DICTION MAIRE
gfe, le vautour, le chat -huant et les chauve- sourit. Qui hubet aures nu liât (Saint Math. XI, 1 5. )
section v.
«J'ai un grand nombre de catapultes et de halisles des anciens Romains , qui sont à la vérité* vermoulues , mais qui pourraient encore servir pour la montre. J'ai beaucoup d'horloges d'eau dont la moitié1 sont cassc'os; des lampes sépulcrales, et le vieil» modèle eu cuivre dune quinquirême ; je possède aussi des toges , des prétextes , des laliclaves en plomb; et mes prédécesseurs ont établi une communauté de tailleurs qui Tout assez mal des robes d'après ces anciens monumens. A ces causes à ce nous mouvans , ouï le rapport de notre principal antiquaire , nous ordonnons que tons ces vi'-nérablcs usages soient en vigueur a jamais, et qu'un chacun ait à se chausser et à penser dans toute IVicndue de nos états comme on se chaussait et comme on pensait du temps de Çnidus Rufillus, propréleur de la province à nous dévolue par le droit de bienséance, ctc.n
On représenta un chauffe-cire qui employait son ministère à sceller cet édit, que tous les engins y spécifiés sont deveuus inutiles ;
Que l'esprit et les arts se perfectionnent de jour en jour; qu'il faut mener les hommes par les brides qu'ils ont aujourd'hui, et non par celles qu'ils avaient autrefois ;
Que personne ne monterait sur les quiuquirémes de son altesse séréuissime;
Que ses tailleurs auraient beau faire des laiielavet, qu'on n'en achèterait pas un seul, et qu'il était digne de sa sagesse de condescendre an peu à la manière de penser actuelle des honnêtes gens de son pars.
Le chauffe-cire promit d'en parler à un clerc, qui promit de s'en expliquer au référendaire, qui promit d'en dire un mot à son altesse séréuissime
SECTION VI
Tableau du gouvernement anglais.
C'est une chose curieuse de voir comment un gouvernement s'établit. Je ne parlerai pas ici du grand Tamvrlau, ou Timcrling, parce que je ne sais pas bien précisément quel est le mrsière du gouvernement du grand-mogol. Mais nous pouvons voir plus clair dans l'administration do l'Angleterre : et j'aime mieux examiner cette administration que celle de l'Inde ; atteudu qu'on dit qu'il y a des hommes en Angleterre, et point d'esclaves; et que dans l'Inde ou trouve, à ce qu'où prétend, beaucoup d'esclaves, et très-peu d'hommes.
Considérons d'abord un bâtard normand qui se met en tête d'être roi d'Angleterre. Il 7 avait autant de droit que saint Louis eu eut depuis sur le graud Cake Mais saiut Louis eut le malheur de ne pas commencer par se faire adjuger juridiquement 1 Egypte eu cour de Rome; cl Guillaume le Bâtard ne manque pas de rendre sa cause légitime et sacrée, en obtenant du pape Alexandre II un arrêt qui assurait
son bon droit, sans même avoir entendu la partie adverse , et seulement en vertu de ces paroles : Tout ce que tu auras tir sur la trrrr fera lié dam les cieur. Son concurrent Harold, roi très -légitime, étant ainsi lié par un arrêt émané des cicux, Guil* laume joignit à cette vertu du siège universel une vertu un peu plus forte ; ce fut la victoire d'Hasting. Il régna donc par le droit du plus fort, ainsi qu'avaient régné Pépin et Clovis en France; les Goths et les Lombards, en Italie; les Visigoths, et ensuite les Arabes, en Espagne; les Vandales, en Afrique, et tous les rois de ce monde les uns après les autres.
11 faut avouer encore que notre bâtard avait un aussi juste titre que les Saxons et les Danois, qui en avaient possédé un aussi juste que celui des Romains. Et le titre de tous ces héros était celui des v»leur i de grand chemin , ou bien, si vous voulez, celui des renards et des fouines quand ces animaux font des conquêtes dans les basses-cours.
