‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 66 sur 551 · ARIUS (*). — ARMES, ARMÉES · texte numérisé non relu

ARIUS (*). — ARMES, ARMÉES

C'est une chose très-digue de considération, qu'il y ait eu et qu'd ait encore war la terre des secAétés sans armées. Les braemancs qui gouvernèrent longtemps presque toute la grande Cfacrsonèse de l'Inde ; les primitifs nommés Quakers, qui gouvernent la PeusrHenic ; queiqaes peuplades de l'Amérique , quelques- unes même du «entre de l'Afrique; les

n?»ye»;

Samotèdes, les Lapons, les Kamshattadiens n'ont javolsias.

Los hroouisnct tarent las pins cousidt'rables d* tous cas peuples pudflquosj feui caste, qui est si ancienne, qui subsiste encore, et devant qu. Mutas les attiras institutions sont nouvelle*, est tm prodige qu'on no sait pas admirer. Leur police e'. leur religion se réunirent toujours à ne verser jasasse de sahg, pa* même edha dos moindres «nrtnaus. Avec un tel régime on est aisément subjugué ; ils l'ont été , et hunt point change.

Les tPonatlveins n'ont jamais ea d'armée, et ils oui lia guerre eu horreur, peuplades do PAasérique ne savaient que c'était qu'une armée a^nt qw 1rs Espagnols vras sent les extorminer tons. Les aah'ttns des bords d.la mer Glaciale ignorent et armes, *t disse; des armées, et bartaifloas, ot escadrons.

Outre «es peuples, h» prêtresses religieux, ne portent les armes en aucun pays , de moins ouand ili sont Bdèles A leur institution.

Ce n'est que chét les chrétiens qu'on a vu dos so cic'e»! religieuses établies pour combattra, «oramtempliers, Chevaliers de Saint -Jean, chevalier* teutons, chevaliers portc-gtaives. Ces ordres religieux

tirent comme les autres tribus juive*.

Ni les armées ni les armes ne fureut les mêmes dan s l'antiquité: LexEgyptieus n'eurent presque jamais d<cavalerie'; «Ma eut été assez isattle datas an pays««rtreèaupé de canaux, inondé pendant cfnq mois, et fangeux pendant cinq autres. Les Uabitens d'une grande nantie de l'Asie eexrrfeyèrerK les quadriges de guerre, il ea est parlé dans les unnaksdc la Chine. Confutzéc dit («) qu'onoote Ce son temps chairsf-goneomeur de province fournissait à l'empereur mille chars de guerre à quatre chevaux. Les Tnoycns ot les Groos combattaient sur des chars a deux cuevenx .

La cavalerie et «es char» turent inconnus à lu nation juive dans un terrain montagneux , o* leur premier roi n'avait que des inertes quand il fut »4u. Trente fils de ia?r, princes de trente vi Mes , à ue que dit le texte (a), étaient merfès chacun sur an ftne. Sanl , depuis rui de Juda, »V-*it que des nnesses^ et 1rs fils do David s'enfuirent tous sorde* mules lorsque Absaloa eut tnè son frère Ainnon. Aïrtakm n'était monté (pic sar une mule dans la bair*He qu'il livra eoutre les troupes de son père; ce qui prouve, selon les histoires juives, qae l'on commentait alors a se servir de juraens on Palestine, on bi.!n qu'on y était deja assez, ri oh* pour achotur des mules des pays voisins.

Les Grecs 6e servirent peu de cwalcrk ; ce fut principalcmeatavec la phalange mactHcmenac qu'Alexandre gagna las batailles qui lui assujettiront ht Perse.

Cent iWauterie roman* qui «ul>jtigna la pfus grande partie .lu monde. CtW, i lakntailhîde Tbarsale, n'avait que mille hoainms du cavalerie.

(a) Cnftfuciu» , Wt. TH ,-p*tl. t. (H) Jtrjej , rhap. X , V. 4-

On ne sait point en quel temps les Indiens et les Africains commencèrent à faire marcher les éléphans à la têlc de leurs armées. Ce n'est pas sans surprise qu'on voit les éléphans dAnnibal passer les Alpes, qui étaient beaucoup plus difficiles à franchir qu'aujourd'hui.

