ALGER
La philosophie est le principal objet de ce Dictionnaire. Ce n'est pas en géographes que nous parlerons d'Alger, mais pour faire remarquer que le premier dessein de Louis XIV, lorsqu'il prit les rènes de l'état, fut de délivrer PEuropc chrétienne des courses continuelles des corsaires de Barbarie (1). Ce projet annonçait une grande Urne. Il voulait aller h la gloire par toutes les routes. On peut même s'étonner qu'avec l'esprit d'ordre qu'il mit dans sa cour, dans les finances et dans les affaires, il eut je ne sais quel goût d'ancienne chevalerie, qui le portait à des actions généreuses et éclatantes qui tenaient même un peu du romanesque. Il est très-certain que Louis XXV tenait de sa mère beaucoup de cette galanterie espagnole noble et délicate, et beaucoup de cette grandeur, de cette passion pour la gloire, de cette fierté qu'on voit dans les anciens romans. Il parlait de se battre avec l'empereur Lénpold comme les chevaliers qui cherchaient les aventures. Sa pyramide érigée à Rome, I»
(a) Voy. l'Expédition de Gig ri par Péli**o*j.
préséance qu'il se fit céder, l'idée d'avoir an port auprès d'Alger pour brider ses pirateries , étaient encore de ce genre. Il y était encore excite5 par le pape Alcxandre VII; et le cardinal Mazarin, avant sa mort, lui avait inspiré ce desseiu. Il avait même long-temps balancé s'il irait à cette expédition en personne , à l'exemple de Charles-Quint ; mais il n'avait pas assez de vaisseaux pour exécuter uue si grande entreprise, soit par lui-même , soii par ses généraux. Elle fut infructueuse et devait l'être . Du moins elle aguerrit sa marine, et fît attendre de lui quelques-unes de ces actions nobles et héroïques auxquelles la politique ordinaire n'était point accoutumée, telles que les secours désintéressés donnés aux Vcuiticns assiégés dans Candie, cl aux Allemands, pressés par les armes ottomanes à Saint-Golhard.
Les détails de cette expédition d'Afrique ae perdent dans la foule des guerres heureuses ou malheureuses faites avec politique ou avec imprudence, avec équité ou avec injustice. Rapportons seulement celte lettre écrite il y a quelques années à l'ocrasion des pirateries d'Alger.
« Il est triste, monsieur, qu'on n'ait point écoulé les propositions de l'ordre de Malte, qui offrait, moyennant un subside médiocre de chaque Etat chrétien, de délivrer les mers des pirates d'Alger, de Maroc et de Tunis. Les chevaliers de Malte seraient alors véritablement les défenseurs de la chrétienté . Les Algériens n'ont actuellement que deux vaisseaux de cinquante canons, et cinq d'environ quarante, quatre do treute; le reste ne doit pas être compté.
« Il est honteux qu'on voie tous les jours leurs petites barques enlever nos vaisseaux marchands dans toute la Méditerranée. Ils croisent même jusqu'aux Canaries, et jusqu'aux Açorcs.
« Leurs milices composées d'un ramas de nations, anciens Mauritaniens, anciens Numides, Arabes, Turcs, Nègres même, s'embarquent presque saus équipages sur des chébecs de dix-huit â vingt pièces de canon : ils infestent toutes nos mers comme des vautours qui attendent une proie. S'ils voient un vaisseau de guerre, ils s'enfuient: s'ils voient un vaisseau marchand, ils s'en emparent; nos amis, nos parens, hommes et femmes, deviennent esclaves, et il faut aller supplier humblement les barbares de daigner recevoir notre argent pour nous rendre leurs captifs.
m Quelques états chrétiens ont en la honteuse prudence de traiter avec eux , et de leur fournir des armes avec lesquelles ils nous dépouillent. On négocie avec eux en marchands, et ils négocient en guerriers.
<« Rien ne serait plus aisé que de réprimer leurs brigandages; on ne le fait pas. Mais que de choses seraient utiles et aiséesqui sont négligées absolument E La nécessité de réduire ces pirates est reconnue dans les conseils de tous les princes, et personne ne l'entreprend. Quand les ministres de plusieurs cours eu . parlent par hasard ensemble, c'est le conseil tenu contre les chats.
« Les religieux de la rédemption des captifs sont la plus belle institution monastique; mais elle est bien honteuse pour nous. Les royaumes de Fez, Al-
ger, Tunis, n'ont point de marabous de la rédemption des captifs. C'est qu'ils nous prennent beaucoup de chrétiens, et nous ne leur preuons guère de musulmans.
« Ils sont cependant plus attachés à leur religion que nous à la nôtre ; car jamais atfcun Turc , aucun Arabe ne se fuit chrétien, et ils ont chez eux mille renégats qui même les servent dans leurs expéditions. Un Italien nommé Pelcgini, était, en 171a, général des galères d'Alger. Le miramolin , le bey , le dey ont des chrétiennes dans leurs sérails; et nous n'avons eu que deux filles turques qui aient eu des amans a Paris.
« La milice d'Alger ne consiste qu'en douze mille « hommes de troupes réglées; mais tout le reste es" « soldat, et c'est ce qui rend la conquête de ce pays « si difficile. Cependant les Vandales les subjugue a rcut aisément, cl nous n'osons les attaquer! etc. •>