‹ Dictionnaire raisonné d'architecture et des sciences et arts qui s'y rattachent (volume 2)Chapitre 146 sur 238 · TÊTE · texte numérisé non relu

TÊTE

Terre végétale. Une terre douce, oncbueuse au toucher, provenant de détritus de plantée el qui n'est pas mélangée avec «lu saille, du gravier el d'autres terres.

Terre de Bollande. — Une sorte de terre des environs de Cologne, qui, cuite comme le plâtre et broyée sous des meules, fournit, mélangée avec de la chaux, un mortier hydraulique.

Enfin, certaines terres sont mélangées naturellement avec des oxydes métalliques ; aussi les emploie-t-on en peinture. On nomme :

Terre d'Ombre ou terre de Cologne. — Une terre argileuse brune, plus ou moins rouge suivant qu'elle contient plus ou moins d'oxyde de fer; et même, quand elle est très chargée de cette dernière substance, on la soumet à l'action du feu pour la calciner le plus possible ; on obtient alors une nouvelle substance qu'on nomme terre de Sienne brûlée, parce qu'en effet c'est dans les environs de Sienne qu'on l'a obtenue pour la première fois : toutes ces terres s'emploient à l'eau , à la colle ou à l'huile.

Terre de Cassel. — Une argile très brune, parce qu'elle est fortement chargée d'oxyde de fer, et qu'on utilise de la même manière que les terres de Sienne, d'Ombre ou d'Ombrie, etc.

Terre cuite. — Sous ce terme, on désigne un grand nombre de produits employés dans la construction, tels que Briques, Carreaux, Tuiles et Poteries (voy. ces mots). La terre cuite a toujours été un élément indispensable de la construction ; aussi a-t-elle été employée de toute antiquité, d'abord comme un matériau, ensuite comme élément décoratif. — Au mot Étrusque, Art, nous avons donné des spécimens remarquables de terres cuites étrusques ; aux mots Paluette et Axtéfixe, le lecteur pourra voir d'autres spécimens appartenant à l'art grec et à l'art romain : enfin notre planche LXXXIX donne dans toute leur valeur d'autres types d'antéfixes en terre cuite remarquables. A part les antéfixes, les chéneaux, les frises, les acrotères, les statues, groupes et bas-reliefs, l'antiquité a surtout produit une énorme quantité de vases en terre cuite, vases qui servaient à

toutes sortes d'usages, mais principalement à la décoration ; souvent même' i nous

ont révélé des scènes historiques ou mythologiques d'un haut intérêt. (Voy. Vases.) Dans a - temps modernes, on n'a pas tiré parti de la terre cuite pour la décoration; au XVI" siècle, OU a surtout utilisé la terre cuite èmaillée, c'est-à-dire la FaJXNCE (voy. ce mot).

TERRE-PLEIN, s. m. — Amas de terre

rapportée entre des construction-, des murs solides, soit pour créer des chemins ou des routes sur de mauvais fonds, soit pour réconforter des parties de fortifications tout en ménageant les matériaux de prix. Bien des villes de l'antiquité avaient des murailles épaisses et solides dont l'intérieur était formé avec des terre-pleins. Au mot Militaire, Architecture, nous avons donné (fig. 7 à 12) une partie des murs de Pompéi, ainsi construits.

TÊTE, s. f. ■ — En architecture, ce terme s'applique à des objets très divers ; mais en

Rg. 1. — Tttes plates (ornement roman).

général on nomme tête tout ce qui forme la partie principale et placée en avant d'un

Kg. 2.

Têtes saillantes.

objet; ainsi on dit : tête de voussoir. tête de claveau, tête de mur, pour désigner les faces

TETIEEE.

THEATRE

cle ces objets. Beaucoup d'ornements de sculpture représentant des figures d'hommes , d'animaux, se nomment également fêles : par exemple, les bucranes ou têtes de bœuf. (Voy. Bucrane.) On nomme têtes plates, fêles saillantes, des ornements de sculpture employés surtout pendant l'époque romane et pendant l'époque ogivale. (Voy. nos fig. 1 et 2.) Enfin ce terme s'applique aux objets les plus divers , comme nous allons le voir ; on nomme :

Tête de cabestan. — La partie carrée de l'axe percée de trous clans lesquels on introduit des barres pour faire mouvoir un cabestan.

Tête de chat. — Un petit moellon très mal fait, presque rond.

Tête de chevalement. — La pièce principale d'un Chevalement (voy. ce mot).

Tête de champignon. — La tête plate ou arrondie de certains dons ou de boulons.

Tête fraisée. — Une tête plate en dessus, conique en dessous, telle que la tête de certaines vis, de manière que celles-ci, pénétrant dans le bois ou dans le métal, ont leur tête qui affleure le nu.

Tête de pivot. — La partie saillante d'un pivot à équerre.

Tête de pêne. — La partie du pêne qui s'engage dans la gâche.