Tous ces gramls hommes étaient si parfaitement voleurs de grand chemin, que depuis Romulus jusqu'aux flibustiers il n'est question que de dépouilles opimes, de butin, de pillage, de vaches et de bœufs volés à main armée. Dans la fable, Mercure vole les vaches d'Apollon ; et, dans l'ancien Testameut le prophète Isaie donne le nom de voleur au fils que sa femme va mettre au monde, et qui doit être un grand type. Il l'appelle Mahcr-salal-has bas, partagez vite les dépouilles. Nous avons déjà remarqué que les noms de soldat et de voleur étaient souvent synonymes.
Voilà bientôt Guillaume roi de droit dhrin. Guillaume le Roux, qui usurpa la couronne sur sou frère aîné, fut aussi roi de droit divin sans difficulté; et ce même droit divin appartint après lui à Henri, le troisième usurpateur.
Les barons normands, qui avaient concouru à leurs dépens à l'invasion de l'Angleterre, voulaient des récompenses. Il fallut bien leur en donner , les mire grands vassaux, grands officiers de la couronne. Ils eurent les plus belles terres. Il est clair qucGuillaume aurait mieux aimé garder tout pour lui , et faire de tous ces seigneurs ses gardes et ses estafiers : mais il aurait trop risqué. Il se vit donc obligé de partager.
A l'égard des seigneurs anglo-saxons, il n'y avait pas moyen de les tuer tous, ni même de les réduire tous à l'esclavage. On leur laissa chez eux la dignité de seigneurs châtelains. Ils relevèrent des grands vassaux normands, qui relevaient de Guillaume.
Par là tout était contenu dans l'équilibre jusqu'à la première querelle.
Et le reste de la nation que devint-il ? ce qu'éuient devenus presque tous les peuples de l'Europe; des serfs , des vilains.
Enfin, après la folie des croisades, les princes ruinés vendent la liberté à des serfs de glèbe, qui avaient gagné quelque argent par le travail et par le commerce. Les villes sont affranchies; les communes ont des privilèges, les droits des hommes renaissent de l'anarchie même.
Les barons étaient partout en dispute avec leur roi, et entre eux. La dispute devenait partout une petite guerre intestine, composée de cent
Viviles. Cest de cet abominable et ténébreux chaos que sortit encore une bible lumière, qui éclaira les communes, et qui rendit leur destinée mcillenre.
Les rois d'Angleterre étant eux-mêmes grands vassaux de France pour la Normandie, ensuite pour la Guienne et pour d'autres provinces, prirent aisément les usages des rois dont ils relevaient. Les états généraux Turent long-temps composés, comme en France, des barons et des évoques.
La cour de chancellerie anglaise fut une imitation dn conseil d'état auquel le chancelier de France préside. La cour du bsne du roi fut créée sur le modèle du parlement institué par Philippe le Bel. Les plaids communs étaient comme la juridiction du châtclct. La cour de l'échiquier ressemblait à celle des généraux des finances, qui est devenue en France la cour des aides.
La maxime que le domaine du roi est inaliénable , fut encore une imitation visible du gouvernement français.
Le droit du roi d'Angleterre de (aire payer sa rançon par ses sujets , s'il était prisonnier de guerre ; celui d'exiger un subside quand il mariait sa fille «inée, et quand il fesait son fils chevalier; tout cela rappelait les anciens usages d'un royaume dont Guillaume était le premier vassal.
A peine Philippe le Bel a-t-il rappelé les communes, aux états généraux, que le roi d'Angleterre Edouard en fait autant pour balancer la grande puissance des barons. Car c'est sous le règne de ce prince que la convocation de la chambre des communes est bien constatée.
