‹ Dictionnaire mythologique universel;Chapitre 351 sur 420 · RHA · texte numérisé non relu

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palais situé au milieu de l'Univers , et devant lequel se tiennent la Crédulité*, l'Erreur, la Joie, la Crainte, la Rumeur, etc. — La Renommée avait des temples à Athènes et à Rome.

renouka. Épouse de Djamadagni et mère de Parasou-Rama , qui la tua sans la connaître. Rappelée à la vie, elle exhorta son fils à venger la mort de Djamadagni, égorgé par les Kchatryias, et se donna la mort. Parasou- Rama la ressuscita après son triomphe. — Renouka avait donné le jour à Parasou-Rama dans la circonstance suivante. Se recommendant aux prières de Djamadagni, elle reçut de lui un gâteau qui devait la rendre féconde ; mais sa mère ayant adressé au ibrahme la même prière et troqué les deux gâteaux, Renouka, fils de brahme, naquit avec les vertus guerrières, tandis que l'autre enfant, Kchatryia de naissance, eut les paisibles qualités du brahme.

réouo ou eregbuo. Premier Décan du Sagittaire.

respiciens. Favorable, La Fortune, représentée tournant la tête du côté des spectateurs.

RÉTHÉ\OR. — Voy. RhÉTENOR.

révérentia. Le Respect , déesse allégorique latine, fille de l'Honneur et de la Majesté.

rhabdomancie. Divination par les baguettes.

rhacius ( rh acios ). Prince crétois ; conduisit une colonie en Ionie , et y fonda Claros, où il épousa Manto. II fut père du devin Mopsus.

RHADAMAIVTHE ( RHADAMAATHYS ). Fils

de Jupiter et d'Europe, suivant l'opinion commune. Le seul Cinaethon, dans Pausanias, le fait fils de Vulcain. En lutte avec ses frères Minos et Sarpédon (. voy. ce nom), il dut quitter la Crète, et se réfugia dans les Cyclades, dont il civilisa les habitants. Suivant Diodore, il donna Chio à OEnopion, Paros à Alcée, Délos à Ancone, Andros à Andreus, Cyrnos à Eugine, Lemnos à Thoas , Péparèthe àPamphile, et Marionée à Évombée. Ii lut père de Gortys , d'autres disent d'Érytlire. Des Cyclades , il se rendit à Ocalée en Béotie , et y épousa AIcmène. Hercule apprit de lui à tirer de l'arc. Après sa mort, les dieux, pour le récompenser de son équité , l'établirent juge aux enfers , avec Minos et Éaque.

RHADius (rhadios). Fils de Nélée et de Cliloris.

rhamisusias ( rhamausias ). Surnom d'Hélène.

rhamausie ( rhamaousia ). Surnom de .rsemésis, adorée à Rhamnonte, où elle avait un temple magnifique. Voy. Nemesis.

rhampsiaite. Roi égyptien célèbre par ses richesses, successeur de Protée. Hérodote rapporte sur lui une légende singulière, analogue à celle qui concerne Agamède (voy. ce nom). L'architecte chargé de bâtir un édifice pour enfermer ses trésors arrangea une des pier-

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res du mur situé hors du palais, de telle sorte qu'on pouvait facilement l'ôter. Il confia ensuite ce secret à ses fils, qui usèrent largement de cette ressource. Un jour, l'un d'eux s'étant pris dans un piège tendu par ordre du roi , auquel la diminution de son trésor inspirait de violents soupçons, pria son frère de lui couper la tête, de crainte qu'il ne fût la cause de sa perte ; celui-ci obéit. A son retour, le roi fut très-surpris d'apercevoir ce corps sans tête; ne pouvant s'imaginer comment on avait su s'introduire dans son palais, il fit pendre à la muraille le cadavre , et plaça des gardes auprès, avec ordre de lui amener celu/ qu'ils verraient pleurer à ce spectacle. Le frère du mort, pressé par sa mère, qui menaçait de le dénoncer s'il n'enlevait le corps , imagina de charger sur des ânes quelques outres remplies de vin ; lorsqu'il fut près des gardes , il creva deux ou trois de ces outres, et se mit à se frapper la tête , comme un homme au désespoir en voyant le vin couler- Les gardes s'étant approchés, il lia conversation avec eux, les enivra, et parvint à enlever le corps sans être aperçu. Rhampsinite, furieux de ce second échec, conduisit sa fille dans un lieu de débauche, lui ordonnant de se faire dire , avant d'accorder ses faveurs , ce qui s'était fait de plus subtiL Le voleur voulut montrer qu'il était plus habile que le roi. Il coupa le bras d'un homme nouvellement mort, alla trouver la fille du roi; et après lui avoir raconté ce qu'il avait fait, se sentant saisir par elle ; lui tendit le bras du mort, qu'elle retint, croyant que c'était celui du voleur Puis il se sauva. Rhampsinite, émerveillé de tant d'adresse , déclara qu'il lui accordait sa grâce s'il voulait se présenter devant lui ; lorsqu'il se fut rendu à la cour, il lui donna sa fille en mariage. — On ajoute que Rhampsinite descendit vivant dans les enfers , et y joua aux dés avec Cérès, qui, à son retour sur la terre , lui fit présent d'une serviette d'or. Les prêtres égyptiens avaient institué , en mémoire de ce fait, une fête annuelle, dans laquelle un des leurs, auquel on bandait les yeux , était conduit par des loups au près du sanctuaire de la déesse.