On a dispute* long-temps sur les dispositions des armées romaines et grecques, sur leurs armes, sur leurs évolutions.

Chacun a donné son plan des batailles de Zama et de Pharsale.

Le commentateur Cal met, bénédictin, a fait imprimer trois gros volumes du Dictionnaire de la Bible , dans lesquels, pour mieux expliquer les commandemens de Dieu, il a inséré cent gravures où se voicut des plans de bataille et des sièges en taillc-dcucc. Le Dieu des Juifs était le Dieu des armées, mais Cal met n'était pas son secrétaire : il n'a pu savoir que par révélation comment les armées des Amaléches , des Moabitcs, des Syriens, des Philistins, furent arrangées pour les jours de meurtre général. Ces estampes de carnage, dessinées au hasard, enchérirent son livre de cinq ou six louis d'or, et n* le rendirent pas meilleur.

C'est une grande question si les Francs , que le jésuite Daniel appelle Français par anticipation , se servaient de flèches dans leurs armées, s'ils avaient des casques et des cuirasses.

Supposé qu'ils allassent au combat presque nus, et armés seulement, comme on le dit, d'une petite hache de charpentier, d'une épée et d'un couteau; il en résultera que les Romains , maîtres des Gaules si aisément vaincus par Clovis, avaient perdu toute leur aucienne valeur, et que les Gaulois aimèrent autant devenir les sujets d'un petit nombre de Francs, que d'un, petit nombre de Romains.

L'habillement de guerre changea ensuite, ainsi que tout change.

Dans les temps des chevaliers, écuyers, et varlcts, on ne connut plus que la gendarmerie à cheval en Allemagne, en France, eu Italie, en Angleterre, en Espaguc. Celte gendarmerie était couverte de fer, ainsi que les chevaux. !«s fantassins étaient des serfs qui fesaient plutôt les fonctions de pionniers que de soldats. Mais les Anglais curer.', toujours dans leurs gens de pied de bons archers , et c'est ta grande partie ce qui leur fit gagner presque toutes les batailles.

Qui croirait qu'aujourd'hui les armées ne font guère que des expériences de physique? Un soldat ^serait bien étonné si quelque savant lui disait : « Mon ami, tu es un meilleur machiniste qu'Archimède. Cinq parties de salpêtre , une partie de soufre , une partie de carbo lignais, ont été préparées chacune à part. Ton salpêtre dissous, bien filtré, bien évaporé, bien cristallisé, bien remué, bien séché, s'est incorporé avec le soufre purifié, et d'un beau jaune. Ces deux ingrédiens, mêlés avec le charbon pilé, ont formé de grosses boules par le moyen d'un peu de vinaigre , ou de dissolution de sel ammoniac, ou d'urine. Ces boules ont été réduites in pulvcrcm pirium dans un moulin. L'effet de ce mélange est une dilatation qui est à peu près comme quatre mille est à l'unité ; et le

plomb qui est dans ton tuyau, fait un autre effet qui est le produit de sa masse multiplié par sa vitesse.

« Le premier qui devina une grande partie de ce secret de mathématiques, fut un bénédictin nomme Roger Bacon. Celui qui l'inventa tout entier fut un autre bénédictin allemand nommé Schwarts, au quatorzième siècle. Ainsi, c'est à deux moines que tu dois l'art d'être un excelleut meurtrier, si tu tires juste, et si ta poudre est bonne.

m C'est en vain que du Cange a prétendu qu'en 1 338 les registres de la chambre des comptes de Paris font mention d'un mémoire payé pour de la poudre à canon : n'en crois rien , il s'agit la de l'artillerie , nom affecté aux anciennes machines de guerre et aux nouvelles.

« La poudre à canon fit oublier entièrement le feu grégeois dont les Maures fesaient encore quelque usage. Te voilà enfin dépositaire d'un art qui nonseulement imite le tonnerre, mais qui est beaucoup plus terrible. »

Ce discours qu'on tiendrait à un soldat serait de la plus grande vérité. Deux moines ont en effet changé la face de la terre.

