-caractéristiques, de pais , de parthénia , et une tradition, rapportée par Pausanias, dit qu'elle recouvrait chaque année sa virginité en se baignant dans les eaux de la source de Canathos: on l'adorait, d'ailleurs, à Hermionc et à Platée sous le nom de Junon Parthénia. — Plus tard on méconnut complètement ce côté essentiel du caractère de l'altière déesse, en la faisant mère d'Eurymédon, né d'un commerce criminel avec Prométhée; et en lui supposant des relations amoureuses : avec Palique et avec le bel Aétos, qui fut changé en aigle. A la période posthoinérique appartiennent encore les traditions qui font naître Hercule et les Grâces de Junon et de Jupiter, et Mars de la déesse seule, qui le conçut en respirant une fleur. Ce singulier mode de conception se reproduisit une seconde fois | et fut suivi de la naissance d'Hébé ; cette fois ! seulement, c'était une laitue que Junon avait s respiré. Enfin l'Hymne à Apollon suppose j, qu'elle enfanta Typhon , pour se venger de ce (, que Jupiter avait fait apparaître Minerve au l monde sans son concours. — Sans cette dis- I; tinction, qu'il importait d'établir entre les tra- [ ditions des âges divers, on s'expliquerait dif- ». ûcilement comment la sévère institution du ! mariage eût été mise sous la présidence d'une î déesse dissolue. Nous venons de voir que tel I n'était pas son caractère dans l'origine ; aussi \ Junon présidait-elle aux mariages et aux I naissances et avait-elle pour filles les Ilithyies , i sur les attributions desquelles elle empiétait 1; quelquefois. Voy. Ilithyies et Lucine. — i L'orgueil offensé de Junon fut une des prin- ! cipales causes de la guerre de Troie. Irritée I contre Paris (voy. ce nom), elle se rangea du I parti des Grecs, et poursuivit les Troyens de 4 sa haine implacable. Dans l'Iliade , elle parait <| souvent avec Minerve , au milieu de la mêlée I adverse aux Troyens et veillant sur la vie I d'Achille et d'Agamemnon. Ardente dans ses haines comme dans ses amitiés, elle poursui- I vit longtemps Hercule de ses fureurs, et protégea Jason, et les Argonautes, qui construi-
sirent leur navire d'après ses instructions. — Athamas , lo , Bacchus, Énée, Latone, etc., curent à souffrir de ses fureurs. Elle se chan • gea en vache blanche, suivant Ovide, lors de l'attaque, des Titans. Comme femme du maître des dieux , elle jouissait de privilèges spéciaux. Homère la représente habitant une chambre que son fils Vulcain lui a construite, et dont les portes sont munies d'une serrure cachée, qu'aucun autre dieu qu'elle ne peut ouvrir. Elle a pour parure une robe tissue et brodée par Minerve, une ceinture ornée de mille franges , des boucles d'oreilles garnies de trois pierres qui brillent comme des yeux, un beau voile et de magnifiques chaussures. Hébé et les Heures ont le soin de son char , dans lequel elle traverse les nues emportée par deux rapides chevaux ou par un lion. Ses armes sont l'ouvrage de Phoronée , fils d'inachus ( Hygin ). — Postérieurement à Homère , on altéra le caractère primitif de la déesse, en en conservant cependant l'élément principal. Ainsi Junon fut toujours regardée comme la personnification du mariage, soit qu'elle fût représentée comme Lucina, Matrona, ou comme Pronuba. Mais on agrandit peu à peu son pouvoir, aux dépens de celui de Jupiter, et l'on en fit une parèdre du fils