Nous voyons donc, jusqu'à cette époque du quatorzième siècle, le gouvernement anglais suivre pas à pas celui de la France. Les deux églises sont entièrement semblables ; même assujettissement à la cour de 1 Rome; mêmes exactions dont on se plaint, et qu'on IL Suit toujours par parer à cette cour avide; mêmes il querelles plus ou moins fortes : mêmes excommunications; mêmes donations aux moines ; mf me chaos; Il même mélange de rapines sacrées , de superstitions II tl de barbarie. !
La Frauce et l'Angleterre ayant donc été ad mi- Bistrées si long -temps sur les mêmes principes, on II plutôt sans aucun principe, et seulement par des I usages tout semblables, d'où vient qu'enfin ces deux gouvernemens sont devenus aussi difTércns que ceux de Maroc et de Venise?
N'est-ce point que, l'Angleterre étant une île, le roi n'a pas besoin d'entretenir continuellement une forte armée de terre , qui serait plutôt employée contre la nation que contre les étrangers?
N'est-ce point qu'eu général les Anglais ont dar.s II l'esprit quelque chose de plus ferme, de plus réfléchi, | de plus opiniâtre , que quelques autres peuples ? j
N'est-ce point par cette raison que , r'étant toi*- I jours plaints de la conr de Ro'ue , ils en ont entièrement secoué le joug honteux , tandis qu'un peuple plus léger l'a porté en affectant d'en rire et en dansant avec ses chaînes?
La situation de leur pays, qui leur a rendu la na- I
vigation nécessaire, né leur a-t elle pas donné aussi des mœurs plus dures ?
Cette dureté de moeurs qui a f»it de leur il c le théâtre de tant de sanglantes tragédies, n'a -t- elle pas contribué aussi à leur inspirer une franchise généreuse ?
N'est-ce pas ce mélange de leurs qualités contraires, qui a fait couler tant de sang royal dans les combats et sur les échafauds, et qui n'a jamais permis qu'ils employassent le poison daus leurs troubles civils; tandis qu'ailleurs, sous un gouvernement sacerdotal, le poison était une arme si commune ?
L'amour de la liberté n'est - il pas devenu leur caractèredomiuant, à mesure qu'ils ont été plus éclairés et plus riches ? Tous les citoyens ne peuvent être également puissans; mais ils peuveut tous être également libres. Et c'est ce que les Anglais ont obtenu enfin par leur confiance.
Être libre, c'est ne dépendre que des lois. Les Anglais ont donc aimé les lois, comme les pères aiment leurs enfans, parce qnïh l«s ont faits, ou qu'ils ont cru les faire.
Un tel gouvernement n'a pu être établi que trèstard ; parce qu'il a fallu long-temps combattre des puissances respectées : la puissance du pape la plus terrible de toutes , puisqu'elle était fondée sur le préjugé et sur l'ignorance; la puissance royale toujours prête à se déborder , et qu'il fallait contenir dans ses bornes, la puissance du baronnage, qui était une anarchie ; la puissance des évêques , qui , mêlant toujours le profane au sacré , voulurent l'emporter sur le baronnage et sur les rois.
Peu à peu la chambre des communes est devenue la digue qui arrête tous ces torrens.
La chambre des communes est % Entablement la nation; puisque le roi, qui est le chef, n'agit que pour lui et pour ce qu'on appelle «i prcrmjatwc; puisque les pairs ne sont parlement que pour eux ; puisque les évêques n'y sont de menu que pour eux. Mais la chambre des communes y est pour le peuple, puisque chaque membre est député du peuple. Or, ce peuple est au roi comme environ huit millions sont à l'unité. Il est aux pairs et aux évêques comme huit millions sont à deux cents tout au plus. Et les huit millions de citoyens libres sont représentés par la chambre basse.
De cet établissement, en comparaison duquel la république de Platon n'est qu'un rêve ridicule, et qui semblerait inventé par Locke, par Newton, par Hallcy , ou par Archimède, il est né des abus affreux , et qui font frémir la nature humaine. Les froitemens inévitables de cette vaste machine l'ont presque détruite du temps de Fairfax et de Cromwell. Le fanatisme absurde s'était introduit dans ce grand édifice comme un feu dévorant, qi«» consume nn beau bâtiment qui n'est que de bois.
