‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 82 sur 551 · ART POÉTIQUE · texte numérisé non relu

ART POÉTIQUE

Le savant presque universel, l'homme même de géuic , qui joint la philosophie à l'imagination, dit, dans son excellent article. Encyclopédie, ces parole*

remarquables « Si on en excepte ce Perrault et

quelques autres , dont le versificateur Boilcau n'était pas en étal d'apprécier le mérite, etc.» (feuillet 636.)

Ce philosophe rend avec raison justice «.Claude Perrault v savant traducteur de Vitruve, homme utile en plus d'un genre, à qui l'on doit la belle façade dn Louvre, et d'autres grands monumens; mais il faut aussi rendre justice à Boileau. S'il n'avait été qu'un versificateur, il serait à peine connu ; il ne serait pas de ce petit nombre de grands hommes qui feront passer le siècle de Louis XTV à la postérité. Ses dernières satires, ses belles épîtres, et surtout son Art poétique , sont des chefs-d'œuvre de raison autant que de poésie, saperc est principium et fons. L'art du versificateur est, à la vérité, d'une difficulté prodigieuse , surtout en notre langue où les vers alexandrins marchent deux à deux, où il est rare d'éviter la monotonie, où il faut absolument rimei , où les rimes agréables et nobles sont en trop petit nombre, où un mot hors de sa place, une syllabe dure gâte une pensée heureuse. C'est danser sur la corde avec des entraves ; mais le plus grand succès dans cette partie de l'art n'est rien s'il est seul.

L'Art poétique de Boileau est admirable, parce qu'il dit toujours agréablement des choses vraies et utiles , parce qu'il donne toujours le précepte et l'exemple, parce qu'il est varié, p»rcc que l'auteur,

. • ' • . . . . Sait d'une voix légère Pester du grave au doux, du pl.iisant suttvere.

Ce qui prouve son mérite chez tous les gens de goût, c'est qu'on sait ses vers par cceur; et ce qui doit plaire aux philosophes, t jours raison.

Puisque nous avons parlé de la peut donner quelquefois aux modernes sur les anciens, on oserait présumer ici que l'Art poétique de Boileau est supérieur à celui d'Horace. La méthode est certainement une beauté dans un poème didactique ; Horace n'en a point. Nous ne lui on fesons pas un reproche, puisque son poème est une épître tami-

Uerc-aux Piseat, et nou pas un outrage régulier comme losGéorgiques; mais e ut u mérite de plus dans. Boileau , mérite dont les philosophes doivent lui Unir compte,

L'Art poétique latin ne paraît pas à beaucoup près si travaillé que le français. Horace y parle presque toujours «K le Cou hhre et familier deacs autres épîtres. C'est use extrême justesse dans l'esprit, c'est un goût fin, ce sont des vers- heureux et pleins de sel, mai» souvent sans liaison , quelquefois destitués d harmonie, ce n est pas l'élégance et la correction de Virgile* L'outrage est très-Aon , celui de Boileau paraît encore meilleur; et si vouées exceptez, les tragédies de Racine qui ont le mérite supérieur de traiter les passions, et de surmonter toutes les difficultés du théâtre, l'Art poétique de Despréaux est sans contredit le, poème qui fait le plue d'honneur à la langue française.

Il aérait trisie que lea philosophes fussent les ennemis de la poésie. Il faut que la littérature soit

eommeda; maison de Mécène est Iocul uuicui-

fue suui.

L'auteur des Lettres perwnes si aisées à faire, et parmi lesquelles il y en a de trèa jolies, d'autres trèshardies , d'autres médiocres , d'autres frivoles ; cet auteur, dia-je, tràs-reconunandablo d'ailleurs, n'ayant jamais pu £iire de vers ^quoiqu'il eût de l'imagination et souvent du style, s'en dédommage en disant que « l'on verse le mépris sur la poésie a pleines maius , et que la poésie lyrique est une harmonieuse extra- >, etc. a :£t c'est ainsi -qirkra cherche sonvent aqnelson ne saurait atteindre:

Nous ne pouvons y parvenir, dit Montaigne , vengeons-nous-en par en médire. Mais Montaigne, le devancier .et le maître de Alontosquieu en imagination et en philosophie, pensait sur la poésie bien difiert'inmeïH.

