‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 149 sur 551 · CIRCONCISION · texte numérisé non relu

CIRCONCISION

Loksque Hérodote raconte ce que lui ont dit les barbares chez lesquels il a voyagé, il raconte des sottises; et c'estxe-que font la plupart de nos voyageurs; aussi n'exige -t- il pas qu'on le croie quand il parti de l'aventure de Gjgès et de Candaule, d'Arion porté scr un dauphin, et de lo racle consulté pour savoir ec que fesaît Crésus , qui répondit qu'il fesait cuire alors une tortue dans un pot couvert; et du cheval de Darius qui , ayant henni le premier de tous, décJnra i , et de cent autres fables propre* à des enfant , et à être compilées par des rhét; mais quand il parle de ce qu'il a vu, des des peuples qu'il a examinées, de leurs qu'il a consultées, il parle alors à des

hommes.

« Il semble, dit-il au livre d'Euterpc, que les habita us de la Colchide sont originaires d Egypte : j'en juge par moi-.xémc plutôt que par oui-dire , car l'ai trouvé qu'en ColcbiJc on se souvenait bien plus des anciens Egyptiens qu'on ne se ressouvenait des anciennes coutumes de Colcbos en Egy pte.

m Ces habit uns des bords du Pont-Euxin prétendaient Cire une colonie établie par Séscstris ; pour moi, je le conjecturerais non-seulement parce qu'ils sont basanés , et qu'ils ont les cheveux frisés , mais parce que les peuples de Colchide , d'Egypte ctdÊthiopic sont les seuls sur la terre qui se sont fait circoncire de tout temps; car les Phéniciens, cl ceux de la Palestine avouent qu'ils ont pris la circoncision des Egyptiens. Les Syricus qui habitent aujourdbui sur les rivages du Theroiodon et de Patbcnic , et les Muerons, leurs voisins, avouent qu'il n'y a pas long-temps qu ils se sont conformes à celte coutume d'Egypte; c'est par la principalement quils sou. reconnus pour Egypticus d'origine.

« A l'égard de ! Ethiopie cl de 1 Egypte, comme cette cérémouic est 1res -ancienne chez ces deux nations, je ne saurais dire qui des deux tieiU la circoncisiou de l'autre; il est toutefois vraisemblable

que les Ethiopiens la prirent des Egyptien»; comme, au contraire,, les Phéniciens ont aboli l'usage de circoncire le» enf.it) % nouveaux-nés, depuis qu'ils ont eu plus de commerce avec les Grecs. »

Il est évident, par ce passage d'Hérodote, qu« plusieurs peuples avaient pris la circoncision de l'Egypte; mais aucune nation n'a jamais prétendu ayoir régula circoncision des Juifs. A .jui peut-on donc attribuer l'origine de cette coutume , ou à la nation de qui cinq ou six autres confessent la tenir, ou à une autre nation bien moius puissante, moins commerçante, moins guerrière, cachée lins un coin de l'Arabie Pétréc , qui u a jamais communiqué le moindre de scs-Msages a aucun peuple?

Les Juifs disent «/ils ont été reçus autrefois par charité dans l'Egypte.; n'est-il pas bien vraisemblable que lcpetit peuple a imité uu usage du grand peuple, et que les Juils ont pris quelques coutumes de leur» maîtres?

Clément d'Alexandrie rapporte que Pytbagorc , voyageant chez les Egyptiens, Oit obligé de se faire circoncire pour être admis à leurs mystères ; il fallait donc absolutneut être circoncis pour être au nombre des prêtres d'Egypte. Ces prêtres existaient lorsque Joseph arriva en Egypte; le gouvernement était trèsancien , et les cérémouies antiques dp l'Egypte observées avec la plus scrupuleuse exactitude.

Les Juifs avouent qu'ils demeurèrent pendant deux cent cinq ans en Egypte; ils disent qu'ils ne se firent point circoncire dans cette espace de temps : il est donc clair que, pendant deux cent cinq ans, les Egyptiens n'ont pas reçu la circoncision des Juils ; l'auraieut-il? prise d'eux après que les Juifs leur eurent volé tous les vases qu'où leur avait prêtés, et se furent enfuis dans le désert avec leur proie, selon leur propre témoignage ? Un maître adoptcra-t-il la principale marque ac la religion de son esclave voleur et fugitif? cela n'est pat dans la nature humaine.