11 a été rebâti de pierre du temps de Guillaume d'Orange. La philosophie a détruit le fanatisme , qui ébranle les clats les plus fermes. Il est à croire qu'une constitution qui à réglé les droits du roi, des nobles et du peuple, cl dans laquelle chacun trouve sa sûreté, durera autant que les choses humaines peuvent durer.
D1CTI0FWÀIRF
il est à croire aussi que tous les états, qui ne sont pas fondés sur de tels principes, éprouveront des révolutions.
Voici à quoi la législation anglaise est enfin par* venue; à remettre chaque homme dans tous les droits do la nature dont ils sont acpouillés dans presque toutes les monarchies. Cis droits sont, liberté entière j de sa personne, de jcs biens; de parler a la nation par l'organe de la plume; de ne pouvoir être jugé en matière criminelle que par un jury formé d'hommes indépendant j de ne pouvoir Ctre jugé en aucun cas que suivant les termes précis de la loi; de professer en paix quelque religion qu'on veuille, en renonçant aux emplois dont les seuls an«licaP5 peuvent Ctre pourvus. Cela s'appelle des prérogatives. Et en cfl< t , c'est une très-heureuse prérogative , par-dessus tant de nations, d'être sûr en vous couchant que vous vous réveillerez le lendemain avec la même fortuuc que vous possédiez la veille; que vous ne serez pas enlevé des bras de vourc femme, de vos enfants, au milieu de la nuit , pour être conduit dans uu donjon ou dans un désert; que vous aurez, en sortant du sommeil , Je pouvoir de publier tout ce que vous pensez; que si vous êtes accusé, soit pour avoir mal agi, on mal parlé, ou mal écrit, vous ne serez jugé que suivant la loi. Celte prérogative s'étend sur tout ce qui aborde en Angleterre. Un étranger y jouit de la liberté de ses biens et de sa personne; cl, s'il est accusé, il peut demander que la moitié des jurés soit composée d'étrangers.
J'ose dire que, si on assemblait le genre humain pour faire des lois, c'est ainsi qu'on les ferait pour sa sûreté. Pourquoi donc ue sont-elles pas suivies dans les autres pays? n'est -ce pas demander pourquoi les cocos mûrissent aux Indes et ne réussissent point à Rome? Vous répondez que ces cocos n'ont pas toujours mûri en Angleterre; qu'ils n'y ont été cultivés que depuis peu de temps; que la Suède en a élevé à ton exemple pendant quelques années et qu'ils n'ont pas réussi; que vous pourriez faire venir de ces fruits dans d'autres provinces, par exemple en Bosnie, eu Servie. Essayez donc d'eu planter.
Et surtout, pauvre homme, si vous êtes bâchaelTendi on mollah, ne soyez pas assez imbécilcmcnt barbare pour resserrer les chaînes de votre nation. Songez que plus vous appesantirez le joug, plus vos cnfans,qui ne seront pas tous bâchas, seront esclaves. Quoi! malheureux, pour le plaisir d'être tyran subalterne pendant quelques jours, vous exposez toute votre postérité à gémir dans les fers ! Oh qu'il est aujourd'hui de distance entre uu Anglais et un Bos niaque I
SECTION vu.