de Saturne. C'est ainsi que Diane est la parèdre d'Apollon. En outre on la regarda comme la reine du ciel et des astres ( Dea Urania , Cœlestis) et les physiciens l'identifièrent avec l'air, tandis que les croyances populaires l'assimilaient à Cérès, à Diane et à Proserpine. — On sacrifiait à Junon des taureaux, des génisses blanches, des veaux, des béliers, des porcs ; à Sparte et à Corinthe, on lui offraft des chèvres. Le coucou, la corneille, l'oie, le grenadier, et plus tard le paon, lui étaient consacrés. — Le culte de Junon était l'un des plus répandus, et avait couvert la Grèce de temples qui lui étaient souvent communs avec Jupiter. Cette déesse jouait déjà un rôle important dans le système religieux des Pélasges, qui l'adoraient à Iolcos (Héra Pélasgis ); mais on l'invoquait surtout à -Mycènes, à Sparte et à Argos; son temple le plus célèbre était situé entre Argos et-Mycènes , dans la vallée du mont Eubée. Le vestibule de cet édifice, si célèbre dans l'antiquité, renfermait d'antiques images des Grâces, le lit de Junon, et le bouclier que Ménélas enleva à Euphorbe. Dans l'intérieur, on voyait une statue d'ivoire et d'or, œuvre de Polyclète, qui avait représenté la déesse avec des proportions gigantesques et assise. Sa tête supportait un diadème sur lequel l'artiste avait figuré les Grâces et les Heures ; d'une main elle tenait une pomme de grenade et de l'autre un sceptre dont la garde i était surmontée d'un coucou. C'était près de ce temple qu'on célébrait tous les cinq ans les Hérées, où le vainqueur recevait un bouclier et une couronne de myrte. Une fête du même nom avait lieu à Corinthe, mais on y joignait un sacrifice funèbre en mémoire du meurtre
262 JUN des enfants de Médée massacrés par les Corinthiens. Voy. Médée. A Samos , Junon avait un magnifique temple, bâti par Rhœcus. Cne tradition en attribuait la fondation aux Argonautes , qui auraient apporté d'Argos l'image de la déesse; mais les Samiens revendiquaient pour leur ville l'honneur d'avoir vu naître l'épouse de Jupiter. Le temple de Samos jouissait du droit d'asile. On célébrait auprès les Tonées. Voy. Admété et Tonées. Les autres lieux célèbres par le culte qu'on y rendait à Junon étaient : Sicyone; Olympie, qui célébrait des Hérées où les jeunes filles se disputaient le prix de la course; Épidaure, Hérée en Arcadie , Mantinée, Hermione, Mgium, où la prêtresse seule pouvait contempler l'image de la déesse ; Pharyges, Cos, Egine, Corcyre, l'Eubée, Byzance, Sybaris, Syracuse, Athènes, Coronée, où elle était représentée tenant les Sirènes ; Platée enfin, qui célébrait en son honneur les Dédales ou Dédalies. Le culte de Junon n'était pas moins répandu en Italie, où les traditions grecques se mêlèrent aux légendes relatives à la déesse étrusque Cupra ; cette divinité, qui faisait partie des dieux t on sen tes , était adorée par les Tusques comme lançant la foudre et comme génie tutélaire des femmes. Son culte fut transporté de Véies à Rome, où on l'adora d'abord sur l'A ventin. Le mois de juin et les calendes de chaque mois lui étaient consacrés. On lui sacrifiait des porcs et des agneaux, et ses fêtes offraient en général beaucoup d'analogie avec celles.de la déesse grecque. Après la fusion des deux cultes, les habitants de l'Italie continuèrent de voir dans la Junon romaine une divinité protectrice