INTÉRÊT
Nous n'apprendrons rien aux hommes nos confrères , quand nous leur dirons qu'ils font tout par intérêt. Quoi ! c'est par intérêt que ce malheureux faquir se tient tout nu au soleil, chargé de fers, mourant de faim, mange de vermine et la mangeant ? Oui, sans doute, nous l'avons dit ailleurs; il compte aller au dix-hoitièmo ciel, et il regarde en pitié celui qui ne sera reçu que dans le neuvième.
L'intérêt de la Malabare qui se brûle sur le corps de son mari est de le retrouver dans l'autre monde, et d'y erre plus heureuse que ee faquir. Car avec leur metempsycoso les Indiens ont un autre monde; ils sont comme nous, ils admettent les contradictoires.
Avcz-<vous connaissance de quelque roi ou de quelque république qui ait fait la guerre ou la paix, ou des édits , ou dos conventions, par un autre motif que . celui d'intérêt ?
A l'égard de l'intérêt de l'argent, consultez dans le grand Dictionnaire encyclopédique cet article de M. d'Alembert pour le calcul, et celi d'Argis pour la jurisprudence. Osons a>< ques réflexions.
I ». L'or et l'argent sont-ils une marchandise? oui ; l'auteur de l'Esprit dos lois ny pense pas lorsqu'il dit(«): «L'argent, qui est le prix deschoses, se loue et ne s'achète pas. »
II se loue et s'achète. J'achète de l'or avec de l'argent , et de 1 argent avee de l'or; et lo prix en change tous les jours chez toutes les nations commerçantes.
La loi de la Hollande est qu'on paiera les lettres de change en argent monnayé du pays et non en or, si le créancier l'exige. Alors j'achète de la monnaie d'argent, et je la paie ou en or, on en drap, ou en blé, ou en diamans.
J'ai besoin de monnaie , ou de blé , on de diamans pour un an : le marchand de blé, de monnaie, on de diamans, me dit : « Je pourriis pendfnt cette année vendre avantageusement ma nonn?ip , mon blé, mes diamans. Evaluons à quatre, à cinq, à sir pour cent, selon l'usage du pays, ce que vous me faites perdre. Vous me rendrez, par exemple, au bout de l'année vingt et un karats de diamans pour vingt que je vous prête , vingt et un sacs de blé pour vingt ; vingt et un mille écus pour vingt mille écus. Voilà l'intérêt. Il est établi chez toutes les nations par la loi naturelle; le taux dépend- de la loi particulière du pays (l). A Rome on prête sur gages à denx et demi pour cent suivant la loi , et on vend vos gages si vous ne paye* pas au temps marqué. Je ne prête point sur gages, et je ne demande que l'intérêt usité en Hollande. Si
(a) Livre XXII, ebap. XIX.
( 1 ) Le tau-i de l'intérêt doit être liUre, et la loi n Vit en droit de l« fixer*que dans le cai où il n'a pat été <
Pétais à la Chine, je vons demanderais l'intérêt en usage à Macao et à Kanton. m
a\ Pendant qu'on fait ce marché à Amsterdam , arrive de Saint -Magloire tm janséniste ( et le fait est très-vrai, il s'appelait l'abbé des Issarts ); ce jansdnistc dit an négociant hollandais : Prenez garde, vous vous damnez ; l'argent ne peut produire de l'argent, fttrmmn* nummutn non pttrit, 11 n'est permis de recevoir l'intérêt de son argent que lorsqu'on veut perdre le fonds. Le moyen d'être sauvé est de i contrat avec monsieur -, et, pour vingt mille écus que vous ne reverrez jamais, vous et vos hoirs recevrez pendant toute l'éternité mille écus par an.
Vous faites le plaisant, répond le Hollandais; vous ne proposez là une usure qui est tout juste nn inGnî du premier ordre. Pturais déjà reçu moi ou les miens mon capital au bout de vinçt ans, le double en quarante, le quadruple en quatre-vingts; vous voyez bien que c'est une série infinie. Je ne puis d'ailleurs prêter que pour douze mois, et je me contente de mille écus
l'abbé des issarts.
J'en suis fâché pour votre âme hollandaise. Dieu défendit aux Juifs de prêter à intérêt, et vous sentez bien qu'un citoyen d'Amsterdam doit obéir ponctuellement aux lois du commerce, données dans un désert A des fugitifs errans qui n'avaient aucun cou-
le HOLLANDAIS.
Cela est clair, tout le monde doit être Juif ; mats il ne semble qae la loi permit A la horde hébraïque la plus forte usure avec les étrangers; et cette horde y fit très-bien ses affaires dans la suite.
D'ailleurs, il fallait que la défense de prendre de Hatérêt de Juif À Juif lut bien tombée en désuétude, puisque notre Seigneur Jésus , prêchant à Jérusalem, dit expressément que l'intérêt était de son temps à cent pour cent; car, dans la parabole des talcns, il dit que le serviteur qui avait reçu cinq talens en gagna cinq' autres dans Jérusalem, que celui qui en avait deux en gagna deux, et que le troisième qui n'en avait eu qu'un , qui ne le fit point valoir , fut mis au cachot par le maître pour n'avoir point fait travailler son argent' c%ez tes changeurs. Or ces changeurs étaient Juifs ; donc c'était de Juif à Juif qn'on exerçait l'usure à Jérusalem; donc cette pirabole, tirée des mœurs du temps, indiquent manifestement que l'usure était à cent pour cent. Lisez saint Matthieu, chapitre XXV; il s'y connaissait; il avait été eomtnis de la douane en Galilée. Laisser. -moi achever mon affaire avec monsieur, et ne me laites perdre ni mon argent, ni mon temps.
l'abbê Dts iss ART».
Tout cela est bel et bon; mais la Sorbounc a décidé que Je prêt à iutérét est unpéj-hé mortel.