‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privéeChapitre 191 sur 238 · ERI · texte numérisé non relu

ERI

l’anémie cérébro-spinale avec torpeur de l’intelligence, pâleur de la face, tendance aux syncopes répétées, collapsus profond ou délire convulsif, refroidissement des extrémités et gangrène consécutive suivie de mort lente. Les vertiges et le délire convulsif s’expliquent par le défaut de la quantité suffisante de sang dans les centres nerveux. La gangrène des membres, le refroidissement de leurs extrémités proviennent du resserrement des artérioles et de l’incomplète irritation des tissus, d’où il résulte que les choses se passent à peu près comme dans la gangrène sénile. Il n’est pas jusqu’à la sécheresse de la peau, la diminution des sécrétions, la faiblesse générale qu’on ne puisse expliquer par une nutrition languissante due au ralentissement de la circulation (Rambuteau).

Usages. — L’indication thérapeutique de l’ergot de seigle se fait sentir toutes les fois qu’il est nécessaire d’exciter la contractilité des fibres musculaires de la matrice et de ses vaisseaux, savoir : dans les accouchements rendus laborieux par inertie de 1 utérus, lorsque le col a éprouvé un commencement de dilatation et qu’il n’y a pas d’obstacle infranchissable à la terminaison de l’accouchement, dans les tlélivrances tardives par rétention du placenta ou des caillots fibrineux, dans les dilatations excessives pour favoriser la rétraction de l’utérus après les couches, dans les hémorrhagies puerpérales inquiétantes, dans les hémorrhagies utérines survenant en dehors de la grossesse; et, par extension, on a eu recours à ce médicament dans toutes sortes d’hémorrhagies : hémoptysies, épistaxies, bématémèses, hématuries, etc.; mais dans ces derniers cas, son action est loin d’être toujours efficace; il en est de même pour la leucorrhée, certaines gastralgies, l’incontinence d’urine et les paralysies dues à un état congestif habituel des centres nerveux.

Sa contre-indication est positive quand un obstacle mécanique s’oppose à l’accouchement (étroitesse du bussin, tumeur maternelle ou fœtale), et même dans les cas simples, lorque le besoin de contractions rapides et simultanées n’est pas urgent. On évite ainsi la compression du corps de l’enfant ou de son cordon ombilical, compression qui peut dans quelques cas lui devenir funeste.

Une des meilleures manières d’administrer l’ergot de seigle aux femmes en couches consiste à le donner en poudre, récemment préparée, aux doses de 2 à 4 grammes divisés en quatre à huit paquets, distribués de quart d’heure en quart d’heure et pris dans de l’eau sucrée, du vin blanc ou dans une in fusion aromatique. D’autres fois, mais plus rarement, on donne l'infusion ou la décoction à la dose de 4 grammes par 500 grammes d’eau à prendre par tasses de deux ou de quatre en quatre heures contre les hémorrhagies principalement. La teinture, le sirop et le vin sont à peu près inusités. 11 n’en est pas de même des potions ou des pilules qu’on peut préparer avec la poudre ou l’extrait (ergotine) et qui rendront dans bien des cas de réels services. Mais le remède parfois ne peut être supporté par la bouche, soit qu’il occasionne des nausées ou des vomissements, soit qu’il cause une certaine répugnance, on est forcé alors de l’adminis-

trer en lavement préparés avec la poudre, l’infusion, l’extrait ou la teinture et prescrits de la même manière.

Qu’on se serve de l’un ou de l’autre mode d’administration du médicament, on peut le faire prendre deux, six et même vingt jours de suite sans craindre les dangers de son emploi et quoi qu’en aient pu dire certains auteurs; seulement, dans ces conditions, on ne doit guère dépasser la dose de 2 grammes par jour convenablement espacés dans les 24 heures. Ce remède est si souvent et si utilelement employé en thérapeutique qu’il est regardé par les meilleurs praticiens comme le spécifique de la contractilité utérine au même titre que le fer est le spécifique de la chlorose et le mercure celui de la syphilis. Son usage externe en eau hémostatique est inférieure à la solution de perchlorure de fer. Celle-ci est coagulante du sang, l’ergot est constricteur de la fibre musculaire des vaisseaux.

