‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privéeChapitre 17 sur 238 · ADR · texte numérisé non relu

ADR

Quand on ne peut pas aller avec le bistouri jusqu'au point où siègent les ganglions malades, il faut se résignera employer un traitement général tonique et résolutif (vins, alimentation substantielle, huile de foie de morue, solution d’iodure de potassium, {Sirop de Laroze); mais si l'intervention chirurgicale est possible, on peut alors avoir recours à trois méthodes, Vécrasement, le broiement ou Vextirpation, mais je dois dire que les deux premiers sont peu employés, et que c’est l’extjrpation qui jouit de la plus grande faveur auprès des chirurgiens.

On ne doit extirper que si la déformation est par trop considérable, ou bien que si la compression de voisinage engendre des accidents sérieux ; mais j’ajoute que si l’adénite chronique s’est enflammée et menace de se terminer par suppuration, il ne faut pas attendre que le pus s'ouvre de lui-même un trajet à l'extérieur, car alors on a affaire à des décollements de la peau, à des trajets fistuleux toujours longs à guérir et qui laissent toujours des cicatrices vicieuses. On peut ouvrir l’abcès avec le bistouri, ou bien imiter l'exemple de Guersant et employer les petits sétons, à l'aide d’une aiguille courbe armée d'un fil double et avec laquelle on traverse la tumeur de part en part. On laisse le fil à demeure pendant quelques jours, et le pus s’écoulant le long du fil à travers les piqûres, le foyer ne tarde pas à se tarir sans laisser pour ainsi dire de traces apparentes. C Albert Bergeron,

âDÉNOLOGIE. — Nom donné à la partie de l’anatomie qui traite des glandes. p. L.

ADÉNOMES. — On donne ce nom à des productions accidentelles, dont le principal caractère histologique est d'offrir la même structure que celle des glandes normales.

Les adénomes se développent quelquefois sous l'influence de causes locales, comme des coups et des pressions réitérées. Mais il faut bien avouer que le plus souvent la cause en est absolument inconnue. Ordinairement on les rencontre chez des sujets jeunes, ce qui les différencie essentiellement des cancers, .\ucune diathèse ne semble présider à leur formation et le plus souvent ils sont uniques.

Presque constamment indolentes , ces tumeurs restent longtemps stationnaires et ne sont nuisibles que par le volume considérable qu’elles peuvent atteindre à la longue.

C’est alors qu'il faut songer à les extirper, car, bien que quelques ol)servations viennent prouver que 1 usage des mercuriaux à l’intérieur et en applications locales, que la compression régulièrement faite, soient venus à bout ^de triompher de ces tumeurs, toujours est-il que le plus souvent il faut avoir recours au bistouri.

.le ne décrirai pas le manuel opératoire qui varie avec les diverses régions que peuvent occuper les adénomes, je me bornerai adiré que l’adénome étant une tumeur très circonscrite, sans adhérences, une tumeur absolument bénigne, il faut se ])orner à l’enlever sans empiéter sur les parties voisines.

I)' Albert Bergeron.

ADHERENCE. — Nom donné en médecine à l'ac-

coleinent, à la réunion de deux parties qui, normalement, ne devraient pas être réunies, mais simplement contiguës.

ADHESION. — Nom donné en chirurgie à la réunion d’un organe séparé dans sa continuité par une blessure. Ainsi il faut que l'adhésion du bord d’une plaie existe pour que celle-ci commence à se cicatriser ; de même il faut que l’adhésion des deux bouts d’un os fracturé se soit produite pour que la fracture puisse se consolider. L’inflammation qui favorise ces réunions a reçu le nom de inflammation adhésive. p. C.

ADIPEUX (tissu). — CV. Graisseux.)

ADJUVANT. — Nom donné, en matière médicale, à un médicament que l'on fait entrer dans une préparation pharmaceutique pour seconder l'action de celui qui en fait la base et que l'on considère comme le plus énergique. P. L.

ADOLESCENCE. — (V. Age.)

ADONIS. — L’adonis, ainsi nommé à cause de la couleur de ses teintes, dues, suivant la mythologie, au sang d’ Adonis, est une plante de la famille des renonculacées dont les caractères floraux, d’après le professeur Bâillon, sont exactement ceux des anémones. On la rencontre dans toutes les régions tempérées.

Elle offre plusieurs variétés : l’adonis automnalis, que le vulgaire appelle goutte-de-sang , et l’ado^iw œslivalis, qui se trouvent dans les environs de Paris à l’état sauvage, sont âcres, irritantes; on les emploie quelquefois comme vésicantes. L’adonis ve7malis est depuis longtemps employée en Russie pour combattre les hydropisies. Le D' Cervello en a extrait un principe actif, l’adonidine, amorphe, incolore, inodore, Fig. W. - Adonis automnale, d’un goût très amer, soluble dans l'alcool, beaucoup moins dans l'éther et dans l’eau, dont l'action physiologique est identique à celle de la digitaline. Mais l'adonis et son principe actif ont l’énorme avantage de ne pas produire les effets cumulatifs de la digitale, si dangereux pour les malades. En Sibérie, l’adonw vernaiis est utilisée comme emménagogue ; on l'y emploie aussi comme abortif. Sa racine sert encore, dit-on, à falsifier l’ellébore noir. A. L. Labartue, père.

ADOUCISSANT. — (V. Calmant, émollient.)

ADRAGANT ou ADRAGANTE. — (V. Gomme.)

AER

AÉR

ADULTE. — (V. Age).

ADULTÉRATION. — (V. Falsification.)

ADYNAMIE. — (V. Abattement.)

AÉRATION. — (V. Ventilation.)

AÉRIENS. — En anatomie, on donne le nom de conduits aériens, à l’ensemble des canaux qui conduisent l’air extérieur dans les poumons, c’est-à-dire le larynx, la trachée artère, les bronches et leurs ramifications. On donne le nom de voies aériennes à l’ensemble de ces organes. P. l.

AÉRONAUTES. — Hygiène professionnelle. — Plusieurs accidents sont à redouter pour les aéronautes. Tout d’abord les chutes et les chocs consécutifs à ces chutes. Ils sont ensuite exposés à tous les effets que peut produire l’expansion excentrique des liquides et des gaz de l’organisme humain sous l’influence de la raréfaction de l’air : hémorragies de toutes sortes, syncopes, refroidissements. On a observé plusieurs fois chez eux des déchirures de la membrane du tympan de l’oreille qui se produisent par un mécanisme facile à comprendre. En effet, lorsque les aéronautes sont transportés trop rapidement à de grandes hauteurs où l’air est raréfié, la pression atmosphérique diminue à la surface externe du tympan, et alors celui-ci est refoulé de dedans en dehors avant que l’équilibre ait pu s’établir par l'issue de l’air à travers la trompe d’Eustache, et sa rupture se produit.

Notre maître, l’illustre physiologiste Paul Bert, dans un remarquable mémoire adressé à l’Académie des sciences, attribue la production des accidents chez les aéronautes, dans les grandes ascensions, à la diminution de la proportion d’oxygène du sang sous l’influence de l’abaissement de la pression barométrique extérieure. Pour lui, ce n’est pas la force ascensionnelle du ballon qui arrête les aéronautes dans leur course verticale, mais bien la possibilité de vivre à ces hauteurs. Aussi conseille-t-il aux plus hardis qui brident de monter plus haut que leurs devanciers d’emporter avec eux un ballon rempli d’oxygène, dont ils feront usage dès qu’ils ressentiront les effets de la raréfaction de l’air. Plusieurs ont suivi ces conseils, et le résultat obtenu par eux a été de tous points conforme à ce qu’avait annoncé ce savant. (V. Av', Oxygène.) D'' Paul Labarthe.

AÉROPHOBIE. — Nom donné à un symptôme caractérisé par la peur de l’air, qui s’observe dans certaines maladies, principalement dans l’hystérie et la rage. (V. ces mots.) p. L.

AÉROTHÉRAPIE. — Nom donné à une méthode thérapeutique qui consiste à traiter les maladies au moyen de l’air. L’air est utilisé en thérapeutique sous trois états : 1. L’air libre; II. L’air raréfié; III. L’air comprimé.

I. De l’air libre. — L’air, fluide gazeux, invisible, transparent, sans odeur ni saveur, pesant et élastique, forme autour du globe terrestre une couche moyenne de 64 kilomètres.

Dictioxxaire de .Médecine usuelle.

Mélange de gaz et de vapeur, l’air est, à l’état de pureté, composé de :

Oxygène 23,13 (en poids.)

Azote 76,87 —

Acide carbonique. . de 3 k 7 grammes par mètre cube.

Oxygène 23,13 (en poids.)

Azote 76,87 —

Acide carbonique. . de 3 k 7 grammes par mètre cube.

Fig. 50. — Appareil aérothérapique portatif pouvant servir à respirer l’air comprimé seul, ou l’air comprimé mélangé à l’oxygène à volonté.

L’air sec ou chargé de vapeur d’eau, sert à la respiration de l’homme, des animaux et des plantes, il est susceptible d’être utilisé en thérapeutique, lorsqu’on veut le considérer soit à l’état de pureté, soit comme véhicule d’agents médicamenteux.

bO

AER

AER

L’état de pureté de l’air est plutôt du ressort de l’hygiène que de l’aérothérapie. Cependant , en opposant l’air pur à un air chargé de miasmes, d’effluves (paludisme); de particules mécaniques (phtisies professionnelles, tailleur de meule, ouvrier pour brosses en soies de sanglier), on peut obtenir des guérisons par le simple fait du passage de l’air des villes à l'air des campagnes, des montagnes ou de la mer.

Mais, selon notre avis, ce n'est pas la densité en plus (vallées) ou en moins (altitudes), qui donne à cet air ses propriétés curatives. 11 les doit surtout à sa pureté. C’est ainsi que par le changement d’air on obtient des guérisons de gastralgie, de malaria urbana, de coqueluche, de tuberculose, etc., etc.

Ou emploie souvent l’air comme véhicule de substances aromatiques ou antiseptiques, soit pour obtenir une action thérapeutique directe sur les organes (inhalations), soit pour détruire les germes (pansement de Lister).

Quelquefois l'oxygène de l’air passe à un état d’allotropie, qui s'appelle ozone, ("V. ce mot) et qui a une action irritante sur la muqueuse bronchique. Cette action identique avec celle du chlore, augmente les sécrétions muqueuses, et d'après certains auteurs, retarderait la putréfaction et même purifierait l'atmosphère.

II. De l'air raréfié. — L’air raréfié tel qu’il a été employé jusqu'à ce jour, et tel que le préconisent certains auteurs, n’occupe plus dans l’art de guérir la même importance que l'air libre et surtout que l'air comprimé.

L’air peut subir une raréfaction relative à la pression atmosphérique ou à une compression préalable.

Dans le premier cas, la diminution de la pression barométrique tend à réduire la tension de l'oxygène dans l'air que les êtres respirent et dans le sang qui régénèrent leurs tissus, pour produire une asphyxie proportionnelle et finalement totale comme dans l'accident du Zénith.