Ce mélange dans le gouvernement d'Angleterre, ce concert entre les communes, les lords et le roi, n'a pas toujours subsisté. L'Angleterre a été long-temps esclave; elle l'a été des Romains, des Saxons, des Danois , des Français. Guillaume le Conquéraut la J gouverna surtout avec un sceptre de fer. 11 disposait I des biens, de la vie de ses nouveaux sujets comme uu II monarque de l'orient ; il défendit, sous peiue de mort, ||
qu'aucun Anglais osAt avoir du feu et de la lumière
chez lui passé huit heures du soir, soit qu'il prétendît parla prévenir leurs assemblées nocturnes, soit qu'il voulût essayer, par une défense si bizarre, jusqu'où, peut aller le pouvoir des hommes sur d'autres hommes. Il est vrai qu'avant et après Guillaume le Conquérant, les Anglais ont eu des parlcmcns; ils s'en vantent; comme si ces asscn.blecs , appelées alors farlrnirni, composées de tyrai.s ecclésiastiques, et de pillards nommés bar vis , avaient été les gardiens de la liberté et de la félicité publiques.
Les barbares qui, des bords de la mer Baltique fondirent dans le rerte de l'Europe, apportèrent avec eux Pusigc des états ou parlcmcns dont on fait tant de bruit , et q-i'on connaît si peu. Les rois u'étaient point despotiques, cela es» vrai; et c'est précisément par cette raison que «*s peuples gémissaient dans une servitude misérable. Les chefs de ces sauvages, qui avaient ravagé la France, (Italie, l'Espagne et l'Angleterre , se firent monarques. Leurs capitaines partagèrent entre eux les tercs des vaincus : de là ces margraves, ces lairds, ces barons, ces sous-tyrans, qui disputaient souvent wee des rois mal affermis les dépouilles des peuples. C'étaient des oiseaux de proie combattant contra un aigle pOOr sucer ta sang des colombes. Chaque peuple avait cent tyrans au Uea d'un bon maître. Des prêtres se mirent bientôt de la partie. De tout temps le sort des Gaulois, des Germains, des insulaires d'Angleterre avait été d'être gouvernés par leurs druides cl par les chefs de leurs villages, ancienne espèce de barons, mais moins tyrans que leurs successeurs. Ces druides se disaient médiateurs entre la Divinité et les hommes; ils fcsaient des lois, ils excommuniaient, ils condamnaient à la mort. Les évêques succédèrent peu à peu à leur autorité temporelle dans le gouvernement goth et Vandale. Les papes se mirent a leur tête; et avec des brefs , des bulles et des moines , ils firent trembler les rois, les déposèrent, les firent assassiner, et tirèrent à eux tout l'argent qu'ils pureni de l'Europe. L'imbécile Inas, l'uu dis tyrans de Mieptarcln'e d'Angleterre, fut le premier qui, dans un pèlerinage À Rome, te soumit à payer le d.'iticr de saint Pierre (ce qui était environ un écu de notre monnaie) pour chaque maison de son territoire. Toute l'île suivit bk'ritdt cet exemple; l'Angleterre devint petit à petit une province du pape; le saint père y envoyait de temps en temps ses légats pour y lever .les impôts exOrbitans. Jean Sans-Terre fit enfin une cession en bonne forma de son royaume à sa sainteté, qui l'avait excommunié ; les barons, qui n'y trouvèrent pas leur tonipte, chassèrent ce misérable roi , et mirent a sa place Louis VIII, père de saint Louis, roi de France. Mais ils se dégoûtèrent bientôt de ce nouveau venu, et lui firent repasser la mer.
Tandis que les barons, les évêques, les papes déchiraient tous ainsi le l'Angleterre , on tous voulaient commander, le peuple, la plus nombreuse, la plu* utile, et même la plus vertueuse partie des hommes, composée de ceux qui étudient les lois et les sciences, des négocians, des artisans, des laboureurs enfin, qui exercent la première et la plus méprisée des pro-
fessions; le peuple, dis-»]*, étaft regardé* pif eux comme des animaux aa-dc»*mis de l'homme. H s'en fallait bien que les commîmes eussent alors part au gouvernement ; c'étaient des vilains, leur travail, leur sang appartenaient à leurs maîtres, qui s'appelaient noble*. Le pins grand nombre des hommes était en Europe, ce qu'ils sont encore en plusieurs endroit» du monde, serfs d'un seigneur, espèce de bétail qu'on ▼end et qu'on achète avec la terre. Il a fallu des siècles pour rendre jastice à l'humanité, pour sentir qu'il «tait horrible que le grand nombre semât , et que le petit recueillit; et n'est-ce pas un bonheur pour les Français, que hautoritede ces petits brigands ait été éteinte en France par la puissance légitime des rois , comme elle l'a été en Angleterre par celle du roi et de la nation?
