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« Si voua suivez des dieux étreui^ers, vous « serez détruits
« Si vous obéissez^ vous aurez de la pluie (( au printemps } et en automne^ du {rament^ <( de Thuile^ du vin^ du foin pour vos béte»^ « afin que voius mandiez et que tdus soyez « soûls.
a Mettez ces paroles dans vos cu^urs^ dans tt vos miainS; entre vos yeux;écrivez4e8 sur- « vos portes^ afia que. vos joui:s se rnukitt plient.
tt Faites ce que je vous ordonne y sans y tt 1 ien ajouter ni retrancher.
a S'il s'élève un prophète qui. prédise des tt choses prodigieuses^ si sa prédiction est tt véritable, et si ce qu'il a dit arrive, et s'il tt vous dit : Allons, suivons des dieux étrau-
tt gers tuez -le aussitôt, et que tout le
« peuple frappe après vous.
tt Lorsque le Seigneur vous aura livré les tt nations , égorgez tout sans épargner un « seul honune, et n'ayez aucune pitié de per- « sonne*
tt Ne mangez point des oiseaux impurs-, tt comme l'aigle", le griffon^ Fixion, etc.
« Ne mangez point des s^nimaux qui ru*' tt minent .et dont l'ongle n'est point fendu, tt comme, chameau, lièyre, porc-épic, etc.
.« En observant toutes les ordonnantes ^ « vous serez bénis dans la ville et dans les « champs.^ les fruits de votre veïitre , de « votre terre^ de. vos bestiaux , seront bénis.
« Si vous ne gardez pas toutes les ordon- (( nances et toutes les cérémonies^ vous sea rez maudits dans la ville et dans les
tt champs vou^ éprouverez la famine^ la
«1 pauvreté : vous mourrez de mieère , de a froid; de poiuvreté , de fièvre j vous aurez
« la rog^ne, la gale, la fistule vous aurez
« des ulcères dans les genoux et dans le gras « des jambes.
. « L'étranger vous prêtera à usure, et vous
tt ne lui prêterez point à usure parceque
a vous n'aurez pas seryi le Seigneur.
« Et vous mamgerez le fruit de votre vena tre , et la chair de vos fils et de vos « filles, etc. »
U est évident que dans toutes ces promess^es et dans toutes ces menaces il n'y a rien que de temporel, et qu'on ne trouve pas un mot sur rinunortalité de Tame et sur la vie future.
Plusieurs commentateurs illustres ont cru que Moïse était parfaitement instruU de ces de ux^ands. dogmes; et ils le prouvent par les paroles de Jaçob qui , croyant que son fils
avait été dévoré par les bétes^ disait dans sa doilteur : a Je descendrai avec mon fils (t dans la fosse, in infernum ( Genèse, cha- «pitre XXXVII, vers. 35), dans l'enfer;» c'est-à-dire je moun^ai , puisque mon fils est mort.
Ils le prouvent encore par des passag;es d'Isaïe et d'Ezéchiel ] mais les Hébreux auxquels parlait Moïse ne pouvaient avoir lu ni Ëzéchiel ni Isaie, qui ne vinrent que plusieurs siècles après.
li est très inutile de disputer sur les sentiments secrets de Moïse. Le fait est que dans les lois publiques il n'a jamais parlé d'une vie à venir, qu'il borne tous les châtiments et toutes les récompenses au temps présent. S'il connaissait la vie future, pourquoi n'a -t- il pas expressément étalé ce do^^e? et, s'il ne l'a pas connue, quel était l'objet et l'étendue de sa mission? C'est une ' question que font plusieurs grands personnages ; ils répondent que le Maître de Moïse et de tous les hommes se réservait le droit d'expliquer <dai>s son temps aux Juifs une doctrine qu'ils n'étaient pas en état d'entendre lorsqu'ils étaient dans le désert.
Si Moïse avait annoncé le dogme de l'immortalité de l'ame , une grande école des
ToLTAiRE. Dict. philos, t. i. 15
Juifs ne l'aurait pas tcmjours oombatUie. Cette grande école des saducéens rt^await pa« été autorisée dans l'état ^ les ssducéen» n'auraient pas occupé le8:preniières chai^s^ on n'aurait pas tiré de grands^ponti&s de leur corps.
