‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 85 sur 551 · ASSASSIN, ASSASSINAT · texte numérisé non relu

ASSASSIN, ASSASSINAT

SECTION PRKUltRE.

Non corrompu du mot Ekistcssin. Rien n'est plus ordinaire à ceux qui vont en pays lointain que de mal entendre , mal répéter , mal écrire dans leur propre langue ce qu'ils ont mal compris dans une langue absolument étrangère, et de tromper ensuite leurs compatriotes en se trompant eux-mêmes. L'erreur s'établit de bouche en bouche, et de plume en piiua» : il faut des siècles pour la détruire.

Il y avait du temps des croisades un malheureux petit temple de montagnards, habitant dans des cavernes vers le chemin de Damas. Ces brigands élisaient us chef qu'ils nommaient Chik Elchassissin. Un prétend que ce mot honorifique' chi ou ckek , signifie vieux originairement; de mémo quo parmi nous le titre de seigneur vient de senior, vieillard; et qvne le mot grttf, comte, veut dire vieux chez les Allemands. Car anciennemsnt le commandement civil fut toujours déféré aux vieillards chez presque tous les peuples. Ensuite le commandement étant devenu héréditaire, lo titre de chik, de qraf, de seigneur, de comte , a été donné à des evfaus ; et les Allemands appellent un bambin de quatre ans, monsieur le comte, c'est-à-dire monsieur te vieux.

Les croisés nommeront le viera des montagnards arabes, le Vieil de la montagne, et s'imaginèrent que c'était un très-grand prince , parce qu'il avait fait tuer et voler sur le grand chemin un comte de Montferrat, et quelques autres seigneurs croisés. Ou nomma ces peuples les assassins, et leur chik le roi du vaste pays des assassim. Ce vaste pays contient cinq à six lieues de long sur deux à trois de large dans l'Anti-Liban, pays horrible, semé de rochers, comme l'est presque toute la Palestine, mais entrecoupé de prairies assez, agréables, et qui nourrissent de nombreux troupeaux , comme l'attestent tous ceux, qui ont fait le voyage d'Alep à Damas.

Le chik ou le vieil de ces assassins ne pouvait être qu'un petit chef de bandits, puisqu'il y avait alors un soudan de Damas qui était très-puissaut.

Nos romancier* de ce temps-là, aussi chinu'riques que les croisc's , imaginèrent d'écrire que le grand prince des assassins, en is36, craignant que le roi de France Louis IX, dont il n'avait jamais entendu parler, ne se mît à la tète d'une croisade, et ne vînt lui ravir ses états, ruvoya deux grand* sei^ueurs de sa cour des cavernes de l'Anti-Liban à Paris, pour assassiner ce roi ; mais que le lendemain ayant appris combien ce prince était généreux et aimable, il envoya en pleine mer deux autres seigneurs pour contremander l'assassinat : je dis eu pleine mer, car ces deux émirs envoyés pour tuer Louis , et les deux auîivs pour lui sauver la vie, ne pouvaient faire leut voyage qu'en s'embarquant à Joppé , qui était alors au pouvoir des croisés, ce qui redouble encore le merveilleux de l cutrcpri.se. 11 fallait quo les deux premiers eussent trouvé un vaisseau de croisés tout prêt pour les transporter amicalement, et les deux autres encore un autre vaisseau.

Cent auteurs pourtant ont rapporté au long cette aventure les uns aprts les autres, quatique Joit:villc, contemporain, qui alla sur les lieux, n'en dise mot.

Et voilà justement comme oo écrit l'histoire .

Le jésuite Maimbourh , le jésuite Daniel, vingt autres jésuites, Mé/.erai, quoiqu'il ne soit pas jésuite, répètent celte absurdité. L'abbé Vclly , dans son Histoire de France , la redit avec complaisance , le tout sans aucuu examen, et sur la foi d'un Guillaume de tSangi* qui écrivait environ soixante ans après cette belle aventure, dans uu temps où l'on ne compilait l'histoire que sur dos bruits de ville.

Si l'on n'écrivait que les choses vraies et utiles, l'immensité de «os livres d histoire se réduirait à bien peu de choses; mais ou saurait plus et mieux.

On a pendant six cents ans rebattu le conte du Vieux de la montagne, qui enivrait de voluptés ses jeunes élus dans ses jaruins délicieux, leur fesait accroire qu'ils étaient ci. paradis, et les envoyait ensuite assassiner des rois au bout du monde mériter un paradis étemel.