des femmes, qui lui sacrifiaient surtout à leurs anniversaires. La Cupra étrusque avait un temple près de Picenum, suivant Strabon. Les autres villes d'Italie qui avaient élevé des temples en l'honneur de Junon étaient, outre Rome, Faléries, Lanuvium, Aricie, Laurente, Tivoli, Préneste, Padoue , Célenna. Chez les Hénètes, elle avait un bois sacré dans lequel les animaux les plus féroces vivaient en paix. En Lucanie, on voyait un temple qui lui avait été élevé par Jason. Enfin on l'honorait à Carthage et en Espagne. — Les principaux surnoms de Junon chez les Grecs sont les suivants : Argéia, l'Argienne; Boopis, la déesse au* grands yeux ; Dolophronéousa, la rusée ; Eucomos , à la belle chevelure; Leucolénos, aux bras blancs; Chrysopédilos, aux sandales d'or; Chrysothronos , au trône d'or; Omothronos , qui siège avec Jupiter: Mégalosthènès , puissante; Acrœa; Aigophagos , qui se nourrit de chèvres; Ammonia; Anthéia, qui aime les fleurs ; Alexandros; Bounœa; Basilis, la reine; Gameiia, nuptiale; Dirpkya, du mont Dirphys en Eubée; Hénioché, conductrice; Hippia,l'écuyère; Imbrasia; lpnountis , Ipnousia; Lacedœmonia; Nympheuoméné; Olympia; Oplosmia, la guerrière ; Prosymnaia:, Prodromia ; Pelasgis ; Reioné: Telchinia; Téléia; Thelxi-
nia ; Tropœa; Hyperckiria; Pharygœa : chez les Latins : Avema, Caprotina , Curitis,
Cinxia , Domiduca , Februtis, Fluonia, Gabina, Feromti , Fugalis , Lacinia , Moneta ; Populonia, Regina, Saturnia, Sospita. — C'est, dit-on, Polyclète qui créa l'idéal de cette déesse, que les anciens représentaient comme une femme d'une haute stature et d'une beauté remarquable, aux yeux bien fendus et très-ouverts, aux traits majestueux et imposants. Sa chevelure épaisse supporte tantôt le stéphanos (large bandeau orné de reliefs ), tantôt la Stéphane ( diadème en forme de visière relevée ) : comme fiancée de Jupiter, elle porte le voile nuptial, attaché sur le derrière de la tête; sa tunique ne laisse exposés aux regards que le cou, la tète et les bras; de plus, elle est à demi enveloppée d'un manteau, qui ne repose ordinairement que sur une épaule et lui serre la taille. Ses attributs sont le voile, le diadème , le sceptre , le paon , le coucou II ne nous reste qu'une statue représentant Junon allaitant un jeune enfant, Hercule ou Mars. Voy. Galaxie. La Junon romaine est proprement la Juno Sospita des habitants de Lanuvium, qui figuraient cette déesse sous une forme guerrière. Chez eux, elle portait le bouclier et la lance; son corps était recouvert d'une double tunique et d'une peau de chèvre enveloppant en partie la tète, sur laquelle reposait un diadème. — 11 nous est parvenu de cette déesse plusieurs statues et quantité de bustes d'un travail exquis, parmi lesquels nous citerons celui de la Villa Luclovisi. On la trouve aussi sur des médailles et des monnaies. — Les Spartiates adoraient une Junon- Vénus ( Aphrodite-Hera), à laquelle les mères sacrifiaient, le jour des noces de leurs filles.
jlwoma. Surnom : i° d'Hébé — 20 d'Iris.
juxoxigena. Vulcain. fils de Junon.
jujXOMIUS. Un des surnoms de Janus , qui introduisit , dit-on , en Italie le culte de Junon, ce qui le fit appeler fils de cette déesse, et parce qu'il présidait au commencement de tous les mois , dont toutes les kalendes étaient dédiées à Junon.
jdnons. Génies des femmes chez les Romains.
