COQUILLES (DES
Et des systèmes Mtis sur des coquilles.
Il est arrivé aux coquilles la même choie qu'aux anguille»; elles ont fait éclore des systèmes nouveaux. Ou trouve dans quelques endrous de ce globe des amas de coquillages, on voit dans quelque* autres des huîtres pétrifiées : de la an a conclu que , malgré les lois de la gravitation et celle des fluides, et malgré la profoudeur du lit de l'Océan, la mer avait couvert toute la terre il y a quelques millions d'années.
La mer, ayant inondé ainsi successivement la terre, a formé les montagnes par ses courans , par ses marées; et, quoique son flux ne s'élève qu'à la b
*■ sur nos cotes , elle a prodoit des roches hautes de
dix-huit mille pieds.
Si la mer a été partout, il y a eu nu temps ou le monde n'était peuplé que de poissons. Peu à peu les nageoires sont devenues des bras; la queue fourchue, ••étant allongée, a formé des cuisses et des jambes; enfin les poissons sont devenus des hommes, et tout cela s'est fait en conséquence des coquilles qu'on a déterrées. Ces systèmes valent bien 1 horreur du vide , les formes substantielles, la matière globuleuse, subtile, canucléc, striée, la négation de l'existence des corps , la baguette divinatoL-e do Jacques Aimard , l'harmonie préétablie et le mou/cmeuî pcrpiluel.
Il y a, dit-ou, des débris immeuscs du coquilles auprès dcMastricht. Je ne m'y oppose pas, quoique je n'y en aie vu qu'une très-petite quantité. La mer a fait d'horribles ravages dans ces quartiers-là ; elle a englouti la moitié de la Frise, elle a couvert des terrains autrefois fertiles, elle eu a abandonné d'autres. Ccst une vérité reconnue, personne ne conteste les changement arrivés sur la surface du globe dans une longue suite de siècles. Il se peut physiquement, et sans oser contredire nos In res sacrés, qu'un tremblement de terre ait fait disparaître 1 île Atlantide neuf mille ans avant Platon, comme il le rapporte, quoique ses mémoires ne soient pas surs. Mais tout cela ne prouve pas que la mer ail produit le mont Caucase, les Pyrénéca et les Alpes.
On prétend qu'il y a des ftagmens de coquillages à Montmartre et à Courtagnon auprès de Hcims. On en rencontre presque partout ; mais non ras sur la cime des montagnes, comme le suppose le système de Maillet.
Il n'y en a pas une seule sur la chaîne des hautes montagnes depuis la Sierra-Morena jusqu'à la derrière cime de l'Apennin. J'en ai fait chercher sur le mont Saint -Gothard, sur le Saint - Bernard ; daus les montagnes de la TarenUise , on n'en a pas de- •ouvert.
Un seul physicien m'a écrit qu'il » trouvé une écaille d'huître pétrifiée vers le mont Cénis. Jo dois le croire et je suis très-étonné qu'on n'y en ait pas va des centaines. Les lacs voisins uourrissent de grosses moules dont l'écaillé ressemble parfaitement aux huîtres ; on les appelle mCme petites k-Uics dans plus d'un canton.
Est-ce d'ailleurs une idée tout-à fait romanesque, de faire réflexion à la foule innombrable de pèlerins qui partaient à pied de Saint-Jacques en Galice et de toutes les provinces , pour aller à Home par le mont Cénis, chargés de coquilles à leurs bonnets? Il en venait de Syrie , d'Egypte, de Grèce, comme de Pologne et d'Autriche. Lu nombre des roniipètea a été mille fois plus considérable que celui des bagis qui ont visité la Mecque et Médine, parce que les chemins de Rome sont plus faciles et qu'on n'était pas forcé d'aller par caravanes. En un mot, une buîlroprès, du mont Cénis ne prouve pas que l'océan Indien ait enveloppé toutes les terres de notre hémisphère.
On rencontre quelquefois, en fouillant la terre, des pétrifications étrangères, comme on rencontre dans l'Autriche des médailles frappées à Rome. Mai», pov
•me pélrific^ion étrangère, il y en a mille de nos climats.
Quelqu'un a dit qu'il aimerait autant croire fe marbre composé de plumes d'autruches que de croire le porphyre composé de pointes d'oursin. Ce quelqu'un-là avait grande raison, si je ne me trompe.