En interprétant purement et simplement ces théories, certains auteurs ont pu trouver une action thérapeutique plus ou moins judicieuse de l’air raréfié. Mais ce n'est pas le lieu de discuter la valeur de cette application.

Pour nous, la raréfaction offre un bien plus grand intérêt par les effets mécaniques qu’elle peut produire, en les combinant avec ceux de la compression préalable. Au lieu donc du vide relatif à la pression atmosphérique, une méthode préférable et dont nous avons constamment obtenu les meilleurs résultats, consiste à soumettre le malade aux influences d’une raréfaction relative à la compression.

En établissant d’abord une compression de l’air plus ou moins grande, puis en déprimant ce milieu, on obtient le résultat mécanique désiré, sans qu’il y ait à craindre aucun des dangers du vide. On rend ainsi la trompe d’Eustache perméable, on la débarrasse des mucosités qui l’encombrent à l’aide d’un courant qui la fait bénéficier en même temps de ses propriétés vivifiantes. L’aérothérapie peut donc puissamment concourir à la guérison de certaines surdités catarrhales.

Cette pratique desdépressions lentes parvient aussi physiquement, à vider les alvéoles pulmonaires de

l’air résiduel épuisé, et à remplacer celui-ci par de l’air physiologique.

D’ailleurs, nous donnerons plus loin, à propos du mode d’action de l’air comprimé, des explications complémentaires qui se trouveront mieux à leur place.

III. De l’air comprimé. — Guidé par l’influence des variations barométriques, sur l’homme sain et sur l’homme malade, un savant, Emile Tabarié, conçut en 1832 l’idée féconde d’utiliser la compression de l’air, et de l’appliquer à la thérapeutique ; son succès fut tardif. Le 7 décembre 1832, É. Tabar rié déposa un premier pli cacheté à l’Institut. Le 2o juin de la même année, il dût en rappeler l’existence. En même temps, il demandait l'ouverture d’un second mémoire déposé le 9 avril précédent, et dans lequel il avait victorieusement établi l’utilité de l’air comprimé. Sur les instances de l’Institut, il fit construire deux cloches ou chambres à air, dans lesquelles les médecins et les physiologistes purent faire de longues et minutieuses expériences. En 1852 l’Académie rendant justice à Tabarié, lui accorda le prix Monthyon pour avoir le premier employé l’air comprimé au traitement de certaines maladies de poitrine. Ainsi se trouve fixée cette question de priorité, disputée par Junod et Pravaz, les deux autres champions de î’aérothérapie, qui depuis lors, désigne particulièrement l’application de l’air comprimé à la thérapeutique.

De nombreux établissements d’aérothérapie furent installés à l’étranger. En Allemagne, à Hanovre, Stuttgard, ’Wiesbaden, Franckford, Johannisberg, Reichenhall et à Ems ; en Suède, à Stockholm ; en Danemark, à Altona ; en Angleterre, à Londres, à Glascow et à Ben-Rhydding ; en Italie, à Milan; en Belgique, à Bruxelles, etc. En France on compte cinq établissements similaires, dont deux à Paris.

MODE d’action. — La surface respiratoire de l’homme sous la pression normale est environ de 200 mètres carrés ; en vingt-quatre heures, elle reçoit près de 20,000 litres de sang, dont les globules ne sont séparés de l’air que par un épithélium aplati. Quand cette condition normale ne remplit pas son but physiologique par suite de troubles fonctionnels, c’est par la compression artificielle qu’on parvient à rétablir l’équilibre rompu.

Aussi, sans entrer dans des considérations d’un ordre purement scientifique, on peut dire que l’air comprimé agit de trois façons distinctes :

1“ Mécaniquemenl. — 11 élargit avec lenteur et uniformément, les cavités où il pénètre, et les ramène à l’état fonctionnel normal.

2“ Physiologiquement . — Sous un volume égal il fournit avec plus d’abondance les matériaux de la transformation du sang veineux ou épuisé, en sang artériel ou ravivé, transformation déjà favorisée par l’augmentation simultanée de la surface respiratoire. Les mouvements respiratoires se ralentissent de 1 à 4 par minute. Suivant 'Vivenot, le pouls lui-même diminuerait proportionnellement; mais Pravaz et Bucquoy constatent au contraire une accélération du pouls.

3° Chimiquement. — Il active les combustions intra-organiques et facilite les oxydations. La tempé- j rature augmente.

AÉR

AER

ol

C’est à cos données principales (pie convergent toutes les théories physiologiques et toutes les déductions expérimentales relatives à l'air comprimé.

Effets. — L'air comprimé produit les phénomènes sensoriels suivants :

Tout le temps que dure la compression, l’équilibre est incessamment rompu entre les pressions successives de l'air ambiant et celle de l'air qui préexiste dans la trompe d’Eustache.

11 eu résulte une sensation de tension quelquefois désagréable au début, mais qui disparait subitement soit par un mouvement de déglutition, soit par une forte expiration, le nez et la bouche étant fermés.

Le même phénomène se produit inversement pendant le temps de la décompression et occasionne une sensation peu différente.

Dans l'air comprimé, la voix change de timbre, la prononciation devient moins nette, et l’on est dans l’impossibilité de siffler.

Ces derniers effets de peu d’importance, sont dus à l'augmentation de la densité du milieu, mais l’acclimatation les fait rapidement disparaître.

Ou a souvent classé parmi les effets directs de l’air comprimé, le sommeil d’ailleurs bienfaisant, qui s’empare quelquefois du malade pendant la séance d’aérothérapie. C’est à tort, selon nous ; il ne faut voir dans ce fait qu’une simple conséquence de la cessation des perturbations fonctionnelles,. En malade qui respire mal ou même suffoque et qui pour ce motif, éprouve une grande gêne ou même une anxiété pénible, lorsqu’il est couché, quand cette position ne lui est pas devenue tout à fait impossible, un tel malade dort mal ou ne dort pas.

Il est tout naturel qu’il s’abandonne au sommeil quand, sous l’influence du bain d’air comprimé, le calme lui revient.

Maladies traitées par l’air comprimé. — L’aérothérapie par l’air comprimé a été appliquée au traitement d’un certain nombre de maladies.

Parmi les affections des voies respiratoires contre lesquelles cette méthode thérapeutique a le plus d’effet, nous citerons en première ligne l’emphysème pulmonaire et le catarrhe concomitant; les angines et les laryngites catarrhales.

11 résulte des statistiques de 31M. Bertin, de Montpellier, Moutard-Martin, Berthier et moi, que le traitement de l’asthme par l’air comprimé est curatif dans les cinq sixièmes des cas. Toutefois, il est bon de dire qu’on entend par guérison, la cessation complète et durable des symptômes qui préexistaient au traitement.

MM. Bertin, Franchet, Toreille, Jaccoud et bien d’autres ont cité plusieurs cas, non seulement d’amélioration, mais de guérison de phtisie pulmonaire. Cependant bon nombre de médecins discutent encore sur la valeur réelle de cette méthode thérapeutique appliquée à cette terrible maladie.

Dans l’anémie, la chlorose, le nervosisme, les convalescences longues, etc., la guérison est la règle.

Dans le diabète et dans l’obésité, les résultats ont été constamment favorables, et tous les médecins qui s’occupent d'aérothérapie ont pu les constater, rs'ous avions commencé, à l’instigation et sous la |

direction de Maurice Raynaud, une série d’observations relatives à des diabétiques. Nous avons pu constater que la quantité de sucre diminuait constamment chez les diabétiques gras et que, dans certains cas même, le sucre avait complètement disparu. Pour les mêmes raisons, l’air comprimé combat l’obésité avec le même succès. Le D' Charrier a publié en 1879 dans l’Union médicale, deux observations fort concluantes de l’action favorable de l’air comprimé contre cette dernière infirmité.

Disons enfin qiïe l’augmentation de la capacité des poumons sous l’influence de l’air comprimé a été utilisée pour donner aux chanteurs une intensité plus grande aux sons qu’ils émettent.

Mode d’application — L’air comprimé s’administre desdeux façons suivantes : 1° bain d'air coynprimé sous la cloche-, 2“ inhalation d' air comprimé avec le masque et les appareils dont le type est celui de Waldenburg, perfectionné par le docteurs Schitzler et Smester, celui de Walter-Lécuyer, etc. Ces deux modes d’application sont de valeur bien iiu'gale.

L’appareil avec masque, de Walter-Lécuyer, représenté par la figure 50, a l’avantage d’être portatif et de permettre de faire de l’aérothérapie chez soi.

Le bain d’air comprimé sous la cloche, ne présente aucun inconvénient et répond magistralement à toutes les exigences thérapeutiques.

Les appareils dont on se sert pour administrer le bain d’air comprimé sont de grandes chambres à air ou cloches à parois résistantes qu’on fabrique ordinairement en tôle d’acier et qui sont étanches. Les cloches ont une grandeur variable entre 8 et 20 mètres cubes et peuvent contenir une ou plusieurs personnes.On pénètre dans la cloche par une porte fermant hermétiquement. En tuyau d’arrivée ayant son point d’émergence au fond de la cloche, et affectant la forme d’un cercle percé de trou très rapprochés et concentriques à l’appareil, permet à l’air de se distribuer de bas en haut d’une façon uniforme et sans secousse.

Un tuyau d’échappement appliqué à la parlie supérieure, communique à un point de son parcours, avec un manomètre métallique et se termine par un robinet régulateur, à l’aide duquel on peut graduer le départ de l’air et limiter la pression dans la cloche, suivant les indications du manomètre.

Cette disposition établit dans la cloche un courant ascensionnel qui favorise l’élimination des produits de l’expiration, et qui dans tous les cas doit être, la pression une fois établie, suffisant, pour qu’à chaque inspiration le malade reçoive un air nouveau.

Des hublots adoptés aux parois, laissent pénétrer la plus grande quantité de lumière, dont le concours est nécessaire pour la guérison de l’anémie. A cet égard, il est donc extrêmement important de choisir pour les établissements aérothérapiques un 'ocalqui permette l’accès de la lumière chimique le plus long et le plus intense possible Dans tous les cas, les anémiques doivent prendre leur séance pendant que le jour éclaire et non à la lumière artificielle.

Par un sas ordinairement annexé à la cloche, il est facile d’y introduire sans troubler la pression, les divers petits objets dont le malade peut avoir besoin.

L’air est comprimé dans les appareils que nous

AFF

AFF

venons de décrire, à l’aide de pompes aspirantes et foulantes mises en mouvement par un moteur assez puissant pour obtenir le double des pressions nécessaires, afin que l’air puisse être incessamment renouvelé sans que la pression soit modifiée.

Nous appelons l’attention sur un point auquel nous avons le premier donné l’importance qu’il mérite. 11 s’agit du filtrage de l’air destiné à le débarrasser complètement de ses particules mécaniques, de ses moisissures et voire de ses bactéries, pour qu'il arrive dans les alvéoles du poumon, avec toutes les qualités de l’air des montagnes et de la haute mer.

