‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 105 sur 551 · BAISER · texte numérisé non relu

BAISER

J^Eir demande pardon au» jeunes gens et air* fewnr.s demoiselles; mais ils ne Irouvcroni point ici poot- «tre ce qu'ils chercheront. Cet article n est que pour

les savans et les gens sérieux auxquels îl ne convient guère.

Il n'est que trop question de baiser dans les comédies du temps do Molière. Champagne, dans la èo médic de la Mère coquette do Quinaut, demande des baisers à Laurctlc; elle lui dit :

Ta n'es donc pas content ? vraiment c'est une lionut; Je t'ai bal* deux fois.

Quoi \ ta boîtes par compte ?

(Acte I, «cette t.)

Les valets demandaient toujours des baisers aux soulire:tcs; on se baisait snr >r ThAltrc. Cela «'tait d'ordinaire très-fade et très- insuppe. -table , snrout dans des acteurs assex vilain», qui foiraient mal au cœur.

Si le lecteur veut des baisers, qi-'il en aille chercher dans le Pastor jùfo ; il y a un c tueur entier où il n'est parlé que de baisers (<t); et la pièce n'est fondée que sur un baiser que Mirtillo donna un jour a ;a

(•) Voye* la XIT» Lettre pbilo^r 1»,^, qm for tonde section. (R.)

{a) Baci pur bocea cwiota e tcaltra

O uno, o /rente, o mono : umjnn non fia Cht parle alcuna in bella donna baci, Che baciatrice ira

Se non la boeca ; ovt V un' aima » taltra Corre c ti bacia anch' alla, t con 1 Spiriti ptllegrini ( Dà vita al bel ttsorp , Di bacianti rubini, tir.

(Ane II.)

ta?

belle Amarilli au Jeu de Collin- Maillard , un bacio molto saporito.

On connaît le chapitre sur les baisers , dans lequel Jean de la Casa, archevêque de Bénévent, dit qu'on peut se baiser de la tête aux pieds. Il plaint les grands nez qui ne peuvent s'approcher que difficilement ; et il conseille aux dames qui ont le nez long d'avoir des amans camus.

Le baiser euh une manière de saluer très-ordinaire daus toute l'antiquité. PI ut arque rapporte que les conjures, avant do tuer César, lui baisèrent le visage, la main et la poitrine. Tacite dit que, lorsque son beau-père Agricola revitit ds Rome, Domîticn le reçut avec un froid baiser, ne lui dit rien , et le laissa confondu dans la foule. L'inférieur, qui ne pouvait parvenir à saluer son supérieur en le baisant, appliquait sa bouche à sa propre main , et lui envoyait ce baiser qu'on lui rendait de méms si ou voulait.

On employait même ce signe pour adorer les dieux. Job, dans sa Parabole (i), qui est peut-être le plus ancien de nos livres connus , dit « qu'il n'a point adoré le soleil et la lune comme les autres Arabes, qu'il n'a point porté sa main à sa bouche en regardant ces astres, r>

11 ne nous est reste , dans notre Occident, de cet usage si antique, que la civilité puérile ot honnête, qu'on enseigne encore dans quelques petites villes aux en fa us, de baiser leur main droite quand on leur tlounc quelque sucrerie.

C'était une chose horrible de trahir en baisant; c'est ce qui rend l'assassinat de Cisar encore plus odieux. Nous connaissons assez les baisers de Judas; ils sont devcuus proverbe.

Joab , l'un des capitaines de David , étant fort jaloux d'Amaza, autre capitaine, lui dit (c) : «Bon jour, mon frère ; et il prit de sa main le menton d'Amaza pour le baiser, et de l'autre main il tira sa grande épée et l'assassina d'un seul coup si terrible, que toutes ses entrailles lui sortirent du corps, m

On ne trouve aucun baiser dans les autres assassinats assez frèquens qui se commirent chez les Juifs, >i ce n'est pcut-Ctrc les baisers que donna Judith au capitaine Holophcrnc, avant de lui "ouper la tete dans son lit lorsqu'il fut endormi ; mais il n'en est pas tait mention, et la chose n'est que vraisemblable.

Dans une tragédie de Shakespear nommée Othello, cet Othello, qui est un nègre, donne deux baisers à sa t.-mrac avant de l'étrangler. Cela paraît abominable ans honnCtcs gens; mais des partisans de Shakespear

Il y a quelque cliiwe de semblable daiu ces vert français dont ™ ignore l'auteur.

De cent b/iacrs . dont votre ardente flair m*. Si voua presse* M!e gorge et beaux bra». C'est vainement ; ils ne le* rendent pas. luisez la bouche, elle répond » l'Ame.

L'âme se coite aux lèvres de rubis, Aux dent* d'ivoire , 1 la lançue amoureuse , Ame conln- Ame alors rat fort heureuse , Deux n'en tout qu'une , et c'eat un paradis-

(6) Job.chap. XXXI.

(e) Livra II de* Rois, ebap. XX.

disent que c'est la belle nature, surtout dans un nègre.