On découvrit, ou l'on crut découvrir, il y a quelques années, les ossemens d'un renne et d'un hippopotame près dîlamj.cs, et de là on conclut q^uc le Nil et la Laponic avaient été autrefois sur le chemin de Paris à Orléans. Mais on aurait dû plutôt soupçonner qu'un curieux avait eu autrefois dans son cabinet le squelette d'un renne et celui d'un hippopotame. Cent exemples pareils invitent à examiner long-temps avant que de croire.
Amas de coquilles.
Mille endroits sont remplis de mille débris de testacés, de crustacés, de pétrifications. Mais remarquons, encore une fois, que ce n'est presque jamais ni sur la croupe , ni dans les flancs de cette continuité de montagues dont la surface du globe est traversée ; c'est à quelques lieues de ces grands corps, c'est au milieu des terres, c'est dans des cavernes, dans des lieux où il est très -vraisemblable qu'il y avait de petits lacs qui ont disparu, de petites rivières dont le cours est changé, des ruisseaux considérables dont la source est tarie. Vous y voyez des débris de tortues, d'écrevisses, de moules, de colimaçons, de petits crustacés de rivière , de petites huîtres semblables à celles de Lorraine ; mais de véritables corps ■marins, c'est ce que vous ne voyez jamais. S'il y en avait, pourquoi n'aurait-on jamais vu d'os de chien* marins, de requins, de baleines?
Vous prétendes que la mer a laissé dans nos terres des marques d'un très-long séjour. Le monument le plus sûr serait assurément quelques amas de marsouins au milieu de l'Allemagne; car vous envoyés des milliers se jouer sur la surface de la mer Germanique dans un temps serein. Quand vous les auret découverts et que je les aurai vus à Nuremberg et 4 Francfort , je vous croirai ; mais en attendant permettez-moi de ranger la plupart de ces suppositions avec celle du vaisseau pétrifié, trouvé dans le canton de Berne , a cent pieds sous terre , tandis qu'un de ses ancres était sur le mont Saint-Bernard.
J'ai vu quelquefois des débris de moules et de colimaçous qu'on prenait pour des coquilles de mer.
Si on songeait seulement que dans une année plu* vicuse il y a plus de limaçous dans dix lieues de paya que d'hommes sur la terre, on pourrait se dispenser de chercher ailleurs l'origine de ces fiagmcns de coquillages dont le bord du Rhône et ceux d'autres rivières sont tapissés dans l'espace de plusieurs milles. Il y a beaucoup de ces limaçons dont le diamètre est do plus d'un pouce. Leur multitude détruit quelquefois les vignes et les arbres fruitiers. Les fragmens dt leurs coques endurcies sont partout. Pourquoi donc imaginer que des coquillages des Indes sont venus s'amonceler dans nos climats, quand nous en avons chez nous par millions? Tous ces petits fragment de coquilles, dont od fait Uni de bruit pour accréditer
un système, sont pour la plupart si iuformes, si usés, si méconnaissables qu'on pourrait également parier que ce sont des débris d'écrevisses ou de crocodiles, ou des ongles d'autres animaux. Si on trouve une coquille bien conservée dans le cabinet d'un curieux , on ne sait d'où elle vient, et je doute qu'elle puisse servir de fondement à un système de l'univers.
Je ne nie pas, encore une fois, qu'on ne rencontre à cent milles de la mer quelques huîtres pétrifiées , des conques, des univalvcs, des productions qui ressemblent parfaitement aux productions marines ; mats est -on bien sûr que le ôoI de la terre ne peut enfanter ces fossiles? La formation des agates arborisées ou herborisées ne doit -elle pas nous faire suspendre notre jugement ? Un arbre n'a point produit l'agate qui représente parfaitement un arbre; la mer peut aussi n'avoir point produit ces coquilles fossiles qui rr* semblent à des habitations de petits animaux marins. L'expérience suivante en peut rendre témoignage.
De la grotte des Fées.