rh arias. Surnom de Cérès.

rharos. Père de Triptolème ; donna son nom à un champ, dit Rharion, où l'on recueillait l'orge employée dans la fabrication des gâteaux offerts à Cérès.

rhéa. Prêtresse dont Hercule eut Aventinus.

rhéa silvia ou ilia. Fille de Numitor amante de Mars, dont elle eut Rémus et Romulus. Voy. ce nom.

rhécius. L'un des conducteurs du char

des Dioscures.

RHÉE (RHÉIA, RHÉIÈ, RHEA , RHÉÈ ).

L'histoire de Rhée et de son culte étant l'une des parties les plus difficiles et les plus compliquées de la mythologie grecque, nous diviserons l'article relatif à cette déesse en trois

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sections. Dans la première , nous traiterons en général de son culte et des traditions qui la concernent; la seconde offrira un- aperçu géographique des lieux dans lesquels elle était adorée; la troisième enfin' comprendra divers détails qui compléteront l'exposé de ce mythe curieux. — i. Traits généraux. Histoire du mythe et die culte de Rhée. Cette déesse esi à peine mentionnée dans Homère , qui rapporte seulement qu'épouse de Saturne, et mère des Cronides , elle confia Junon enfant aux soins de l'Océan et de Téthys. La Théogonie d'Hésiode développe un peu sa légende : Fille d'Uranus et de la Terre, et épouse de Saturne {voy. ce nom), elle arracha Jupiter à la mort en le cachant à Lyctos en Crète. Elle présenta ensuite à Saturne un bétyle ou pierre enveloppée de langes^ qu'il avala, croyant dévorer son enfant. — Un savant mythologue allemand , qui soupçonne d'interpolation les deux passages de l'Iliade fXV, 187; XIV, 204) où le nom de Rhée se trouve mentionné , regarde la donnée d'Hésiode comme la plus ancienne qui nous soit

I parvenue sur cette déesse. Quoi qu'il en soit, l'apparition de ia Crète dans ce fragment indique une époque comparativement peu reculée, où le collège sacerdotal de l'île avait déjà noué des relations avec le Nord. Nous laissons de côté l'opinion deHœck, qui pense qu'Hésiode ou le récit primitif auquel il s'est conformé ont emprunté cette idée d'une Rhée théogonique aux légendes de la Cybèle asiatique , et considère en général la conception du Jupiter crétois comme dérivée du culte de la Nature , prédominant en Phrygie. — Primitivement, le culte de la mère de Jupiter semble avoir été fort restreint. Les Thraces méridionaux lui donnèrent une certaine extension , en identifiant Rhée avec la déesse Cotys , analogue à Bendis et à Hécate , et avec Cérès. De plus , ces peuples , dans le pays desquels se trouvait la fameuse grotte de Zérynthium, identifièrent aussi de bonne heure cette Rhée-Hécate avec la puissante divinité des mystères de Samothrace et de Lemnos. Ce ne fut pas là la seule cause de confusion. Les Thraces avaient formé de bonne heure en Asie Mineure des établissements, qui conservaient des rapports suivis avec la mère patrie; par ces colonies, ils apprirent à connaître le culte orgiaque d'une déesse qu'ils identifièrent encore avec Rhée ; et en cela , des Hellènes qui s'étaient établis comme eux en Asie Mineure , suivirent leur exemple , et assimilèrent à Rhée, dont ils avaient appris le culte dans leur patrie, cette déesse asiatique qui portait, à ce qu'on croit, le nom de Mà. La Rhée première, déjà tant altérée, se compliqua encore : un élément dionysiaque s'introduisit dans son culte par l'influence thrace. Rhée, disait-on, avait initié Bacchus aux mystères en Phrygie. On ajoutait d'autre part que Cybèle, la même qu'Hippa (Cérès changée en cavale), avait mis au monde ou