Il paraît que ce ne fut qu'après la fondation d' Alexandrie que les Juifs se partagèrent en trois sectes : les pharisiens^ les saducéens. et les esséniens. L'hi&torien Josèphe^ qui était pharisien^ nous apprend au livre treize ( chap. ix ) de ses Antiquités^ que les pharisiens croyaient la métexapsycose : les saducéens croyaient que l'ame périssait avec le corps : les esséniens , dit encore Josèphe j tenaient les âmes immortelles ^ les ames^ selon eux^ descendaient en forme aérienne dans les corps de la plus haute région de l'air ; elles y sont reportées par un attrait violent, et, après la mort, celles qui ont appartenu à des gens de bien demeurent au-rdelà de l'Océan, dans un pays où il n'y a ni chaud ni froid, ni vent ni pluie. Les âmes des méchants vont dans un climat tout contraire. Telle était la théologie des Juifs.
"• Voyez surtout le livre II , cb. xii , de la Guerre des Juifs ; c'est là qu'il donne les détails rapportés par Voltaire. P.
Celui qui seul devait instruire tous les kommes vint condamner ces trois sectes : mais san» lui nous n'aurions jamais pu rien ecmnaître de notre «me^ puisque les philo> spphes n'en ont jamais eu aucune idée déterminée y et que Moïse y seul vrai législateur du monde avant le nôtre^ Moïse qui parlait à Dieu Jace à £ftce j a laissé les hommes dans une i^noranc&profonde sur ce grand article. Ce n'est donc que depuis dix-s«pt cents ans qu'on est certain de l'existence de l'ame et de son- immortalité .
Gicéron n'avait que des doutes^* son petitfils et sa petite^ôlle purent apprendre la vérité des premiers Galilecns qui vinrent' à Eame.
Mais avant ce .tem(ps4à^ et depuis dans tout le reste de la terre où les apoires ne pénétrèrent pas , chacun devait dire à son an^e : Qui esi-tu ? dJoù viens-tu ? que fais^tu ?- où vas-tu ? Xu es je ne sais quoi; pensant et entant ^ 'et ^ quand tu sentirais et penserais Cievit mille millions, d'années ^ tu n'en sauvas jamais dava^ntage par tes propres lumières ^ sans le . secours d'un Dieu.
O homme !.ce Dieu t'a donné l'entendement pour te hien conduire^ et non pour pénél#îer dans l'essence des cbeâes qu'il a créées.
C'est ainsi qu'a pensé Locke, et ayant Locke, Gassendi, et avant Gassendi, tine foule de. sages; mais nt>us avons des bacheliers qui savent tout ce que ces grands hommes ign<»-aient.
De cruels ennemis de la raison ont osé s'élever contre ces vérités reconnues par tous les sages. Us ont porté la mauvaise foi et l'impudence jusqu'à imputer aux auteurs de cet ouvrage d'avoir assuré que l'ame est matière. Vous savez bien, persécuteurs de l'innocence, que nous avons dit tout le contraire. Vous avez dû lire ces propres mots contre Epicure, Démocrite et Lucrèce : « Mon a ami, comment un-atome pense-^t-il ? avoue « que tu n'en sais rien. » Vous êtes donc évidemment des calomniateurs.
Personne ne sait ce que c'est que l'être appelé esprit, auquel même vous donnez ce nom matériel d'esprit qui signifie vent Tous les premiers pères de l'Église ont cru l'ame corporelle. Il est impossible à nous autres êtres bornés de savoir si notre intelligence est substance ou faculté : nous ne pouvons connaître à fond ni l'être étendu , ni l'être pensant, ou le mécanisme de la pensée.
On vous crie , avec les respectables Gassendi et Locke , que nous ne savons rien par
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nous-mêmes des secrets du Créateur. Étesvous donc d«s dieux qui savez tout ? On vous répète que nous ne pouvons connaître la nature et la destination de Famé que par la révélation. Quoi I cette révélation ne vous suffit-elle pas ? Il faut bien que vous soyez ennemis de cette révélation que nous réclamonSy puisque vous persécutez ceux qui at» tenden t tou t d' elle^et quine croient qu' en elle. Nous nous en rapportons ^ disons-nous , à la parole de Dieu-^ et vous, ennemis de la raison et de Dieu, vous qui blasphémez Tun et l'autre, vous traitez l'humble doute et l'humble soumission du philosophe , comme le loup traita l'agneau dans les fables d'Esope; vous lui dites : Tu médis de moi l'an passé, il faut que je suce ton sang. La philosophie ne se venge point ; elle rit en paix de vos vains efforts ; elle éclaire doucement les hommes ,. que vous voulez abrutir pour les rendre semblables à vous-
SECTIOir XII.