Comme la poudre d’ergot, de couleur cendrée, de saveur âcre et nauséeuse, est très altérable à l’air, elle ne doit être préparée qu’au moment de l’administrer. On la prescrit d’habitude à la dose de 2 grammes, on les divise en trois ou quatre paquets et l’on en fait prendre un tous les quarts d’heure ou toutes les demi-heures dans un peu d’eau sucrée ou de vin blanc pour en finir avec un accouchement qui traîne ou pour arrêter une hémorrhagie très grave. Lorsqu’on a affaire, au contraire, à de faibles écoulements sanguins des doses de 10 à 25 centigrammes doivent être répétées six à dix fois dans la journée. On les fait prendre à des intervalles plus éloignés de façon à ce que la même quantité de remède dure plus longtemps. L’action en sera plus lente, mais la persistance de l’effet produit sera souvent une condition de succès.

Empoisonnement par l’ergot. — Nous avons vu plus haut les effets toxiques de l’ergot à haute dose. Lorsqu’on sera en présence d’un empoisonnement par l’ergot, si l’on arrive avant l’absorption du poison, il faut tout d’abord administrer un contrepoison ; le tannin, l’iodure de potassium ioduré, le chlore, l’eau régale Gubler]; puis débarrasser l’estomac du poison qu’il peut encore contenir, en administrant l’émétique en vomitif. Si l’absorption est un fait accompli et qu’on soit en présence de tous les symptômes de l’empoisonnement, il faut administrer au malade 2 ou 3 grammes d’éther dans un verre d’eau additionnés de 10 à 15 gouttes de laudanum ; puis lui faire prendre du café ou des grogs à haute dose, et le soumettre à des frictions sèches et aromatiques. D'- Marc. Camboulives.

ERGOTINE. — On a donné ce nom à divers produits complexes, mal définis, retirés de l’ergot de seigle par ’Wenzell, Bonjean, et dont les propriétés varient suivant le procédé employé pour la préparation. Aussi avec la plupart des accoucheurs préférons-nous l’ergot de seigle à ces diverses ergotines.

ÉRIGERON. — On donne ce nom à une plante de la famille des composées, originaire de 1 Amérique du Sud, très connue en France où on la rencontre dans des terrains incultes, dont les somnii-

EKY

ERY

tés fleuries renferment une huile essentielle fluide, d’un jaune clair, d’une odeur herbacée, d’une saveur âcre et brûlante, employée en Amérique et en Angleterre comme hémostatique et comme antidiarrhéique, à la dose de o à 10 gouttes en potion. L’essence d’érigéron est employée dans l’industrie pour falsifier l’essence de menthe, p. l.

ÉRIGNE. — On appelle ainsi un petit instrument en forme de crochet dont se servent les anatomistes pour saisir, soulever et écarter certaines parties qu’ils veulent disséquer, ou sur lesquelles il veulent pratiquer une opération, ou encore pour protéger les tissus environnant la partie sur laquelle ils opèrent. On fabrique des érignes simples, doubles, et de formes variées suivant les usages auxquels on les destine. p. l.

ÉROSION. — On donne ce nom à une excoriation légère et tout à fait superficielle de la peau, t)u d’une muqueuse, produite par un frottement rude. p. L.

ÉROTOMANIE. — (V. Monomanie.)

ÉRUCTATION. — On donne ce nom aux renvois des gaz contenus dans l’estomac, accompagnés d’un bruit spécial appelé rot. Les éructations annoncent le plus souvent une digestion laborieuse, excepté lorsqu’elles sont produites par l’action des eaux minérales gazeuses ou de l’eau de seltz. La magnésie calcinée ou mieux un peu de poudre de Patterson au milieu du repas, ou quelques pastilles bismutho-magnésiennes du même auteur, après les repas, sont d’excellents moyens de neutralisation des gaz. p. l.

ÉRUPTION. — On désigne sous ce nom l’apparition sur la surface du corps d’un plus ou moins grand nombre de pustules désignées par différents noms, suivant leurs divers caractères (pustule, bouton, vésicule, etc.), et suivant les causes qui les produisent (variole, rougeole, scarlatine, etc.), p. l.