Il est dit , dans le V. /rc de Josue, que les Juifs furent circoncis dxns le désert, v Je vous ai délivrés de ce qui fesait vo i c opprobre chez les Egyptiens. » Or, quel pouvait êln cet opprobre pou>- des gens qui se trouvaient entre les peuples de t'hénicic, les Arabe* et les Egyptiens, si ce n'est ce qui les rendait méprisables à ces trois nalicns ? comment leur dtc-l-on cet opprobre? en leur étant un peu de prépuce : n'est-ce pas là le sens naturel de ce passage ?

La Genèse dit qu'Abraham a*.-jt été circoncis auparavant; mais Abraham voyage) en Egypte, qui était depuis long-temps un royaume florissant , gouverné par un puissant roi ; rien n empêche que dans ce royaume si anc en la circoncision ne fui établie. De plus la circoncision d'Abraham n'eut point de suite ; sa postérité ne fui circoncise que du temps de Josué.

Or avant Josité les Israélites, d<* leur aveu même, prient beaucoup de coutumes des Egyptiens; iU les imitèrent dans plusieurs sacrifie», dans plusieurs cérémonies, comme dans les jeunes qi'*on ohtervait les veilles des fclcs d'isis, dans les ablutions, dans la coutume de raser la trie des prêtres; l'encens, le caudela'irc, le sacrificode la vache rousse, la purification avec de l it) tope , I abstinence du Cocboa ,

l'horreur des ustensiles de cuisluc des étrangers , tout atteste que le petit peuple hébreu, malgré son aversion pour la grande nation égyptienne , avait retenu une infinité d'usages de ios anciens maîtres. Ce bouc Har.ar.cl qu'on envoyait dans le désert , chargé des péchés du peuple , .-tait une imitation visible d'une pratique égyptienne; les rabbins conviennent même que le mol d'Hazazcl u'est poiut hébreu. Ricu n'empêche donc que les Hébreux n'aic-l imité les Egyptiens dans la circoncision , comme fesiient les Arabes li-urs voisins.

Il n'est point extraordinaire que Dîcu, qui a sanctifié le baptême si ancien chez les Asiatiques, ait sanctifié aussi la circoncision non ■moins ancienne chez les Africains. Ou a déjà remarqué qn'il est le maître d'attacher ses grâces au* signes qu'il daigne choisir.

Au reste , depuis que sous Josué le peuple juil' eut été circoncis, il a conservé cet usage jusqu'à nos jours ; les Arabes y ont aussi toujours été fidèles; mai-, les Egyptiens, qui dans les premiers temps circoncisaient les garçons et les filles, cessèrent avec le temps de faire aux lilles cette opération, cl enfin la rcslrci ijnirciil aux prêtres, aux astrologues et aux prophètes. C'est ce que Clément d'Alexandrie et Origcuc nous apprennent. En effet, on ne voit poiut que le* l'tolomées aient jamais reçu la circoncision.

Des auteurs latins qui traitent les Juifs avec un si profond mépris qu'ils les appellent curlus aprlla , par dérision , . l etLtt Judirm api-Ha , ami Juihei . uc'don «eut point de ces épillietcs aux Egyptiens. Tout 1* peuple d'Egypte est aujourd'hui circoncis; mais par une autre raison, parce que le mabométisme adopta l'ancienne circoncision de l'Arabie.

(Test cette circoncision arabe qui a passé chez, les Ethiopiens, où l'on circoncit encore les garçons et les filles.

Il faut avouer que cette cérémonie de la circoncision paraît d'abord bien étrange ; mais ou doit remarquer que de tout temps les prêtres de l'Orient se consacraient à leurs divinités par des marques particulières. On gravait avec un poinçon une feuille de lierre sur les prêtres de Baccbus. Lucien nous dit que les dévols a la déesse Isis s'imprimaient «les caractères sur le poignet et sur le cou. Les prêtres de f'.yhclc se rendaient eunuques.