Avant que les canons fussent connus, Tes nations byperborées avaient subjugué presque tout l'hémisphère , et pourraient revenir encore , comme des loups affamés, dévorer les terres qui l'avaient été autrefois par leurs ancêtres.

Dans toutes les armées c'était la force du corps, l'agilité, une espèce de fureur sanguinaire , un acharnement d'homme à homme qui décidaient de la victoire , et par conséquent du destin des états. Des hommes intrépides prenaient des villes avec des échelles. Il n'y avait guère plus de discipline dans les armées du Nord, au temps de la décadence de l'empire romain , que dans les bêtes carnassières qui fondent sur leur proie.

Aujourd'hui une seule place frontière , munie de canons, arrêterait les armées des Attila et des Gengis.

On a vu , il n'y a pas long-temps , une armée de Russes victorieux , se consumer inutilement devant Custrin, qui n'est qu'une petite forteresse dans un marais.

Dans les batailles, les hommes les plus faibles de corps peuvent l'emporter sur les plus robustes, avec une artillerie bien dirigée. Quelques canons suffirent à la bataille de Fontcnoi pour faire retourner en arrière toute la colonne anglaise déji maîtresse du champ de bataille.

Les combattans ne s'approchent plus : le soldat n'a plus cette ardeur, cet emportement qui redouble daus la chaleur de l'action lorsque l'on combat corps à corps. La force, l'adresse, la trempe des armes même, sont inutiles. A peine une seule fois dans une guerre se sert-on de la baïonnette au bout du fusil, quoiqu'elle soit la plus terrible des armes.

Dans une plaine souvent entourée de redoutes munies de gros canons, deux armées s'avancent en silence; chaque bataillon mène avec soi des canons de campagne ; les premières lignes tirent l'une contre l'autre, et l'une après l'autre. Ce sont des victimes qm'on présente tour à tour aux coups de feu. On Toit

souvent sur les ailes , des escadrons exposés conti • nuellement aux coups de canon en attendant l'ordre du général. Les premiers qui se lassent de cette manœuvre', laquelle ne laisse aucun lieu à l'impéiuosité du courage, se débandent et quittent le champ de bataille. On va les rallier, si Ton peut , à quelques milles de là. Les ennemis victorieux assiègent une ville qui leur coûte quelquefois plus de temps, plus d'hommes, plus d'argent, que plusieurs batailles ne leur auraient coûté. les progrès sont très-rarement rapides : et au bout de cinq on six ans, les deux parties également épuisées sont obligée; de faire la paix.

Ainsi, à tout prendre, '"invention de l'artillerie el la méthode nouvelle ont établi enire les puissances une égalité qui met le genre humain à l'abri des anciennes dévastations, et qui par la rend les guerres moins funestes, quoiqu'elles le soient encore prodi-

Les Grecs , dans tous les temps , les Romaius jusqu'au temps de Sylla, les autres peuple* de l'Occident et du Septentrion, n'eurent jamais d'armée sur pied continuellement soudoyée; tout bourgeois était soldat, et s'enrôlait en temps de guerre. C'était précisément comme aujourd'hui en Suisse. Parcourez- la tout entière , vous n'y trouverez pas un bataillon , excepté dans le temps des revues; si elle a la guerre, vous y voyez tout d'un coup quatre-vingt mille soldats en armes.

Ceux qui usurpèrent la puissance suprême depuis Sylla, eurent toujours des troupes permanentes soudoyées de l'argent des citoyens pour tenir les citoyens assujettis, encore plus que pour subjuguer les autres rations. Il n'y a pas jusqu'à l'évêquc de Rome qui ne soudoie une petite armée. Qui l'eût dit du temps des apôtres , que le serviteur des serviteurs de Dieu aurait des régi mens, el dans Rome?

Ce qu'où craint le plus en Angleterre , c'est a gréai standing nrmy, une grande armée sur pied.

Les janissaires ont (ait la grandeur des sultans, mais aussi ils les ont étranglés. Les sultans auraient évité le cordon, si au lieu de ces grands corps ils en avaient établi de petits.

La loi de Pologne est qu'il y ait une armée; mais elle appartient à la république qui la paie quand elle peut en avoir une.