Les grottes où se forment les stalactites et les stalagmites sont communes. Il y en a dans presque toutes les provinces. Celle du Chablais est peut-être la moins connue des physiciens et qui mérite le plus de l'être. Elle est située dans des rochers affreux, au milieu d'une forêt d'épines, à deux petites lieues de Ripaille , dans la paroisse de Féterne. Ce sont trois grottes en voûte l'une sur l'autre , taillées à pic par la nature dans un roc inabordable. On n'y peut monter que par une échelle, et il faut s'élancer cusuite dans ces cavités en se tenant à des branches d'arbres. Cet endroit est appelé par les gens du lieu la Grotte des fées. Chacune a dans son fond un bassin dont l'eaupasse pour avoir la même vertu que celle de Sainte- Rciue. L'eau qui distille de la supérieure, à travers le rocher, y a formé dans la voûte la figure d'une poule qui couve des poussins. Auprès de cette poule est une autre concrétion qui ressemble parfaitement • un morceau de lard avec sa couenne, de la longueur de près de trois pieds.
Dans le bassin de cette même grotte , où l'on se baigne, on trouve des figures de pralines telles qu'on les vend chez les confiseurs, et à côté la forme d'ui» rouet ou tour à filer avec la quenouille. Les femme* des environs prétendent avoir vu dan; l'enfoncement une femme pétrifiée, au-dessous du rouet : mais les observateurs n'ont point tu en dernier lieu cette femme. Peut-être les concrétions stalactitiques avaient dessiné autrefois une figure informe de femme; et c'est ce qui fit nommer cette caverne la Grotte des fées.
11 fut un temps qu'on n'osait en approcher; mais depuis que la figure de la femme t disparu , on es* devenu moins timide.
Maintenant, qu'un philosophe à système raisoqne sur ce jeu de la nature , ne pourrait-il pas dire : Voilà des pétrifications véritables ? Celte grotte était habitée, sans doute, autrefois par une femme; elle filait ■u rouet, son lard était pendu au plancher, elle avaif auprès d'elle sa poule avec ses poussins; elle mangeait des pralines lorsqu'elle fut changée eu roeber
elle et s** poulets , et son lard , et son rouet, et m quenouille , et ses pralines , comme Edith , femme de Loth fut changée en statue de sel. L'antiquité fourmille de ces exemples.
11 serait bien plus raisonnable de dire , cette femme fut pétrifiée, que de aire, ces petites coquilles viennent de la mer des Indes; cette écaille fut laissée ici par la mer il y & cinquante mille siècles; ces glossopèlrcs sont des langues de marsouins qui s'assemblèrent un jour sur cette colline pour n'y laisser que leurs gosiers; ces pierres en spirale renfermaient autrefois le poisson iïaulitiu que personno u'a Jamais vu.
Du falun de Touraine et de ses coquilles
Oa regarde enfin le falun de Touraine comme le monument le plus incontestable de ce séjour de l'Océan sur noire continent dans une multitude prodigieuse de siècles; et la raison, c'est qu'on prétend que cette mine est composée de coquilles pulvérisées.
Certainement si à trente-six lieues de la mer il était d'immenses bancs de coquillages marins , s'ils étaient posés à plat par couches régulières, il serait démontré que ces bancs ont été le rivage de la mer : et il est d'ailleurs très-vraisemblable que des terrains bas et plats ont été tour-à-tour couverts et dégages des eaux jusqu'à trente et quarante lieues ; c'est l'opinion de toute l'antiquité. Une mémoire confuse s'en «*t conservée , et c'est ce qui a donné lieu à tant d* iVbles.
JVtt «qui Jem dur art dits tub imagine eJdtm Crtdiderim. Sic ad ftrrum venittis ab aaro, Stcuia. Sic totitt versa ut foriuna locorum, Vidi ego quod fuerat quonAam tolidittim* tellut Este fretum. Vidi fadas ex arquort Urrat : Et procul à pdaao ecmchm jaeuere m a £t velus inventa tsl in montibut anc Quoique fuit campus, vallon det Ftelt : et eluvit mom est dtductut in eequor . Eque paludo'd siccit humus ont aranit : Qumque sitim tulerant, ttaqneta palud&ui hument
Ccst ainsi que Pylbagorc s'explique dans Ovide. Voici une imitation de ces vers qui en donticra l'idée.