Lorsqu'on assassina Jean Galeas Sforza , dans la cathédrale de Milan, le jour de saint Ëtienne ; les deux Médicis, dans l'église de Reparata; l'amiral Coligni, le prince d'Orange, le maréchal d'Ancre, les .frères Wit, et tant d'autres; du moins on ne les baisa pas.

11 y avait chez les anciens je ne sais quoi de symbolique et de sacré attaché au baiser, puisqu'on baisait les statues des dieux et leurs barbes, quand les sculpteurs les avaient figurés avec de la barbe. Les initiés se baisaient aux mystères de Cérès, en signe de concorde.

Les premiers chrétiens et les premières chrétiennes se baisaient à la bouche dans leurs agapes. Ce mot signifiait repas d'amour. Us se donnaient le saint baiser, le baiser de paix, le baiser de frère et de sœur, agion pkilema. Cet usage dura plus de quatre siècles, et fut enfin aboli à cause des conséquences. Ce furent ces baisers de paix, ces agapes d'amour, ces noms I de frète et de «cur, qui attirèrent long-temps aux ' chrétiens peu connus, ces imputations de débauche dont les prêtres de Jupiter et les prêtresses de Veste les chargèrent. Vous voyez dans Pétrone et dans d'autres auteurs profanes, que les dissolus se uommaient (>ère et saair. On crut que chez les chrétiens les mêmes noms signifiaient les mêmes infamies. Us servirent innocemment eux-mêmes à répandre ces accusations dans l'empire romain.

Il y eut dans le commencement dix-sept société» chrétiennes différentes, comme il y en eut neuf chez los Juifs, en comptant les deux espèces de Samaritains. Les sociétés qui se flattaient d'être les plus orthodoxes accusaient les autres des impuretés les plus iuconcevables. Le terme de gnosiiqtte , qui fut d'abord si honorable, et qui signifiait savant, éclaire, pur, devint un terme d'horreur et de mépris, un reproche d'hérésie. Saint Epiphane, au troisième siècle , prétendait qu'ils se chatouillaient d'abord les uns les autres, hommes et femmes, qu'ensuite ils se donnaieut des baisers fort impudiques, et qu'ils jugeaient du degré do leur foi par la volupté de ces baisers ; que le mari disait a sa femme, en lui présentant un jeune iuitié : « Fais l'agape avec mon frère; >» et qu'ils l'osaient l'agape.

Nous n'osons répéter ici dans la chaste langue française ce que saint Epiphane ajout* en grec (</). Nous dirons seulement que peut-être on en imposa un peu à ce saint ; qu'il se laissa emporter à sou zèle , t —— ^ — — — ■ - — — —

;<t) En voici la traduction littérale en latin (*) : Postquâm \ eni'm inler «e permixli fucrunt ptr »corl«lionr'« aflertum, intuper blaiphemiam suant in carium cxttndunt. El suscipit quidetn mu lier cul a , ifemque vîr, fturum à maiculo in propriat ruai manu»; et «tant ai corium intuentei; et immuniitiam in manibui habtntet , prtcantur nimirùm ttratiotici quidam et gnottici appellati, ai paXrttn, ut at'tsnl, itmVeraorum, offertntet ipsum i hoc quod in manibut habent et dicuitt : Offtrimut tibi hoc io- ' nuis corpus Chritli. Et tic iptum edunt, assumantes suant ipsonin imntundifiam, et Aicunl : Hoc est corpus Chritti, *t hoc «si patcha. litô patiuntw cerpora nottra , cl coauntur confiteri pattionem Chritti. Eoiem verô modo rtiam itfœmind, ubi contiaerit iptam in sanjuinis fluxu esse, mcmtruum coilectum ab

(*) Épipbane, contra narres., lib. I , tome i.

et que tous les hérétiques ne sont Lauchés.

La secte des piétistes, en voulant imiter les premiers chrétiens, se donne aujourd'hui des baisers de paix en sortant de l'assemblée , et en s 'appelant mon frire, ma saur ; c'est ce que m'avoua, il y a vingt ans, une pîétiste fort jolie et fort humaine. L'ancienne coutume était de baiser sur la bouche; les piétistes l'ont soigneusement conservées.

Il n'y avait point d'autre manière de saluer If s dames en France, en Allemagne, en Italie, en Angleterre; c'était le droit des cardinaux de baiser les reines sur la bouche, et même en Espagne. Ce ^-i est singulier, c'est qu'ils n'eurent pas la môme prorogative eu France, où les dames eurent toujours plus de liticrté que partout ailleurs ; mais chaque p<iy< a ses ceremontes, et il n'y a point d'usage si général que le hasard et l'habitude n'y aient mis quelque exception. C'eût été une incivililé, un affront, qu'une dame honnête, en recevant la première visite d'un seigneur, ne le baîsit pas a la bouche , malgré ses moustaches, u Ccst une déplaisante coutume, dit Montaigne (e), et injurieuse aux dames, d'avoir à prêter leurs lèvres à quiconque a trois valets à sa suite, pour mal plaisant qu'il soit. » Cette coutume était pourtant la plus incicnno du monde.