En résumé, suivant des indications précises, mais variables avec chaque maladie et même avec chaque .malade, l'aérothérapie se prête à trois combinaisons :

1“ Le bain d'air comprimé ordinaire avec ses trois stades. — Compression. — (L’air arrivant en excès, met un quartd’heure environ pour atteindre la pression prescrite.) — Pression

stable. — (Le malade reste une heure ou une heure et demie, suivant les cas, sous la pression constante et dans un milieu sans cesse renouvelé.) — Décompression. — (Cette période qui dure un quart d’heure au moins, afin d’obvier aux inconvénients de la décompression rapide, termine la séance, dont la durée totale est normalement d’une heure et demie ou de deux heures.

Ce premier mode ne comporte que des pressions faibles, variant entre 150 et 400 millimètres.

2° Le môme bain d’air comprimé à des pressions plus élevées, variant entre 2 et 3 atmosphères, dans le but d’augmenter les combustions intraorganiques, ainsi que le prescrit, avec raison, P. Bert dans son remarquable ouvrage sur la pression barométrique.

3“ Le bain d’air comprimé avec des oscillations de pression (raréfaction relative) pour favoriser l’échange des gaz.

D' Ed. Daupley,

Auteur de plusieurs Mémoires sur l’Aérothérapie.

AFFAISSEMENT. - (V. Abattement.)

Fii,'. 51. — Malades prenant des inhalations d’air comprimé avec le masque.

AFFECTION. — Ce mot est souvent employé comme synonyme de maladie. C’est ainsi qu’on dit souvent une affection aiguë, chronique, nerveuse, catarrhale pour une maladie aiguë chronique, nerveuse, catarrhale (V. Maladie.) P. L.

AFFINAGE, AFFINEUR. — Hygiène industrielle.

— L’affinage est une industrie qui consiste à isoler et à purifier les métaux, mais plus spécialement à

séparer l’or et l’argent de leur alliage avec le cuivre.

Cette séparation se fait en traitant, dans des chaudières de platine, l’alliage préalablemeirt réduit en grenaille par l’acide sulfurique bouillant. Celui-ci dissout le cuivre et l’argent sans attaquer l’or. On retire l’or de la dissolution et l’argent est précipité à l’aide du cuivre métallique, ce qui donne comme pro- \duits définitifs de l’opération de l’affinage, do l’or, de l’argent et du sulfate de cuivre.

Mais cette opération est accompagnée de vapeurs abondantes d’acide sulfureux, formées pendant la réaction de l'acide sur l’alliage, qui entraînent encore de l’acide sulfurique, dont l’action se fait sentir d’une manière funeste, non seulement sur les ouvriers mais encore sur la végétation qui avoisine la fabrique. Aussi les ateliers d’affinage sont-ils rangés dans la première classe des établissements insalubres, dangereux et incommodes, et le travail dans ces ateliers est interdit aux enfants par la loi du 9 mai 1874.

Hygiène professionnelle. — Les ouvriers employés à l’affinage et qu’on appelle affineurs, continuellement en contact avec des vapeurs d’acide sulfureux, sont exposés à peu près aux mômes accidents que ceux qui sont employés dans les fabriques à' Acide sulfurique, ty . ce mot.)

Chevallier a de plus observé chez eux : 1° que leurs dents incisives sont altérées, et il attribue cette altération à l’inspiration des vapeurs acides; 2" qu’ils étaient atteints de coliques, lorsque les appareils condensateurs ne fonctionnent pas bien ; 3° qu’ils sont parfois exposés aux brûlures par l’acide sulfurique bouillant; et il insistait dans ces cas sur l’utilité de l’application d’eau de savon sur la plaie.

AFF

AFF

l'alcali contenu dans cette eau de savon servant à saturer l’acide et à neutraliser son action.

D'' Paul Labarthe.

AFFINITÉ. — En chimie on désigne sous ce nom une force en vertu de laquelle se combinent ou tendent à SC combiner des molécules de nature différente. P- L-

AFFIÜM. — Nom donné par les cultivateurs d’opium aux lai’ines laiteuses qui s'écoulent des incisions pratiquées aux capsules du pavot pourpre. Le mot est le nom persan de l'opium. (V. Opium).

AFFLUX. — Ce mot sert à exprimer l’arrivée dans une partie quelconque du corps, d'une quantité de liquides plus grande qu'à l'état normal. P. L.

AFFRONTEMENT. — Opération qui consiste à réunir très exactement les bords d'une plaie, soit à l'aide de bandelettes agglutinatives , diacbylon, baudruche gommée, etc., soit au moyen de .^erres- Jines (V. ce mot.), soit par des points de suture. (V. ces mots.) P. L.

AFFRONTER. — (V. Affrontement.)

AFFUSION. — L’affusion, comme l'ablution dont nous avons parlé plus haut, est un procédé secondaire de la méthode hydrothérapique qui consiste à verser sur le corps mis à nu une quantité assez considérable d'eau froide ou chaude.

Pour appli(iuer ce procédé balnéaire particulier, W right faisait lancer sur le dos du patient le con- I tenu d'un seau d'eau froide ; mais ce fut Currie qui étudia et généralisa cette pratique primitive, et qui fit connaître les heureuses modifications qu'on peut en attendre dans le traitement des fièvres et de certaines néM’oses. 11 remarqua que l'abaissement de la température produit par une affusion froide était suivi d'une réaction d'autant plus lente que l'appli- [ cation avait été plus prolongée. 11 comprit qu’un agent ca[)able d'abaisser la température du corps, d'agir d'une manière active sur te système nerveux, et d'exercer en même temps une action tonique sur tout l'organisme, pouvait rendre de grands services dans les maladies caractérisées par une augmentation de température, une perturbation du système nerveux et un affaiblissement des forces. Cliniquement il en établit l'efficacité dans les fièvres continues et intermittentes, dans les névroses, surtout dans celles à forme convulsive : mais il fut frappé de ce fait que l'affusion froide, courte ou prolongée, avait toujours une action excitante qui ne pouvait convenir à tous les désordres nerveux, .\ussi, après divers essais, se décida-t-il à élever la température de l'eau quand il se trouvait en présence de malade dont l'etat réclamait une action sédative directe.

L'affusion peut donc avoir : \° une action excitante, lorsque l'eau est froide et l'application courte; 2° un action sédative, quand la température de l'eau est élevée; 3“ une action à la fois excitante, tonique et sédative, quand on emploie de l'eau modérément froide, et que l'application est prolongée ou souvent

renouvelée. L'affusion diffère de la douche par sa faible force de pression. Ses effets sont produits simplement par la température de l'eau et la durée de l'application.

Pour pratiquer l'affusion on place le malade complètement nu dans une baignoire vide, et on verse avec un seau le liquide en large nappes sur le corps du patient. La sensation n'est pas très pénible ; la percussion est presque nulle et n’est due qu'au poids de l’eau. L’effet immédiat est un sentiment d’horripilation générale avec angoisse et refroidissement ; mais le calme se rétablit vite, la chaleur revient graduellement, le pouls s'accélère, les respirations se régularisent et la peau s’humecte souvent de sueur. Le malade éprouve un sentiment général de bien-être et se sent porté au sommeil.

Quant on veut provoquer une réaction vers les parties inférieures, le malade place pendant l'affusion froide ses pieds dans un vase rempli d’eau chaude.

Dans certains cas d'impressionnabilité extrême des malades, on remplace l’affusion froide par une affusion tiède ou même chaude, qui dans ces cas peut calmer les accidents nerveux et parfois aussi faciliter l’éruption dans certaines fièvres éruptives.

Indications. — Dans les pays cliauds les affusions sont employées pour maintenir l'équilibre des fonctions de la peau et pour combattre les fièvres continues ou intermittentes. Dans nos pays, son usage se généralise de plus en plus, et on l’a essayé contre presque tous les états pathologiques aigus avec élévation de la chaleur animale, notamment dans les fièvres graves et dans la fièvre typhoïde. On l'emploie aussi dans les fièvres éruptives dans lesquelles elle apaise les accidents nerveux, abaisse la température et facilite l’éruption.

Les affusions froides répétées sont très utiles chez les aliénés comme moyen de traitement et parfois ’ aussi comme moyens de répression et de discipline. Elles conviennent surtout dans la mélancolie avec stupeur, et en général dans les névroses: mais quand il existe une certaine tendance aux congestions internes, il faut les remplacer par des moyens plus efficaces.

L’un de ces moyens est le col de cygne, procédé dérivé de l’affusion, dans lequel l'eau est animée d’une légère force de percussion. Au lieu d'être versée directement, elle sort d’un tuyau recourbé d’un diamètre de 6 centimètres environ. Le malade tourne le dos à l'appareil et reçoit l’eau sur la colonne vertébrale, en exécutant des mouvements de flexion et d’extension pour que toutes les parties du dos soient successivement atteintes. La durée de l'application varie de une à trois minutes. Il est bon de la faire suivre d'une douche générale en ayant soin d’épargner la région déjà frappée par l'eau du col de cygne. Ainsi appliqué, ce procédé diminue l'excitabilité de la moelle et rend de grands services dans l'ataxie locomotrice et quelques autres affections du système nerveux. Il agit à peu près de la même façon que les sacs à glace de Chapman.

Il est surtout utile pour les applications localisées. Appliqué notamment sur la région lombaire, il donne des résultats importants dans le traitement de la dysménorrhée, de l’amenorrhée, de l’atonie vésicale, etc.

Beni-Barde.

AGE

AGE

AGACEMENT. — État nerveux spécial caractérise par la surexcitation morale. L’impatience d’esprit, le malaise général, qui fait que l’on ne peut supporter des sensations physiques et morales que l’on subirait dans un autre moment.

Agacement des dents. — Cette sensation d’irritation est occasionnée soit par les vomissements acides qui surviennent pendant le cours de la grossesse, ou chez les individus atteints de dyspepsie dè l’estomac, ou simplement causés par l’usage de fruits ou de légumes acides, tels que groseilles, pommes vertes, oseille, etc. Le meilleur moyen de faire disparaître cet agacement des dents, consiste à se gargariser avec :

Eau sucrée 500 grammes,

Borax 5 k 10 grammes.

ou à manger quelques pastilles au borate de soude ou aux sels de Vichy. (V. Dentifrice.) P. L.

AGARIC. — Nom donné à plusieurs cryptogames de la famille des champignons. — (V. Champignons.)

Deux variétés sont plus particulièrement connues et usitées : X'agaric blanc et Vagaric de chêne.

L’agaric blanc, agaric des pharmaciens, agaric mélèze, vit surtout sur les mélèzes. 11 se présente sous forme de masses d’un tissu blanc spongieux privé d’écorce. Il n’a pas d’odeur; sa saveur d’abord douceâtre devient ensuite amère, âcre et nauséeuse. On en extrait une résine blanche insipide. L’agaric blanc n’est plus guère employé aujourd’hui comme purgatif. Plusieurs médecins le prescrivent encore quelquefois pour combattre les sueurs nocturnes des phtisiques, sous forme de poudre, à la dose de 20 à 30 centigrammes, le soir en se couchant.