Le temps, qui donne a ion* le mouvement et l'être, Produit , accroît , détruit, fait mourir, Sait renaître, Change tout dans Ira cieux , »ur la terre et dana l'air. L ige d'or à son tour suivra l'âge de fer. Flore embellit de» champ» l'aridité sauvage. La mer change *on lit, un flux et »oo rivage. Le limon qui noui porte est tsé du sein des eaux. Ou croissant les moissons voguèrent le* vaisseaux. La main Icnle du temps aplanit le» montagnes ; Il creuse les vallon», il .umd les campagne», Tandis que l'Fiemel, le touveraîo des temps, Demeure inébranlable en ces grands changera*».
Mais pourquoi cet Océan n'a-t-il formé montagne sur tant de cotes plates livrées à i rées? Et pourquoi , s'il a déposé des amas prodigieux de coquilles en Touraine, n'a-t-il pas laissé les mêmes monumens dans les autres provinces à la distance?
(a) CeU ressemble un peu à l'ancre de vaisseau qu'on prêterlait avoir trouve' sur le grand Saint-Bernard ; aussi s'eiW-oo bicu
otCT. i u:t
D'uu cdté je vois plusieurs lieues de rivages au m» veau de la mer daus la basse Normandie : je traverse la Picardie, la Flandre, la Hollande, la basse Allemagne, la Poméranic, la Prusse, la Pologne, la Russie, une grande partie de la Tar tarie, sans qu'une seule haute montagne, fesant partie de la grande chaîne, se présente à mes veux. Je puis franchir aiusi l'espace de deux mille lieues dans un terrain assci uni, à quelques collines prés. Si la mer répandue originairement sur notre contiueut , avait fait les montagnes, < omment n'en a-t-cllc pas fait une seule dans cette vaste étendue?
De l'autre coté, ces prétendus bancs de coquilles, a trente, à quarante lieues de la mer, méritent le plus sérieux examen. J'ai fait venir de c:tic province, dont je suis éloigné de cent cinquante lieues , une caisse de ce falun. Le- fond de cette minière est évidemment une espèce du terre calcaire et marneuse, mêlée de talc, laquelle a quelques lieues de longueur sur environ une et demie de largeur. Les morceaux purs de celte terre pierreuse sont un peu salés au goût. Les laboureurs l'emploient pour féconder leurs terres, et il est très-vraisemblable que son sel les fertilise : on «n fait autant dans mon voisinage avec du gypse. Si ce n'était qu'un amas de coquilles, je ne vois pas qu'il pût fumer la terre. J'aurais beau jeter daus mon champ toutes les coques desséchées des limaçons et des moules de ma province, ce serait comme si j'avais semé sur des pierres.
Quoique je sois sûr de peu de chose, je puis affirmer que je mourrais de f.iim , si je n'avais pour vivre qu'un champ de vieilles coquilles cassées (b).
En un mot, il est certain, autant que mes jeux peuvent avoir de certitude, que cette marne est une espèce de terre , et non pas un assemblage d'animaux marins qui seraient au nombre de plus de cent mille milliards de milliards. Je ne sais pourquoi l'académicien qui, le premier après Palissi, fit connaître cct'e singularité de ia nature, a pu dire : « Ce ne sont que de petits fragmens de coq-'illcs très-reconuaissablcs pour en ôtro des fragmens: car ils ont leurs cannelures très-bien marquées; seulement ils ont perdu leur luisant cl leur vernis. »
11 est reconnu que dans celte mine de pierre calcaire et de talc ou n'a jamais vu une seule écaille d'huître, mais qu'il y eu a quelques-unes de moules . parc • que celle mine est entourée d'étangs. Cola seul décide la question contre Bernard Palissi, et dct.uil tout le merveilleux que Kéaumur et ses imitateurs ont voulu y mettre.
Si quelques petits fragmens de coquilles, mêlées à la terre marucusc, étaient réellement des coquilles de mer, il faudrait avouer qu'elles sont dan» celte falunière depuis des t:rcps recules qui épouvantent l'imagination, cl que c'est un des plus auciens
{h) Tout ce que ers coquillages pourraient opérer, ce sertit de diviser une terre trop compacte. On en lait autant avec da gravier. Des coquilles fraicltea et pilees pourraient servir par leua huile : mais de» «xjuillngr* desséchés ne sont bon» à rier».
ff. B. Quand ces coquilles sont tria- friable», elle» peuvea* ■ervir d'engrais cornue !n enic ou la marne.
des révolutions de notre globe. Mais i , vw.i.mcnt «me production enfouie quinze pieds en terre pendant tant de siècles, peut-elle avoir i'air ai nouveau? Comment y a-t-oa trouvé la coquille d'un limaçon tonte fraîche? pourquoi la mer u'aurait-ellc confié ces coquilles tourangeotes qu'à co seul petit morceau de terre et non ailleurs? n'est -il pas de la pins extrême vraisemblance que ce falun qu on avait pris pour un réservoir du petits poissons , n'est précis/ment qu'une mine de pierre caleaired'une médiocre étendue?