S'il est désagréable à une jeurc ei jolie bouche de se coller par politesse à une bo-cîie vieille et laide , il y avait un grand dangereuse des bouches fraîches cl vermeilles de vingt à vingt-ci jq an* ; et c'est ce qui fit abolir enfin la cérémonie du baiser dans les mys- <t-res et dans les agapes. Cest ce qui fit enfermer les lem mes chez les Orientaux, afin qu'elles ne baisassent que leurs pères et leurs frères; coutume long -temps introduite eu Espagne par les Arabes.

Yoici le danger : il y a un nerf do la cinquième paire qui va de la bouche au cœur, et de là plus bas; tant la nature a tout préparé avec l'iodustrio la plus délicate! Les petites glandes des lèvres, leur tissu spongieux, leurs mamelons veloutés, la peau fine et chatouilleuse , leur donnent un sentiment exquis et voluptueux , lequel n'est pas sans analogie avec une partie plus cachée et plus sensible encore. La pudeur peut souffrir d'un baiser long -temps savouré entre deux piétistes de dix-huit ans.

11 est à remarquer que l'espèce humaine , les tourterelles et les pigeons sont les seuls qui connaissent les baisers; de là est venn chez les Latins le mot

iptâ immunditiâ unguintn acetjitum in commun* edunt; et hic cit ( impùunl) tangu'u Chr'uti.

Comment saint Épiphane eûl-il reproché de» turpitudes si exécrable* à la plus «avanut de» première» tociéles chrétiennes . m elle n'avait pu donné lien i ce» accusation»? comment ou i il tes accusât s'ils étaient innocent? Ou taint Ëpiphane était le plut •■xtraTagant det calomniateurs, on ces Knottiqaet étaient let dissolus les plus infilme*, et en même temps l>> plus détraulilc» hypocrites qui fessent sur 1a terre. Comment accorder de icîlen eontrsdictions? comment sauver le berceau de notre église triomphante, de* horreur» d'un tel scandale? Certes, rien n'est pins propre & nout faire rentrer en non» mêmes, a nous fiiirc senur urtre extrême misère;

'e) Livre îTt , cltap. V.

colutnbatlm , que notre langue n'a pu rendre. 11 n'y a rien dont on n'ait abusé. Le baiser, destiné par la nature à la bouche, a été prostitué souvent à des membranes qui ne semblaient pas faites pour cet usage. On sait de quoi les templiers furent accusés.

Nous ne pouvons honnêtement traiter plus au long ce sujet intéressant, quoique Montaigne dise : « U en faut parler sans vergogne : nous prononçons hardiment tuer, blesser, trahir, et de cela nout n'oserions parler qu'entro les dents. »

BALA, BATARDS.

Bal*. , servante de Rachel , et Zelpha , servante de Lia, donuèrent chacune deux enfans au patriard's Jacob; et vous remarquerez qu'ils héritèrent comme fils légitimes, aussi-bien que les huit autres enfaus mâles que Jacob eut des deux sœurs Lia et Rachel. 11 est vrai qu'Us n'eurent tous pour héritage qu'une bénédiction, au lieu que GuiUaumc-le-Batard hérita de la Normandie.

Thicrri, bâtard de Clovis, hérita de la meilleure partie des Gaules, envahie par son père.

Plusieurs iois d'Espagne et de Nantes ont été bâtards.

En Espagne les Mtards ont toujours hérité. Le roi Henri de Transtamare ne fut point regardé comme roi illégitime, quoiqu'il fût eufant illégitime ; et cette tacc de bâtards, fondue dans la maison d'Autriche, a régné en Espagne jusqu'à Philippe Y.

La race d'Aragon , qui régnait à Naplcs du temps île Louis XII, était bâtarde. Le comte de Dunois signait : Le Bâtard d'Orléans; et l'on a conservé long* temps des lettres du duc de Normandie , roi d'Angleterre , signées : Guillaume le Bâtard.

En Allemagne, il n'en est pas de môme : on veut des races pures ; les bâtards n'héritent jamais des fîcfa , et n'ont point d'état. En France, depuis longtemps , le bâtard d'un roi de peut être prêtre sans ■me dispense de Rome; mais il est prince sans difficulté, dès que le roi le recanSklt pour le fils de son péché , fût-il bâtard adultérin de pire et de mère. Il en est de même en Espagne. Le bâtard d'un roi d'Angleterre ne peut être prince, mais duc. Les bâtards de Jacob ne furent ni ducs ni princes, ils n'eurent point do terres ; et la raison est q»te leur père n'en avait point; mats on les appela depuis patriarches , comme qui dirait archipercs.

On a demandé si les bâtards des papes pouvaient cire papes à leur tour. Il est vrai que le pape Jean XI érait bâtard du papo Sergius III et de la fameuse Marozic : mais un exemple n'est pas une loi. {V oyez à l'article Loi, comme toutes les lois et tous 1er usag<" ;c contredisent.)

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