ÉRUPTIVE. — Qualificatif donné aux fièvres qui sont accompagnées d’une éruption, telles que la rougeole, la variole, la scarlatine, etc. p. l.

ÉRTSIMUM. — L’érysimum, vulgairement connu sous le nom à' herbe aux chantres, de Tortelte, est une plante de la famille des crucifères qu’on rencontre dans tous les lieux incultes, le long des murs et sur le bord des champs, et qui doit son nom à un ehantre de Notre-Dame qui faisait avec elle un sirop composé dont voici la formule :

Erj'simum récent 1,500

Orge mondé 7:j

Raisins secs 73

Racine de réglisse 75

Feuilles sèches de bourrache 100

— — de chicorée 100

Racine sèche d’Aulnée 100

Capillaire du Canada 25

Sommités sèches deroniaiin 20

— — de stechas 20

Djctionnairb populaire de Médecine usuelle.

.\nis vert 25

Sucre blanc 2,000

Aliel blanc 500

Eau 6,000

qui est encore aujourd’hui très employé contre la toux, les bronchites chroniques, etc. p. l.

Érysipèle. — L’érysipèle est une maladie caractérisée par une rougeur spéciale de la peau et des symptômes fébriles analogues à ceux des fièvres éruptives.

Le plus souvent, l’érysipèle se montre autour des plaies, surtout au cuir chevelu et à la face. Il e.st contagieux ; il se développe rarement d’une manière isolée, mais la plupart du temps sous forme épidémique, sous l’influence de certaines constitutions médicales. Son développement est favorisé par l’encombrement, les mauvaises conditions hygiéniques, les pansements mal faits. L’intensité de l’épidémie est quelquefois telle que la plus légère écorchure, la plus petite plaie est suivie d’érysipèle. Il affecte de préférence les plaies faites avec le bistouri, quelquefois l’anneau ombilical chez le nouveau-né; on l’a vu déterminé aussi par l’application de bandelettes de sparadrap, de diachylon. La nature du principe infectieux qui produit l’érysipèle est inconnue.

L’érysipèle siège à la superficie du derme; c’est probablement une Inflammation du corps papillaire. Mais faut- il le localiser avec certains auteurs dans les capillaires sanguins, ou, avec d’autres, dans les lymphatiques ? On ne saurait admettre exclusivement l’une ou l’autre de ces opinions.

L’érysipèle affecte sans doute le réseau lymphatique du derme ; la preuve en est dans la tuméfaction ganglionnaire, qui est quelquefois un symptôme précurseur de la maladie. D’un autre côté, il y a unevéritable congestion .sanguine, à laquelle la peau doit sa rougeur spéciale. M. Vulpian a constaté autour des vaisseaux ainsi congestionnés des amas de leucocytes qui, d’après la théorie que nous avons exposée, auraient traversé la paroi vasculaire. Ce fait a été confirmé par d’autres observateurs. Ces leucocytes, dans certains cas, formeraient du pus {érysipèle phlegmoueux)-, la plupart du temps, comme l’érysipèle ne suppure pas, ils seraient résorbés après avoir subi une métamorphose régressive.

Au-dessous de la peau, le tissu cellulaire est souvent le siège d’un œdème qui est d’autant plus considérable que ce tissu est plus lâche et recouvert par des téguments de peu d’épaiss-mr.

Les lésions générales dans l’érysipèle n’ont rien de caractéristique.

De même que dans une fièvre éruptive, on peut décrire à l’érysipèle quatre périodes : périodes d’incubation, d'invasion, d’éruption et de desquamation.

l» Période d'incubation. — Elle varie de 10 lieuresà 6 jours. Elle comprend le temps qui s’écoule entre l’infection de l’individu et la manifestatioa des premiers symptômes.

2° Période d'invasion. — Elle correspond aux symptômes qui précèdent l’éruption et peut durer de 2 à 3 jours. Pendant ce temps, on observe des symptômes fébriles analogues à ceiw des fièvres

ERY

ÉRY

éruptives : frissons, malaise, céphalalgie, soif, inappétence, vomissements bilieux, diarrhée, quelquefois délire. Souvent on observe avant l’éruption un symptôme important : c’est la tuméfaction douloureuse des ganglions lymphatiques correspondant au point qui doit être affecté.

