‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 331 sur 551 · INFINI · texte numérisé non relu

INFINI

Qui me donnera une idée nette de l'infini ? je n'en ai jamais eu qu'une idée très-confuse. N'est-ce point parce que je suis excessivement fini?

Qu'est-ce que marcher toujours, sans avancer jamais? compter toujours, sans faire son compte? diviser toujours, pour ne jamais trouver la dernière partie?

Il semble que la notion de l'infini soit dans le Coud du tonneau des Danaidcs.

Cependant il est impossible qu'il n'y ait pas un infini. Il est démontré qu'une durée infinie est écoulée.

Commencement de l'être est ibsurde; car le rien ne peut commencer une chose. Dès qu'un atome existe , il faut conclure qu'il y a quelque être de toute éternité. Voilà donc un infiui en durée rigoureusement démontré. Mais qu'est-ce qu'un infini qui est passé, un infiui que j'arrête dans mon esprit au raouilhK que je veux .' je dis, voilà une éternité écoulée;

(») In tibro de Promotion*, (h) Pag* io4, édiuou il»- 4*.

iAIRE

allons à une autre. Je distingue deux éternités, Tune ci-devant, l'autre ci-après.

Quand j'y réfléchis, cela me paraît ridicule. Je m'aperçois que j'ai dit une sottise en prononçant ces mots, « une éternité est passée, j'entre dans um éternité nouvelle, m

Car, au moment que je parlais ainsi, l'éternité durait, la fluence du temps courait. Je ne pouvais la croire arrêtée. La durée ne peut se séparer. Puisque quelque chose a été toujours, quelque chose est et sera toujours.

L'infini en durée est donc lié d'une chaîne non interrompue. Cet infini se perpétue dans l'instant même où je dis quSl est passé. Le temps a commencé et finira pour moi; mais la durée est infinie.

Voilà déjà un infini de trouvé, sans pouvoir pourtant nous en former une notion claire.

On nous présente un infini en espace. Qu'entendez-vous par espace ? est-ce un 4trc ? est-ce rien '.'

Si c'est un être, de quelle espèce est-il? vous ne pouvez me le dire. Si c'est rien , ce rien n'a aucune propriété : et vous dites qu'il est pénétrable, immense ! Je suis si embarrassé que je ne puis ni l'appeler néant , ni l'appeler quelque chose.

Je ne sais cependant aucune chose qui ait plus de propriétés que le rien, le néant. Car en partant des bornes du monde, s'il y en a, vour pouvez vous promener dans le rien, y penser, y bâtir si vous avez des matériaux ; et ce rien , ce néant ne pourra s'opposer à rien de ce que vous voudrez faire; car, n'ayant aucune propriété, il ne peut vous apporter aucun empêchement. Mais aussi, puisqu'il ne peut vous nu:rc en rieu il ne peut vous servir.

On prétend que c'est ainsi que Dieu créa le monde, dans le rien et de rien : cela est abstrus, il vaut mieu\ sans doute penser à sa santé qu'à l'espace infini.

Mais nous sommes curieux , et H y a uu espace. Notre esprit uc peut trouver ni la nature de cet espace ni sa fin. Nous l'appelons immcnic, parce que nous ne pouvons le mesurer. Que résulte-t-il de tout cela ? que nous avons prononcé des mots.

Étrange* questions qui confondent Mnivcot Le profond l'Uraresiade et le aujbtil Mairux

De l'infini en nombre.

Nous avons beau définir l'infini arithmétique par un lacs d'amour en cette façon oc , nous n'aurons pas une idée plus claire de cet infini numéraire. Cet infini n'est, comme les autres, que l'impuissance de trouver le bout. Nous appelons l'infini cr. grand un nombre quelconque qui surpassera quelque nombre que nous puissions supposer.

Quand nous cherchons ('infiniment petit, nous (limons*, et nous appelons infini une quantité moindre qu'aucune quantité assignable. C'est encore un au'.n nom donne à notre impuissance.

La matière est-elle divisible à l'infini?

Cette question revient précisément à nctre incapacité de trouver le dernier nombre. Nous pourrons toujours diviser parla pensée uu grain de sable, mais p:ir la pensée seulement; et l'incapacité de diviser toujours ce graiu est appelée infini.

Un ne peut mer (|uc U matière ne soft toujours divisible par le mouvement qui peut la broyer toujours. Mais, s'il divisait le dernier atome, ce ne serait plus le dernier, puisqu'on le diviserait en deux. El, •'il tait le dernier, il ne serait plus divisible. Et, s'il était divisible, où seraient les germes, oii seraient les élémens des choses? cela est encore fort abstrus. De l'univers infini.

L'uNtvEas est-il borné? son étendue est -elle immense? les soleils et les planètes sont-ils sans nombre? quel privilège aurait l'espace qui contient une quantité de soleils et de globes, sur une autre partie de l'espace qui n'en contiendrait pas? Que l'espace soit un être ou qu'il soit rien, quelle dignité a eur l'espace où nous sommes pour ôtre préféré à d'autres

Si notre univers matériel n'est pas infini , il n'eâ qu'uu point dans l'étendue. S'il est infini, qu'est-cf qu'un infini actuel auquel je puis toujours ajoute! par la pensée?

De l'infini en géométrie.

On admet en géométrie, comme nous l'avons indiqué, non-seulement des grandeurs infinies, c'està-dire, plus grandes qu'aucune assignable , mais encore des infinis infiniment plus grands les uns que les autres. Cela étonne d'abord notre cerveau qui n'a qu'environ six pouces de long sur cinq de large, et trois de hauteur dans les plus grosses têtes. Mais cela ne veut dire autre chose sinon qu'uu carré plus grand qu'un carré assignable l'emporte sur une ligne conçue plus longue qu'aucuue ligne assignable, et n'a point de proportions avec elle.

C'est une manière d'opérer, c'est la manipulation de la géométrie, et le mot d'infini est l'enseigne. De l'infini en puissance, en action, en sagesse , en bonté, etc.

De même que nous ne pouvons nous former aucune idée positive d'un infini eu durée, en nombre, en étendue, nous ne pouvons nous en former une en puissance physique, ni même en morale.

?ous concevons aisément qu'un être puissant aivangca la matière, fit circuler des mondes dans l'espace, forma les animaux, les végétaux, les métaux. Nous sommes menés à celle conclusion par l'impuissance où nous voyons touy ces titres de s'être arrangés eux-mêmes. Nous sommes forcés de convenir que ce grand être saisie éternellement par luimême, puisqu'il ne peut être sorti du néant : mais nous ne découvrons pas si bien son infini en étendue, en pouvoir, en attributs moraux.

Comment concevoir une étendue infinie dans un être qu'où dit simple? et, s'il est simple, quelle notion pouvons-nous avoir d'une nature simple? Nous connaissons Dieu par ses cfTets, nous ne pouvons le connaître par sa nature.

S'il est évident que nous ne pouvons avoir d'idée de sa nature , n'est-il pas évident que nous ne pouvons connaitre ses attributs ?

Quand nous disons qu'il est infini en puissance , avons -nous d'autre idée sinon que sa puissance est très-grande ? Mais, de ce qu'il y a des pyramides de

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