AUGUSTE OCTAVE
Des moeurs d'Auguste ( + ).
On ne peut coiinaîtrc les mœurs que par les faits , tt il faut que ces faits soient incontestables. Il est avéré que cet homme, si immodérément loué d'avoir été le restaurateur des moeurs et des lois, fut longtemps un des plus infâmes débauchés de la république romaine. Sou épigramme sur Fulvic, faite après l'horreur des proscriptions, démontre qu'il avait autant de , mépris des bienséances dans les expressions, que de barbarie dans sa conduite.
Quod futuil Glaphyran Antoniut, liane tnihi pttojm Fulvia conttituit , te auoaue uti futuam. Fulviam ego ut fufuum 1 quid u «• Manitu orel Peedieem ; faeiam} non puto, t% sapiam.
témoignages de l'iufamie dos mœurs d'Auguste. Se\t<! Pompée lui reprocha dos faiblesses infimes. Fffcminatum insectatus tut. Antoine, avant le triumvirat , déclara que César, grand oncle d'Auguste , ne l'avait adopté pour son fils que paroe -qu'il avait servi à «es plaisirs; iiiUptionem avunctUi irtwamorittw».
Lucius César lui fit le ra*me reproche , et prétendit même qu'il avait poussé la bassesse jusqu'à vendre son corps à Hirttus pour une somme très- considérable. Son impudence alla depuis jusqu'à arrarher une femme consulaire à son mari au iriîhcu d'un souper; il passa quelque temps avec elle dans un cabinet voisin , et la ramena ensuite à tinte, sans que lui, ni elle, ni son mari, en rougissent. (Suétone, Ocuw.cap. fig.)
Nous avons encore une lettre d'Antoine à Auguste conçue en ces mots : lia vatco<, n'i tu, hanc cpi>t<>lam quàm /r<7fï, non intVm Terminai , nul TcrentU- Idtn , aut Ruflllam , aut Stth'inm Titrccniam , mit cntAe t. Anne refert , ubi , et in quant arrujat ? On n'ose traduire cette lettre licencieuse.
Rien n'est plus connu que ce scandaleux festin de
cinq compagnons de ses plaisirs, avec six des principales femmes de Rome. lis étaient habillés en dieux «t eu disses , «4 ils en imitaient toutes les impud icités inventées dans Jes fables :
Dùm note dwurum cernât aduheria.
(Scrro«,Ort<»..,Mp. USX.)
Enfin, on le désigna publiquement sur le tbiàtre par ce fameux vers :
Vidtn , ut ctWJui orbem iiqito ttnperet?
(M. cap. LXVin.) I.e noigt d'un »fl gitoo gou-erpe l'onlvtn.
Presque tous les auteurs latins qui ont parlé d'Ovide piétendent quAuguMe n'eut I insolence d'exiler ce chevalier romain, qui était beaucoup plus honnête homme que lui, que parce qu'il avait été surpris par lui dans un inceste avec sa propre fille Julie , cl qu'il ne relégua même sa fil lequo par jalousie.CeJa est d'auunt plus vraisemblable, que Caligula publiait hautement que sa mère était née de l'inceste d'Auguste et do Julie; c'est ce que dit Suétone dans la vie de Caligula. (Suétone, Caligula, cap. 33.)
On sait qu'Auguste avait répudié la.œève do Julie le jour mCrnc qu'elle accoucha d'cUe; et il enleva le roOmo jour Livia à son mari , grosse de Tibère , autre monstre qui lui succéda : voik i'bonutc à qui Horace disait (Ep. i,lib. a, v. a) :
Ret italat arm'u tuUtrit, i Legibat entende», etc.
11 est difficile de n'être pas saisi d'indignation en Usant à la tete des Géorgiques, qu'Auguste est un di s plus grands dieux, et qu'on ne sait quo]Ie place il daignera occuper un jour dans le ciel , s'il régnera dans tes airs, ou s'il sera le protecteur des villes, ou
i«rs?
An dent immenti vtniat maris, ac tua nautee Rumina tola cotant , tihi terviat ulfini« TbuU.