3° Période d’éruption. — Elle dure en moyenne de sept à dix jours. Elle est caractérisée par l’évolution de plaques érysipélateuses, qui se succèdent et qui ont isolément une durée de quatre à six jours. La plaque est le siège de picotements et d’une chaleur vive ; le contact des corps étrangers y est très douloureux. Lorsqu’elle commence à s’établir, elle est rosée, puis sa couleur se fonce. La rougeur disparaît momentanément par la pression du doigt. Les bords ont une teinte un peu jaunâtre. lisse terminent par un liseré parfois saillant et sensible au doigt et à l’œil. Le tissu cellulaire sous-cutané est quelquefois considérablement infiltré, surtout; à la face, où il est très lâche.

Pendant que l’éruption se fait, les symptômes généraux de la période précédente continuent ou cessent, selon l’intensité de la maladie. La température est ordinairement assez élevée ; elle atteint 39, quelquefois 40“ centigrades.

4“ Période de desquamation. — Lorsqu’une plaque a duré quatre à cinq jours, elle se flétrit, se décolore, se ride; on observe une exfoliation épidermique qui se fait par larges plaques, comme dans la scarlatine.

Pendant cette période, il n’existe plus de symptômes généraux, et le malade entre en convalescence.

L’érysipèle se termine ordinairement par résolution. Dans quelques cas, il se forme des abcès audessous du point affecté. Enfin, on a observé la gangrène d’une partie ou de la totalité des plaques érysipélateuses chez les nouveau-nés, chez certains vieillards et chez des convalescents de maladie grave {érysipèle gangréneux).

Variétés. — Nous avons décrit l’érysipèle commun, simple : c’est la forme qu’on peut appeler bénigne; mais il y a érysipèle et érysipèle. Indiquons les principales variétés.

a. Au point de vue des symptômes généraux, on doit distinguer trois formes qui réclament chacune un traitement différent :

1“ La forme inflammatoire à symptômes fébriles intenses et symptômes locaux très marqués ;

2“ La forme bilieuse ou gastrique, dans laquelle des symptômes d’embarras gastrique sont manifestes ;

3" La forme adynamique ou typhoïde, qui se l'approche par son aspect de celle qu’offrent les malades affectés de fièvre typhoïde et qui se termine presque toujours par la mort.

b. Au point de vue du siège on distingue :

1'* L'érysipèle du cuir chevelu : ici. la couleur rouge manque, le cuir chevelu est blanchâtre ; on reconnaît le mal par la douleur à la pression et l’engorgement ganglionnaire, quand il existe;

2“ L'érysipèle de la face : il offre de particulier qu’il respecte souvent le menton et qu’il débute ordinairement par le nez; il est toujours accompagné d'une tuméfaction considérable;

3“ \J érysipèle des membres : il détermine souvent de l’œdème et un épanchement dans les articulations sous-jacentes ;

4“ L'érysipèle externe et V érysipèle interne, selon qu’il affecte la peau ou les muqueuses : dans ce dernier cas, on l’a surtout observé au pharynx, au larynx, aux bronches, aux fosses nasales et à la bouche.

c. Au point de vue de la cause, on divise l’érysipèle en spontané, qui est fort rare, et en traumatique. Celui-ci se montre autour des plus petites écorchures et des plaies ; il commence à tuméfier les bords de la plaie et à les désunir, si l’on avait tenté la réunion immédiate. Si la plaie était en suppuration, le pus est remplacé par un écoulement séreux, âcre et irritant.

d. Au point de vue de l’état des plaques, on décrit :

1“ L'érysipèle flxe ;

2“ L'érysipèle ambulant, qui s’étend en divers sens : on peut rapprocher de cette variété Vérysipèle serpigineux de Velpeau ;

3“ L'érysipèle erratique, qui saute d’un point du corps à un autre point, quelquefois très éloigné;

4“ L'érysipèle miliaire : il existe une éruption vésiculaire sur le point malade;

5“ L’ érysipèle phlycténoïde : au lieu de vésicules, ce sont des phlyctènes remplies d’un liquide séreux, séro-sanguinolent ou séro-purulent, etc.