AROT ET MAROT,

Et courte revue de l'Alcoran,

Cet article peut servir à faire voir combien les plus savans hommes peuvent se tromper, et à développer quelques vérités utiles. Voici ce qui est rapporté d'Arot et de Marot dans le Dictionnaire encyclopédique.

a Ce sont les noms de deux anges que l'imposteur Mahomet disait avoir été envoyés de Dieu pour en-

tenir du meurtre, des faux jugemens et de toutes aortes d'excès. Ce faux prophète ajoute qu'une trèsbelle femme ayant invité ces deux anges a manger chez elle, elle leur fit boire du vin, dont, étant «chauffés, ils la sollicitèrent à l'amour; qu'elle feinter, ruii.

gnit de consentir à leur passion, à condition qu'ils lui apprendraient auparavant les paroles par le moyen desquelles ils disaient que Ion pouvait aisément monter au ciel; qu'après avoir su d'eux ce qu'elle leur avait demandé, elle ne voulut plus tenir sa promesse, et qu'alors elle fut enlevée au ciel, où, ayant fait à Dieu le récit de ce qui s'était passé, elle fut changée en l'étoile du Liatin qu'on appelle Lucifer ou Aurore , et que les deux anges furent sévèrement punis. Cest de ià, selon Mahomet, que Dieu prit occasion de défendre l'usage du vin aux hommes (*). »

On aurait beau lire tout PAlcoran, on n'y trouvera pas un seul mot de ce conte absurde, et de cette prétendue raison de Mahomet, de défendre le vin à ses sectateurs. Mahomet ne proscrit l'usage du vin qu'au second et au cinquième sura ou chapitre : « II» t'interrogeront sur le vin el sur les liqueurs fortes : tu répondras que c'est un grand péché. »

« On ne doit point imputer aux justes qui croient et qui font de bonnes œuvres, d'avoir bu du vin et d'avoir joué aux jeux de hasird avant que les jeux de hasard fussent défendus. »

Il est avéré, chez tous les mahométans, que leur prophète ne défendit le vin et les liqueurs que pour conserver leur santé, et pour prévenir les querelles. Dans le climat brûlant de l'Arabie, l'usage de toute liqueur fermentée porte facilement à la téte, et peut détruire la santé et la raison.

La fable d'Arot et de Marot qui descendirent du ciel, et qui voulurent coucher avec une femme arabe après avoir bu du vin avec elle, n'est dans aucun auteur mabométan. Elle ne se trouve que parmi les impostures que plusieurs auteurs chrétiens, plus indiscrets qu'éclairés, ont imprimées contre la religion musulmane, par un zele qui n'est pas selon la science: Les noms d'Arot et de Marot ne sont daus aucun endroit de l'Alcoran. Cest un nommé Silburgius qui dit, dans un vieux livre que personne ne lit, qu'il anathématise les anges Arot et Marot , Sapha et Merwa.

Remarquez, cher lecteur, que Sapha et Mcrwa sont deux petits monticules auprès de la Mecque, et qu'aiusi notre docte Silburgius a pris deux collines pour deux anges. Cest ainsi qu'en ont usé presque sans exception tous ceux qui ont écrit parmi nous sur le mahométisme, jusqu'au temps où le sage Roland nous a donné des idées net;<s de la croyance musulmane, et où le savant Sale, après avoir demeuré vingt -quatre ans vers l'Arabie, nous a enfin éclairés par une traduction fidèle de l'Alcoran, et par la préface la plus instructive.

Gagnier lui - même , tout professeur qu'il était eu langue orientale i Oxford, s'est plu à nous débiter quelques faussetés sur Mahomet, comme si on avait besoin du mensonge pour soutenir la vérité de notre religion contre ce faux prophète. ïl nous donne tout au long le voyage de Mahomet dans les sept cicux sur la jument Alborac : il ose même citer le sura 011° chapitre LIII; mais ni dans ce sura UII, ni dans au-

<♦) Voym alcoia* .. section II,

eun autre, il n'est question de ce prétendu voyage «u ciel.