Heureosement dans les secousses qoe les querelles des rois et des grands donnaient aux empires , les fers des nations se sont plus ou moins reUchés : la liberté est née en Angleterre des querelles des tyrans. Les barons forcèrent Jean Sans-Terre et Henri III à accorder cette fameuse charte, d<wt le principal bot était , « la vérité, de mettre les rois dans la dépendance des lords, mais dans laquelle le reste de la nation fut un peu favorisé, afin que dins l'occasion eOc se raugcAt dn parti de ses prétendus protecteurs. Cette grande charte, qui est regardée comme l'origine sacrée des libertés anglaises, fait bien voir elle-même combien peu la liberté était connue ; le titre seul prouve que le roi se croyait absolu de droit , et que les barons et le eiergé même ne le forçai»pt i se rcUcher de ce droit prétendu, qoe parce qu'ils étaient les plus forts. Voici comme commence la grande charte : « Noua accordons, de notre libre volonté , les privilèges suivans aux archevêques, évéques, abbés, prieurs et barons de notre royaume, etc. >■ Dans les articles de cette charte il n'est pas dit un mot de la chambre des communes; preuve qu'elle n'existait pas encore, ou qu'elle existait sans pouvoir. On y spécifie les hommes libres d'Auglcterre; triste démonstration qu'il y en avait qui ne l'étaient pas. On voit, par l'article XXXII, que les hommes prétendus libres devaient le service i leur seigneur. Une telle liberté tenait encore beaucoup de l'esclavage. Par l'article XXI , le roi ordonne que ses officiers ne pourront dorénavant prendre de force les chevaux et les charrettes ict hommes libres qu'en payant. Ce règlement parut au peuple une Vraie liberté, parce qu'il ôtîit une plus grande tyrannie. Henri VII , conquérant et politique heureux , qui fesait semblant d'aimer les barons, mais qui les haïssait et les craignait, s'avisa de procurer l'aliénation de leurs terres. Par-là les viliins, qui dans la suite acquirent du bien par leurs travaux , achetèrent les ch.ileaux des illustres pairs qui s'étaient ruines par leurs folies : peu à peu toutes les terres changèrent de maîtres.
La chambre des communes devint de jour en jour plus puissante. Les familles des anciens pairs s'éteignirent arec le temps ; et , comme il n'y a proprement que les pairs qui soient nobles en Angleterre , dans la rigueur de la loi, il n'y aurait presque plus de noblesse ea ce pays-là, si les rois n'avaient pas créé de
11 nouveaux barons de temps en temps, et oos serve le corps des pairs, qu'Us avaient tant craint autrefois,
pour l'opposer à celui des
devenu trop
redoutable. Tous ces nouveaux pairs, qui composent la chambre haute , reçoivent du roi leur titre, et rien de plus, puisque aucun d'eux n'a la terre dont il porte lo nom. L'un est duc de Dorset, et n'a pas un pouce de terre en Dôrsetsbire; l'autre est comte d^u village, qui sait à peine on ce village eàt situé. Us ont du pourvoir dans le parlement, non ailleurs.
Vous n'entendez point ici parler de bsutc, moyenne et basse justice , ni du droit de chasser sur les terres d'un citoyen, lequel n'a pas la liberté de tirer un coup de fusil sur son propre champ (i).