Questions proposées à qui voudra et pourra les
résoudre \
Pieut-on admettre quelque chose dont on n'a aucune idée ? I/ignorance, en ce cas, ne
'' Ces Questions proposées par Voltaire, en 1764, paru-
vaut*eUe pa» mîetiK qu'u» système ? N'est-il pas vrai que c«» .mots : la vie, la sant^, tintelligêfiee, Im. volonté , la force , le mou-' ifementf la végétaéion , /» sentiment, sont des mots génériques^ des mots abstraits^ inventés pour exprimer des effets que nous voyons, que nousépl'ouvons? Il n'y a point sans doute d'être réel appelé la vie, qui se loge dans un corps et le rende vivant. Il n'y A point d'être réel appelé l'intelligence , la volonté , la force. Mais un homme est fort ou faible I il comprend certains axiomes, ou il ne les comprend pasj il veut, ou il ne veut pas ^ il se meut, ou il est en repos. Tous ces mots, qui expriment, en général, nos actions particulières, peuvent- ils être autre chose que des mots?
Il n'y a réellement point de végétation, mais des plantes qui végètent^ point d'être métaphysique appelé respiration, mais des animaux qui respirent^ point de sentiment, en général , mais des animaux qui sentent.
Quelque torture que nous donnions à nos
reot dans le Journal encyclopédique du i5 septembre, même aDnée. Quelque peu con^o^intcs qu'elles s<nent pour les ietes a deux pieds, sans plumes, il nous a semblé qu'elles formaient en quelque sorte le complément de l'article aii£. D. F.
idées y trouveron»-nou8 jamais un seul mot abstrait qai puisse signifier une substance ? Un coi*ps passe d'un lieu à un autre ^ mais y a-t-ii un être invisible y appelé mouvement, iqui aille se loger dans ce corps y et qui ensuite s'en retire? Y a«-t-il une personne^ appelée végétation, qui se mette dans le corps de cette plante y et qui fasse m<mter les sucs de la terre dans ses fibres? Toutes n^s disputes n« viennent^lles pas de l'abus qtie nous avon« fait des niots^ et de l'habitude où nous sommes y depuis long-temps , de les prendre pour des choses ?
Nous avons disputé sur l'ame d€s bétes. Ont-elles une ame y ou non ? Cette ame estelle matérielle? est-ce une entéléchie? Mais il ËBillait auparavant savoir quelle idée on attache à ce mot ame^ et alors on aurait vu qu'on a' en aura aucune.
N'est-il pas clair^ à quiconque ne veut pas se tromper^ qu'il n'y a pas plus de raison de dire^ l'ame de ce cheval est un être à part^ que de dire, la vie, la force, le mouvement, la digestion, le sommeil de ce cheval, sont des êtres à part?
Pourquoi le mot am^ donnerait-il plutét l'idée d'un être à part que tous ces autres mots? N*est-il donc pas évident qu'il n'y a
pas plus d'ame dans ce cheval qu'il n'y a de ces êtres métaphysiques qui ue sont que des paroles ?
Tout ce qu'on pourrait répondre^ ce me semble^ serait que^ dans toutes les machines ^ il y a un principe de mouvement qui fait le jeu de ces ressorts ; or , le principe de mouvement^ de vie, de sentiment^ vous l'appelez ame^ dans les animaux.
Cette réponse est^ je crois, la seule qu'on peut faire; et^ au fond, elle ne dit rien du tout..
Je conçois trèy bien que l'eau, tombant sur les aubes d'une roue, la fasse tourner; qu'un poids plus fort, en descendant, élève un poids plus faible; mais ici il n'en va pas de même. L'ame que vous avez admise dans cet animal ne peut assurément lui donner la vie, ne peut faire circuler son sang dans ses veines; car son sang circule avec une telle indépendance de son ame prétendu^ , que, quand il est trop agité, son ame vou> drait en vain le calmer. Tous les mouvements intérieurs de cet animal se font sans que cette ame en sache rien. Ce n'est pas parcequ il est en vie que vous lui attribuez une ame, mais parcequ' il vous parait avoir du sentiment et des idées.