* Le professeur Rayer prescrivait souvent la formule suivantf! :

Agaric blanc 1 gramme.

Extrait gommeux d’opium. 13 décigrammes.

Mêlez pour 6 pilules à prendre, une, puis deux par soir.

Ou falsifie quelquefois l’agaric blanc en poudre en y mêlant du carbonate de chaux.

L’agaric de chêne, agaric des chirurgiens, n’est autre que celui qui sert à préparer l’amadou. A • Amadou.) D' A. L. Labarthe père.

AGE. — Les êtres vivants, comme la nature entière, sont soumis à un travail de destruction et de reproduction incessant qui — tout en conservant pour un temps indéfini les éléments premiers, pour un temps [ilus ou moins long, les genres et les espèces — ne laisse aux individus pour leur évolution, qu’un fragment très limité de la durée. Le mot âge indique précisément le point de la durée où en est arrivée une existence individuelle.

Il est donc nécessaire d’avoir une unité de mesure qui se trouve naturellement ici dansl’unité de temps : jours, mois, années. Mais il s’en faut de beaucoup que les variations de l’organisme humain — dont je m'occupe seul ici — soient dans un rapport constant, au point de vue de leur évolution, avec le nombre des

années, servant à déterminer l’âge. Ces variations apparaissent à des époques différentes suivant la nature des types individuels, suivant l’hérédité, les maladies, la manière de vivre, etc. Comme le fait remarquer le D' Bertillon, cet adage de la coquetterie « on n’a que l’âge qu’on paraît, » est absolument vrai. Ninon est réellement jeune et désirable, à cinquante ans, et d’autre part, on voit traîner à Londres dans les cabarets, des malheureuses qui, pour avoir vingt-cinq ans, n’en sont pas moins les vieilles femmes quelles paraissent.

Une division précise des âges répondant à des réalités objectives est donc tout à fait impossible, si ce n’est pour les premiers temps de la vie, où le développement et l’apparition de certains organes permettent de fixer les lignes de démarcation. C’est ce qui rend compte du nombre et des divergences des classifications proposées par les auteurs. Ainsi Solon divise la vie en dix périodes, ’Varron en cinq. Parmi les modernes, Linné reconnaît 12 âges, Daubenton. G, Hallé, 5 avec des subdivisions, Virey, 3 de trente ans chaque, etc. Sous l’influence des élucubrations de Pythagore, les nombres, précurseurs des idées personnifiées de Platon, ont joué aussi leur rôle: comme on avait les quatre éléments, les quatre humeurs, les quatre saisons, on a eu les quatre âges de la vie. Cette division en rapport avec celle de l’année est restée la plus populaire : elle a été consacrée par le vers charmant du poète italien Guarini, si souvent répété :

O Primavera , Gioventu delV anno

qui complète l’assimilation.

En somme, je le répète, rien de fixe, rien de sciontifique dans toutes ces classifications ; un seul fait reste acquis : c’est que la belle théorie de l’évolution se vérifie pour l'homme comme pour tout le reste. Comme ce monde sublunaire a eu un commencement, comme il a une période d’état, comme il aura une fin, comme les races, les empires passent pailes mêmes phases d’accroissement, d’immobilité et de déclin — ainsi l'homme présente successivement ces trois ordres de phénomènes. La nature seule demeure dans son éternelle jeunesse, témoin impassible et inconscient de toutes ces transformations.

La vie humaine n’admet donc que trois grandes divisions: 1“ La période d’accroissement; comprenant Xenfance et l' adolescence ; 2" Xâge d'adulte ou période d’état comprenant \a. jeunesse et l’a^e mûr; 3“ la vieillesse ou période de déclin, qui peut ellemême se décomposer parfois en vieillesse proprement dite et en décrépitude.

11 ne sera pas question ici de la vie intra-utérine. (Voy. Grossesse, Embryon, etc.); d’ailleurs, la loi est d’accord avec la raison pour faire commencer l’existence de l’individu, en tant qu’être distinct, au moment précis où il se sépare de la mère et où a lieu la première inspiration. Dans l'immense majorité des cas, l’enfant vient au monde à neuf mois : cependant, il est viable à sept mois, exceptionnellement, dans le courant même du septième mois. La taille moyenne d’un enfant venu à terme, bien conformé, est de 0,30 centimètres, son poids de 3 kilogrammes. Les écarts, relativement à cette moyenne peuvent

AGE

ÂGE

être considérables sans qu'il y ait lieu de s’en trop alarmer : tout le monde connaît le fait de Voltaire et de Fontenclle, de si chétive apparence à leur naissance, qu’on ne leur aurait pas donné deux jours à vivre et qui prolongèrent leur existence, le premier jusqu'à quatre-vingt-quatre, le second jusqu’à cent ans. D’où le public, toujours prompt à généraliser, a conclu que les enfants chétifs s’élevaient mieux que les autres, ce qui est une exagération absurde.

1/enfant détaché de la mère n’est pas encore un être indépendant. Désigné d’abord sous le nom de nouveau-né — pendant les sept à huit jours qui suivent la naissance, c’est-à-dire la chute du cordon — faible, impuissant à réagir contre l’action de ce milieu nouveau auquel il n’est pas accoutumé, il périrait infailliblement s’il n’était pas, non seulement nourri, mais encore protégé contre les influences extérieures. Cette nourriture, hàtons-nous de le dire, est si mal administrée, le plus souvent, celte i;rotection si insuffisante , qu’une mortalité effrayante décime les nouveaux-nés, et les enfants en bas âge pendant la période de l’allaitement {première enfance, l’àge où on ne parle pas).

A quinze ou dix-huit mois environ, au moment où « le petit )> cesse de teter et commence à balbutier, débute la seconde enfance. L’évolution de la première dentition, qui a commencé vers le septième mois, est alors en train de s’achever. Alors aussi se marque plus nettement ce travail de différentiation, qui est un des éléments constitutifs du progrès. Examinez l’embryon du chien et celui de l’homme entre la sixième et la huitième semaine, et vous serez frappé de la ressemblance : au point que si vous n’etes pas comme on dit « de la partie, « il vous sera impossible de les distinguer. Pendant les premières semaines de l’allaitement, le petit chien I et le nourrisson humain, très dissemblables quant à la forme, se rapprochent encore à ce point que tous deux sont également incapables d’exprimer leurs idées naissantes à l’aide de la parole. Pour le chien, cette impossibilité persiste : pour le petit de l’homme les choses se passent différemment. Le cerveau du nouveau-né n’est une tabula rasa, une table rase, qu’au point de vue des impressions : dépourvu de toute idée soi-disant innée, il est muni de certaines aptitudes acquises à travers la série interminable des générations. De ce nombre, est l’aptitude particulière désignée sous le nom de faculté du langage, ou qui du moins se développera comme telle, d’une façon lente, inconsciente, par suite d’actes reflexes consécutifs aux impressions. \ l’aide de la parole, et sous l’influence incessante des excitations, le cercle des idées va tous les jours s’élargissant et l’apprenti-homme — si l’on me permet cette expression — finit par se trouver en état de comparer et déjuger, c’est-à-dire de raisonner. ^>ept aTis est l’àge fixé chez presque tous les peuples civilisés pour marquer le début de l’àge de raison ; c’est l’époque où commence la seconde dentition, fait qui a servi à préciser la date, sans avoir bien entendu aucun rapport avec l’évolution du phénomène. Alors commence la troisième période de l’enfance, celle que Quintilien et les Romains appellent puerilia, et qu’ils conduisaient jusqu’au moment où

l’enfant quittait la prœtexta, la robe blanche bordée de rouge, à dix-sept ans. De fait, cette troisième période si importante pour l’instruction de l’enfant, en dépit des idées étonnantes de Rousseau sur la matière, se termine avec l’établissemant de la puberté marquant le début de l'adolescence.

C’est durant cette période entre sept et quinze ans, que le cerveau est le mieux disposé pour profiter de l’instruction.

h' adolescence débute avec la puberté, aux environs de l’âge de quinze ans, dans nos climats. Elle se terminerait avec l’évolution complète des organes à vingt et un ans, ou à peu près chez la femme, vers vingt-quatre ou vingt-cinq ans chez l’homme : ce sont au moins les chiffres indiqués par Burdach, qui a traité cette question avec beaucoup de soin. D’autres prolongent cette période jusqu’à vingt-trois ans chez la femme, jusqu’à vingt-sept ans chez l’homme, et lui donnent pour limite l’apparition de la dernière molaire, dite dent de sagesse. En vérité, cette dent tardive importe peu, d’autant moins qu’elle est une véritable superfétation, et dans la grande majorité des cas, ne se montre que pour se carier aussitôt. 11 faut bien entendre d’ailleurs, que toutes ces périodes rentrent les unes dans les autres et que comme on l’a dit plus haut, il n’y a pas de rapport précis entre le nombre des années et l’état des organes : tout se règle par des à peu près. 11 est certain que si l’homme cesse parfois de grandir à vingt et un ans, dans les cas ordinaires, les individus n’atteignent le maximum de leur taille que huit ou neuf ans plus tard, tandis que le développement complet, parfait des muscles et des formes ne se termine le plus souvent qu’après vingt-sept ou vingthuit ans. Or les physiologistes ont trop négligé jusqu’ici l’élément fourni par le développement de l’esprit, j’entends des facultés intellectuelles. Cela provient de ce que les médecins, considérés bien à tort comme des matérialistes, se sont laissé influencer au contraire, dans presque tous les temps par les idées régnantes touchant l’immatérialité de l’espiât, considéré comme distinct du corps. Aujourd’hui qu’on a établi de nouveau — ce qu’on savait déjà au temps d’Épicure — que l’esprit est le produit de l’activité du cerveau, on a un point de repère tout aussi matériel et beaucoup plus important, au point de vue humain, que la soudure de l’épiphyse inférieure du fémur. On peut donc prendre comme limite de l’adolescence, l’àge de vingt et un ans fixé par la loi comme celui du développement suffisant des facultés cérébrales. Quoiqu’il en soit, c’est pendant cette dernière étape de la période d’accroissement que s’accomplit la transformation définitive qui de l’enfant fait un homme parle développement des organes delà génération, par l’établissement des règles chez la femme. On trouvera au mot puberté, les détails relatifs à cette époque si importante de la vie humaine.