D'ailleurs l'expérience de M. de La Sauvagèrc, i]ui a vu des coquillages m former dans une pierre tendre K et qui en rend témoignage avec sce voisins, ne doit -elle pas au moins nous inspirer quelques doutes ?
Voici une autre difficulté, un a«trc sujet de douter. On trouve entre Paris et Areueil, sur li rive gauche de la Seine, un banc de pierre très-long, tout parsemé de coquilles maritimes, ou qui du moins leur ressemblent parfaitement. Ou in'cu a cuvoyé un au hasard à cent pieds de profondeur, il s'en faut bien que Jcs coquilles y soient amoncelées par couches : elles y sont cpnrses et dans la plus grande confusion. Cette confusion seule contredit la régularité prétendue qu'on attribue au falun de Touraiue.
Enfin , si ce falun a été produit à la longue dans la mer, elle est donc venue à prés de quarante lieues dans un pays plat , et elle n'y a point formé de montagne. 11 n'est donc nullement probable que les montagnes soient des productions de Pi >c<:an. De ce que la mer serait venue à quarante lieues, s'cnsuivrait-il qu'elle antait été partout?
Idées de Palissisur /es coquilles prétendues.
Avant que Bernard Palissi eût prononcé que cette mine de marne do trois lieues J étendue n'était qu'un amas de coquilles, les agriculteurs étaient dans l'usage de se servir de cet engrais, et no soupçonnaient pas que ce fussent uniquement des coquilles qu'ils employassent. N'avaient-ils pas des yeux? Pourquoi ne ciul-on pas Palissi sur sa parole? Co Palissi d'ailleurs était un peu t i>ivnnnirc. Il fit imprimer le livre intitulé : Le moyen de devenir riche, et la maniera véritable par laqucHc tous les hommes de F-rnce pourront apprendre â multiplier et \ augmenter ! inrs trésor et possessions, par maître Bernard Palissi, inventeur des rustiques figulines du roi. Il tint à Paris une école où il fit afficher qu'il rendrait l'argent à ceux qui lui prouveraient la fausseté de ses opinions. Cette espèce de chnrlalancric décrédita ses coquilles jusqu'au temps où elles fuient remises en honneur par un académicien célèbre, qui enrichit les découvertes des Swammcnlam , des Lcuvonhoeck. , par l'ordre dans lequel il les plaça , ut qui voulut rendre de grands services à la physique. L'expérience, comme on l'a déjà dit, est trompeuse; il fuit donc examiner eucore ce falun. 11 est certain qu'il pique la langue par une légère àcrelé ; c'est un uilct que les coquilles ne produit ont paa. Il est indubitabloquo le faluu est une terre calcaire et marneuse. Il est indubitable
aussi qu'elle renferme quelques coquilles de mo
-la dix à quinze pieds de profondeur. L'auteur i blc de l'Histoire naturelle, aussi profond dans ses vues qu'attrayant par son style , dit expressément 3 « Je prétends que les coquilles sont l'intermède qua la nature emploie pour former Ja plupart des pierres. Je prétends que les craies, ks aurai» «*4<>& pierres à chaux, ne sont composées que de poussière e* de détrimens de coquilles. »
On peut aller trop loin, quelque habile physicien que l'on soit. J'avouo que j'ai examiné pcudanl douze ans de suite la pierre à chaux que j'ai employée, et <jue ni moi, ni aucun des assistans n'y avons aperçu le moindre vestige de coquilles.
A-t-on donc besoin de tout«s ces suppositions pour prouver les révolutions que notre globe a essuyées dans des temps prodigieusement reculés? Quand la mer n'aurait abandonné et couvert tour à tour les torrains bas de ses rivages que le long de deux mille licucs sur quarante de large dans les terres, ce serait un changement sur la surface du globe de quatre-vingt mille licucs carrées.