11 y a grande apparence que les Egyptiens, qui révéraient l'instrument de la génération, et qui en portaient l'image en pompe dans leurs processions, imaginèrent d'offrir à Isis et Osiris, par qui tout s'engendrait sur la terre, une partie légère du membre par qui ces dieux avaient voulu que le genre humain se perpétuât. Les anciennes mœurs orientales sont si prodigieusement différentes des nôtres, que rien m doit paraître extraordinaire à quiconque a un peu de lecture. Vu Parisien est tout surpris quand on lui dit que les Hotteutots font couper à leurs enfons mâles un testicule. Les Ho'tcntots sont peut-être surpris que les Parisiens en gardent deux.

Cl KL . S.

Pli sivtm doctes, et Rollin après eux, dans un *icr|e o'- l'on cultive sa raison, nous onl assuré que

I Javan, qu'on suppose être le père des Grecs, était petit-fils de Noé. Je le crois, comme je crois que Perséc était le fondateur du royaume de Perse, et Niger de la Nîgritie. C'est seulement un de mes chagrins que les Grecs n'aient jamais connu ce Noé le véritable auteur de leur race. J'ai marque ailleurs mon étonnement et ma douleur qu'Adam, notre père à tous, ait été absolument ignoré de tous, depuis le Japon jusqu'au détroit de Lcmaire, excepté d'un petit peuple , qui n'a lui-même été connu que très-tard. I j« science des généalogies esi sans doute très-certaine , mais bien difficile.

Ce u'est ui sur Javan, ni sur Noé, ni sur Adam qu<tombent aujourd'hui mes doutes, c'est sur Cirus; «•; |c ne recherche pas laqueile des fables débitées sur Cirus est préférable, celle d'Hérodote ou de Ctésias, ou celle de Xénophon , ou 4c Diodorc , ou de Justin,

• qui toutes se contredisent. Je ne demande point pourquoi on s'est obstiné à donner ce nom de Cirus à un barbare qui s'appelait Rosrou, et ceux de Ciropolis . de Pcrsépolis, à des villes qn: ne se nommèrent jamais aiusi.

Je laisse là tout ce qu'on a dit du grand Cirus, ci jusqu'au roman de ce nom, et jusqu'aux voyages que l'Ecossais Ramsay lui a fait entreprendre. Je demanda seulement quelques instructions aux Juifs sur ce Ci rus dont ils ont parlé.

Je remarque d'abord qu'aucun historien n'a dit un ) mot des Juifs dans l'histoire de Cirus, et que les Juifs I sont les seuls qui osent faire mention d'eux -même» en parla ni de ce prince.

ils ressemblent en quelque sorte à certaines gens qui disaient d'un ordre de citoyens supérieur à eux : A'omî connaissant messieurs , mais messieurs ne now ronna'n-ent p<t;. H en est de même d'Alexandre par J rapport aux Juifs. Aucun historien d'Alexandre n'a I mêlé le nom d'Alexandre avec celui des Juifs; mais Josèpbe ne manque pas de dire qu'Alexandre vint rendre s«s respects à Jérusalem; qu'il adora je ne sais quel pontife juif nommé Jaddus, lequel lui avait autrefois prédit en songe la conquête .le la Perse. Tous les petits se rengorgent; les grands songent moins a leur grandeur.

Quand Tarif vient conquérir l'Espagne, les vaincus lui disent qu'ils l'ont prédit. On en diî autant i, Gengis, à Taraerlan, à .Mahomet II.

A Dieu ne plaise que je veuille comparer les prophéties juives à tous les diseurs de bonne aventure qui font leur cour aux -ictorieux , et qui leur prédisent ce qui leur est arrivé. Je remarque seulement que les Juifs produisent des témoignages de leur nation sur Cirus, environ cent soixante aos avant qu'il fut au monde.

On trouve dans Isaie (chap. XLV) : « Voici ce que dit le Seigneur à Cirus qui est mon Christ; que j'ai pris par la main pour lui assujettir les nations, pour mettre en fuite les rois, pour ouvrir devant lui les portes : Je marcherai devant vous ; j'humilierai le» grands; je romprai les coffres; je vous donnerai l'argent caché, afin que vous sachiez que je suis le Seigneur, etc. »

Quelques savans ont peine à digérer que le Sei-

gncur gratifie du nom «le ton Christ un profane de la religion de Zoroastrc. Ils osent dire que les Juifs fireut comme tous les faibles qui Qatlcnt les puissans, qu'ils supposèrent des pn diction eu faveur de Cii us.