(Via*.G«orj.,lib.l,T.a9.j
L'Arioste parle bien plus sensément , comme aussi avec plus de grâce, quand il dit dans son admirable trente-cinquième chant, st. XXVI:
A' on fa tl tanlo né beniqno Auqutlc, Corne la tuba di Virqilio mina ; V aver avuto in poetie buoa autlo , Lu proterhiene iniqua <jli ptedona , «f«
"Tyran de «on pav», et scélérat babfle, Il mit PcraMH en cendre et Rome Amot le» fin*; Maia il arah ou gpot, il te conawfcon vers; Augu»te au rang de* dieu art placé par Virgile
Des cruautés d'Auguste.
A VTjaT qu'Auguste se livra long- temps à la disso lutioo la plus efire uéc , autant son énorme cruauté fut tranquille et réfléchie. Ce fut au milieu des festins et des fêtes qu'il ordonna des proscriptions; il y ont pr. » de trois cents sénateurs de proscrits, deux mille chevaliers, et plu* de cent pères de famille obscurs, mais riches, dont tout le crime était dans leur fortum*. Octave et Auloiuc ue les firent tuer >quo pour avoir leur argent, et en cela ils ne furent ; nu llcxn eut dîlTcr«ns des voleurs de grand chemin qu'on fait expirer.
Octave, immédiatement avant la guerre de Pérousc , donna à ses soldats vétérans toutes les terres des citoyens de Mantoue et de Crémone. Ainsi il récompensait le meurtre par la déprédation.
11 n'est que trop certain que le monde fut ravagé depuis VEupbrate jusqu'au fond de l'Espagne, par un homme sans pudeur, sans foi, sans honneur, sans probité , fourbe , ingrat , avare , sanguinaire , tranquille dans le crime, et qui , dans une république bien policée, aurait péri par le dernier supplice au premier de ses crimes.
Cependant on admire encore le gouvernement d'Auguste, parce que Home goûta sous lui, la paix, les plaisirs et l'abondance : Sénèque dit de lui : Clemtnliam non voco lassam cruMitatem . Je n'appelle point clémence la lassitude de la cruauté.
On croit qu'Auguste devint plut doux quand lo crime ne fut plus nécessaire, et qu'»l vit qu'étant maître absolu , il n'avait plus d'autre intérêt que celui de paraître juste. Mais il me semble qu'il fut toujours plus impitoyable que clément; car après la bataille d'Actium il fit égorger le fils d'Antoine au pied de la statue de César, et il eut la barbarie de foire trancher la t.lte au jeune Césarion , fils de César et de Cléopâtre , que lui-même avait reconnu pour roi d'Egypte.
Ayant un jour soupçonné le préteur Gallius Qm'nlus d'être venu à l'audience avec un poignard sous sa robe , il le fit appliquer en sa présence à la torture ; et , dans l'indignation où il fut de s'entendre appeler tyran par ce sénatour, il lui arracha lui-même les yeux , si on en croit Suétone.
On sait que César, son père adoptif, fut assez grand pour pardonner à presque tous ses ennemis ; mais je ne vais pas qu'Auguste ait pardonné à un seul. Je doute fort de sa prétendue clémence envers Cinna. Tacite ni Suétone ne disent rien de cette aventure. Suétone, qui parle de toutes les conspirations faites contre Auguste, n'aurait pas manqué de parler de la plus célèbre. La singularité d'un consulat donné à Cinna pour prix de la plus noire perfidie , n'aurait pas échappé à tous les historiens contemporains. Dion Cassius n'en parle qu'après Sénèque; et ce morceau de Sénèque ressemble plus à une déclamation qu'à une vérité historique. De plus, Sénèque met la scène on Gaule, et Dion à Rome. 11 y a là une contradiction qui achève d'ôter toute vraisemblance à cette aventure. Aucune de nos histoires romaines, compilées à la hâte et sans choix , n'a discuté ce fuit intéressant. L'histoire de Laurent Ëcbard a paru aux hommes éclairés aussi fautive que tronquée : l'esprit d'exameu a rarement conduit les écrivains.