Voua ne concevez pas comment il sent^ comment il a de la mémoire et des désirs. Certainement vous ne le concevez pas mieux^ quand vous prononcez le mot ame, •
Pourquoi , voyant cet être qui se meut , qui digère y qui se ressouvient^ qui désire^ imaginez-vous dans lui un autre ôlre qui lé fait sentir^ se mouvoir^ digéi^er^ désirer? N'avez^vous pas toujours à expliquer eom^ ment ce nouvel être lui ferait faiie toutes ces choses ?
Goncevrez-vous mieux la mécanique in« compréhensible des plantes^ quand vous aurez dit : Il y a dans Mes une ame végéta'tive qui les fait végéter ? et Thomas Diafoirus ' n'avait-il pas bien plus de raison que vous de dire que Fopium fait doimir y quia est in eo virtus dormitiva, cujus est natura sensus asseupire?
ÎjSl nature pourrait-elle donc avoir plus de peine à former cette plante qui- végète , qu'à former encore une ame qui la fait végéter? et faudra-t-il que la chèvre, qui broute Tame végétative de cette plante , ne puisse la brouter sans avoir une ame?
^Ce n'est pas Thomas Diafoims, c'est Argan, dans Fintermède du tvoisième acte dn Malade imagihak'e.
La nature^ «n ce cas^ ne pourrait donc point ^ par ses propres' forces ^. faire végéter cette plante ; et ta &ire manger par cette chèvre^ sans appeler à son secour» deux ameSy dont l'une sera mangée par l'antre.
Quaad vous prononcez liante des" animaux, qu'entendez-vous? pensez-vou» que Dieu n'a pas eu le pouvoir de faire des ét9e« qui vivent^ qui se meuvent ^ qui dor* ment ^ qiii ceieat? Vous voyez bien quMl a eu ce pouvoir , puisqu'il les a faits. Pensezvous qu'il ne pouvait venir à bout de cet ouvrage; sans le sceau d'une ame y sans l'influence d'un être étranger ^ qu'il logerait dans la machine ^ pour animer ce qu'il ne pouvait animer lui-même?
Le preaiier qui a montré ces orgues qui jouent des airs par le seul emploi des forces mouvahtes a fait un très bel ouvrage ^ mais y s'il avait caché dans le corps de cet instrument un homme 'qui eût touché l'orgue ^ il n'aurait été qu'un charlatan.
Ceux donc qui adnxettent dans les animaux un autre être intérieur qui les fait agir semblent faire réellement une injure à la toute puissance de Dieu.
Nous fesons des automates qui se meuvent par les mécaniques^ Dieu fait des automates
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quf ont le sentiment. Mais^ dites^ous^ je ne coK^endspas comment Dieu donne du sentiment jet des idées à des automates. Yrai«ment je le crois bien; mais le comprendrezvous mienx^ quand vous aurez prononcé ces trois lettres ame?
Osez-vous dire 'aujourd'hui^ avec d'anciens ignorants ^ que Dieu a donné des âmes aux i^nètes^ pour diriger leurs courses^ aux nSers^ pour s'élever au-dessus de leurs rivages, et pour s'en éloigner dans les temps marqués ; aux éléments , pour entretenir l'harmonie du monde? Vous avez compri* enfin que Dieu exécute toutes ces opérations par ses lois éternelles , sans aucun secours intermédiaire. Pourquoi doue auraitil besoin de secours pour animer un être auquel il aura donné des sens ? Quoi ! le soleil et tous les globes célestes n'ont point d'ame, et il faudra qu'un bœuf en ait une ! ost-il donc plus difficile à Dieu de donner du sentiment à ce bœuf, et assez d'instit^pt pour aller de lui-même à son étable , que de prescrire à Jupitar et à Saturne la route dans laquelle ils marchent ? Dieu n'a-t-il pas pu donner aussi aisément des idées aux animaux, que la gravitation, vers un. centre, à la matière ?