PHILOSOPHA
absoudre un vampire qui est mort excommunié. Cela va plus au fait.
Je ne suis pas assez profond dans la théologie pour dire mon avis sur cet article ; mais je serais volontiers pour l'absolution , parct que , dans toutes Ici a fiai es douteuses, il faut toujours prendre le parti le plus doux.
Le résultat de tout ceci est qu'une grande partie de l'Europe a été infestée tic vumpirtr pendant cinq ou six ans, et qu'il n'y en a plus; que nous avons ou des convulsionnâmes en I rauce pendant plus de vingt ans, et qu'il n'y en a plus; que nous avons eu des posx'uYs pendant dix-sept cents ans, et qu'il n'y en a plus; qu'on a toujours ressuscité des morts depuis llippoiyte, et qu'on .l'enrcsstMci'.c plus; que nous avons eu des jésuites en Espagne , en Portugal , en France, dans les Deux - Sicilcs, et que nous n'en avons plus.
VELETRl ou VELITRI,
Petite t ille d'Ombric, à neuf lieues de Rome; et par occasion, de la duinité d'Auguste.
Crrx qui aiment l'histoire sont bien aises de savoir à quel titre uu bourgeois de Vcletri gouverna un empire qui s'étendait du moût Tau ru s au mont Atlas, et de l'Euphratc a l'océan Occidental. Ce ne fut point comme diclaieur perpétuel j ce titre avait été trop funeste à Jules- César. Auguste ne le porta que onze jours. La crainte de p-'rir comme son prédécesseur, et les conseils d'Agrippa, lui firent prendre d'autres mesures. Il accumula insensiblement sur sa tète toutes les dignités de la république : treize consulats, le tribunat rcuouvclé en sa faveur de dix en dix ans, le nom de prince du sénat, celui d'empereur, qui d'abord jie signifiait que g. itérai d'armée, mais auquel il sut donner une dénomination plus étendue ; ce sont là les titres qui semblèrent légitimer sa puissance.
Le sénat ne perdit rien de ses honneurs ; il conserva même toujours de très-grands droits. Auguste partagea avec lui toutes les provinces de l'empire, mais il retint pour lui les principales. Enfin, maître de l'argent et dos troupes, il fut en effet souverain.
Ce qu'il y eut de plus étrange, c'est que Jules César, ayant été mis au rang de dieux après sa mort, Auguste fut dieu de son vivant. Il est vrai qu'il n'était pas lout-à-fait dieu à Home, mais il l'était dans les provinces : il y avait des temples et des prêtres. L'abbaye d'Ainay à Lyon était un beau temple d'Auguste, florace lui dit :
Jurandatque tuum per nomrn ponimus i
Cela veut dire qu'il y avait chez les Romains même d'assez bons courtisans pour avoir dans leurs maisons de petits autels qu'ils dédiaient à Auguste. 11 fut donc canonisé de son vivant; et le nom de d/eu devint le titre ou le sobriquet de tous les empereurs suivans. Caligula se lit dieu sans difficulté; il se fit adorer dans |<; temple de Castor cl de Pollux. Sa statue était posée entre ces deux gémeaux ; on lui immolait des paons, des faisans, des poules de Numidic , jusqu'à ce qu'en-
IKJ. IL L
fin on l'immola lui-même. Néron eut le nom de dieu avant qu'il fût condamné par le sénat a mourir par la supplice des esclaves.
Ne nous imaginons pas que ce nota de dieu signifiât chez ces monstres ce qu'il signifie parmi nous : la blasphème ne pouvait être porté jusque-là. Divus voulait dire précisément <anctu<. De la liste des proscriptions, et de l'épigrammc ordurierc contre Fulvie, il y a loin jusqu'à la divinité.
Il y eut onze conspirations contre ce dieu , si l'on compte la prétendue conjuration de Cinna ; mais aucune ne réussit; et, de tous ces misérables qui usurpèrent les honneurs divins, Auguste fut sans doute le plus fortuné. Il fut \ entablement celui par lequel la république romaine périt ; car César n'avait été dictateur que dix mois, et Auguste régna plus de quarante années. Ce fut dans cet espace de temps que les mœurs changèrent avec le gouvernement. Les armées, composées autrefois de légions romaines et des peuples d'Italie, furent dans la suite formées à" tous les peuples barbares. Elles mirent sur le trône dos empereurs de leurs pays.
Dès le troisième siècle , il s'éleva trente tyrans presqu'à la fois , dont les uns étaient de la Transilvanie, les autres des Gaules, d'Angleterre ou d'Allemagne. Diocléticn était le fils d'un esclave de Dalmatie; Maximien Hercule était un villageois de Sirmik; Théodosc était d'Espagne, qui n'était pas alors un pays fort policé.
Ou sait assez comment l'empire romain fut enfin détruit, comment les Turcs en ont subjugué la moitié, et comment le nom de l'autre moitié subsiste encore sur les rives du Danube, chez les Marcomans. Mais la plus singulière de toutes les révolutions , et le plus étonnant de tous les spectacles, c'est de voir par qui le Capitolc est habité aujourd'hui.
VENALITE.
Ce faussaire dont nous avons tant parlé, qui fit le Testament du cardinal de Richelieu, dit au chapitre IV, « qu'il vaut mieux laisser la vénalité et le droit annuel , que d'abolir ces deux établissemens difciles a changer tout d'un coup sans ébranler l'état. »
Toute la France répétait, et croyait répéter après le cardinal de Richelieu, que la vénalité des offices de judicaturc était très-avantageuse.
L'abbé de Saint-Pierre fut le premier qui, croyant encore que le prétendu testament était du cardinal, osa dire dans ses observations sur le chapitre IV : uLc cardinal s'est engagé dans un mauvais pas , en soutenant que quant à présent la vénalité des charges peut être avantageuse à I état. Il est vrai qn*il n'est pas possible de rembourser toutes les charges. »
Ainsi non-seulement cet abus paraissait à tout le monde irréformablc, mais utile : on était si accoutumé à cet opprobre qu'on ne le sentait pas; il semblait éternel; un seul homme en peu de mois l'a su anéantir.
Répétons donc qu'on peut tout faire, tout corriger; que le grand défaut de presque tous ceux qui gouvernent est de n'avoir que des demi -volontés et des demi-moyens. Si Pierre le Grand n'avait pas
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voulu fortement, doux mille lieues de paya seraient encoeo barbares.
Comment donner <Ie l'eau dans Parts à trente mille maisons qui en manquent ? comment payer les dettes do l'état? comment se soustraire à la tyrannie révérée d'une puissance étrangère qui aTa*t pas une puis* sauce, et à laquelle on paye en tribut les premiers fruits? Osez le vouloir, et vous en viendrez à bout plus aisément que vous n'avez extirpé les jésuites, et purgé le théâtre de petits-maîtres.