nourri Sabazius sur le Tmole ; et on concluait de là que Cérès , Proserpine , Rhée et Cybèle ne faisaient qu'une môme divinité. Il se pourrait en outre qu'une Rhée-Cybèle , teucrienne ou dardanienne ( Adrastée), dont Dardanus institua le culte, se fût mêlée, dans les contrées asiatiques, avec une Cybèle de Pessinonte, bien postérieure. — Ainsi, la Rhée thrace , dont la déesse de Lemnos et de Samothrace n'était qu'une variété, négligée d'abord par les Grecs . leur revint en premier lieu avec les mystères que les Thraces leur importèrent, puis du côté de l'Asie Mineure par les relations non interrompues entre la métropole et ses colonies, et qui formèrent une Rhée-Cybèle, composée de la Rhée primitive et de ta mère des dieux asiatiques. On peut donc, en faisant abstraction de la religion de Samothrace , considérer sous deux aspects le culte et les mystères provenant de la Thrace.

— a. Le culte de Jupiter, tel qu'il existait en Crète. On confondit plus tard cette Rhée crétoise avec la Grande Mère phrygienne et lydienne. De l'île le culte de Jupiter gagna le Lycée en Arcadie et Olympie , suivant Hœck.

— b. Les mystères de Cérès àÉleusis, et, à leur imitation , dans d'autres villes. Cérès était fille de Rhée, qui fut chargée par Jupiter de la ramener dans l'Olympe. Postérieurement, Cérès fut identifiée avec sa mère, et regardée comme déesse de ia terre. Il y a plus : dans le groupe de la triple Hécate sculpté par Alcamène , conformément aux instructions mystiques des prêtres d'Eleusis , la figure qui porte une clef, et qu'on prend, dans un sens étroit, pour la déesse de la nuit, correspond aussi bien à la Proserpine infernale qu'à Rhée, déesse de la terre. — L'introduction des mystères d'Eleusis n'eut pas lieu avant la trentième Olympiade ; sur ces entrefaites on connut en Attique le poëme d'Eumélus sur Cadmus , à la recherche de sa sœur Europe et propagateur du culte dionysiaque : on prit de là occasion de dire que Bacchus avait été initié par

, Rhée en Phrygie. Pindare mentionne deià le culte orgiaque de la Cybèle asiatique. Un peu après, les deux ordres de mystères commencèrent à se confondre ; ainsi, Euripide donne à Cérès l'épithète de fj.y]Tr,p ôpsi'a ? et lui attribue tout l'accessoire qui était auparavant l'apanage de Rhée. D'autres fois le même auteur confond le culte de la Rhée crétoise avec celui de la déesse phrygienne, et les orgies dionysiaques avec le culte de la Grande Mère. Plus tard, des charlatans étrangers introduisirent de nouvelles coutumes dans le culte de Rhée ; mais ils ne trouvaient accès que dans la populace. On commettrait une grave erreur si l'on admettait comme générale la confusion d'idées qui avait lieu dans les dernières classes de la société. II faut remarquer d'ailleurs que le culte simple et naturel de la déesse de la terre ne fut nullement dépossédé par celui de ia Rhée mystique. — Nous parlerons plus bas de la Cybèle des Ro-