Ccst Aboulfeda qui, plus de sept cents a as après Mahomet, rapporte cette étrange histoire. Elle est tifée, à ce qu'il dit, d'anciens manuscrits qui eurent cours du temps de Mahomet mftmu. Mais il est visible qu'ils ne *ont point de Mahomet, puisque «prêt «a mort Anubckcr recueillit tous les feuillets de l'Alcoran eu présence de tous les chefs des tribus, et qu'on n'inséra dans la collection que ce qui parut Authentique.

De pins, noii-sculcmCDt le chapitre concernant Je voyage au ciel n'est point dans l'AJ coron, mais il est d'un style bien différent, et cinq fois plue ion g au moins qu'aucun des chapitres reconnus. «Que l'on compare tout les chapitres de PAlcoran avec celuilà, ou y trouvera uuc prodigieuse diifcreuce. Voici comme il commence :

« Une certaine nuit je m'étais endormi entre les deux collines de Saplia et de Murwa. Cette sait était très -obscure et irès- noire, mais si tranquille,. qu'on n'eutendiit ni les chiens aboyer, »i le» ooqa obanter. Tout d'un coup l'ange Gabriel se présenta devant moi dans la forme en laquelle le Dieu très-haut Ta créé. Son teint était blanc comme la neige , ses cheveux blondi , tressés d'une façon admirable, lui tombaient en boucles sur les épaules; il avait un iront majestueux, clair et serein, les dente belles et Luisantes ) et les jambes teintes d'un jaune de saphir; ses vAtomcas étaient toul tissus de perles et de fil d'or très-pur. Il portait sur son front une lame sur laquelle éuinnt écrites deux lignes toutes brillantes et éclatantes de lumu'ic ; sur la première il y avait ces mots : « U n'y a a point de Dieu que Dieu ; u et sur la seconde ceux* ci : « Mabomct est l'apôtre de Dieu. » A cette vue >e demeurai le plus surpris et le plus confus de tous les hommes. J'aperçus autour de lui soixante et dix mille cassolettes ou petites bourses pleines de musc et de safran. U avait cinq cents paires d'ailes, et d une aile à l'autre il y avait la distance de cinq vents année» de chemin.

« C'est dans cet état que Gabriel se fit voir à mes yeux. U me poussa, et me dit : « Lève-toi, ô homme « endormi, it Je fus saisi de frayeur et do trcmbjcment, et je lui dis en m'cvcillaut en sursaut j « Qui es-tu? Dieu veuille te faire miséricorde. Je suis ton frère Gabriel, me répoudit-il. O mon cher bien-aune Gabriel, lui dis- je, je le demande pardon. Est-ce une révélation de quoique chose de nouveau* on bien une menace affligeante que lu \icns m'annoncez ? Cest quelque chose de nouveau, reprit- il ; lève-toi, mon cher et bien-aimé. Attache '.on manteau sur tes épaules, tu en auras besoin : car il faut que tu rendes visite à ton Seigneur cette nuit. » En taCtne temps Gabriel me prit par la main; U me fil lever, et m'ajaitt fait monter sur la jument Alborac> U U conduisit luimême par la bride, etc. ».

Il est avéré ches les musulmans que ce chapitre, qui n'est d'aucune authenticité, fut imaginé par Ahur Horaira, qui était, dit -on, contempotein du prophète. Que dirait on d'un Turc qui viendrait aujour-

d'hui insulter notre religion , ci nous dire que uous comptons parmi nos livres consacres les Lettres de saint Paul à Sénèqne, et les Lettres de Sénèqne à Paul; les Actes de Pilate ; la Vie de la femme de Pilate ; les Lettres du prétendu roi AJbgare à Jésus- Christ, et la Réponse de Jésus-Christ à ce roitelet ; l'Histoire du défi de saint Pierre à Simon le Magicien; les Prédictions des sibylles; le Testament des douze patriarches > et tant d'autres livres de cette espèce ?

