NUDITE
Pourquoi eufermerait-on un homme, une femme qui marcheraient tout nus dans les rues? et pourquoi personne n'est-il choqué des statues absolument nues, des peintures de Magdelènc et de Jésus qu'on voit dans quelques églises?
Il est vraisemblable que le £enie humain a subsisté long-temps sans être vêtu.
On a trouvé dans plus d'une îie, et dans le continent de l'Amérique, des peuples qui ne connaissaient pas les vétemens.
Les plus civilisés cachaient les organes de la génération par des feuilles, par des joncs entrelacés, par des plumes. «
D'où vient cette espèce de pudeur? était-ce l'instinct d'allumer des désirs en voilant ce qu'on aimait à découvrir?
Est-il bien vrai que chez des nations un peu plus policées, comme les Juifs et demi-Juifs, il y ait eu des sectes entières qui n'aient voulu adorer Dieu qu'en se dépouillant de tous leurs habits .' tels ont été, dit-on, les adamites et les abélienv Ils s'assemblaient tout nus pour chanter les louangesdc Dieu. Saint Epipbane et saint Auguuin le disent. 11 est vrai qu'ils n'étaient pas contemporains, et qu'ils étaient fort loin de leur pays. Mais enfin cette folie est possible : elle n'est pas même plus cx'raordinairc , plus folie que cent autres folies qui out fait le tour du monde Tune après l'autre.
Nous avons vu, à l'article Embltme, qu'aujourd'hui
m a me encore les mahoraétana ont des saints qui sont fous , et qui vont nus comme des singes. 11 se peut très-bien que des éuergumènes aient cru qu'il vaut mieux se présenter à la Divinité dans l'état où clic nous a formés que dans le déguisement inventé par les hommes. 11 se peut qu'ils aient moutre tout par dévotion. Il y a si peu de gens bien faits dans les deux sexes, que la nudité pouvait inspirer la chasteté , ou plutôt le dégoût, -au lieu d'augmenter les désirs.
On dit surtout que les abéliens renonçaient au ma riage. S'il y avait parmi eux de beaux garçons et dt belles tilles, ils étaient pour le moins comparables a saint Adhclme et au bienheureux Robert d'ArbrisfclIc, qui couchaient avec les plus jolies peisonncs pour mieux faire triompher leur conliuence.
J'avoue pourtant qu'il eût été assez plaisant de voir une centaine d H i l t nés et de Paris chanter des antiennes et se donner le baiser do paix, et fiire les agapes.
Tout cela montre qu'il n'y a point de singularité, point d'extravagance , point de superstition qui n'ai passé par la tétc des hommes. Heureux quand ces superstitions ne troublent pas la société et n'en font pas une scène de discorde , de haine et de fureur ! Il vaut mieux sans doute prier Dieu tout nu que de souiller de sang humain ses autels et les places publiques.