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mains. — Appendice. Les auteurs s'accordent assez sur la généalogie des Titans ; il faut cependant noter ici que , suivant Apollonius de Rhodes et Tzetzès, Ophion et Eurynome régnaient au ciel avant Rhée et Saturne, et furent dépossédés par eux. Dans les Orphiques, te père de la Rhée mystique se nomme Protogone; elle a pour enfants le Ciel, la Terre, la Mer, les Vents; elle est mère des dieux et des hommes. Honorée par un culte orgiaque, elle amène avec elle la paix et les richesses et relègue les calamités aux confins du monde. Le môme recueil contient un hymue à la mère des dieux et un autre à la Terre (Gé). Orphée reconnaissait trois Curètes, gardiens de Jupiter, fils de Rhée. Avec Rhée ou Cérès, Jupiter enfanta Proserpine ; il poursuivit sa mère, qui, pour lui échapper, prit la forme d'un serpent. Les légendes d'après lesquelles liacchus Zagreus , fils de Proserpine , aurait été protégé par les Curètes , puis déchiré par les Titans, nous ont été transmises en premier lieu par Nonnus et saint Clément. 11 est probable cependant qu'elles remontent soit à Onomacrite , soit à des poésies orphiques plus anciennes , et ne sont qu'une refonte des légendes relatives à Jupiter protégé par les Curètes et assailli par les Titans. Les étroites relations qui existaient entre Delphes et la Crète vulgarisèrent dans cette île la tradition" de la mort de Zagreus, tradition qui, amalgamée avec la mythologie de l'Ida , fut présentée plus tard comme essentiellement crétoise. — Une \égende insolite, rapportée par Diodore, itonne pour filles à Uranus et à Titée la Grande Mère ( Basilée) et Rhée (Pandore) ; la première épousa Hypérion et en eut le Soleil et la Lune, Cybèle (voy. ce nom) donna le jour à Alcé et au roi Midas. Suivant Photius, elle fut aimée du Sangarius , qui la rendit mère de ]\icée. — II. Traits Particuliers. Histoire géographique du culte de Rhée. — A. Grèce. Suivant Démétrius de Scepsis, on ne trouvait en Crète aucune trace de ce culte ; mais Strabon oppose à cette assertion des té* moignages irrécusables. Les Cnossiens mon? traient encore, au temps de Diodore, l'emplacement du temple où la déesse avait habité. On se servait même dans l'île des noms usuels de Cybèle et de Mère (Euseb. Chron. 56). Jupiter était né en ce lieu ou sur le mont Dicté ou sur l'Ida. Voy. Jutiter. La Béotie, de son côté, réclamait le môme honneur; Thèbes montrait le lieu où le fils de Saturne avait vu le jour, et un temple de la Mère Dindyménienne, qui ne s'ouvrait qu'une fois par an. La statue de la déesse était l'œuvre de Socrate et d'Aristomène. A Delphes , on oignait quotidiennement d'huile , et l'on enveloppait de laine dans les jours de fêtes, une pierre qui n'était autre que le bétyle dévoré par Saturne. C'était sur le rocher de Pétrachos, non loin de Chéronée, que le Titan s'était laissé tromper si grossièrement. Une statue, placée dans le temple de Junon à Platée, le

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représentait, au moment même, où Khée lui offre la pierre enveloppée de bandages. — D'après le témoignage un peu suspect de l'empereur Julien (Or. 5), ce furent les Athéniens qui mirent les premiers en honneur le culte delà déesse. Ils lui avaient élevé un temple, en commun avec Saturne, dans le Périhole de l'Olympiura , et un temple spécial , dit Métroon , qui renfermait une statue de Rhée, faite par Phidias. Il y avait aussi un temple de la mère des dieux dans le bourg d'Anagyros. — Sur un versant du Lycée, en Arcadie, siège du culte mystique de Jupiter, se voyait le lieu où Rhée s'était délivrée de son fardeau : elle avait frappé de son sceptre le rocher, qui se fendit et laissa apparaître une source. Parrhasie avait aussi vu naître le dieu, et Phigalie honorait sa mère. Le mont d'Alésium, près de Mantinée, avait, dit-on, pris ce nom ôià tyjv "AXyjv Tyjç 'Péaç. Non loin de là se trouvait la source d'Arné , où Rhée avait enfanté Neptune-, auquel on y rendait un culte mystique. A Méthydriura elle avait trompé Saturne en lui offrant le bétyle. Une tradition populaire lui attribuait enfin pour résidence le mont Thaumasion, où elle siégeait au milieu des géants , et où les Arcadiennes l'honoraient suivant des rites particuliers. — En Éiide , Rhée avait un métroon dans le bois sacré d'Altis ,. et Olympie montrait le rocher de Saturne. Pour rehausser l'éclat du culte de Jupiter et des jeux olympiques, les Éléens rapportaient que Rhée avait confié la garde de Jupiter, amené de l'Ida dans ce pays , aux Dactyles ou Curètes Hercule, Pœonœus, Épimédès, Jasius et Idas. L'Élide conserva longtemps le culte de la déesse : postérieurement au christianisme on voit une femme du pays , qui avait reçu de Rhée sa science prophétique, prédire l'avenir aux bergers et aux laboureurs.— Les Mcsséniens réclamaient pour leur pays l'honneur d'avo ir vu croître Jupiter ; c'était sur le mont Ithome que les Curètes l'avaient amené pour le confier aux nymphes Ithome et Néda. — On trouve peu de traces du culte de Rhée en Laconje. Pausanias nous apprend cependant, qu'outre le temple consacré à Gé et à Jupiter Agorœus , sur la place du marché , les Lacédémoniens avaient élevé en l'honneur de la fille de Saturne un édifice désigné par le nom de Gasepton, et qu'Acries montrait une vieille statue de marbre qui la représentait. — Enfin , à Dyraé en Achaïe , on voyait un temple consacré à la Mère Dindyménienne et à Atys. Quant à son culte en Thrace et à Samothrace, où elle avait pour suivants les Cabires, nous en avons dit plus haut quelques mots. — B. Asie. Le culte de la Mère Idéenne et des Dactyles idéens était très-ancien sur l'Ida troyen, ainsi qu'à Andéira, dans la même contrée. En Mysic, on voyait le rocher de Rhée. A quarante stades de Lampsaque, se trouvait une colline sur laquelle étaitun temple de la mère des dieux. Non loin de Cyzique, elle avait fait jaillir une source