jupiter ( zeus ). Rien de plus discordant et de plus hétérogène que les traditions relatives à ce dieu, telles que nous les ont léguées les mythologues grecs et romains. Altérées d'âge en âge par les fictions des poètes et le mélange des légendes étrangères à la Grèce primordiale , elles ont fini par former un amas confus qui a donné beau jeu aux évhéméristes et aux syncrétistes. Ainsi Varron imagine trois cents Jupiters, tandis que Cicéron on admet trois seulement; le premier, dit-il, naquit de l'Éther, c'est l'CJranus des vieilles théogonies ; le second était fils d'Uranus, et par conséquent le même que Saturne; le troisième, né dans l'île de Crète, était fils de Kronos ( Saturne). Que Varron ait exagéré en prenant pour autant de dieux les surnoms et les
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attributs d'un seul ou de plusieurs, que d'un autre côté Cicéron se soit renfermé dans un cercle trop restreint, c'est ce que nous ne discuterons paskù. Cette question se rattache à celle de l'histoire de la Grèce tout entière, et par suite à celle du monde, puisque sa solution dépend de la lumière qui sera jetée plus tard sur l'histoire générale des religions et sur la spontanéité et la transmission des croyances aux puissances supérieures à l'homme. Nous nous contenterons de remarquer que, en fait, les évhéméristes se sont ie plus approchés de la vérité par leurs individualisations ; ils ont subdivisé l'être complexe des époques éclectiques en une multitude d'individus humains ; là est la faute, mais dans l'idée de division réside un excellent principe. Et il faut en revenir là, puisqu'on ne se persuadera jamais que les peuples avec lesquels les Grecs se sont trouvés en relation aient attendu leur arrivée pour se faire une religion. Là proposition inverse est également fausse. Les Cariens adoraient Ogoa, nom carien de Jupiter, dit Strabon. Mais les Cariens étaient autochthones, et il faut bien les en croire; leur Ogoa était donc un dieu particulier à la Carie. Comme il représentait la puissance suprême, ainsi que le Zeus (il est du moins permis de le supposer), les Grecs identifièrent ces deux divinités, et prétendirent par suite que les Mysaliens adoraient Zeus sous le nom d'Ogoa. De telles transitions sont naturelles à l'esprit. On sent combien il serait facile d'étendre ces remarques ; mais tel n'est pas notre but. Nous allons seulement examiner l'être du dieu suprême des Hellènes, dans son essence et dans ses attributs, en distinguant soigneusement l'âge des diverses traditions. — I. Le Jupiter homérique. Fils ainé de Saturne et de Rhée, et frère-époux de Junon , Jupiter est le maitre et le père des dieux et des hommes. Il a pour frères Neptune et Pluton, avec lesquels il partagea l'empire; le sort donna la mer à Neptune; à Pluton échurent les enfers; et Jupiter eut pour lui toute l'étendue du ciel, les nuées et les plaines de l'air; la terre et l'Olympe demeurèrent en commun. On voit ici que, suivant la tradition , le droit d'aînesse ne fut nullement invoqué dans la répartition des trois lots ; mais en sa qualité de premier-né , Jupiter n'en fut pas moins supérieur à ses frères, « car les Furies suivent toujours les aînés, prêtes à leur obéir, » Dieu suprême, dieu olympien , il se fait obéir des dieux comme des hommes ; c'est lui qui gouverne tout par sa suprême sagesse; il est le fondateur des empires , le protecteur de l'ordre , le régulateur divin qui préside aux assembles et aux conseils populaires. Sa protection s'étend aussi sur les familles ; les demeures sont sous sa sauvegarde. Juge suprême du serment, il punit le parjure, protège l'exilé et l'hôte suppliant. C'est de sa main terrible que les méchants reçoivent leur punition, car il est le Voyant (èrco^ioç), qui ouvre un œil éternel
sur le monde, et de qui proviennent et le bien dont il se plaît à combler les mortels, et le mal dont il les frappe quand ils l'ont mérité. Toute divination émane de lui. Voy. Destin, parques. Sa demeure est sur l'Olympe, montagne divine qui s'élève jusqu'aux cieux: il y habite dans un palais somptueux. Ses armes sont l'éclair et le tonnerre ; et quand il agite l'égide , il appelle les tempêtes et fait gronder le tonnerre. De là ses surnoms d'Euryopa , d'Hypsibrémétès , d'Éribrémétès , d'Érigdoupos , de Terpicéraunos , d' Argicèraunos. de Stéropcgéréta , d' Aster opétès , etc. Il assemble ou dissipe les nuages à son gré ; aussi plus tard les physiciens Pont-ils identifié avec l'air même.