Vâge adulte, période d’état ou de plein développement comprend deux phases : la jeunesse et l'âge mur. « Ldi jeunesse proprement dite, commence dit Cabanis, au temps où la force et la souplesse des solides, la densité, les propriétés stimulantes et la vivacité dans le mouvement des humeurs, commencent elles-mêmes à se trouver réunies et portées au

AGE

AGE

plus haut degré. Le système nerveux et les organes musculaires sont portés alors à leur plus haut tou. Rien ne résiste à l’énergie du cœur et des vaisseaux artériels. Les différentes circulations et toutes les fonctions qui en dépendent s’exécutent avec une véhémence qui ne connaît point d’obstacle : Aussi cet âge est-il tout à la fois celui des maladies aiguës, des passions impétueuses et des idées hardies, animées par tous les sentiments de l’espérance. » {Rapport du physique et du moral, IV.) Voilà un tableau qui n’aurait pas besoin de signature : bien que tracé depuis plus d’un siècle, il nous offre encore aujourd’hui, à l’aide de quelques légères modifications, l’image de la réalité. Par « les humeurs » il faut entendre le sang uniquement : d’autre part il faut invoquer surtout l’activité propre, non pas du cœur et des vaisseaux, mais des éléments anatomiques. Cette activité se marque d’une façon éclatante dans le cerveau qui, stimulé d’un côté par l’ardeur génitale et érotique, de l’autre par les impressions du dehors si énergiquement perçues, arrive souvent dès cette période à son maximum d’intensité. Alexandre meurt à trente-deux ans, Raphaël, à trente-six ans, Danton, Mozart, à trente-cinq ans. Hoche, à vingt-huit; Shelleg, le poète immortel que l’Angleterre a raison aujourd'hui de mettre au-dessus de Ryron, Shelleg, succombe à vingt-neuf ans. Dans un ordre d'idées toutes différentes, mais tenant à des causes analogues, c’est pendant la jeunesse, entre vingt-cinq et trente ans, que le chiffre des crimes atteint son maximum. D’après les travaux si remarquables de Quetelet {Physique sociale), vingt-cinq ans est l’âge précis pour l’homme, trente ans pour la femme.

Inutile d’ajouter que cette exubérance intellectuelle co'încide avec le développement général et complet du corps. La taille atteint son maximum (P", 67, chiffre moyen chez nous), à trente ans : c’est aussi vers cette époque que les formes arrivent chez l’homme à leur entière perfection, — ce qui s’est réalisé chez la femme sept à huit ans plus tôt, aux environs delà vingt et unième année. C’est en fixant les yeux sur la Vénus de Milo d’une part, de l’autre sur l’Apollon du Relvédère (quoiqu’on dise M. Sappey), que l’on pourra se rendre un compte exact des conditions de la force et de la beauté dans leur plénitude. Par la force, j’eutends ici la vigueur nécessaire, caractéristique de la virilité , et non cette exagération athlétique propre aux représentations d’Hercule. C’est donc à cette période de la vie — à partir de dix-huit ans pour la femme, mais à vingtcinq ans au plus tôt pour l’homme — que l’un et l’autre doivent s’engager dans les liens du mariage. A cette époque seulement, le jeune homme en tout semblable sous ce rapport au petit de l’animal sent le besoin de s’isoler de ses paj’ents pour devenir à son tour le centre d’une nouvelle famille qui sera véritablement la sienne. De même aussi pour la jeune fille : ce n’est pas seulement une affaire de passion, d’érotisme comme on se l’imagine trop souvent ; il y a chez elle un véritable besoin de maternité, résultat direct de l’hérédité physiologique, et dont le jeu de la poupée est en partie au moins l’expression inconsciente et prématurée. C’est donc à vingt-cinq et à dix-huit ans que l’homme et la femme sont dans les meilleures conditions pour la

bonne reproduction de l’espèce. Or c’est là une question capitale pour le législateur, question qu'une morale mal entendue et soi-disant chrétienne n’a pas permis de régler convenablement chez les nations modernes. Pour éviter les scandales résultant de l’acte naturel que l’Église flétrit très sottement, sous le nom de fornication, on permet presque partout le mariage, dès l’établissement de la puberté. Mais la vraie morale pour l’État comme pour l’individu, consiste à réaliser le bien de l’un et de l’autre: or le bien de l’État réside d’abord dans la vigueur, dans la solidité des citoyens qui le composent: c’est la condition sine qua non. Les parents trop jeunes procréent en général des enfants chétifs ; les exceptions n’infirment pas la règle. Pour ne parler que de la France, l’âge légal à partir duquel on peut contracter le mariage, devrait être dix-huit ans pour les filles et vingt-cinq ans pour les garçons-

C’est aux environs de la trente-cinquième année que la jeunesse fait place à l’â^e mur : ce chiffre, adopté par Cabanis, semble parfaitement choisi. Il faut se placer au point de vue le plus général et non à celui des adolescents, qui ne sont pas éloignés de considérer les gens de trente ans comme des vieillards. A Rome l’expression de jurenis s’appliquait même à des individus de quarante ans. De fait, ce n’est guère qu’à partir de la trente-cinquième ou de la trente-sixième année que le teint commence à se faner, les rides à s’estomper, les cheveux à grisonner. En même temps que les activités moléculaires se ralentissent, le sentiment de bien-être caractéristique de la jeunesse s’en va se perdant tous les jours. « L’homme dit excellemment Cabanis, qu’il faudrait toujours citer — l’homme commence à ne plusse croire invincible : il s’aperçoit que ses moyens sont bornés ; ses idées et ses affections ne s’élancent plus au loin avec la même hardiesse ; il n’a plus cette confiance sans bornes dans lui-même, et, par une conséquence nécessaire, bientôt il perd une grande partie de celle qu’il avait dans les autres. »

Mais pour n’être plus aussi brillant, aussi jeune, l’homme n’en conserve pas moins toute sa vigueur, et c’est avec raison que l’âge adulte — comprenant l’âge mûr aussi bien que la jeunesse — est pris comme type au point de vue physiologique aussi bien que pathologique. Il n’y a donc pas à parler ici de l’hygiène, des maladies, etc., ce serait vouloir résumer ou reproduire presque tous les articles de ce dictionnaire, faire l’étude des diverses professions, etc., j’insisterai seulement sur un fait important et mal connu : je veux parler de l’activité des facultés intellectuelles.

Chez les individus illettrés ou oisifs, chez ceux en un mot qui pour une cause ou pour «une autre ne cultivent pas ces facultés, elles s’affaiblissent beaucoup plus rapidement que les facultés physiques, ou du moins la décadence est plus apparente. Chez ceux au contraire qui font, comme on dit, travailler leur intelligence, on observe le phénomène inverse, tandis que les cheveux grisonnent et se détachent des tempes, le cerveau, les cellules nerveuses, profitant du travail acquis, paraissent de plus en plus actives. Chez les hommes exceptionnellement cloués, à la fraîcheur des idées, qui se conserve, vient se joindre la solidité, fruitde l’expérience

ÂGE

ÂGN

et de l’observation. La fougue parfois moindre, est remplacée par la puissance et la sérénité, qui font le sublime. Shakespeare compose Roméo et Juliette à vingt- huit ans : aux environs de quarante ans, il écrit Macbeth, King Lear. Othello: il meurt à cinquante ans, après avoir donné la Tempête et Cymhelini, sans que dans ces chefs-d’œuvre se décèle la moindre défaillance. Qui ne connaît les éphémérides merveilleuses d’Athènes, dans les jours de gloire où les Sophocle et les Euripide mouraient octogénaires, ayant composé, chacun en moyenne, un chef-d’œuvre par an? Or, ces faits ne sont exceptionnels qu’au point de vue du génie ; les facultés cérébrales, de même que les éléments nerveux qui en sont le substratum, de même que l’organisme en général, se conservent — avec des nuances bien entendu — jusqu’à une époque assez éloignée, qu’on peut fixer aux environs de la soixantième année.

Alors seulement la vieillesse inaugure la période de déclin. Ce chiffre, comme les autres est approximatif et s’applique à la moyenne des gens bien constitués et ayant mené une vie suffisamment régulière : il peut être reculé jusqu’à soixante-trois, même jusqu’à soixante-cinq ans. Il s’agit ici de l’homme seul, qui jusqu’à cet âge, — souvent même jusqu’à soixante-dix ans — demeure partie intégrante et effective de l’espèce, susceptible de devenir père. Que dire de la femme qui vers cinquante ans, plutôt avant qu’après, cesse d’être apte à la reproduction, au moment où prend fin la ponte mensuelle de l’ovule ? Il semble que cet âge véritablement critique doive être pris pour la date à partir de laquelle, commence pour elle la vieillesse. Chez l’homme, en dépit du préjugé populaire, il n’y a pas d’âge critique; les années climatériques des vieux auteurs — la quarante-neuvième formée par 7 fois 7, la soixantetroisième, grand-climatérique, produit de 7 multiplié par 9 — n’ont d’autre base que les rêveries pythagoriciennes et cabalistiques, à propos des nombres.

l.es vieillards sont souvent emportés par des affections aiguës, toujours redoutables pour eux. Dans le cas contraire ils tombent dans la décrépitude, période ultime, mais non nécessaire de la vieillesse. On les voit, parfois très rapidement, perdre leur force et leur verdeur; le teint resté rosé, devient blafard, les chairs jusqu’alors assez fermes, s’affaissent et au-dessus des joues tombantes, des rides de plus en plus profondes, de véritables anfractuosités labourent le visage. Quand vous voyez s’effectuer cette transformation, soyez assuré que la fin est proche et que l'homme de plus en plus cloué à sa place, est sur le point d'entrer dans l’éternelle immobilité, tandis que les atomes qui le composent s’en vont concourir à la formation de nouveaux êtres. C'est la loi fatale à laquelle se résigne aisément le vieillard à présent cultivé, celui qui a su se débarrasser des vaines terreurs inventées parles ministres des religions diverses. Car il est écrit dans l’Évangile de la nature — dans l’admirable De natura rerum de Lucrèce :

Cedit enim rerum novitate extrusa vetustas Semper et ex aliis aliud reparare necesse est,

Nec quidquam in barathrum nec Tartara decidit atra Materies opus est ut crescant postera sœcla :

Dictiox.naire de médeci.n'E usuelle.

Quœ tamen omnia te, vita perfuncta, sequentur.

Nec minus ergo ante hœc, quam nunc, cecidere cadentque Sic alid ex aliis nunquam desistet oriri,

Vitaque mancipro nul H datur, omnibus usu.

« On voit toujours aux choses nouvelles la vieillesse céder la place — et il est nécessaire que les êtres se réparent les uns par les autres.— Et rien ne tombe dans le gouffre, dans le noir Tartare : — il faut de la matière pour que puissent se développer les générations futures — qui toutes aussi se suivront, leur vie une fois achevée. — Les êtres qui nous précédaient ont également disparu ; — et aussi, ils ne cessent pas de naître les uns des autres : — la propriété de la vie n’est donnée à personne, tous en ont l’usufruit. )) (Voy. Allaitement, Dentition, Enfance, Puberté, Vieillesse, Mortalité, etc.)

A. Reünard et Paul Labarthe.

AGE CRITIQUE. — (V. Ménaupose.)

AGENËSIE. — Ce mot signifie impossibilité d’engendrer. (V. Impuissance.)