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du sol : le temple qu'elle avait dans la ville fut sans doute fondé par les Argonautes. On y voyait une statue de la déesse ( Mère Dindyinénienne), apportée de Proconnèse , lorsque les Cyzicéniens soumirent cette île; la face était d'ivoire et le torse d'or. On honorait aussi la Grande Mère à Placie et à Asporènc : de là ses surnoms de Placiané et d' Asporéné. Pergame rendait un culte aux Cabires. — Les localités du mont Sipyle étaient célèbres dans toute l'Asie Mineure. On montrait sur le rocher de Coddinus la plus ancienne image de la mère des dieux; Magnésie possédait un temple en son honneur, et jurait, ainsi que Smyrne, par la fameuse déesse sipylénienne (Sipyléné). Les habitants de Métropolis en lonie l'honoraient aussi, ainsi que l'attestent des médailles de cette ville. — En Lydie, on l'adorait à Sardes et à Mastaura. Le nom du premier roi de la contrée, Atys, était emprunté aux mythes de la religion phrygienne. Hérodote parle de Cybèle comme d'une divinité locale adorée à Sardes , et dont le temple fut brûlé dans l'incendie de la ville, auprès de laquelle on voyait la montagne de la Mère Dindyménienne. — Les Phrygiens n'honoraient pas moins cette déesse que les autres peuples de l'Asie Mineure. Ils étaient du reste originaires de la Thrace. « Les Bérécynthiens, dit Strabon, peuplade phrygienne, et en gêné'il tous les Phrygiens et ïroyens qui habitent l'Ida honorent la déesse Rhée et célèbrent des orgies en son honneur. » La musique bruyante qui accompagnait ces fêtes était de l'invention de la déesse elle-même, à laquelle on attribuait aussi quelquefois l invention de tous les instruments à vent. Les Dactyles , originaires de l'Ida phrygien et habiles métallurgistes , étaient les serviteurs de la déesse Adrastée, qui habitait les montagnes. « Sabazius , dit Strabon , était phrygien, et fils delà Grande Mère. » Les lieux du territoire phrygien où les Corybantes avaient été le plus en honneur étaient ravagés du temps de Strabon : ainsi , Corybantion près du Srainthius, Corybissa près de Scepsia , etc. Rhée tirait de certaines montagnes de Phrygie le surnom de Lobriné. Les riverains du Peucella, descendants des Azanes arcadiens, honoraient la déesse dans une grotte qui renfermait sa stàtue. On trouve Cybèle figurée sur les nombreuses médailles des villes suivantes , qui appartiennent toutes à la Phrygie : Acmonia, Aizani, Ancyre, Apamée, Attuda, Cadoène, Cérétape, Cibyre, Coties, Diococlies, Dionysopolis, Eucarpia, Hiéropolis, Hyrgalée, Julia, Laodicée, Lysias, etc. — Le culte de la Mère Idéenne à Pessinonte en Galatie remontait à la plus haute antiquité. Midas 1er fit bâlir un temple pour renfermer sa statue, qui consistait en une pierre noire tombée du ciel. Cette image fut transportée plus tard à Rome; mais Pessinonte n'en fut pas moins toujours regardée comme le siège principal du culte