— Époux de Junon , dont le caractère ambitieux et inquiet trouble souvent l'exercice de son pouvoir, et qui osa même conspirer contre lui {voy. Égéon et Junon), Jupiter la traite comme une déèsse qui lui est soumise, et nullement comme son égale. Il lui fait de nombreuses infidélités, et lui avoue même son commerce avec Dia, dont il eut Pirithous, avec Danaë, qui le rendit père de Persée , ainsi qu'avec Sémélé, Europe, Cérès et La tone. Postérieurement à Homère, les poètes ont agrandi le cercle des amours du roi des dieux; au nombre de ses nombreuses maîtresses figurent Anaxithée, Antiope, Astéropé , Callisto , Cambysé , Carmé , Cassiopée , Danaé , Dia , Dione , Élara , Electre, Euryméduse, Eurynome, Hésione, Himalie, Léda, Maïa, Métis, Mœra , Néère , Niobé, Pluto, Protogénie, Pyrrha', Rhéné, Taigète, Thalée, Thyia, Thymbris, Thrace. Les plus célèbres de ses nombreux enfants sont Vulcain , Hébé et Mars, nés de Junon, et Minerve, qu'il fit jaillir de son cerveau. Lors de la guerre de Troie , il accorda la victoire aux Troyens, sur la demande de Thétis, jusqu'à ce qu'Achille se fût laissé fléchir par les prières des Grecs. Lui seul, parmi les dieux, qui se passionnent pour tel ou tel de leurs favoris, reste immuable dans sa volonté, et prend plaisir à voir les immortels descendre de leur rôle divin pour se livrer aux grossières passions qui agitent le cœur des hommes.
— En somme, Jupiter, qui , dans la conception primordiale des peuples helléniques, était un dieu-nature, et ainsi le prouvent la consécration du chêne, dont les fruits nourrissaient les premiers hommes, le lait, le miel et la corne d'abondance figurant dans les traditions crétoises , les croyances qui soumettaient à son pouvoir immédiat la pluie , les saisons , l'année ( svvÉa èviauxoi Atoç [/.£yàXou. lliad. B. i35 ) ; Jupiter, dîsons-nous, apparaît déjà , à l'époque homérique , comme divinité nationale et politique des Grecs, comme roi et père des hommes, comme fondateur et vigilant protecteur de toutes les institutions consacrées par les rois, les mœurs et la religion. - II. Le Jupiter d'Hésiode. Fils de Rhée et de Saturne, qui dévorait ses enfants à mesure qu'ils venaient au monde,
Jupiter fut sauve par les soins de sa mère. Cachée à Lyctus en Crète, Rhée y fut soulagée de son fardeau, et trompa son époux en substituant une pierre à la place de l'enfant. Ici les traditions commencent à diverger singulièrement , et fixent tour à tour le lieu de la naissance du dieu à Olène (Stace), à Egium ( Strabon ), à Ithome ( Pausanias), à Thèbes en Beotie, sur l'Ida mysien (Schol. Apollon.), en Crète, etc. Quoi qu'il en soit, élevé en Crète, suivant Hésiode , Jupiter y vécut sans être inquiété pendant que Mélis arrachait ses frères à la voracité de Saturne. Foy. Métis. Les Titans ayant attaqué celui-ci , Jupiter vint à son secours, délivra les Cyclopes {voy. ce mot), qui lui donnèrent le tonnerre et la foudre , et rendit aussi la liberté aux Hécatonchires , Briarée , Cottus et Gyès. S'étant adjoint d'aussi puissants auxiliaires, il attaqua les Titans, et les vainquit dans un combat terrible, dont la Gigantomachie , imaginée postérieurement , n'est qu'une pâle refonte. Il eut ensuite à lutter contre Typhon, fils de la Terre et du Tartare, et le foudroya. Apollodore raconte cette lutte un peu différemment. Voy. Typhon. Maître absolu du monde, on voit alors Jupiter tourner ses regards vers la terre , qu'habitait une race d'hommes créée par les dieux immortels, et à laquelle succéda une génération Urée du frêne. Voy. Ages. D'autres traditions font naître les hommes des cailloux lancés par Deucalion , ou des fourmis. Voy. Éaque et Pelée. — Jupiter prit pour épouse Métis, qui eut de lui Minerve. Mais, craignant qu'elle ne mît au monde un fils, lequel, suivant l'arrêt du destin, devait le détrôner, il ôta l'enfanta sa mère, et le cacha dans son propre corps. La seconde femme du maître des dieux futThémis, dont il eut les Heures et les Parques. 