AGEÜSTIE. — Affaiblissement de la faculté de percevoir les saveurs pouvant aller jusqu’à la paralysie. Ce phénomène se montre dans toutes les maladies qui recouvrent la langue d’un enduit plus ou moins épais, comme l’embarras gastro-intestinal, l’érysipèle, le diabète, etc. Certains médicaments paralysent aussi le goût, parmi lesquels : l’aconit, la belladone, l’opium et le bromure de potassium ; ce dernier exerce surtout son action sur la sensibilité du voile du palais. P. L.

AGGLUTINATIFS. — On appelait ainsi anciennement des remèdes que l’on croyait jouir de la propriété de recoller les parties divisées. Aujourd’hui, on désigne sous ce nom des substances emplastiques susceptibles d'adhérer fortement à la peau dans le but de maintenir en contact deux parties de cet organe accidentellement divisées. Les principaux agglutinatifs sont : les sparadraps, le diachylon, la baudruche gommée, les taffetas, le collodion, les papiers adhésifs, la toile de mai. (V. ces mots.)

AGITÉ. — On donne ce nom en médecine mentale aux fous de diverses sortes qui exécutent des mouvements et des actes violents et rapides, d’une manière continue ou momentanée. On est souvent obligé de mettre la camisole de force ou les entraves à ces malades, qui peuvent être dangereux pour les personnes qui les entourent et pour euxmêmes. (V. Délire aigu.) D" E. Dupouy.

AGNEAU. — L’agneau entre dans notre alimentation. La chair de cet animal, à l’âge de un à deux mois, est blanche, gluante, molle, de saveur médiocre, fort peu nourrissante et laxative. P. L.

AGNUS-CASTUS. — Arbrisseau de la famille des verbenacées, appelé aussi gatilier, vitex ou poivre aux moines, dont les fleurs en forme de longs épis d’un blanc violet étaient considérés comme l’em-

AGO

AGO

blême de la chasteté dans l’antiquité cliaste).

Cette plante, et principalement son fruit, ont été jadis prônés comme jouissant de fortes propriétés antiaphrodisiaques. On peut lire dans Pline, que pendant les fêtes de Gérés, les belles Athéniennes vouées au célibat, paraient le^iirs couches d'Agnus Castus pour en éloigner les rêves voluptueux. Le D' Fonssagrives a lu dans Eustache et Matheus Sylvaticus, que les lits d’Agnus Castus ont été en usage dans certains couvents d'hommes. Aujourd’hui cette plante est tombée dans l’oubli et l’on ne croit plus à ses vertus, malgré Arnaud de Villeneuve qui prétend qu’il suffisait pour « apaiser les aiguillons de la chair, » de porter dans sa poche un simple couteau dont le manche était fait avec du bois d’Agnus Castus. D' Padi, labarthe.

AGONIE. — Ce mot vient, dit-on, de àyiiv, combat, et il implique la lutte suprême de la vie contre la mort. Et là-dessus, la plupart des auteurs s’en vont en guerre, faisant ressortir la fausseté de l’idée, plus théâtrale que médicale, affirmaot qu'il n’y a pas de lutte, puisque l’organisme est terrassé et la mort victorieuse, etc., etc

La vérité — qu’il faut pourtant établir, même contre Littré et l’Académie — est que le mot « agonie », ayant pour racine àywv, vient de l’italien agonia : ce que l’on savait. Mais ce qu’on n’avait pas assez remarqué, c’est que l'italien agonia est le mot grec àywvia, qui prit très vite la signification de crainte, à' angomse, « comme celle qui vous saisit avant d’aller au combat ». Le dictionnaire italien d’Alberti (édition de 1828) définit ï agonia : « l’angoisse, l’anxiété née d’une crainte excessive, et à proprement parler cette torture qu’on éprouve à l’approche de la mort.» Peu importe que dans des éditions récentes , on retrouve l’erreur accréditée depuis : c’est ici le véritable sens, auquel est venue se substituer depuis quelque temps l’idée de combat. « L’àYwvta, dit .Aristote, c’est la crainte qui vous saisit au moment d’entreprendre quelque œuvre sérieuse. » Là est l’idée réellement contenue, au point de vue étymologique, dans l’expression moderne : l’agonie, c’est la terreur et l’angoisse qui étreignent le commun des hommes au moment d’entreprendre le grand voyage et d’aller visiter, comme dit Ilamlet :

The undisoover'd country from nkore bourn

Ne iraveller retums :

« Le pays inconnu d’où l’on n’a jamais vu revenir un voyageur. » Comme cela s’observe quelquefois, et contrairement au cas ordinaire, c’est le sens figuré, abstrait, qui s’est appliqué plus tard à ua fait positif et concret. C’est ce fait qu’il faut maintenant étudier, après avoir montré que l’étymulagie véritable était parfaitermeiBt logique et rationnelle.

L’agonie n’est nullement définie, jusqu’ici, au point de vue physiologique el médical. 'Un grand nombre de médecins ont pris le mot dans le sens où le public l’entend quelquefo's eit ont décrit sous ce titre l’asphyxie avec perte complète de connaissance qui termine un certain nombre de maladies, toutes ces descriptions étant d’ailleurs très récentes ;

car ni en grec, ni en latin, on ne trouve de mot propre et particulier comme synonyme de celui-ci. D’autres savants, non moins autorisés, tout en posant en principe la perte absolue de connaissance, ne manquent pas de raconter ensuite comment tel sens se conserve, comment certains malades manifestent avec éclat leur intelligence, etc., etc. En somme, on a été chercher le mot dans le langage commun, et après s’ètre fourvoyé complètement au sujet de son étymologie, on n’est pas arrivé à lui donner une signification précise, véritablement scientifique.

11 faut prendre l’expression n agonie » dans son sens le plus lai’ge et dire que c’est l'éiat dt s ihoribonds, commençant d’ordinaire avec le ralentissement de la circulation périphérique. Peu importe les cas d’agonisants ou soi-disant tels rappelés à la vie : c’était une fausse agonie, une asphyxie non mortelle.

Il y a des cas de morts subites dans lesquelles l’agonie fait complètement défaut ; ces hommes favorisés s’en vont de vie à trépas sans passer par la transition terrible, par l’éitat de moribond. Tel fut le sort de Diderot. Malade depuis quelque temps, il paraissait aller mieux : il s’était mis à table et venait de dîner. « U prit un abricot, raconte sa fille ; ma mère voulut l’empêcher de manger ce fruit. — « Mais quel diable de mal veux-tu que cela me fasse?» — Il le mangea, appuya son coude sur la table pour prendre quelques cerises en compote, toussa légèrement. Ma mère lui fit une question ; comme il gardait le silence, elle leva la tête, le regarda ; il n’était plusv » De pareilles morts arrivent par l’intermédiaire de la syncope, ordinairement dans les affections du cœur et des gros vaisseaux, comme c’était le cas chez le grand philosophe, affligé d'une hypertrophie compliquée d'un épanchement pleural. La mort subite, sans agonie, se voit aussi dans les grands traumatismes, dans les apoplexies cérébra les ou pulmonaires avec épanchement énomie, etc.

Mais le plus souvent, à la suite des maladies chroniques ou aiguës, l’agonie — le temps pendant lequel se manifestent les signes précurseurs de la mort — se prolonge pendant des heures, quelquefois, quoique rarejuent, pendant des jours.

Celas’annonce sou ventpar des gestes automatiques : le malade ramasse ses couvertiu’es, agite les mains ; souvent, qiuind l’intelligence est conservée, il repousse aucoutraire les draps qui le couvrent, comme s'il étouffait Puis on voit, quand l’instant fatal est proche, les symptômes de la dernière maladie se compliquer de l’anéantissement progressif de toutes les fonctions. Dans le cas même où il ne s’agit pas d’une affection cérébrale, les sensations disparaissent successivement. C’est d’abord l'odorat, puis le goût, la vue.; souvent les mourants se plaignent d’un nuage, d’un brouillard qui s’étend devant leurs yeux, ou s’écrient, comme Gœtbe : « De la lumiène! » L'ouie persiste plus longtemps. La sensibilité de la conjonctive disparaît la dernière : la perte du mouvement réflexe des paupières annonce la mort. Vintelligence s’éteint par degrés : les perceptions deviennent de plus en plus obtuses, et le patient paraît indifférent à ce qui l’entoure. Il se produit une anesthésie relative, de sorte que le moribond souffre

AGO

AGO

moins et accuse parfois un soulagement trompeur. Dans certains cas, la conscience persiste jusqu’à la fin, quoique avec des obscurcissements passagers : cela se voit surtout lorsque le cerveau est intact, chez les âmes fortement trempées, chez ceux qui ont cultivé spécialement leurs facultés cérébrales. Le plus souvent le délire survient, et, d'une façon génénile, il ne faut pas attacher d'importance aux déclarations , promesses et soi-disant conversions des mourants : dans cet état troublé de la conscience, au milieu de l'affaisseuient des feuiultés, il n’y a pas à tenir compte de ces défaillances qui, parfois, donnent un démenti à toute une vie. Ces défaillances jsont rares, hâtons-nous de le dire, même dans ces 'moments-là, chez les hommes d’intelligence et de conviction ; au sein du délire même, il y a persistance des idées habituelles, et parfois il échappe au moribond des mots remarqiiableSj des appréciations exactes et caractéristiques qui ne manquent pas d'impressionner vivement les assistants : comme loisique Armand Carrel, en proie aux hallucinations de la lièvre suscitée par la péritonite qui l’emportait, s’écria quelques instants avant d'expirer : « La France, peut-être, se souviendra de moi ! » Ce sont des faits de ce genre qui ont fait croire au don de seconde vue et de prophétie attribué aux mourants (vaiicinaiio %norientium) : dans la plupart des cas, il s’agit de conceptions délirantes et d'hallucinations que le public ignorant a prises au sérieux.