RHÉ 425 de la mère des dieux, désignée à Pessinonte par le nom d'Agdistis. Le temple élevé par Midas se trouvait hors des murs , près du mont Dindymus, d'où la déesse tira son surnom de Dindyménienne. On montrait en ce lieu le tombeau d'Agdistis et d'Atys. La prétendue Bellone adorée à Comana n'était qu'une déesse cybélienne. Son temple était desservi par plus de six mille prêtres et hiérodules , gouvernés par un chef spirituel, qu'on choisissait toujours parmi les princes de la maison royale. D'après la remarque d'Arrien ( Péripl. 9 ), la déesse du Phase offrait de grandes analogies avec Rhée. Aussi lit-on dans Strabon ( 10. 477 ) que les Corybantes , venus de la Ractriane ou de la Colchide, furent adjoints à Rhée par les Titans. — On pense que la déesse syrienne d'Hiérapolis sur l'Euphrate n'était autre que l'épouse de Saturne. Elle était représentée avec une couronne murale et tenant un tambour; son char était traîné par des lions. Il y avait de plus des galles qui desservaient son temple. — En Egypte , on identifiait avec Rhée la mère d'Osiris. — A Rome, elle fut identifiée, à ce qu'il paraît, avec diverses déesses, telles qu'Ops , Maja , Bona dea , Terra , Fauna , etc. Mais son culte ne commença à avoir un certain éclat que du temps d'Annibal, quoique les Romains eussent dû la connaître auparavant. Le passage de Tite-Live (29, ti ) , «que du temps d'Annibal, le culte de la Mère Idéenne fut transporté de Pessinonte à Rome », ne doit s'entendre que des formes d'un culte étranger, qui se mêla à celui qu'on rendait à la Rhée hellénique. Pour honorer la nouvelle déesse, on lui éleva sur le mont Palatin un temple , interdit aux hommes , où les femmes célébraient les Mégalésies. Lucrèce donne de l'image de la déesse une description, qui la montrent en tout point analogue à Rhée; les œuvres d'art romaines;, qui représentent la mère des dieux , s'accordent aussi avec celles des Grecs. Enfin Catulle a chanté le mythe d'Atys dans une composition visiblement imitée d'un poëme grec. — Le culte de Cybèle prit une extension démesurée sous les successeurs de César ; on voit ses saints eunuques avoir accès dans les maisons des seigneurs romains , pendant que l'Italie et la Gaule se couvrent de temples en son honneur, et que les Métragyrtes inondent les provinces de l'empire. Du reste, les divers ordres de mystères allèrent toujours en se rapprochant jusqu'à une entière confusion des éléments empruntés d'un côté à la Grèce, et de l'autre à l'Asie. —III. Complément. Ainsi que nous l'avons vu , Rhée , identifiée avec diverses déesses étrangères à la Grèce , portait les noms de Grande Mère, Mère des dieux , de Cybèle (Cybélé, Cybéléis, Cybélis, Cybélégénès, Cybéléia, Cybélia), emprunté à jine montagne de Phrygie, de Basilée, de Pandore , d'Agdistis. Quant à ses épithètes locales, Andeiréné, Asporéné, Bérécyntia,

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Brirao ( Hécate), Cimméris , Djndyméné, Lobriné, Mère Idéenne, Mygdouia, Pessinuntia , Phasiané, Placiané, Sipyléné, l'histoire de son culte suffit pour les expliquer. On la désigne aussi, de même que Cérès, comme déesse adverse (antœa Daemon, antrea Méter).— Les prêtres les plus célèbres du culte de Rhée dans-les pays européens étaient les Curètes. Ils étaient au nombre de neuf , et exécutaient , en frappant leurs épées sur leurs boucliers , la danse pyrrhique connue aussi sous le nom de Prylis. Hoeck cherche à tort dans la Phrygie l'origine de la danse des Curètes et de la musique orgiaque. Voy. Curètes. Si l'on adopte l'opinion de Welcker, qui fait venir xùpêa; de xovpYjç, avec une déformation du second mot en xupa; , les Corybantes , qui se prétendaient nés à Samothrace , des fils de Cybèle et de Jasion, et exécutaient pareillement une danse armée, comme ministres du culte orgiaque de Cybèle en Phrygie , laquelle les avait initiés à ses mystères, les Corybantes, disons-nous , ne sembleraient pas autres que les Curètes crétois. D'ailleurs, ils étaient aussi an nombre de neuf. Voy. Corybantes.