Certains érysipèles graves se compliquent de phlegmon diffus, érysipèle phlegmoneux ; il n’est pas rare de voir l’érysipèle de la face et du cuir chevelu se compliquer d’une méningite qui entraîne la mort du malade.

Pendant la période d’invasion, on peut croire à l’approche de la rougeole, de la scarlatine, de la variole. Mais il manque à l’érysipèle la toux, le larmoiement et le corysa de la rougeole ; l'angine pultacée de la scarlatine ; la céphalalgie frontale vive, la rachialgie et la constipation de la variole.

Lorsque la rougeur existe, on pourrait confondre l’érysipèle avec le phlegmon diffus, Yangioleucite, la phlébite superficielle, Yérythème simple et Yérythème 7wueux.

Dans l’érysipèle, on n’observe pas l’empâtement du phlegmon diffus; la plaque érysipélateuse est plus douloureuse au toucher, les bords sont plus nettement tranchés que dans le phlegmon diffus, et ils ont une marche envahissante. Enfin, les symptômes généraux ne précèdent pas toujours le phlegmon diffus.

Il en est de même pour l’angioleucite. Du reste, celle-ci s’accompagne constamment d’adénite, et elle présente des lignes rosées anastomosées dans la direction des vaisseaux lymphatiques.

La phlébite superficielle se distingue de la même manière. De plus, on peut constater, le long de la veine, la présence d’un cordon avec des nodosités et de l’œdème au-dessous du point enflammé.

L’érythème simple et l’érythème noueux sont rarement fébriles ; leur rougeur ne présente pas une limite aussi tranchée, et la forme noueuse siège spécialement aux jambes et coïncide souvent avec des manifestations rhumatismales.

L’érysipèle est plus grave chez les nouveaux-nés

ERY

ESC

et chez les vieillards que chez l’adulte. La forme fixe est en général moins grave que la forme ambulante et erratique. L’érysipèle du cuir chevelu est beaucoup plus sérieux que celui de la face. Les complications augmentent la gravité de l’érysipèle. Certaines constitutions épidémiques sont plus meurtrières que d'autres. Si le malade est déjàatfecté de maladie de Bright ou de diabète, l’érysipèle est encore fort grave.

11 faut naturellement prendre toutes les précautions nécessaires en temps d’épidémie et en tout autre temps, pour éviter l’érysipèle.

Lorsque la maladie est déclarée, il y a peu de chose à faire, et l’expectation, aidée de quelques soins hygiéniques est ce qu’il y a de mieux pour les érysipèles simples.

Une saignée pourra être utile dans la forme inflammatoire; un éméto-cathartique au début de la forme bilieuse; le quinquina et le musc dans la forme typho'ide.

Localement, on a employé l’eau froide, les onctions mercurielles, la pommade au nitrate d’argent, 1 : 4, le collodion, les cautérisations, les piqûres et les vésicatoires; de tous ces moyens, il n’en est aucun qui guérisse l’érysipèle. On s’est bien trouvé du collodion, du nitrate d’argent .en pommade et du vésicatoire appliqué sur la plaque érysipélateuse.

En général, il faut traiter la complication de l’érysipèle ; mais ce qu’il y a de mieux dans l’érysipèle commun, c’est l'e.xpectation et la médecine "des symptômes : soins hygiéniques, douce chaleur, poudre d’amidon sur les parties malades contre la cuisson, entretenir la liberté du ventre par des laxatifs ou des purgatifs salins; alimenter le plus tôt possible. J. -A. Fort.

ÉRYTHÈME. - L’ érythème est une simple éruption de taches rosées, d’étendue et de formes variables, dont l'apparition est très rapide; ces taches s’effacent complètement par la pression et se terminent en quelques jours, soit par résolution, soit par une desquamation légère.