Les éruptions des volcans, les trcmblcmens, les affaissemens des terrains doiveut avoir bouleversé une assez grande quantité de la surface du globe; des lacs, des rivières ont disparu, des villes oui été ■englouties; des îles se sont formées; des terres ont été séparées : les mers intérieures oiU pu opérer des révolutions beaucoup pins considérables. N'en voilà- C— il pas assez? Si l'imagination aime à se représenter ces grandes vicissitudes de la nature, elle doit être contente.
J'avoue encore qu'il est démontré aux yeux qu'il a fallu une prodigieuse multitude de siècles pour opérer toutes les révolutions arrivées dans ce globe, et dont nous avons des témoignages incontestables. Les quatre ccut soixante et dix mille ans doDt les Babyloniens, précepteurs des Egyptiens se vantaient, ne sulfccut peut- être pas; mais je ne veux point contredire la Genèse, que je regarde avec vénération. Je suis partagé entre ma faible raison, qui est mon seul (lambeau, et les livres sacres juifs, auxquels je n'entends rien du tout. Je me borne toujours à prier Dieu que des hommes ne persécutent pas des hommes ; qu'on ne fasse pas de eette terre , si souvent bouleversée , une vallée de misère et de larmes , dans laquelle des serpeus, destinés à ramper quelques minutes dans leurs trous, dardent continuellement leur venin les uns contre les autres.
Du système de Maillet, qui, de l'inspection des coquilles, conclut que 1rs poissons sont les premiers pères des hommes.
Maillet, dont nous avons déjà parlé , crut s'apercevoir au grand Caire que notre conlincut u'asvait été qu'une mer dans l'éternité passée; il vit des. coquilles, et voici comme il raisonna : Ces coquilles prouvent que la mer a été pendant des milliers de siècles à Memphis; donc les Egyptiens et les ; vicuuent incontestablement, des poissons marins.
Les anciens babitans des bonis do rEuphratc uo ■'éloignaient pu beaucoup de cette idée, quand iladébitèrent «pie le ûuueux poisson Uanuù» sortait tous les jours du fleuve pour les venir catéchiser sur le rivage. Dcrccto, qui est la même que Vénus» avait une queue do poisson. La Venus d'ilcsiodo naquit do l'écume do la mer.. ,
Cent pcul-t'Lre suivant cette cosmogonie qu'HomeN dit que l'Océan est le père de toutes choses; nais par ce mot d'Océan , il n'entend , dit-on, que le Nil, el non notre mer Oeénne, qu'il no connaissait pas.
Thaïes apprit aux Grecs que l'eau est le premier principe de la nature. Ses raisons sont que la semence de tous les animaux est aqueuse, qu'il faut de l'Humidité à toutes les plantes, et qu'eufin les étoiles sont nourries des exhalaisons humides de notre globe. Cette dernière raison est merveilleuse; et il est plaisant qu'on parle encore de Thaïes, et qu'on veuille •avoir ce qu'Athénée et Plutarquc en pensaient.
Celle nourriture des étoiles n'aurait pas réussi dans notre temps , et malgré les sermons du poissou Oannès, les argumena de Thaïes, les imaginations de Maillet, maigre 1 extrême passion qu'on a aujourd'hui pour les généalogies, il y a peu de gens qui croion: descendre d un turbot et d'une morue. Pour étayer ce système, il fallait absolument que toutes les espèces et tous les élémens se changeassent les uns en les autres. Les Métamorphoses <! Ovide devenaient le meilleur livre de physique qu'on ait jamais écrit.
Nuire globe a eu sans douic ses métamorphoses , ses changemons de forme; et chaque globe a eu les siennes, puisque tout étant en mouvement , tout a dû nécessairement changer; il n'y a que l'immobile qui soit immuable; la nature est éternelle, mais nous autres nous sommes d'hier. Noue découvrons mille signes de variations sur noire petite sphère. Ces signes nous apprennent que cent villes oui été englouties, que des rivières oui disparu, que dans de lonj;s espaces de terrain on marche sur des débris. Ces épouvantables révolutions accablent notre esprit. Elles ne sont rien du tout pour l'uoivers, et presque rien pour notre globe. La mer, qui !aissc des coquilles sur un rivage qu'elle abandouue, sst une goutte d'eau qui s'évapore au bord d'une petite tasse ; les tempêtes les plus horribles ne sont que le l''rçer mouvement de l'air produit par l'aile d'une mouche. Toutes nos énormes révolutions sont un grain de sable à peine dérangé de sa place. Cependant que de vains efforts pour expliquer ces petites choses! que de systèmes, que de charlatanisme pour rendre compte de ces légères variations, si terribles à nos yeux ! que d'animosités dans ces disputes! Les conquérons qui ont envahi le monde n'ont pas élé plus orgueilleux et plu? acharnés que les vendeurs d'orviétan qui ont prétendu le connaître.