On a aussi relié aux Curètes les Dactyles idéens et les Cabires. Les prêtres de la Cybèle asiatique, introduits plus tard en Europe, rappelaient par leurs orgies le caractère de la déesse qu'ils servaient. Ils parcouraient les campagnes en poussant des cris sauvages, en jouant des cymbales, en sonnant de la trompe, et, au milieu de leur délire, se frappaient avec des glaives, lis choisissaient surtout les montagnes et les forêts pour la célébration de leurs mystèresI Quant aux Métragyrtes, sans doute issus d'eux, c'étaient des moines mendiants, livrés à tous les vices. On les fustigea un jour judiciairement à Rome, pour leurs dérèglements. — Nous avons touché quelques mots du culte de Cybèle à Rome. Pendant les Mégalésies, on baignait sa statue dans l'Almo , et on la promenait ensuite processionnellement. Vers le troisième siècle , un prêtre ordinaire de Cybèle ne put être institué sans un mode particulier d'expiation , emprunté aux cérémonies chrétiennes , et qui avait lieu aussi pour consacrer une nouvelle divinité, un temple, un autel, un pontife ou un prêtre. Quand il s'agissait de la consécration d'un pontife, romain, on révètait des habits pontificaux celui qui avait été élu, et on le faisait descendre dans une fosse qu'on couvrait d'une planche percée de plusieurs trous. Alors le victimaire et les autres ministres servant aux sacrifices amenaient sur la planche un taureau orné de guirlandes ; et après l'avoir égorgé , ils en laissaient couler le sang par les trous sur le pontife, qui s'en frottait les yeux, le nez, les oreilles et la langue, parce qu'il croyait que cette cérémonie le purifiait de toute souillure. Ensuite on le retirait de la fosse tout dégouttant de sang, et on le saluait par cette formule : Suive , Ponti/ex Maxime. Il chan-

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geait d'habit, et on le reconduisait en pompe a sa maison, où la solennité se terminait par un grand repas. Cette cérémonie portait le nom de Taurobole ou de Criobole. — Le lion était consacré à Cybèle, déesse de la Terre, soit parce qu'on le considérait comme le plus puissant des animaux qui se meuvent sur la terre, soir parce qu'il abondait dans les pays où elle était plus particulièrement révérée. Un mythe tout moderne rapporte cette consécration à l'aventure d'Hlppomène. Voyez Ataiante. On lui avait aussi consacré le pin ; chaque année, suivant Firmicus, dans les Mégalésies phrygiennes , on abattait un de ces arbres et on y suspendait l'image d'Atys. Chez les Grecs , c'était le chêne qui était consacré à Rhée, ainsi que le carré et le cube et la constellation du lion. Cette déesse avait enseigné la divination à OEnone, et l'on croyait qu'elle pouvait guérir la folie. — On a peu de renseignements sur les images de la Cybèle asiatique; il paraît qu'originairement elle fut représentée par une pierre brute. En Grèce , c'est à Phidias qu'on doit l'idéal de Rhée. Vers la cent quinzième olympiade, Ni» comaque figura cette déesse assise sur un lion. Rarement on la voit debout , si ce n'est dans quelques médailles; on ne connait qu'une statue , conservée à Venise, où elle ait cette position. Le plus souvent elle est assise sur un trône , entre deux lions, et porte une couronne murale d'où descend un voile. La meilleure des statues que l'antiquité nous ait laissées d'elle est reproduite dans le Mus.Pio-Clémentin (i. tav. 80 ). Diverses médailles de l'Asie Mineure, postérieures à l'ère chrétienne, reproduisent cette figuration , ou la tête seule de la mère des dieux. Un bas-relief du Musée Vettori à Rome lui donne pour attributs, outre les deux lions, un aigle et deux colombes. Habituellement , elle a un lion à sa droite , l'autre à sa gauche; d'autres fois elle est portée sur un char traîné par deux ( ou quatre ) de ces animaux ; ou bien elle chevauche sur un lion : c'est ainsi qu'elle était représentée dans le cirque de Caracalla. Rarement Atys l'accompagne. Les quatre faces de l'autel cybellin du Musée Capitolin offrent les bas-reliefs suivants : 1. Rhée étendue au sol et prise des douleurs de la maternité. IL La déesse présentant le bétyle à Saturne. III. Assise , elle regarde Jupiter enfant , allaité par des chèvres : des Curètes exécutent une pyrrhique pour amuser le dieu. IV. Les dieux rendent hommage à Jupiter. — Une peinture de Pompé! représente Rhée amenée à Saturne par une femme aîlée. Une colonne de la même ville, à laquelle sont suspendues des flûtes et des cymbales, porte à son sommet trois lions.

