‹ Dictionnaire mythologique universel;Chapitre 348 sur 420 · RAG · texte numérisé non relu

RAG

J'ai tué le monstre, ce poisson des champs; Et moi-même je ne compte que quinze hivers : Qu'une mort subite me frappe Si je n'ai plongé profondément Le fer de ma lance dans le cœur De ce saumon du désert, qui s'entortille dans ses anneaux.

Ensuite il se tut, et partit emportant le bois de sa lance. La jeune fille comprit que le héros parlait de son exploit, et que les quinze hivers indiquaient son âge; mais, ne sachant qui il était, elle se demandait si c'était un mortel ou un dieu, tant sa taille était élevée. L'iarl fit arracher de la plaie la pointe de la lance, qui était si large et si pesante que peu d'hommes pouvaient la porter. On croyait que celui qui si glorieusement accomplit cette haute entreprise viendrait lui -même réclamer sa récompense. Mais Thora conseilla de convoquer une assemblée des guerriers, et de faire proclamer que tout le monde eût à s'y trouver : « Si l'un des hommes présents à cette assemblée prétend à l'honneur d'avoir tué le dragon, il présentera le bois de la lance à laquelle appartient le fer. » L'iarl trouva bon ce conseil , et convoqua aussitôt l'assemblée. Le jour arrivé, l'iarl parut entouré d'une foule de chefs secondaires , et l'assemblée fut très-nombreuse. Ragnar entendit parler de cette convocation, et s'y rendit avec presque tous ses hommes. Quand ils furent arrivés ils se tinrent un peu à l'écart des autres. Ragnar s'aperçut qu'il y avait beaucoup plus de monde que dans les circonstances ordinaires. L'iarl ordonne qu'on fasse silence , remercie les guerriers d'avoir obéi à sa sommation, puis leur raconte tout ce qui s'est passé , leur dit quelle promesse il a faite à l'homme qui tuerait le dragon, ajoute que le monstre est mort, et que le héros auquel est dû cette héroïque entreprise a laissé dans la plaie le fer de sa lance. « Si quelque membre de cette assemblée, ajoute-t-il, possède le bois de cette lance, il n'a qu'à le présenter; je remplirai mes promesses, de quelque rang que soit le vainqueur. » Ensuite il fit présenter à chacun la pointe de cette arme, exhortant les guerriers à s'avancer pour qu'il lui fût facile de reconnaître les traits de l'homme qui présenterait le bois de la lance, et s'attribuerait cet exploit. Mais personne n'apporta le bois; enfin on en vint à Ragnar, qui dit que c'était le fer de sa lance. Et voici que le fer et le bois réunis se trouvèrent appartenir à la même lance. Tous furent convaincus qu'il avait tué le dragon : action qui le rendit célèbre dans toutes ces contrées. Alors il sollicita la main de Thora , fille de l'iarl, qui la lui donna. Après les noces Ragnar s'embarqua pour son pays , où il fut roi. Il aimait tendrement Thora , dont il eut deux fils , Étrek l'aîné, le cadet Agnar, tous deux d'une haute stature, d'un visage agréable et beau, habiles dans tous les exercices du corps. Mais un

Page 1