Jusqu'ici tout s’est passé assez tranquillement ; mais la scène change quand se produisent les dernières manifestations de la motilUé, surtout dans l'appareil de la l'etpiralion. Celle-ci devient longue, inégale, suspicieuse, s’enü’eméle parfois de soupirs et de lioquets. En même temps, les mucosités accumulées dans les grosses bronches, qui ne peuvent plus s'en débarrasser, donnent lieu à ce râle caractéristique et sinistre — le râle des agonisants. Le froid, d'abord manifeste aux extrémités, monte de plus en plus. Les battements du cœur s’affaiblissent, le pouls est petit, irrégulier, parfois d’une extrême fréquence. Le ralentissement de la petite circulation, l'entrée de plus en plus difticile de l’air, accélèrent la production des phénomènes d’asphyxie : le sang noir ou veineux tend à prédominer partout, d’où la décoloration, puis la teinte Livide de la peau, manifeste surtout au visage. En même temps, l’affais-sement des muscles contribue à donner à la physionomie cette apparence misérable et de profonde angoisse connue sous le nom de Jacifs htppocratica, d’après le grand médecin qui l’a si bien décrite : « Yeux caves, nez effilé, tempes afl’aissées, oreilles froides, peau tendue et aride. » (Hippocrate, Pronostic, 2.)

température dans certaines maladies s’abaisse de 1/2 à 1°, souvent plus dans le choléra : dans l'inanition on l'a vu tomber à 30°. Dans le tétanos au contraire et dans la scarlatine, le rhumatisme articulaire aigu, etc., le thermomètre monte souvent jusqu'à 44°, exceptionnellement il s’est élevé à 44°, 75. Cependant, au milieu de toutes ces péripéties l’œuvre de mort va son train ; la fin approche. L’œsophage cesse de se contracter et les liquides introduits, tombent dans l’estomac comme dans un vase inerte : parfois le patient constate lui-même l'impossibilité de boire et d'avaler. Souvent l'intelligence a com-

plétement disparu : étendu sur le dos, la bouche béante, les yeux ouverts mais sans regards, la face livide, agitée par les rontlements du râle, le moribond a perdu tout rapport avec le monde extérieur. Le nez est froid, une sueur froide couvre le corps et c’est une haleine froide qui vous arrive an visage, quand vous vous penchez sur lui pour un dernier adieu. 11 est dans cet état indéfinissable et le plus navrant de tous — ne méritant pas encore le nom de cadavre, mais ayant perdu pour vous les qualités essentielles de l’étre vivant. En un mol, et pour employer les termes techniques, la vie animale, celb' du cerveau et de l'intelligence est éteinte ; il ne reste plus que la vie locale des organes, on végétative. Parfois, il se produit immédiatement avant la fin, quelques convulsions des muscles de la face et du cou, qui ramènent les épaules en avant et semblent vouloir tirer tout le corps en haut, les yeux se convulsent, les mâchoires s’écaident largement, une dernière expiration plus ou moins bruyante se fait entendre : le moribond a rendu le dernier soupir. (Le dernier souffle àv=.[ao?, anima, d’où on fait « rendre l'àme ».) Tout n'est pas encore fini, le cœur continue de battre, quoique bien faiblement, comme il bat encore sur une table quand on l’a arraché de la poitrine d'un animal vivant. C'est pour cela qu'on le qualifie de uiiimum moriens. Mais en réalité c'est le cerveau, le bulbe surtout qui régit les phénomènes ultimes : c’est de lui que tout dépend et sous ce rapport on a quelque raison d'aflirmer que la vie s’éteint avec la dernière expiration. (V. Mot t.)

Qu'y a-t-il à faire en face d'un patient à l’agonie? On a dit qu'il fallait tenter de l'arrachtn- à la mort, que dans certains cas on avait réussi, etc. Certes, dans les grands traumatismes, dans les terminaisons brusques des affections aiguës et dans d'autres cas encore, il faut tenter le possible, c*hez les enfants surtout, à l’aide des sinapismes, des bains sinapisés et autres moyens analogues.

Mais dans la plupart des cas, le rôle du médecin et des assistants, rôle encore très beau, doit se borner à raffermir le courage du malade, pour faciliter d’autant ce triste passage. Je ne saurais approuver la mode anglaise, qui consiste à informer le moribond — et parfois longtemps d'avance — du sort irrévocable qui l'attend. Sans doute, il faut s’enquérir d’abord auprès des intéressés, savoir si les affaires du malade sont arrangées ou non et y pourvoir en conséquence. On est même autorisé dans certains cas graves à prolonger l'agonie, à retarder la mort de quelques minutes à l'aide d'excitations plus ou moins violentes (marteau plongé dans l’eau bouillante et appliqué sur la peau, caütérisation, etc.).

A part ces faits d’ordre absolument exceptionnel, il faut au contraire entretenir le mourant dans les espérances auxquelles il s'accroche, comme le noyé aux herbes que sa main rencontre. C’est là qu'il est beau de mentir avec assurance, et de faire entrevoir une guérison possible : et nul n’est plus autorisé que le médecin, qui doit rester en même temps absolument impassible, car sur ses traits, le mourant fait effort pour lire l'arrêt réel. D'ailleurs, le passage n'est vraiment facile, ne s’accomplit avec dignité que pour les hommes qui ont su se délivrer par le [ travail et l’éducation, de la croyance générale héré-

ÂGO

AI

ditaire à la vie posthume. Le philosophe digne de ce nom, celui qui s’est affranchi de ces terreurs de vieille femme, qui sait que selon la belle expression du poète, mourir c'est dormir — to die, to sleep ! — celui-là, comme le sage des temps antiques, jette un dernier et triste regard sur la vie, sur le soleil, sur ses proches et sur ses amis, et tranquillement, avec des regrets parfois, mais toujours sans crainte, s’en va dans l’éternelle paix.

La terreur est au contraire — et souvent il n’y a pas de remèdes — pour celui qui, nourri des superstitions religieuses ou métaphysiques , est toujours plein d’angoisse au sujet de cette âme chimérique, qu’il croit devoir lui survivre.

Comme si la mort vraie Laissait un autre lui, debout quoique gisant Vivre mort et se voir et se pleurer absent 1

(Lucrèce, traduct. d’André Lefèvre )

Rien de plus instructif, sous ce rapport, que la mort de Lope de Vega, illustre auteur de plus de deux mille drames et comédies, grand poète, et avec cela familier de la sainte inquisition, prêtre, disant sa messe tous les matins. J’ai décrit ailleurs (A. Regnard, Be V athéisme, p. 105 sq.), l’agonie terrible de ce fidèle, d’après le récit de son ami et biographe Montalvard. « La veille de sa mort, dit ce dernier, Lope de Vega me dit qu’il donnerait volontiers tous les applaudissements dont on l’avait comblé, pour une bonne action de plus à son actif ; et se tournant vers un Christ en croix, il le supplia avec des larmes ferventes de lui pardonner les moments qu’il avait employés en actions profanes, lorsqu’il aurait pu les consacrer à des œuvres pieuses ; il avait consacré une grande partie de sa vie à écrire des autos sacramentales , des histoires sacrées, des livres de piété, des éloges des saints et des louanges de la très sainte Vierge et du bambino, et pourtant il aurait voulu ne s’être jamais livré à aucune autre occupation. Il se remit entre les mains de Dieu, lui promitde ne plusl’offenser jamais, quand bien même il vivrait encore de longues années, confessa qu’il était le plus grand pécheur qu’on ait jamais vu dans le monde, fit un acte de contrition dans lequel il entrait plus de larmes que de paroles, appela les saints à son aide et invoqua la compassion de la très sacrée Vierge d’Atocha » La nuit vint très mau-

vaise, passée dans les transes et les inquiétudes : ses amis, ses protecteurs, tous sont là réunis autour de ce pitoyablè moribond! un confesseur s’efforce d’adoucir les transes du terrible passage. Enfin « au milieu du bruit des psaumes divins, des litanies sacrées, des pieuses oraisons, des conseils catholiques, des actes d’espérance, des professions de foi, des acclamations chrétiennes, des exhortations onctueuses et des tendres lamentations — les yeux fixés au ciel, sa bouche sur le crucifix et son âme vers Dieu, il expira au son du nom très doux de Jésus et de Maria, que tous les assistants répétèrent en chœur. »

Quelles tortures et quelle fin d’un grand homme ! Voilà comment meurent les croyants.

A. Regnard.

AGORAPHOBIE. — Sorte de folie dans laquelle le

malade a peur de se trouver devant un espace vide, place, pont, etc. p. l.

AÏ. — Velpeau a désigné par ce mot l’inflammation aiguë des gaines tendineuses, se basant sur ce fait que la douleur déterminée par cette inflammation est souvent assez forte pour arracher au malade l’exclamation d’aï/ et cette dénomination, toute figurée qu’elle soit, est restée dans la pratique.

Observée par Desault, bien décrite par Boyer, c’est surtout aux leçons de Velpeau qu’on doit la description et l’étude la plus complète de cette singulière affection.

C’est le plus souvent à la suite de mouvements plus ou moins violents que se manifeste l’inflammation des gaines synoviales tendineuses, ou encore consécutivement à un traumatisme.

Une des causes les plus fréquemment, constatées, c’est, sans contredit, la contraction musculaire pour ainsi dire incessante que nécessite l’exercice de certaines professions, la violence de cette contraction n’étant presque rien à côté de sa continuité presque constante. C’est ainsi qu’on constate l’aï chez des pianistes, après un exercice prolongé au piano ; chez les maîtres d’armes et les professeurs de gymnastique ; chez les débardeurs, chez les déménageurs ; chez les moissonneurs, qui sont forcés de saisir et de serrer vigoureusement les gerbes de blé pour les botteler ; chez les menuisiers, et aussi chez les blanchisseuses, qui développent constamment une certaine force pour tordre leur linge; en un mot chaque fois que des mouvements rapides et prolongés sont imprimés aux muscles extenseurs ou fléchisseurs des doigts et finissent, par un frottement continu, à enflammer les gaines tendineuses.

Les deux premiers signes sont la douleur et la crépitation qu’on perçoit en un point où le tendon glisse dans sa gaine synoviale. Cette crépitation est toujours perçue dans le même point, et seulement quand on fait exécuter des mouvements qui font glisser le tendon dans sa gaine. Elle est fine, comme soyeuse, et la meilleure comparaison qu’on puisse établir est le bruit qu’on détermine en écrasant de l’amidon ; c’est une sorte de froissement doux. Quant à la douleur, elle est vive, ainsi que nous l’avons dit, et assez vive même pour arracher au malade cette exclamation d’aï ! qui a permis à Velpeau de caractériser l’affection qui nous occupe.

Dans un certain nombre de cas, on trouve aussi en outre de ces deux signes typiques un peu de gonflement sur le trajet de la gaine synoviale, une légère rougeur de la peau à ce niveau et de la chaleur.

Le siège le plus fréquent de la synovite tendineuse est la partie antérieure de l’avant-bras et la région du poignet. On la rencontre également à la jambe, et alors c’est principalement dans les tendons des fléchisseurs du gros orteil, du muscle jambier antérieur, et aussi dans ceux des péroniers latéraux.

Le plus souvent, le liquide se résorbe, et la maladie se termine assez promptement. La crépitation diminue peu à peu ; il en est de même de la douleur, et dans l’espace de quinze jours, les parties sont revenues à leur état normal. Mais il ne faut pas croire que le malade puisse encore se servir li-

AIG

AIG

brement du membre attaqué ; il faut quelquefois qu’il attende des mois, et j’ajoute qu’une première attaque prédispose à des récidives.

Dans certains cas, heureusement fort rares, l’inflammation persiste, quoi qu’on fasse, et la suppuration ne tarde pas à s’établir. On voit alors une série de petits abcès se former sur le trajet de la gaine malade ; le pus amincit, puis finit par perforer la gaine, et un phlegmon diffus peut en être la conséquence. La chose la plus heureuse qu’on puisse encore espérer dans ces cas redoutables, c’est l’exfoliation du tendon et l’impossibilité absolue où désormais il se trouvera de remplir ses fonctions normales.

Le diagnostic est chose facile, car l’emphysème sous-cutané, l’épanchement sanguin et une fracture avec lesquels On pourrait de prime abord confondre cette affection, présentent, surtout au point de vue de leurs causes, des caractères assez tranchés, pour qu’une erreur ne soit pas de longue durée.