— La représentation de Saturne et de Rhée comme souverains des îles heureuses, où les initiés espéraient résider après leur mort, paraît avoir pris naissance dans la mystagogie.

— Sur le vase de Poniatowski , reproduit par Millin , Rhée offre une nourriture divine à un

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serpent , figuration s\ mbolique qui se rapporte évidemment aux mystères d'Éleusis. Un basrelief de l'Hiérogaraie de Cadraus ( Zoeg3, Bassir. Ant. t. II ) offre Rhee assise au milieu des autres dieux, qui sont debout. D'autres œuvres d'art mettent la déesse dans un rapport intime avec Bacchus. Ainsi , Eupborion parle d'une statue de Rhée faite de bois de pampre. Quelquefois elle tient le dieu de Nysa. — Sur un bas-relief des Carrières de Paros, la Grande Mère, entourée de nymphes, est assise dans une grotte où elle reçoit les hommages d'un cortège de dévots. Elle seule est assise, ainsi que Pan et Syriux , places un peu plus haut sur le flanc du rocher. Un autre bas-relief la montre assistant au supplice de Marsyas; un troisième , dansant avec un Corybantc dans le temple d'Apollon, où l'on voit aussi Manto; un quatrième, assise devant Atys , qui lui offre un sacrifice. — Ue fameux autel du cardinal Cosi, décrit par Zoéga, et fort curieux quoique d'un mauvais travail, figure la déesse dans un char tiré par deux lions ; elle tient un tambour et une branche de laurier. Un pin placé devant elle couvre de ses rameaux, sur lesquels on aperçoit un coq, Atys, qui tient aussi un tambour, et auprès duquel est une houlette. Au-dessus du relief on lit cette inscription : M. D. M. I. (Matri Deum Magnae Idaeae) ET. ATTINIS. Un taureau et un bélier, symboles d'Atys et deCybéle, occupent la face opposée de l'autel : ils sont ombragés par un pin, dont les branches supportent tout l'attirail des solennités phrygiennes , des cymbales, un syrinx, un modius, un coffret, un plat, un coq , etc. Les deux autres faces présentaient autrefois divers symboles emblématiques , une flûte double, deux torches et des cymbales, faisant allusion aux courses de la déesse ; mais on ne les voit plus , l'autel ayant été scié et enclavé dans un mur. On possède d'autres autels tauro-crioboliques analogues ; un de ces monuments, trouvé a Lyon, figure le couteau destiné au sacritict*. — Parmi les œuvres d'art romaines relatives au culte de Cybèle,il faut encore mentionner un autel représentant, sur trois de ses côtés , des grelots , une houlette et des flûtes : le quatrième figure l'aventure de la vestale Claudia (voy. Navisalvia) , reproduite dans un médaillon de la première Pauline. Une pierre gravée du cabinet de Vienne montre derrière Auguste Cybèle et Neptune. Enfin un camée de la même collection représente l'impératrice Livie avec les attributs de la fameuse déesse. — Quant aux représentations qui ne sont pas directement relatives à Rhée-Cybèle, Tertullien nous apprend que Parrhasius avait peint un archi-galle. Un bas-relief, décrit par Winckeimann . figure un galle debout devant un trépied et tenant une discipline. Un de ces mêmes prêtres, dans une médaille recueillie par Eckhel (D. N. vifl. 284), accomplit Pacte de la mutilation sur son propre individu ; auprès de lui git au sol un bonnet phrygien.

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