Ces savans ne respectent pas plus Daniel qu'Isaie. Ils traiteul toutes les prophéties attribuées a Daniel avec le m{ me mépris que saiut Jérôme montre pour l'aventure de Suzanne, pour celle du dragon de Délits, et pour les tiois enfans Je la fournaise.

Ces savans ne paraissent pa:. assez pénétrés d'estime pour les piophèlcs. l'Iusicurs même d'entre eux prétendent qu'il est métaphysi«|ucmcnl impossible de voir clairement l'avenir; qu'il y a une contradiction formelle à voir ce qui n'est point ; que le futur n'existe pas., et par conséquent ne peut être vu ; que les fraudes

eu ce genre sont innombrables chez toutes les nations; qu'il faut enfin se défier de tout dans 1 histoire ancienne.

Ils ajoutent que, s'il y a aroais eu une prédiction formelle, c'est celle de la découverte de l'Amérique dans Scncquc le Tragique (Méd'V, acte III, scène 3) :

Venieut anni$ taecula strù Quibus Octanut vi'nriitu rr.'um Laxet, tl in ijens paUat ldhu,etc.

Les quatre étoiles du pôle antarctique sont annoncées encore plus c aircuient dans le Dante. Cependant perso nue ne s'est avisé df prendre Scncquc et Alighicri Dante pour des devins.

Nous sommes bien loin d'être du sentiment de ces savans, nous nous bornons a être extrêmement circonspects sur les prophètes de nos jours.

Quant à I liis.oire de Cirus, il est vraiment fort difficile de savoir s'il mourut de sa belle mort, ou si Thcmiris lui fit couper la tête. Mais je souhaite, je l'avoue, que les savans qui font couper le cou à Cirus, aient raison. Il n'est pas mal que ces illustres voleurs de grand chemin, |ui vont pillant et ensanglantant la terre, soient vn peu ebatus quelquefois.

Cirus a toujours été destiné à devenir le sujet d'un roman. Xénophou a commencé , et malheureusement Ramsay a fini. Enfin , pour fur: ;oir quel triste sort attend les héros, Dauchet a fait une tragédie de Cirus.

Cette tragédie est entièrement ignoréc. La Cyropédie de Xénophon est plus counuc , parce qu'elle est d'un Grec. Les Voyais <tV Ciru* le sont bca-icoup moins, quoiqu'ils aient été imprimés en anglais et eu français, et qu'on y ail prodigué l'érudition.

Le plaisant du roman intitulé Voyage* de Cirus, consiste à trouver un Messie partout, à Mcmpbis, 1 Babylonc, à Écbatanc, à Tyr comm* à Jérusalem, et chez Platon comme dans l'Évangile. L'auteur, ayant été quaker, auabapliste , anglican, presbytérien, était venu se faire fénélonistc à Cambrai sous l illustre auteur du Télcmaquc. Étant devenu depuis précepteur de l'enfant d'un grand seigneur, il se crut fait pour instruire l'univers et pour le gouverner; il donne en conséquence des leçons à ('iras pour devenir le meilleur roi de i'uuivcrs et le théologien le plus orthodoxe.

Ces deux rares qualités paraissent assez incompatibles.

Il le mène » l'école de Zoroastrc, et ensuite à celle

PUT. F lit'

du jeune Juif Daniel, le plus grand philosophe qui ait jamais été. Car nou-sculcmcnt il expliquait tous les songes (ce qui est lo fin de la science humaine) ; mais il devinait tous ceux qu'on avait faits; cl c'est à quoi nul autre que lui n'est encore parvenu. On s'attendait que Daniel présenterait la belle Suzanne au prince , c'était la marche naturelle du roman ; mais il n'en fit rien.

Cirus en récompense a de longues conversations avec le grand roi Nabuchodouosor , dans le temps qu'il était bœuf; et Rainsay fait ruminer Nabuchodonosor en théologien très-profond.

Et puis, élonnez-vous que le prince (*), pour qui cet ouvrage fut composé, aimât mieux aller à la chasse ou a l'Opéra que de le lire.

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