11 fut encore père des Grâces, des Muses, de Proserpine, d'Apollon et de Diane , d'Hébé , de Mars , d'Uithyie. D'après la théogonie d'Hésiode, la famille des Cronidesse compose de douze grands dieux : Jupiter, Neptune, Apollon, Mars, Mercure, Vulcain , Vesta , Cérès , Junon , Minerve , Vénus, Diane. — III- Le Jupiter Arcadien ( Zeus Lycaeos). Suivant les traditions arcadiennes, Jupiter était né ou sur le Lycée , ou sur le Parrhase, et fut élevé par Théisoa, Hagno et Néda , que Callimaque relie à la tradition crétoise, en disant qu'elle transporta le jeune dieu de Crétée sur le Lycée à Cnosse en Crète. La première donna son nom à une ville, la seconde à une source, Néda à un fleuve. Voy. Hagno. Un bas-relief qu'on voyait à Mégalopolis représentait ces trois nymphes sous les noms de Nais, d'Anthracia et d'Hagno. Lycaon, fondateur de la première ville , donna à Jupiter le nom de Lycseos, et lui éleva un temple. Ayant osé lui offrir des victimes humaines, il fut changé en loup ( Lycos). Le temple du dieu était un lieu sacré, que nul ne devait profaner sous peine de mourir dans l'année. Quelque homme ou
quelque auimal y entrait-il, chose étrange! il ne jetait plus d'ombre (Pausanias . Une autre tradition, conservée par Plutarque , dit que les Arcadiens lapidaient ceux qui osaient s'approcher de l'édifice sacré; ils n'échappaient à la mort que par une prompte fuite. Sur la plus haute cime du mont Lycée, se trouvait un autel consacré à Jupiter; deux colonnes y soutenaient des aigles d'or. — IV. Le Jupiter de Dodone (Zeus Dodonaeos , Pélasgicos ;. Le plus ancien oracle de la Grèce était consacré à ce dieu, qu'où adorait à Dodone en Épire, près du mont Tomare. Achille l'invoque dans Homère. Célèbre surtout comme dieu prophétique, on lui avait consacré le chêne. Les mythes varient beaucoup sur la circonstance qui donna lieu a l'établissement de l'oracle. Suivant une tradition égyptienne, rapportée par Hérodote, une colombe, venant de la ville de Thèbes en Egy pte, s'abattit sur un des chênes de la forêt de Dodone et fit entendre ces mots : «Qu'il y ait ici un oracle de Jupiter. «Ou bien, Deucalion, arrivant en ce lieu après avoir échappé au déluge, consulta le chêne prophétique de Jupiter, et laissa à ce pays ce nom de Dodone. Les prêtres qui y rendaient des oracles s'appelaient Tomures , Helles et Selles; ils se livraient à toute l'austérité de la vie monastique , ne lavant jamais leurs pieds et couchant à terre. Plus tard, ils furent remplacés par trois prétresses nommées Péliades, c'est-à-dire colombes, parce que la colombe était originairement l'oiseau prophétique de Dodone. L'oracle se rendait de trois manières différentes , autant du moins qu'on peut en juger par les récils un peu confus des poètes et des my thographes i° d'après le bruissement des feuilles du chêne sacré, qL» en prenait le surnom de TioX'jyXaxKTOÇ , propliétique : une planche , faite du bois de cet arbre merveilleux, fut