Comme traitement, c’est principalement au repos qu’il faudra s’adresser, car il est indispensable que le membre malade n’exerce plus aucun des mouvements qui avaient déterminé l’inflammation des gaines tendineuses. Les cataplasmes arrosés de quelques gouttes de laudanum, sont très utiles au début pour diminuer l’inflammation et calmer la douleur. On y ajoutera une légère compression obtenue par un bandage roulé et l’application de quelques résolutifs. Les vésicatoires volants répétés produisent d’excellents résultats.

S’il y avait menace de suppuration, on ne devrait pas tarder à inciser largement pour empêcher le pus de fuser dans les gaines et de provoquer l’établissement d’un -phlegmon diffus. (V. ce mot.) '

D'' Albert Bergeron.

I AIDE. — Nom donné aux personnes qui aident le

I chirurgien dans une opération. Dans la plupart des j opérations, un ou plusieurs aides sont toujours né-

I cessaires. Le D' .\. Després, dans son Dictionnaire de Thérapeutique, a très bien résumé les qualités qui constituent un bon aide. Il est très important, dit-il, que ceux-ci aient présents à l’esprit : qu’ils ne doivent pas s’occuper de l'opération ; qu’ils sont, avant tout, destinés à accomplir une manœuvre à laquelle ils apporteront leur attention entière, et qu’ils n’ont pas à s’inquiéter des accidents qui se présentent. Le chirurgien doit avoir sa liberté d’action et il est inutile de lui donner des conseils au moment où il opère. Seuls, les aides qui n’ont pas un rôle important, tel que la compression d’une artère, l’élévation d’une paupière, ou le maintien d’une tumeur par une érigne, pourront, sans demander avis à l’opérateur, appliquer un doigt, par exemple, sur une artère qui donnerait du sang, tendre la peau afin qu’elle ne soit point coupée pendant la dissection d’une tumeur. Eu égard aux détails de ce genre, ajoute M. Després, l’intelligence d’un aide est un véritable soulagement pour le chirurgien. Mais, quel que soit le mérite du premier, il ne doit jamais aller au delà des instructions du second. p. l.

AIGRE. — Qualificatif donné à toute substance qui exerce une impression désagréable, soit sur l’organe du goût en l’affectant à la manière des acides, soit sur celui de l’odorat en produisant sur lui le même effet.

C’est ainsi qu’on dit saveur aigre, liquide aigre, odeur aigre. p. l.

AIGREMOINE. — Plante de la famille des rosacées, appelée encore eupatoria, eupatoire, vivace, donnant des tiges dures et chevelues de 50 à 60 centimètres, terminées par de petites fleurs jaunes en grappe dressée, d’une odeur aromatique assez agréable. Très commune dans les pays à climats tempérés, on la trouve en France dans les bois, dans les prés et au bord des chemins où elle pousse en grande quantité. L’aigremoine a une saveur amère et astringente due à une huile essentielle et au tannin qu’elle renferme. Très employée autrefois en cataplasmes et en fomentations, elle entre encore dans la composition de l'Eau vulnéraire. On fait avec ses feuilles des infusions pour gargarismes contre les inflammations de l’arrière-bouche et des amygdales. L’aigremoine est même encore recommandée aux chanteurs. Quelques médecins ont donné la poudre de sa racine dans les diarrhées chroniques, à la dose de 1 à 2 grammes. Toutefois, aujourd’hui, l’aigremoine est peu usitée. D" Paul Ladarthe.

AIGREURS. — On appelle ainsi les renvois aigres ou acides qui remontent de l’estomac dans le pharynx et jusque dans la bouche où ils produisent une sensation désagréable et fort incommode. 11 est peu d’individus qui n’en aient éprouvé une fois ou l’autre, car il suffit de manger sans appétit, d’avoir une digestion un peu laborieuse, une vive contrariété, un chagrin, de la tristesse, de l’abattement, un trouble insolite dans la santé générale pour avoir des aigreurs. Les gros mangeurs et les gens mal nourris y sont très sujets. De même les malades atteints d’anémie, de chlorose, de gastralgie, de dyspepsie, de pyrosis ou fer chaud, d’ulcération simple ou de cancer de l’estomac, de vertige stomacal; les femmes enceintes et hystériques, etc. Les aigreurs se rencontrent aussi chez les enfants, accompagnées de diarrhée avec selles verdâtres, ce qui dénote chez eux une digestion incomplète du lait ou des aliments. Les aigreurs ne sont donc, en réalité, le plus souvent qu’un symptôme de maladie plutôt qu’une maladie elles-mêmes, puisqu’elles peuvent se former dans un grand nombre de circonstances tout à fait difl’érentes et être le résultat de lésions extrêmement variées.

11 faut combattre les aigreurs au moyen des pas-

Fig. 52. — Sommité fleurie de l’aigremoine.

AIGE. — (V. Taies.)

AIG

AIG

tilles de carbonate de magnésie, de Vichy, quelquefois de sous-nitrate de bismuth ; par les eaux alcalines de Vichy, Fougues, Saint-Galmier, Chatelguyon, etc., avec le vin aux repas, qui suffisent souvent pour les guérir.

Chez les enfants en nourrice, nous recommanderons plus spécialement l’eau de chaux, à la dose de 15 à 60 grammes dans la journée; 20 à 30 centigrammes de sulfate de magnésie.

ün donnera les eaux alcalines à la nourrice et si malgré tout les aigreurs de l'enfant persistent, il faudra se résoudre à changer de nourrice.

D'' A.-L. Labarthe, père.

AIGU. — Qualificatif donné à des maladies qui parcourent rapidement leurs différentes périodes, par opposition à celles dont la durée totale est très longue. Ainsi on dit rhumatisme articulaire aigu et chronique, bronchite aiguë et chronique, abcès aigu et chronique, etc. P. L.

AIGUILLES. — On donne ce nom, en chirurgie, à un grand nombre d'instruments en or, argent, platine ou acier, de formes différentes, arrondis, aplatis, triangulaires, droits ou courbes, mais toujours constitués par une tige pointue à l’une de ses extrémités et percée d’un trou à l’autre, destinés à être introduits dans les parties molles du corps humain, en vue d’y faire une ligature, ou encore d’y séjourner jusqu'à la parfaite réunion des parties divisées qu’ils ont servi à rapprocher. Il y a les aiguilles à acu-punctare^ à ligature, à suture, à cataracte, etc. (V. ces mots.)

Les aiguilles à coudre peuvent occasionner de fréquents accidents chez les personnes qui s’en servent. Et d’abord, elles piquent très souvent la paume de la main et surtout les doigts, et ces piqûres peuvent être le point de départ des panaris. 11 y a bon nombre de femmes qui se sont introduit des aiguilles dans le sein. Les ouvrages de médecine sont remplis d’exemples des plus singulières migrations des aig-uilles introduites dans l’estomac avec les aliments et sortant, à un moment donné, par des points du corps très éloignés. Ici, c’est une aiguille avalée par une femme qui vint, encore munie de son fil, se faire une issue par un point du bras; là, c’est une femme qui, ayant avalé une aiguille la rendit un an après, par un abcès qui se développa sur les parois du ventre. Ailleurs, c’est une sorte de fille-pelote, comme l’appelle ingénieusement M. Fonssagrives, qui, éprise de la singulière manie d’avaler des aiguilles, en rendit par tous les points de la peau.

Ces observations démontrent l’impunité avec laquelle les organes les plus délicats peuvent être traversés par des aiguilles fines et justifient pleinement l’opération connue sous le nom à' acupuncture (V. ce mot), si en honneur chez les Chinois.

D' A.-L. Labarthe, père.

AIGUILLES (rABHiCANTs d’). — Hygiène professionnelle. — La femme, lorsqu’elle enfile une aiguille, ne se doute pas qu’avant d’arriver dans son étui, ce petit instrument a passé par les mains de quatrevingts ouvriers différents, et a subi une foule d’opé-

rations successives, parmi lesquelles trois principales : Yempointage, le palmage et le marquage déterminent de graves accidents chez les ouvriers qui les pratiquent.

Les meules en grès quartzeux dont on se sert à sec pour faire la pointe de l’aiguille à la main, fournissent une poussière de grès et des particules métalliques produites par le frottement des aiguilles sur la meule, qui volent dans l’air et pénètrent dans l’appareil respiratoire. Le repiquage des meules usées produit encore des poussières. De plus, des étincelles brûlantes produites par l’inflammation des poussières métalliques jaillissent autour de l’ouvrier. Aussi, les empointeurs qui font la pointe à la main, sont sujets à des brûlures de l’œil, principalement de la cornée et des paupières, et, ce qui est plus grave, à une inflammation continue des bronches et des poumons, due à l’absorption des poussières, inflammation qui se termine par la phtisie pulmonaire. Les empointeurs ne peuvent exercer leur métier plus de quinze ans et succombent presque tous à cette terrible maladie.

On a inventé diverses machines destinées à chasser la poussière de grès et à préserver les empointeurs des particules fines d’acier qui s’élèvent pendant l’empointage. Une des plus simples et la meilleure, sans contredit, est celle qu’a imaginé Pastor. Dans cette machine, la meule elle-même est un ventilateur qui entraîne grès et acier. Elle est recouverte d’une enveloppe en tôle ne laissant qu’un passage très étroit pour les aiguilles et portant, en un autre point de sa surface, une plaque de verre à travers laquelle l’ouvrier, à l’abri, peut suivre les progrès de son travail. La chambre vide comprise entre l’enveloppe en tôle et la meule, communique avec un tuyau qui aboutit à une cheminée dans laquelle se précipite un courant d’eau très rapide qui entraîne les poussières de grès et d’acier.

Dans les fabriques où cet appareil préservatif ou tout autre de même nature n’existe pas, les empointeurs devront porter des masques et des respirateurs (V. ces mots) pour se préserver de l’absorption des poussières.

Les palmeurs, ceux qui aplatissent les têtes des aiguilles, en rangent vingt à vingt-cinq, en forme d’éventail, entre le pouce et l’index de la main gauche, placent les vingt-cinq têtes sur une enclume métallique et, de la main droite, les frappent de plusieurs coups de marteaux successifs. Leur aplatissement est ainsi fait.

Ce genre de travail est très fatiguant et les ouvriers qui l’exécutent sont sujets à des douleurs de l’épaule et du poignet; ils ont de la crépitation des tendons des doigts de la main qui porte le marteau, des duriUons et des contractures des doigts qui tiennent les aiguilles.

Enfin, les ouvriers qui percent les trous des aiguilles, opération qui nécessite une très grande attention, un coup d’œil très juste, ne tardent pas à avoir les yeux très fatigués et à ressentir des troubles prématurés de la vue qui ne leur permettent guère de continuer leur métier pendant plus de dix ou douze ans. D" Paul Labarthe.

AIGUILLON. — Nom donné par les naturalistes à

Page 1