‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 283 sur 551 · GARGANTUA · texte numérisé non relu

GARGANTUA

S'il y a jamais eu une réputation bien fondée, c'est celle de Gargantua. Cependant il s'est trouvé, dans ce «iecle philosophique et critique, des esprits téméraires qui ont osé nier les prodiges de ee grand homme , et qui ont poussé le pyrrhonisme jusqu'à douter qu'il ait jamais existé.

Comment se pcut-U faire, disent- ils. qu'il y ait eu au seizième siècle un héros dont aucun contemporain, ni saint ignace, ni le cardinal Cajétan, ni Galilée, ni Guichardin, n'ont jamais parlé. , et sur lequel eu n'a jamais trouvé la moindre note dam les registre» de la Sorbonne?

Feuilletez les histoires de France , d'Allemagne , d'Angleterre, d'Espagne, etc., vous n'y voyu pas un mot de Gargantua. Sa vie entière . depuis sa nais-

sance jusqu'à sa mort, n'est qu'un lissu de prodiges inconcevables.

Sa mère Gargamellc accouche de lui par PorciNo gauche. A peine est-il né qu'il crie à hoîra d'une voix terrible, qui est entendue dans la Beauce et dans le Vivarais. 11 fallut seize aunes de drap pour sa seule braguette, et cent peaux de vaches brunes pru« ses •ouliers. Il n'avait pas encore doute ans qu'il

e bataille et fonda l'abbaye de Th< Ifme. 1 pour femme madame Badc'.ec , et il eft prouvé que Badebee est an nom syriaque.

On lut fait avaler six pèlerins dans une salade. On prétend qu'il a pissé la rivière de Seine, et que c'est à lui seul que les Parisiet.i doivent ce beau fleuve.

Tout cela paraît centra la nature à nos philosophes qui ne veulent pas même assurer les choses les plus vraisemblables, à moins qu'elles ne soient bien prouvées.

Ils disent que, si les Parisiens ont toujours cru à Gargantua, oc n'est pas une raison pour que les autres nations y croiuut : que. si Gargantua avait fait on seul des ptodiges qu'on lui attribue, toute la terra on aurait retenti , toutes les chroniques en auraient parlé, que cent monumens l'auraient attesté. Eufin ils traitant sans façon les Parisiens qui croient a Gargantua, de badauds ignorant, de superstitieux imbéciles, parmi lesquels il se gliss" d*r hypocrites, qui feigneut de croire à Gargantua peur avoir quelque prieuré de l'abbaye de Théléire.

Le révérend père Virct, cordelier à la grandmanche, confesseur de fdlcs rt prédicateur du roi, m répondu a nos pyrrboniens d'une manière invincible. Il prouve très-doclomcnl que, si aucun écrivain, excepté Rabelais, n'a parlé des prodiges de Gargantua, aucun historien hussi ne les a contredits, qie le sage de Thou même qui croit aux sortilèges, aux prédictions et à l'astrologie , n'a jamais nié l<*s miracle* de Gargantua. Ils n'ont pas même ét* révoqués en doute par La Motbe-le-Vayer. Méxoray les a respectés as point qu'il n'en dit pas un seul mot. Ces prodiges ont été opérés à la vue de toute la terre. Rabelais en a été témoin ; il ne pouvait être ni trompé ni trompeur. Pour peu qu'il se fut écarté do la vérité , toutes les nations de l'Europe se seraient élevées contre lui, tous les gazotiers, tous les feseurs de journaux enraient crié à la fraude, a l'imposture.

En vain les philosophes, qui répondent à tout, di* sent qu'il n'y avait ni journaux ni gazettes dans ce temps-là. On leur réplique qu'il y avait l'équivalent) et cela suffit. Tout est impossible dans l'histoire de Gargantua; et c'est par cela même qu'elle est d'une vérité incoutestable. Car, ji elle n Vuu'l pas vraie, on n'aurait jamais osé l'imaginer; Jt la grande preuve qu'il la faut croire, c'est qu'elle <jst incroyable.

Ouvrez, tous les mercuros , tous les journaux ie Trévoux, ces ouvrages immortels qui font l'instruction du genre humain , vous n'y ««-ouverez pas uns seule ligue où l'on révoque l'Vstoire de Gargantua en doute. 11 était réservé a notre siècle de produire des moustres qui établissent un pyrrhouisme affreux, sous prétexte qu'ils sont un peu mathénnlicicns, et qu'ils aiment la raison, la vérité et h justice. Ouclle pitié! je ue veux qu'un argument pour 1er confondre.

Gargantua fonda l'abbaye ùV Thélôïue. On ne trouve point ses titres, il est vrv , jamais elle n'en eut , mais elle existe ; elle possède d»x mille pièces d'or de rente. Li rivière de Seine etistc,elle est un monument éternel du pouvoir i 'a »cssie de Gargantua. De plus, que vous coûte- t-;l de le croire? ne taut-il pas embrasser le parti le plus sûr? Gargantsw

m DlCTlOflflAlRE

vous procurer de l'urgent, des honneur» et du

crédit. La philosophie ne vous donnera jamais que la satisfaction de l'Ame ; c'est bien peu do chote. Croyez à Gargantua , vous dis-jc ; pour peu que vous soyez avare, ambitieux et fripon, vous vous en trouvorez

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