employée dans la construction de l'Argo ; 2° d'après Je murmure de la source qui coulait au pied de l'arbre ; 3° d'après le son que rendaient des bassins d'airain contre lesquels ie vent faisait vibrer la chaîne d'un fouet placé dans la main d'une statue représentant un enfant. Il y avait aussi en ce lieu, suivant la tradition, des oymphes ( Hyades) qui avaient élevé le jeune dieu; les Hyades apparaisscntle plus communément comme nourrices de Bacchus; mais il y a dans les mythologues plusieurs autres exemples de cette confusion des deux dhinités. A Mégalopolis , on voyait une statue de Jupiter représenté sous la forme que l'on donne ordinairement à Bacchus, et tenant un thyrse qai supportait un aigle. — V. Le Jupiter crétois (Zeus Dictœos, Crétagénès). Nous avons rapporté plus haut ce qu'Hésiode en dit dans la Théogonie, où il apparaît comme Jupiter Crétois-Olympien. C'est le dieu caché par Rhée dans une grotte du mont Dicté, et élevé par legCurètes (voy. ce mot) et par les nymphes Adrastée et Ida. Celles-ci le nourrirent du lait de la chèvre Amalthée , et les abeilles qui
essaimaient dans la montagne lui apporteront leur miel. On nomme encore, au nombre des nymphes qui prirent soin de Jupiter enfant, Cynosure, Hélice, les nymphes de Géreste, OEnoé. Callimaque sépare Adrastée des nymphes du mont Dicté, et en fait la sœur des Curetés. Des colombes, dit Athénée, apportèrent l'ambroisie à Jupiter de par delà l'Océan. Pour récompenser les abeilles qui l'avaient nourri, le dieu leur donna le privilège de braver le venf'et la neige, et teignit leurs corps délicats d'une belle couleur d'or. Voy. TEgolios. Le culte de Jupiter était célèbre en Crète depuis une haute antiquité. Parmi les endroits particulièrement consacrés au dieu , il faut remarquer Cnosse, dont on attribuait la fondation aux Curètes , et où l'on voyait la grotte de Jupiter; Gortyne, où Europe prit terre sur* le dos du taureau; Prœse, Hiérapytne, Biennos, etc. — Comme dieu national hellénique, Jupiter avait à Olympic un temple célèbre, auprès duquel les Grecs se réunissaient tous les quatre ans en assemblées et célébraient les jeux olympiques. 11 y était adoré comme père des dieux et des hommes, et comme divinité suprême dont toutes les nations helléniques reconnaissaient le culte. C'était là qu'était la célèbre statue exécutée par Phidias. Elle est trop connue pour que nous la décrivions ici. Une tradition éléenne qui attribuait à Hercule la fondation des jeux olympiques reliait ainsi ce héros au dieu souverain : pour dérober Jupiter à la fureur de Saturne, auquel un temple était consacré à Olympie, dans l'âge d'or, Rhée le confia aux Dactyles Idéens, Hercule, Pseonœus, Épimède, Jasius et Idas, quis'étaientrendusdel'idaà Élis. Hercule proposa des courses à ses frères, et couronna le vainqueur d'olivier. Ce fut là l'origine des jeux olympiques. — Plus soucieux de retracer le caractère général de la belle conception qui comprenait dans une imposante unité l'ensemble du monde panthéiste grec, que de suivre les mythologues dans les minutieux détails dont ils ont surchargé l'histoire du patriarche des dieux, nous suppléerons à ces oublis involontaires en renvoyant aux mots : AlcmÈne, Atollon, Danaé, Esculape, Ganymède,