Un homme, parce qu'il est noble ou prêtre, n/eal point exempt de payer certaines taxes : tons les impôts sont réglés par la chambre des communes, qui n'étant que la seconde par son rang, est la première par son crédit. Les seigneurs et les évéques peuvent bien rejeter le bill des communes, loi «qu'il s'agit de lever de l'argent ; mais il ne leur est pas permis d'y rien changer : il faut ou qu'Us le reçoivent , ou qu'ils le rejettent sans restriction. Quand le bill est confirmé par les lords, et approuvé par le roi, alors tout le monde paye ; chacun donne , non selon sa qualité ( ce qui serai' absurde ), mais selon son reveuu. 11 n'y a point de (aille ui de capitation arbitraire, mais une taxe réelle sur les terres; elles ont été évaluées toutes sous le fameux roi Guillaume III. La taxe subsiste toujours la même, quoique les revenus des terres aient augmenté; ainsi pcisonne n'est foulé, et personnelle se plaint; le paysan n'a point le» pieds meurtris par des sabots ; il mange du pain blanc, il est bien vêtu, U ne craint point d'augmenter le nombre de ses bestiaux, ni de couvrir son toit de tuiles, de peur que l'on ne hausse ses impôts l'anuée d'après. Ou y voit beaucoup de paysans , qui ont environ cinq ou six cents livres sterling» de revonu, ot qui ne dédaignent pas de continuer à cultivor la terre qui les a enrichis, et dans laquelle ils vivent libres.
SECTION VIII
Voir s savez , mon ober lecteur, qu'en Espagne, vers les cotes de Malaga, on découvrit du temps do Philippe H «ne petite peuplade jusqu'alors inconnue, cachée au milieu des montagnes de l=a Alpuxurras. Vous savez que celle chaîne de roohers inaccessibles est entre-coupée de vallées délicieuses; vous n'ignorez pas que ces vallées sont cultivées encore aujourd'hui par des deseendans dss Maures, an'oo a forcés pour leur bonheur » être chrétiens, ou du moins à le paraître.
Parmi ces Maures, comme je vous le disais, il y avait sous Philippe 11 une nation peu nombreuse qui habitait une vallée à laquelle on ne pouvait parvenir que par des cavernes. Cette vallée est entre Pitos et Portugos; les hahitans de ce séjour ignoré étaient presque inconnus des Maures mêmes; ils parlaient
(i) Lu chatte u'cit p«» absolument libre en Angleterre, et il y *ubsi*le §ur cet objrt de» kii» moins lyraoïiique» que quelques traire* nation* , naît uèrprn digne» d'un ] m croit libre.
DICTlOiNNAlRl-:
une langue qui n'était ni l'espagnole, ni l'arabe, H qu'on crut être dérivée de l'ancien carthaginois.
Cette peuplade s'était peu multipliée. On a prétendu que la raison en était que les Arabes , leurs voisins , et avant eux les Africains, venaient prendre les filles de ce canton.
Ce peuple ebétif , mais heureux , n'avait jamais entendu parler de la religion chrétienne, ni de la juive-, connaissait médiocrement celle de Mahomet, et n'en fesait aucun cas. 11 offrait de teiups immémorial du lait et des fruits à une statue d'Hercule. Cétait là toute sa religion. Du reste, ces hommes ignorés vivaient dans l'indolence et dans l'innocence. Un familier de l'inquisition les découvrit eulin. Le grand inquisiteur les fit tous brûler; c'est le seul événement de leur histoire.
Les motifs sacrés de leur condamnation furent qu'ils n'avaient jamais pavé d'impôt, attendu qu'on ne leur en avait jamais demandé, et qu'ils ne connaissaient poiut la monnaie; qu'ils n'avpicot point de Bible, vu qu'ils n'entendaient point le laliu , cl que personne n'avait pris la peine de les baptiser. On les déclara sorciers et hérétiques; ils furent tous revêtus du san-bctiito, et grillés en cérémonie.
Il est clair que c'est ainsi qu'il faut gouverner les hommes : rien ne contribue davantage aux douceurs de la société.