Les conditions dans lesquelles se montre l’érythème de la peau sont si nombreuses, qu’on en a établi plusieurs variétés :

1° L’érythème simple produit sous une influence inconnue, parfois à la suite d’un trouble dans les voies digestives, débute très vite, souvent avec un peu de fièvre, sous, forme de taches d’un rouge vif, séparées entre elles par des portions de peau saine. Ces taches peuvent affecter les formes les plus diverses, de leur surface peuvent s’élever des papules, des vésicules. Les efflorescences cutanées, désignées par le mot anglais de rash, et que l’on observe dans le cours des fièvres éruptives ne sont que des érythèmes.

2° L’érythème noueux. 11 se rapproche beaucoup des fièvres éruptives, car il est caractérisé par deux éléments : d'abord par les symptômes généraux fébriles avec douleurs vagues dans les jointures, ce qui a fait considérer cet érythème comme une dépendance du rhumatisme, puis par des taches rouges saillantes, d’où le nom de noueux. Ces élevures occupent les jambes ; par exception elles se

montrent sur les bras et sur les autres parties du corps. Ces plaques s’effacent au bout de 4 à 7 jours. Cette variété s’observe surtout dans la jeunesse.

3° L’érythème lié à un état adynamique. Chez les gens atteints d’anasarque, la peau lisse, blanche, distendue par la sérosité, peut, surtout aux jambes, prendre par places une teinte d’un rouge sombre, parfois même se développent à ce niveau des phlyctènes de nature gangréneuse; c’est là une variété d’érythème que quelques auteurs ont rattachée à l’érysipèle.

4® L’érythème paratrimme ou par pression se montre chez les gens débilités, dans le cours des maladies adynamiques (fièvre typhoïde) ; il apparaît dans les points du corps soumis à une pression constante; c’est souvent là le point de départ des eschares (V. ce mot).

î)0 Enfin, sous le nom d’intertrigo, on décrit un érythème qui se produit chez les enfants, mais surtout vers la fin de l’âge adulte, chez les personnes très grasses, dans les points du corps soumis à un contact habituel, pli de l’aine, des aisselles, etc.; il donne lieu à des gerçures, à un suintement séreux, et il est très tenace.

Dans les cas d’érythème simple, il faut se borner à des lotions émollientes et à un régime adoucissant; dans l’érythème noueux, il peut être utile en outre de pratiquer une saignée. Dans l’intertrigo, le premier soin doit être de séparer les surfaces malades avec un linge bien saupoudré d’amidon, si cela ne suffit pas, on les lavera avec une solution très légère de perchlorure de fer ou de chlorure df soude. L’érythème paratrimme réclame surtout des soins de propreté; les linges doivent être abondam ment saupoudrés d’amidon. D' Léon Moynac.

ESCALDAS (EAüx minérales d’).' — Escaldas est un hameau de la commune de Villeneuve, de l’arrondissement de Brades, dans les Pyrénées Orientales, qui possède des eaux sulfurées sodiques naturelles, dont les indications sont celles des autres sources analogues des Pyrénées. p. L.

ESCARGOT. — L’escargot de vigne, ou Limaçon, est un mollusque gastéropode pulmoné à coquilles, dont deux ou trois espèces, Vhélix pomatia du nord, les hélix aspersa et vermiculata du midi sont employées comme aliment et en médecine comme adoucissantes, relâchantes et analeptiques.

Quelques personnes avalent les limaçons tout crus. D’autres, après les avoir lavés et avoir enlevé le paquet noir intestinal, les font cuire et les assaisonnent d’une façon convenable pour les manger. On les vantait beaucoup autrefois dans les affections catarrhales, la tuberculisation pulmonaire, les cachexies les plus diverses, sous forme de bouillon, de gelée, de sirop, de pâte et même de pommade. On sait aujourd’hui que ces préparations ne se recommandent par aucune propriété médicale particulière. Tout au plus, par le mucilage et les quelques matières azotées qu’elles contiennent , peuvent-elles agir comme pectorales et faiblement nutritives; mais elles ne l’emportent point en cela sur un certain nombre de substances qui ont des vertus à peu près égales sinon supérieures à elles;

ESC

ESC

Voici la manière de préparer le bouillon et le sirop de limaçons. Pour faire le bouillon prenez 5 ou 6 limaçons de vigne, détachez la coquille, enlevez le paquet noir intestinal, lavez la chair à l’eau tiède, coupez-la par morceaux et faites-la cuire au bain-marie pendant deux heures dans un demi-litre d’eau, ajoutez-y du sel et vous aurez le bouillon désiré. Pour le sirop de limaçons, vous le préparez simplement en faisant bouillir 250 grammes de chair de limaçons dans 650 grammes d’eau, vous mêlez ensuite le tout avec un litre de sirop de sucre et vous faites cuire en consistance convenable. Ces deux préparations conviennent en général dans les maladies de langueur, les convalescences longues, les états cachectiques avancés, mais elles sont inférieures, sous le rapport curatif, à beaucoup d’autres agents de la matière médicale.