HÉbÉ* lO, lXION, LÉDA, SALMOjVEE , TAN- TALE , "Venus. — Le Jupiter romain (Capitolinus, Optimus, Maximus) n'est qu'un être mixte, provenant de lafusion du dieu de la foudre, Tina ou Tinia, adoré par les Etrusques, avec le Zéus hellénique. Ainsi que les Grecs ; les Romains placèrent cette divinité en tête de toute hiérarchie religieuse et politique» Le culte de Jupiter Ammort (Jupiter cornu) fut transplanté de la Libye à Rome lorsque les doctrines égyptiennes commencèrent à se répandre en Italie. — Voici les principaux surnoms de Jupiter : Abretténos, d'Abrcltène en Mysie ; iEnéios, /Enésios, du mont JEnus à Céphallénie ; JEthrios ; iEthérios , l'éthèrëen ; Aithéops ; IEtnaeos ; Agamcumôn, à Sparte; Agonios; Acta?os; surlePélion enThessalie; Alalcoméneus, d'A-
laleomène eu Béotie : Alastor, vengeur ; Alexétor, protecteur ; Alexicacos, tutélaire ; Alitérios, terrible ; Altios, dans le bois d'Altis à Olympie ; Amboulios, Ammon , en Laconie ; Anchesmios, de la colline d'Anchesmus en Attique; Aora trios; Apémios; Apesantios, sur lej mont Apesas près de Némée; Aphésios» libérateur; Aphictor ; Apomyios ; Archigénéthlûs , le générateur suprême; Aréios, belliqueux; Aristaeos ; Asbamaeos; Asios , Ascrœos; Atabyrios, à Rhodes; Athoos; Aulis; Bagaeos; Basileus ; Biennios ; Bottiœos , à Bottée en Macédoine; Brontaeos; Boulseos; Cappotas; Catharsios; Casios: Cataebatès; Céraunios, Cenœos ; Charmon ; Chrysaoreus; Cithaeronios; Clarios, Conios; Coryphœos; Cosmétas, Crocéatas ; Ctésios; Dictœos; Dolichœos; Drymnios; Élacateus; Éléios; Éleuthérios ; Élieus ; Énsesimos, équitable ;*Endendros; Épaerios ; Éphestios; Épibémios; Épidotès; Épicarpios; Épicoinios ; Épislatérios; Épirnytlos; Éridémios; Évanémos; Éxaeestérios; Gamélios; Généthlios; Génétseos; Gyrapsios, à Chio ; Hégétor, chef; Hellénios: Hercéios ; Hécaléios ; Hélaeréios ; Homagyrios ; Homoloîos; Hoplosmios. Hyétios; Hymettios Hynnaréus ; Hypatos ; Hypsistos ; Hyperdexios; Idaeos; Icmasos; Ithomatas; Labrandeus; La. cédgemon; Lapersios; Laphystios; Larissasos ; Léchéatès; Leucœos; Maemactès ; Maleiaeos ; Mandragoras; Marnas; Mazeus ; Méchaneus ; Mégistos; Méilichios; Mélias; Mélosios, Méiissœos ; Messapéus ; Moiragétès ; Morios ; -Néméios, Néméètès ; Némétor; Nicéphoros ; Ogoa ou- Osogo; Olympios; Ombrios; Ouranios; Ourios; Pœan ; Palaestès; Palamnaeos; Panhellénios; Panomphaeos; Papseos ; Parthénios; Patroos ; Péloros ; Philios ; Phratrios , Phyxios ; Pistios ; Plousios : Polieus ; Prostropaeos ; Saotès; Sardessios; Sémaléos; Scotitas; Scyllios ; Soter ; Sthénios ; Stratios ; Sycasios ; Tallseos ; Termieus; Titanocrator, Triophthalraos ; Triphylios; Trophonios ; Tropœos ; Xénios; !Zygios. — Et chez. les Latins : yEgerius ; /Elhcrius; Altus ; Anxurus ; Arbitrator ; Averruncus; Axur; Cenaeus; Conservator ; Custos; Dapalis; Desultor; Uiespiter; Eleus ; Elicius; Elymaeus; Expiator ; Exsuperantissimus; Fagulalis; Fcretrius; Fulgurator; Fulminalor; Hospitalis; Imperator; Inventor; Laprius; Latialis; Lapis; Liberator; Lucetius; Majus; Opitulator; Penetralis; Pistor; Pluvius; Ruminus; Sala mini us; Serenator; Servator; Stator; Tarpéius; Terminalis; Ultor; Vejovis; Victor; Viminus; Vindex. — Le eulte de Jupiter était répandu dans le monde entier. On célébrait en l'honneur de ce dieu un 'grand nombre de fêtes, parmi lesquelles il faut distinguer la Panégyrique d'Olympie , les Lycées d'Arcadie, les Diasies athéniennes, les Sthénies d'Argos , etc. L'aigle, le chêne et les cimes des montagnes lui étaient consacrés. Ses attributs les plus ordinaires sont l'aigle, le sceptre, la foudre, la patère , la victoire, la corne d'abondance ( Zeus Ombrios ). Le Jupi-