La terre est nn soleil encroûté, dit celui-ci; c'est une comète qui a effleuré lé soleil, dit celui-là. En voici un qni crie que cette huître est une médaille du déluge; un autre lui répond qu'elle est pétrifiée depuis quatre milliards d'années. Hé, pauvres gens qui oscx parler en maîtres, vous voulci m'enscigner la forma-
PHILOSOPHIQUE. 3M
lion de l'univers, et vous ne savez pas celle d'un citon, celle d'une paille (•)•
cours.
Cbnrs et matière, c'est ici même èhose, quoiqu'il n'y ait pas de synonymes à Ta rigueur. Il y a eu des gens qui par ce mot corpi ont aussi entendu resprit. Ils ont dit : Esprit signifie originairement souffle, il c'y a qu'un corps qui puisse souffler; donc esprit et corps pourraient bien au fond être la même chose. C'est daiw ce sens que La Fon.aine disait au célèbre duc de La Rochefoucauld :
J'en tend» les eiprit» corp» et pétrit de matière.
(Fable XV du livreX.)
Ccst dans le même temps qu'il dit à madame de La Sablière :
le «uhtiliierau uo morceau de matière, Quintessence d'atome extrait de 1* lumière, Je ne tais quoi plus vif et plus subtil en cor.
( Fable I do livra X. )
Personne ne s'avisa de harceler le bon La Fontaine, et de lui faire un procès sur ces expressions. Si un pauvre philosophe et même un poète en disait autant aujourd'hui , que de gens pour se faire de fête , quo de folliculaires pour vendre demie sons leurs extraits, que de fripons uniquement dans le dessein de faire du mal, crieraient au philosophe , an péripatéticieii , au disciple de Gassendi , à lécorier de Locke et des premiers Pères, au damné I
De même que nous ne savons ce que c'est qu'un esprit, nous ignorons ce que c'est qu'im corps : nous voyons quelques propriété* ; mais quel est ce sujet en qui ces propriétés résident? Il n'y a que des corps, disaient Démocritc et Epicurc; il o'ya po Mit de corps, disaient les disciples de Zénou d'Elée.
L'évéque de Cloine, Berkeley, est te dernier qui, par cent sophismes captieux , a prétendu prouver que les corps n'existent pas. Ils n'ont, dit-il, ni couleurs, ni odeurs, ni chaleur; ces modalités sont dans vos sensations, et non dans tes objets. Il pouvait s'épargner la peine do prouver cette vérité; elle était assex connue. Mais do là il passe à 1 étend»e , n la solidité, qui sont des essences du corps, et il croit prouver qu'il n'y a pas d'étendue dans une pièce de drap vert, parce que ce drap n'est pas vert est effet ; cette sens»tiou du vert n'est qu'en vous, donc celte sensation de l'étendue n'est aussi qu'en vous. Et, après avoir ainsi détruit l'étendue, il conclut que la solidité qto» y est attachée tombe d'elle-même, et qu'ainsi il n'y arien au monde que nos idées. De sorte que , selon ce docteur, dix mille hommes tués par dix miHe eoups de canon ne sont dans le fond que dix mille appcéàun* siouo de notre entendement ; et, quand un homme fiait un enfant à sa femme, ce n'est qu'une idée qui se loge dans une nuire idée dont i! naîtra nue teoisièm* idée.
11 ne tenait qu'à M. l'évcque de Cloine de ne point tomber dans l'excès de ce ridicule. Il croit montrer qu'il n'y a point d'étendue, parce qu'un corps lui a paru avec sa lunette quatre fuis plas gros qu'il u«
f>) 1Vyt», dans I* volume d* phraiffae, la Diaasrtasioo «m
(ta ehangeiarua urrréê au |lobr, et le* SiaajaUriUi» de U l
tï'tait ■ «es yeux, et quatre fois plus petit à l'aide d'un autre verre. De là il conclut qu'un corp» ne pouvant avoir à la fois quatre pieds, sciée pieds et un seul d'étendue, cette éteudue n'existe pas; donc il n'y a rien. Il n'avait qu'à prendre une mesure, et «lire : De quelque étendue qu'un corps me paraisse, •1 est étendu de tant de ces mesures.