Si Montesquieu avait ou autant de justice que it, il aurait senti malgré lui que'plttsieurs de odes et de nos bons opéras valent infiniment mieux que les plaisanteries de Biga à Uabeck, imitées du Siamois de Defrent , et quo les détails de ce qui se passe dam le j

Nous parlerons plus amplement de < trop fréquentes, à l'article CfuriQCB.

AilTS, BEAUX-ARTS.

(Article dédié au roi de Prusse.}

fc, m'pcuw auuicii; umiunniii uvui unv partie

travaille à ces rapsodies au Mont-Crapak, ne parlera point à votre majesté de l'art de la guerre. C'est un ^rt héroïque, ou si l'on veut, abominable. S'il avait de la beauté , nous vous dirions sans être contredits, que vous êtes le plus bel homme de l'Europe.

Nous entendons par beaux-arts l'éloquence dans laquelle vous vous êtes signalé-en éterA l'historien de votre patrie, et le seul historien brandebourgeois qu'on ait jamais lu; la poésie, qui a frit vos amuscoens et votre gloire quand vous avez bien voulu composer des vers français ; la musique , où vous avez

réussi au point que nous doutons fort que l'tolomce Auletès eût jamais osé jouer de la flûte après vous , ni Achille de la lyre.

Ensuite viennent les arts où l'esprit et la main sont presque également nécessaires, comme la sculp-t turc, la peinture, tous les ouvrages dc'pendans du dessin , et surtout l'horlogerie , qi'c nous regardons comme un bel art depuis que nous en avons établi des manufactures au Mont-Crapak.

Vous connaissez, sire , les quatre siècles des arts ; presque tout naquit en France, et se perfectionna sotts Louis XIV; ensuite plusieurs de ces mêmes arts cvilôs de France allèrent embellir ot enrichir le reste de l'Europe au temps fatal de la destruction du célèbre ( dit de Henri IV, énoncé irrévocable , et si facilement révoqué. Ainsi Te plus grand mal que LouisXiV piU se (aire à liii-nx'mc, fit le bien des autres princes contre son iutention ; et ce que vous en avez dit dans votre histoire du Jlrandebourg en est une preuve.

Si ce monarque n'avait été connu que par le bannissement de .six à sept cent mille citoyens utiles, par son irruption dans la Hollande dont il fut bientôt obligé do sortir, / wr sa grandeur qui l'attachait <>u rivaijc (<i) , tandis que ses troupes passaient le lUiin à la nage, si ou n'avait pour monumens de sa gloire que les prologues de ses opéras suivis de la balaille d'Hochstct, sa personne et son règne figureraient mal daus la postérité. Mais tous les beaux-arts en foule , encouragés par son goût et par su munificence, ses bienfaits répandus avec profusion sur tant de gens de lettres étrangers, le commerce naissant à sa voix dans son royaume, cent manu factures établies, cent bulles citadelles bâties, des ports admirables construits, les deux mers unies par des travaux immenses, etc., forcent encore 1 Europe à regarder avec respect Louis XIV et son siècle.

Ce sont surtout ces grands hommes, uniques en tout genre , quo la nature produisit alors à la fois , qui rendirent ces temps éternellement mémorables. Le siècle fut plus grand que Louis XIV , mais la gloire en rejaillit sur lui.

L'émulation dos arts a changé la face de la terre du pied des Pyrénées aux glaces d'Arcbangel. U n'est presque point do prince en Allomagno qui n'ait fait des établissemens utiles et glorieux.

Qu'ont fait les Turcs pour la gloire? rien. Ils ont dévasté trois empires et vingt royaumes : mais uue seule ville de l'ancienne Grèce aura toujours plus de réputation que tous les Ottomans ensemble.