Noos répondrions à ce Turc qu'il est fort mal instruit, et qu'aucun de ces ouvrages n'est regardé par nous comme authentique. Le Turc nous fera la même réponse , quand pour le confondre nous lui reprocherons le voyage de Mahomet dans les sept cieux. U nous dira que ce n'est qu'une fraude pieuse des derniers temps., et que ce voyage n'est point dans l'Alceran. Je ne compare point sans doute ici la vérité avec l'erreur, le christianisme avec le mahométisme, l'Evangile avec PAlcoran; mais je compare fausse tradition à fausse tradition, abus à abus, ridicule à ridicule.

Ce ridicule a été poussé si loin, que Grotius impute à Mahomet d'avoir dit que les mains de Dieu sont froides; qu'il le sait parée qu'il les a touchées; que Dieu se fait porter en chaise; que, dans l'arche de Noé , le rat naquit de la fiente de l'éléphant, et Je chat de l'haleine du lion.

Grotius reproche a Mahomet d'avoir imaginé que Jésus avait été enlevé au ciel au lieu de souffrir le supplice. U ne songe pas que ce sont des communions entières des premiers chrétiens hérétiques , qui répandirent cette opinion conservée dans la Syrie et dans l'Arabie jusqu'à Mabomct.

Combien de fois a-t-on répété que Mahomet avait accoutumé un pigeon à venir manger du grain dans son oreille , et qu'il fesait accroire à ses sectateurs que ce pigeon venait lui parler de la, part de Dieu ?

N'est-ce pas assez que nuus soyons persuadés de la fausseté de la secte, et que la foi aous ait invinciblement convaincus de la vérité de la notre, sans que nous perdions notre tempe A calomnier les mahométans qui sont établis du mont Caucase au mont Atlas , et des confins do l'Élire aux extrémités de l'Inde? Nous écrivons sans cesse de mauvais livres contre eux , et ils n'en savent rien. Nous crions que leur religion n'a été embrassée par tant de peuples que parce qu'elle flatte les «eus. Où est donc la sensualité qui ordonne l'abstinence du vin, et des liqueurs dont nous fesons tant d'excès, qui prononce l'ordre indispensable de donner tous les ans aux pauvres deux et demi pour cent de son revenu, de .entier avec la plus grande rigueur, de souffrir dans les premiexs temps de la. puberté une opération douloureuse, de faire au milieu des sables arides un pèlerinage qui est quelquefois de ciuq cent» lieues, , et de prier Dku omq foi* par jour, même en lésant la guerec?

Mais., dit -on,, il leur est permis d'avoir quatre épouses dans ce monde, ils. auront dane l'autre des femmes célestes. Gxettius dit en propres mois : « Il faut avoir reçu une grande mesure de l'esprit d'é«

tourdissemeut, pour admettre dei rêveries »wsi gros, tiens t-t aussi nies; »

ont- prodigué des rêveries. Un homme qui recevait continuellement les chapitres de son Koran des mains

<ie l'ange Gabriel , était pis qu'un rêveur; c'était un . imposteur qui soutenait »es séductions par son courage. Mais cert iinoment il ny avait rien ni d étourdi, ni de saie, à réduire au nombre de quatre le nombre indéterminé de femnirsqirvies princes, les satrapes , les nababs, les o aura s rie IX)nenl nourrissaient dans lears séetiiu. U est dit qve Salomon avait sept cents femmes et trois cents concubines. Les Arabes , les Juifs pouvaient épousnr les deux sueurs ; Mahomet fui le premier qui défendit eus mariages dans le sura ou chapitre IV. 0* est donc la saleté ?

A l'égard des femmes célestes, où est la saleté? Certes il n'y a rien de sale dans le mariage que nous reconnaissons ordonné sur la terre et béni par Dieu même. Le mystère incompréhensible de la génération es», le sceau clc l'être éternel. Cest la marque la pins chère de sa puissance d'avoir créé le plaisir, et d'avoir pat cm plaisir naftute perpétué tous les êtres sen-