Il lui était bien aisé de voir qu'il n'en est pas de l'étendue et de la solidité comme des sons, des couleurs, des saveurs, des odeurs, etc. IJ est clair que ce sout en nous des sentimens excités par la configuration des parties; mais l'étendue n'est point un sentiment. Que ce bois allumé s'éteigne, je n'ai plus chaud; que cet air ne soit plus frappé, je n'enteuds plus; que cette rose se fane, je n'ai plus d'odorat pour elle : mais ce bois, cet air, cette rose sont étendus sans moi. Le paradoxe de Berkeley ne vaut pas la peine d'être réfuté.
Ccst ainsi que le* Zénon d'Elée, les Parménide, argumentaient autrefois ; et ces gens-là avaient beaucoup d'esprit : ils vous prouvaient qu'une tortiKi devait aller aussi vile qu'Achille, qu'il n'y a point de mouvement; ils agitaient cent autres questions aussi inutiles. La plupart des Grecs jouèrent des gobelets avec la philosophie, et transmirent leurs tréteaux à nos scolastiques. Bayle luknéme a été autrefois de la bande; il a brodé des toiles d'araignées comme un autre ; il argumente, à l'article Zenon, contre l'étendue divisible de la matière , et la contiguïté des corps ; il dit tout ce qu'il ne serait pas permis de dira s> on géomètre de six mois.
Il est bon de savoir ce qui avait entraîné l'évéque Berkeley dans ce paradoxe. J'eus il y a long -temps quekjucs conversations avec lui; U me dit que l'origine de son opiuion venait de ce qu'on ne peut concevoir ce que c'est que ce sujet qui reçoit l'étendue. Kl en effet, il triomphe dans son livre quand il demande à Hilas ce que c'est que ce sujet, ce substraium} cette substance. Ccst le corps étendu, répond Hilas. Alors l'évéque, sous le nom de Philonous, se moque de lui ; cl la pauvre Hilas voyant qu'il a dit que l'étendue est le sujet de l'étendue, et qu'il a dit une sottise, demeure tout confus, et avoue qu'il n'y comprend rien; qu'il n'y a point de corps, qu< le monde matériel n'existe pas, qu'il n'y a qu'un monde intellectuel.
Hilas devait dire seulement à Pbîlonoûs : Nous ne savons rien sur le fond de ce sujet, de cette substance étendue, solide, divisible, mobile, figurée, etc.; je ne la counais pas plus que le sujet pensant , sentant et voulant; mais ce sujet n'en existe pas moius, puisqu'il a des propriétés essentielles dout il ne peut être dépouillé (i).
Nous sommes tous comme la plupart des dames de Paris, elles font grande chère sans savoir ce qui autre dans les ragoûts; de même nous jouissons des corps sans savoir ce qui les compose. De quoi est fait
(i) Voytt sur cet objet l'article Evidence dam l'Encjclopédie, c'en le seul ouvrage où la question de l'exiilcncc de» nbjcti «it<xi«»r» ail élc bien éelaitcic, et où l'oo trouva le* principe»
Ble corps? de parties, et ces parties se résolvent en d'autres parties. Que sont ces dernières parties? toujours des corps ; vous diviset sans cesse, et vous n'avances jamais.
Enfin, un subtil philosophe remarquant qu'un tableau est (ait d'ingrédiens dont aucun n'est un tableau, et une maison de matériaux dont aucun n'est une maison, imagina que les corps sont bâtis d'une infinité de petits êtres qui ne sont pas corps; et cela s'appelle des monades. Ce système ne laisse pas d'avoir son bon, et, s'il était révélé, je le croirais très-possible; tous ces petits êtres seraient des points mathématiques : des espèces d'Ames qui n'attendraient qu'un habit pour se mettre dedans : ce serait une métempsycose contiuuellc. Ce système en vaut bien un autre: je l'aime bien autant que la déclinaison des atomes . les formes substantielles, la grâce versatile, et les vampires.