Voyez ce qui s'est fait depuis peu d'années daus Pétersbouxg , que j'ai vu un marais au commencemont du siècle où nous sommes. Tous les arts y ont accouru , tandis qu'ils sont anéantis dans la. patrie d'Orphée, de Linus et d Homère.

La statue que l'impératrice de Russie élève à Picrrele-Grand, parle du bord de laXéva à toutes les nations; elle dit : J'attends celle de Catherine j mais il la faudra placer vis-à-vis de la vôtre, etc.

fa) BaUMu, Passage du Rhio. (Epïtrc IV, r. 1 1 f J

Que la nouveauté des arts ne prouve point la nouveauté du globe.

Tous les philosophes crurent la matière éternelle; mais les arts paraissent nouveaux. Il n'y a pas jusqu'à l'art de Cure du pain qui ne soit récent. Les premiers Romains mangeaient de la bouillie; et ces vainqueurs de tant de nations ne connurent jamais ni les moulins à vent, ni les moulins à eau. Cette vérité semble d'abord contredire l'antiquité du globe tel qu'il est, ou suppose de terribles révolutions dans ce globe. Des inondations de barbares ne peuvent guère anéantir des arts devenus nécessaires. Je suppose qu'une armée de nègres vienne chez nous comme des sauterelles, des montagnes de Cobonas, par le Monornotapa, par le Monoémugi, les Nosseguais, les Maraeates; qu'ils aient traversé l'Abyssinie, la Nubie, l'Egypte, la Syrie, l'A sie-M in cure, toute notre Europe; qu'Us aient tout renversé , tout saccagé , il restera toujours quelques boulangers, quelques cordonniers, quelques tailleurs , quelques charpentiers : les arts nécessaires subsisteront; il n'y aura que le luxe- d'anéanti. Cest ce qu'où vit à la chute de l'empire romain ; l'art de l'écriture même devint très - rare ; presque tous ceux qui contribuent à l'agrément de la vie ne renaquirent que long-temps après. Nous en inventons tous les jours de nouveaux.

De tout cela ou ne peut rien conclure au fond contre l'antiquité du globe. Car, supposons même qu'une inondation de barbares nous eût fait perdre entièrement jusqu'à l'art d'écrire et de faire le pain ; supposons encore plus, que nous n'avons que depuis dix ans du pain , des plumes, de l'encre et du papier; le pays qui a pu subsister dix ans sans manger de pain et sans écrire ses pensées, aurait pu passer un siècle, et cent mille siècles sans ce szcours.

Il est très-clair que l'homme et les autres animaux peuvent très-bien subsister sans boulangers, sans romanciers et sans théologiens , témoin toute l'Amérique, témoin les trois quarts de notre continent.

La nouveauté des arts parmi nous ne prouve donc point la nouveauté du globe, comme le prétendait Epicure, l'un de nos prédécesseurs en rêveries, qui supposait que par hasard les atomes éternels en déclinant avaient formé un jour notre terre. Pomponace disait: Se il mondo, non e eltrno , per tutti santi è molto vecchio.

Des petits inconvéniens attachés aux arts.

Ceux qui manient le plomb et le mercure sont sujets à des coliques dangereuses, et à des tremblemens de nerfs très-fAchcux. Ceux qui se servent de plumes et d'encre, sont attaqués d'une vermine qu'il faut continuellement secouer : cette vermine est celle de quelques cx-jésuites qui font des libelles. Vous ne connaissez pas, sire, cette race d'animaux; elle est chassée de vos états, aussi-bien que de ceux de l'impératrice de Russie , du roi de Suède et du roi de Danemarck , mes autres protecteurs. L'ex - jésuite Paulian et l'ex-jésuitcNonottc, qui cultivent, comme moi, les beaux-arts, ne cessent de me persécuter

jusqu'au Mont-Crapak; ils m'accablent sous le poids de leur crédit, et sous celui de leur génie, qui est encore plus pesant. Si votre majesté ne daigne pas me accourir contre ces grands hommes, je suis anéanti.

ASMODEE.