Ver» le levant . le Viril tle la montagne

rendit craint

w un moyen nouveau ,

Cluiut n'ct.iit-il pour 1 immense < Ou ir possédât, ni pour i Dur et ('."argent; mais parce qui T> ses sujet! il imprimait des clioscs, Qui de maint fjit courageux étaient eau» Il choisirait entre eux les plu» hardis, Et leur fos.il donner du paradis Ua nvmit-goùl à leurs sens perceptible ( l)u paradis de son législateur.) ; llien n'eu a dit ce prophète menteur, Qui ne devint très -croyable et sensible Aces gens-là. Comment s'y prenait-on?

On les A tait boire tous de façon Qu'ils s euiiTuicut, perdaient sens et nia Kn cet état, privé* de connaissance, On le» portait en d'itgrcahics lieux , Ombrages frais, jardins délicieux.

Plus qu'cmaillcs. et beaux par .xccllenotj Chaque réduit cri avait à couper.

Si ae venaient joliment attrouper

ISS

Près de cm gens qui leur boisson curée,

El te crojaient habitant devenus Des champs heureux qu'assigne a se* élut Le (aux Mahom. Lors de faire accom tance , ITurct d'approcher, tendrons d'entrer en

Au aoo de> luth* accompiguant le* vos De» rossignols : il n'rtt pi.-iiiir nu monde Qu'on ne goutit dedans ce paradis :

Les meilleurs vin» de la machine ronde, Dont ne maixjuuient encor de «'enivrer, Bt de leur» sens perdre l'entier useje. On les fesait auaaitât reporlrr An premier lieu. De tout ce tripotage Qu'arrivait-il? ils croyaient fermement Que quelque* jout» de icinLlnbles délice* Les attendaient, pourvu que hardiment, San* redouter la mort ni les supplice* , Ih (lisent chose agréable à Mahom , Servant leur prince en toute occasion.

Par ce moyen leur prince pouvait dire Qu'il avait gens à s» dévotion , Détermines, et qu'il n'était empire Plu* redouté <pie le tien ici-bas.

Tout cela est fort bon daus un conte de La Fontaine, aux vers faibles près; et il y a cent anecdotes historiques qui n'auraient été bonnes que là.

section it.

L'ÂssAssm-r étant, après l'empoisonnement, te crime le plus lâche et le plus punissable, U n'est pu étonnant qu'il ait trouvé de nos jours un approbateur dans un homme dont la raison singulière n'a pas toujours été d'accord avec la raison des autres hommes

Il feint, dans un roman intitulé Emile, d'élever un jeune gentilhomme, auquel il se donne bien de garde de donner une éducation telle qu'on la reçoit dans l'école militaire, comme d'apprendre les langues , la géométrie, la tactique, les fortifications, l'histoire de son pays ; il est bien éloigné de lui inspirer l'amour de son roi et de sa patrie, il se borne à en faire un garçon menuisier. Il veut que ce gentilhomme menuisier, quand il a reçu un démenti ou un soufflet, au lieu de les rendre et de so battre, assassine prudemment Son homme. Il est vrai que Molière, en plaisantant dans l'Amour peintre, dit qu'assassiner est le plus sûr; mais l'auteur du roman prétend que c'est le plus raisonnable et le plus honnête. Il le dit très-sérieusement; et, dans l'immensité de ses paradoxes, c'est une des trois ou quatre choses qu'il ait dites le premier. Le même esprit de sagesse et de décence qui lui fait prononcer qu'un précepteur doit souvent acrompagner son disciple dans un lieu de protistution (fl) , le fait décider que ce disciple doit être un assassin. Ainsi l'éducation que donne Jean-Jacques à uu gentilhomme, consiste à manier le rabot, et à mériter le grand remède et la corde.

Nous doutons que les pires de famille s'empressent a donner de lois précepteurs à leurs enfuis. Il nous semble que le roman d'rmile s'écarte un peu

(<t> Kmile, lome UT. -tr. ' f i< re U".

trop des maximes de Mentor dans Télémaque : mais aussi il faut avouer que notre siècle s'est fort écarté «n tout du grand siècle de Louis XIV.

Heureusement vous ne trouverez point dans le Dictionnaire encyclopédique de ces horreurs insensées. On y voit souvent une philosophie qui semble hardie; mais non pas cette bavarderie atroce et extravagante, quedeux ou trois fous ont appelée philosophie, et que deux o

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