Si on no consulte que la simple raison, elle nous dira qu'il est vraisemblable que l'être éternel, qui ne tait rien en vain., ne nous fera pas renaître en vain avec nos organes. U ne sera pas indigne de la majesté suprême de nourrir nos estomacs avec des fruits délicieux , s'il nous fait renaître avec des estomacs. Nos saintes Ecritures nous apprennent que Dieu mit d'àbord le premier homme et la première femme dan un paradis de délire*. Ils étaient alors dan* on état d'innocence eft de gloire, incapables d'éprouver les maladies et la mort. C'est à pea près l'état où seront les justes, lorsqu »prés leur résurrection ils seront pendant l'éternité ce qu'oui été ne s premiers parens

ceux qui ont cru < qu'avant- un corps, ce corps sera cantiitueliemcnt satisfait* Nos Pérès de l'église n'ont point eu diantre idée de la Jérusalem cilestc. Saint Lrénée dit (<r) que chaque cep do vigne y portera dis mille branches, chaque branche dix mille grappes, et chaque grappe dix i mille raisins, etc.

Plnaieura Pères de l'église en effet ont pensé que les bienheureux dans le eiol fouiraient de tous leurs sens. Saint Thomas (b) dit que >c sens de la vue sera infiniment perfectionne, que loua les élémens le seront aussi , que la superficie de la terre sera diaphane comme le verre, l'eau comme le cristal, Va*r comme le ciel, le feu comme les astres.

Saint Augustin dans sa Dootrine chrétienne (r) dit que le sens «le Toute goûtera le plaisir de* soas, de chant et du discours.

Un de nos grands théologiens italiens nommé Hlaxsor, d*m*< sa Dissertation sur le paradis (d) , nous apprend que les élus ne cesseront jamais de jouer de

(o) livre V, chapitre XXXHT.

(6) Cewin-»onre sur fa Grntm , ton» 1! , tir. TV.

(c)Chap. II et III, n" 1)9.

(<t) Supplément, part, lit , ouest. 84.

ta guitare et de chanter : ils auront, ditMl, troianeoi. lltci . trois avnnt«get; des plaisirs sans chatouillement, des caresses sans mollesse, des voluptés sent

excès : Très nobil ilotes, illiubn sine titillation* , bUmditia sine mollitu4inefct voluptas sîne exiibrrantid.

Saint Thomas assure que l'odorat des corps glorieux sera parfait , et que l'humide ne l'a fiai bl ira pas: In corporibus glorio\is eril odor in sua ultimà perftvtiontf nn'lo modo per kumidum repressas (<). Un grand nombre d'autres docteurs traitent à fond cette question.

Suarct, dans sa Sagesse, s'exprime ainsi sur le gout : U n'est pas difficile à Dieu de faire que quelque humeur sapide agisse dans l'organe du gott , et l'affecte intentionnellement : Aon est Dto difficile (acere ut sapidus humor sit intra organum gwtûs, qui sensum illum ptmsil intentionaliter a\\icere ( ).

Enfin , saint Prosper , en résumant tout , prononce que les bienheureux seront rassasiés sans dégoflt,et qu'ils jouiront de la santé sans maladie : .VofuritaJ sine fa ti-iio et Ma <a»ita< sine morbo ( /).

U ne faut donc pas tant s'étonner que les mahomé* Uns aient admis l'usage des cinq sens dans leur para* dis. Ils diseut que la première béatitude sera l'union avec Dieu , elle n'exclut pas le reste.

Le paradis de Mahomet est une f.ible; mais, encore une fois, il n'y a ni contradiclion ni saleté.

La philosophie demande des idées nettes et précises; GrOtius ne les avait pas. Il citait beaucoup, et il étalait des raisonnemens apparens, dont la fausseté ne peut soutenir un examen réfléchi.

On pourrait faire un très-gros livre de toutes les imputations injustes dont on a chargé les mahométaus. Ils ont subjugué une des plus belles et des plus grandes parties de la terre. Il eût été plus beau de les chasser que de leur dire des injures.

L'impératrice do Russie donne aujourd'hui un grand exemple ; elle leur enlève Azoph et TaganrOk , la Moldavie, la Valacbie, la Géorgie; elle pousse ses conquêtes jusqu'aux remparts d'Erzérum ; elle envoie contre eux, par une entreprise inouïe, des flottes qui partent du fond de la mer Baltique, d'autres qui couvrent le PottX-Euxin ; mais elle ne dit point, dans ses manifestes, qu'un pigeon soit venu parler è l'oreille de Mahomet.

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