Aucun homme versé dane l'antiquité n'ignore que les Juifs ne connurent les ao^es que par les Perses et les Chaldéens, pendant la captivité. Cest là qu'il» apprirent, selon dom Calmet, qu'il y a sept ange» principaux devant le trône du Seigneur. Ils y apprirent aussi les noms des diables. Celui que nous nommons Asmodée s'appelait Hashmodai , ou Chammadai. « On sait, dit Calmet (a), qu'il y a des diables de plusieurs sortes ; les uns sont princes et maîtres démons, les autres subalternes et sujets. »

Comment cet Hashmodai était-il assez puissant pour tordre le cou à sept jeunes gens qui épousèrent successivement la belle Sara, native de Ragès, à quinze lieues d'Ecbatane? Il fallait que les Mèdes fussent sept fois plus manichéens que les Perses. Le bon principe donne un mari à cette fille, et voila le mauvais principe, cet Hashmodai, roi des démons, qui détruit sept fois de suite l'ouvrage da principe bienfaisant.

Mais Sara était Juive, fille de Raguel le Juif, captive dans le pays d'Ecbalanc. Comment un démon mède avait-il tant de pouvoir sur des corps juifs ? c'est ce qui a fait penser qu'Asmodée-Cbammadai était Juif aussi ; que c'était l'ancien serpent qui avait séduit Eve; qu'il aimait passionnément les femmes; que tantôt il les trompait, et tantôt il tuait leurs maris par excès d'amour et de jalousie.

En effet le livre de Tobie nous fait entendre, dans la version grecque, qu' Asmodée était amoureux de Sara : Oti daimonion philei autên. Cest l'opinion de tonte la savante antiquité que les génies bons oo mauvais, avaient beaucoup de penchant pour nos filles, et les fées pour nos garçons. L'Ecriture même se proportionnant à notre faiblesse, et daignant adopter le langage vulgaire, dit en figure, « que 1rs enfans de Dieu (A), voyant que les filles des hommes étaient belles, prirent pour femmes celles qu'ils choisirent. »

Mais l'ange Raphaël, qui conduit le jeune Tobie , lui donne une raison plus digne de son ministère . et plus capable d'éclairer celui dont il est le guide. Il lui dit que les sept maris de Sara n'out Lté livrés à 'a cruauté d' Asmodée que parce qu'ils l'avaient épousée uniquement pour leur plaisir, comme des chevaux et des mulets, a 11 faut, dit-il, (c) garder la continence avec elle pendant trois jours , et prier Dieu tous deux ensemble. »

Il semble qu'avec une telle instruction on n'ait plus besoin d'aucun autre secours pour chasser Asmodée ; mais Raphaël ajoute qu'il y faut le cœur d'un

(•) Dom CaUnet, Disserution «ur Tobie, p»g« >o5. (*)Gen4s«,eb«p.YI.— (e) Cbap. VI , t. i6,i?ett8.

poisson, grillé sur des charbons ardens. Pourquoi donc n'a-t-on pas employé depuis ce secret infaillible pour cbasser le diable du corps des filles ? Pourquoi les apôtres, envoyés exprès pour chasser les démons, n'ont-ils jamais mis le cour d'un poisson sur le gril? Pourquoi ne se servit -on pas de cet expédient dans l'affaire de Marthe Brossicr, des religieuses de Loudnn , des maîtresses d'Urbain Grandier, de la Cadière et dn frère Girard, et do pille autres possédés dans le temps qu'il y avait des possédés?

Les Grecs et les Romains, qui connaissaient tant de philtres pour se (aire aimer , en avaient aussi pour guérir l'amour; ils employaient des herbes, des racines. Vagnus castm a été fort renommé; les modernes en ont fait prendre à de jeune* religieuses, sur lesquelles il a eu peu d'effet. D y a long ^ temps qu'Apollon se plaignait à Daphné que, tout médecin qu'il était, il n'avait point encore éprouvé de simple qui guérit de l'amour.

Hti mihi! que ci nuflù amer est meiieabQit fartu (*>

On se servait de fumée de soufre; mais Ovide, qui était un grand maître, déclare que celte recette est inutile.

tfec fugiat vivo tulphurt victtu amor (e).

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