Il se peut que Gnna ait été soupçonné ou convaincu par Auguste de quelque infidélité, et qu'après l'éclaircissement Auguste lui ait accordé levain honneur du consulat ; mais il n'est nullement probable que Cinna eût voulu, par nne conspiration, s'emparer de la puissance suprême , lui qui n'avait jamais commande? d'armée, qui n'était appuyé d'aucun parti, qui n'était pas, enfin, un homme considérable dans l'empire. 11 n'y a pas d'apparence qu'an simple courtisan subalterne ait eu la folie de vouloir succéder à un souverain affermi depuis vingt années, et qui avait J
CAIRE
des héritiers ; et il n'est nullement probable qu'Auguste l'eût fait consul immédiatement après la conspiration.
Si l'aventure de Cinua est vraie, Auguste ne pardonna que malgré lui , vaincu par les raisons ou par les importunités de Livic , qui avait pris sur lui un grand ascendant, et qui lui persuada, dit Sénèque, que le pardon lui serait plus utile que le châtiment. Ce ne fut doue que par politique qu'on le vil une fois exercer la clémence ; ce ne fut certainement point par générosité.
Comment peut-on tenir compte à un brigand enrichi et affermi, de jouir en paix du fruit de ses rapines, et de ne pas assassiner tous Us jours les fils et les petits- fils des proscrits quand ils sout à genoux devant lui et qu'ils l'adorent? Il fut un politique prudent après avoir été un barbare; mais il est à remarquer que la postérité ne lui donna jamais le nom de vertueux comme à Titus, àTrajan, aux Antonins. Il s'introduisit même une coutume dans les compliment qu'on fesait aux empereurs à leur avènement, c'était de leur souhaiter d'être plus heureux qu'Auguste , et meilleurs que Trajan.
Il est donc permis aujourd'hui de regarder Auguste comme un monstre adroit et heureux.
Louis Racine , fils du grand Racine , et héritier d'une partie de ses lalcns , semble s'oublier un peu quand il dit dans ses Réflexions sur la poésie, « qu'Horace et Virgile gfttèrcnt Auguste, qu'ils épuisèrent leur art pour empoisonner Auguste par leurs louanges, si Ces expressions pourraient faire croire que les éloges ai bassement prodigués par ces deux grands poêles, corrompirent lo beau naturel de cet empereur. Mais Louis Racine savait très-bien qu'Auguste était un fort méchant homme, indifférent au crime et la vertu, se servant également des horreurs de l'un et des apparences de l'autre, uniquement attentif à son seul intérêt, n'ensanglantant la terre et ne la pacifiant, n'employant les armes et les lois, la religion et les plaisirs, que pour être le maître , et sacrifiant tout à lui-même. Louis Racine fait voir seulement que Virgile et Horaco eurent des âmes servilcs.
Il a malheureusement trop raison quand il reproche à Corneille d'avoir dédié Cinna au financier Mon toron, et d'avoir dit à ce receveur : « Ce que vous avez do commun avec Auguste, c'est surtout cette
générosité avec laquelle ; » car enf r. , quoique
Auguste ait été le plus méchant des citoyens romains, il faut convenir que le premier des empereurs, le maître , le pacificateur, la législateur de la terre alors connue, ne devait pas être mis absolument de niveau avec un financier commis d'un contrôleur général en Gaule.
Le même Louis Racine, en condamnant justement l'abaissement de Corneille et la lâcheté du siècle d'Horace et de Virgile , relève merveilleusement un passage du Petit Carême de Massillon : « On est aussi coupable quand on manque de vérité aux rois que quand on manque de fidélité , et on aurait dû établir la même peine pour l'adulation que pour la révolte. *
Père Massillon , je vous demande pardon ; mais ce trait est bien oratoire, bien prédicateur, bien exagéré.
La ligu« et la fronde ont fait, si je ne me trompe , plui de mal que les prologues de Quinault. Il n'y a pas moyen de condamner Quinault à être roué comme un rebelle. Père Massillon, est modus in rébus ; et c'est ce qui manque net à cous les feseurs de sermons.