D*- Maiic. Cauboulives.

ESCHARE. — On donne ce nom à la croûte noirâtre qui résulte de la mortification d’un tissu dé-

Fig. 457.

Ulcères consécutifs à des eschares développées chez une jeune femme paraplégique, au niveau des régions sacro-coccygienne, trochaniériennes, etc., c’est-à-dire au niveau des points particulièrement soumis à la pression.

truit par la gangrène ou par l’action du feu ou d’un caustique violent. Cette croûte s’élimine au

bout d’un temps variable entre dix et quinze jours, et elle laisse après elle une large plaie suppurante, avec perte de substance, qu’il faut traiter normalement. Quelquefois, on trouve une cicatrice toute formée au-dessous de la partie mortifiée.

La compression exercée par un décubitus prolongé sur des tissus déjà altérés par une maladie grave, telle que fièvre typhoïde, etc., peut aussi produire des eschares. Celles-ci siègent alors au sacrum, aux fesses, aux trochanters, au talon, etc. Pour éviter la production des eschares chez les personnes qui restent longtemps au lit, par suite d» maladie, il faut avoir soin de mettre un coussin lait de balle d’avoine, ou un coussin en caoutchouc percé d’un grand trou au niveau du sacrum; faire sur les fesses des lotions avec du vin aromatique, ou mieux les saupoudrer avec du lycopode. Si, malgré cela, la peau devient rouge et menace de s’ulcérer, il faut la recouvrir avec un morceau de taffetas Marinier dont les bords seront badigeonnés avec une couche de collodion. Enfin, si l’eschare vient malgré tout à se produire, il faut la panser avec des compresses trempées dans une solution de coaltar Le Beuf ou de phénol Bobœuf, plutôt que de la saupoudrer avec de la poudre de quinquina ou de charbon, ainsi que l’ont conseillé quelques médecins.

D' Paül Labarthe.

ESCHAROTIQUE. — Nom donné à des substances caustiques qui, appliquées sur les tissus vivants, y déterminent une eschare. Parmi les principaux escharotiques, nous citerons le beurre d’antimoine, la chaux vive, l’acide nitrique, l’acide sulfurique, le chlorure de zinc, le phosphore, etc. p. l.

ESCRIME. — L’escrime est un exercice gymnastique excellent, à la fois récréatif et salutaire. Il a l’avantage de mettre en jeu un très grand nombre de muscles et de déterminer une action violente des organes de la respiration et de la circulation. De plus, il exige plutôt une action prompte et presque continue qu’un grand courant d’efforts et un grand déploiement de forces.

Dans l’escrime, ainsi que l’a fort justement écrit Londe, en même temps que le bras qui tient le fleuret est dans une contraction et un mouvement perpétuel, le torse, supporté par les membres inférieurs également fléchis, est, pour l’attaque, projeté vivement en avant par l’extension subite d’un des membres inférieurs et l’abaissement simultané du membre supérieur correspondant, et tout aussi vivement reporté à sa place pour la défensive, par le concours simultané d’un bras, des muscles postérieurs du tronc et des deux membres inférieurs. Il y a dans ce déplacement une certaine force employée pour lancer en avant le haut du corps, beaucoup plus pour le reporter à sa place, surtout ouand on se fend trop. C’est principalement la rapidité des grands mouvements déployés pour cette alternative de la fente et de la reprise de la position dite en garde, qui accélère si considérablement la circulation et la respiration et détermine une exhalation cutanée si abondante. Si l’on reste sur la défensive, il n’y a plus d’action forte que celle des muscles de l’avant-bras et de la main, et

Page 1