Tète PERDUE. — Une pointe, un boulon, une vis, un clou, sont engagés dans la pierre, le fer, le bois, à tête perdue, quand ils sont enfoncés au point que la tête ne fait pas saillie.

Tête plate. — On donne ce nom à des clous d'épingle, d'ardoise, à des clous à latte, qui ont leur tête plate.

Tête de poteau. — Extrémité des poteaux. Dans un pieu, c'est le bout qui tombe lors du recepage; dans une caisse d'oranger, c'est la partie du poteau terminée en boule.

TÊTIÈRE, -s./.— Tête de "cloison d'une Berrure ;i travers laquelle passe le pêne.

TETOX, s. m. — Petite éminence qui

existe sur certains forets ou fraises, dé-

pour cela forets à le ton, fraises à

TÊTU, s. m. — Fort marteau à tête carrée qui sert à abattre la pierre, à faire un

Fig. 1. - - Têtu onliuaire.

Abatage (voy. ce mot). On emploie le têtu surtout pour les démolitions ; il en existe de

Fig. 2. — Têtu à tête ronde.

diverses formes : l'un d'eux est à tête carrée d'un côté et ronde de l'autre. (Voy. nos figures.)

TÉTRASTYLE, s. m. — On dit qu'un édifice est têtrastyle, quand sa façade comporte une ordonnance de quatre colonnes.

THEATRE, s. m.- Édifice consacré aux représentations scéniques. Ce terme est dérivé du grec esarpov (OÉao.mai, je regarde). Après les temples, les théâtres ont été sans contredit les monuments les plus remarquables de l'antiquité. Nous ne parlerons dans cet article que du théâtre grec et du théâtre romain.

Historique. — Le théâtre, qui remonte à

TU ÉATRE.

une haute antiquité, tire son origine de la coutume qu'avaient les anciens Grecs de faire chanter pour les fêtes dionysiaques des hymnes en l'honneur de Bacchus, autour de l'autel de ce dieu, sur Lequel brûlaieni des parfums, el qu'on nommait à cause de cela thymèlè. Le chanteur el les chœurs, ou seulement un récitateur, se tenaient d'un côté de l'autel, et les spectateurs du l'autre côté. Plus tard, au lieu d'un simple récit ou d'un chant, le poète écrivit des dialogues qui étaient récités par plusieurs personnages qui s'adjoignaient ordinairement un répondant (C/Trox.piT7"|ç). Souvent ces dialogues se divisaient en deux parties : l'une sérieuse, représentée par

le dithyrambe; l'autre comique, on eômoi . qui donna naissance dans la suite à la tri die el a la comédie. A l'origine de tacles, les poètes n'eurent que des chars, tréteaux, ou des échafaudages en charpente (Ixpw) (Poil., V, c.xix) pour faire repi ter leurs œuvres. Ci n'est qu'à Fépoqne de Thémistocle <pie l'on remplaça les tréteaux par des constructions temporaires qui présentèrent pins de durée et de solidité. Ainsi les commencements du théâtre comportèrent trois éléments essentiels, à savoir : la scène, Vaùtel et Yestrade. Vers la soixante-dixième olympiade (500 ans avant J.-C), le thi d'Athènes était encore en planches et Sui-

Fig. 1. - - Coupe du thiâtre de PompéL

das nous apprend qu'un jour, où l'on représentait une pièce de Pratinas, le théâtre s'écroula, et cet accident coûta la vie à beaucoup de personnes. Aussi, quelques années après, le poète Eschyle engagea ses concitoyens à construire un théâtre en pierre. On adopta alors un type qui n'a guère varié et qui rappelle ceux que nous connaissons aujourd'hui et que nous décrivons plus loin. Les Athéniens choisirent pour architectes Démocrate et Anaxagore, qui établirent leur édifice au pied de I'Acropole (voy. ce mot) et posèrent les gradins en amphithéâtre sur les flancs mêmes de la colline, qui furent creusés en hémicycle. En avant de ces gradins se trouvait la scène (<rx»)vrî) , toujours plus large que Vorchesire ou espace semi-circulaire qui

séparait celle-ci des gradins. La scène était rectangulaire et décorée de colonnes et de statues ; elle était composée de trois corps de bâtiment, celui du fond, ou èpiscènion, et ceux de droite et de gauche, qu'on nommait ailes. Le mur du fond de la scène était percé de trois portes. Celle du milieu, la plus grande, était nommée la royale (pacfmov) ; elle était accompagnée, sur la droite, d'une sorte d'obélisque (àyutEÔî) dédiée à Jupiter Aguatès; à gauche, d'une table sur laquelle on déposait les offrandes. Des deux autres portes, l'une représentait l'entrée d'une caverne (<77«jXaiov), et l'autre la porte d'une maison, aussi la nommait -on olxo; ev3o;oi;. Sur les deux ailes en retour d'équerre sur le fond de la scène, se trouvaient deux autres

DICT. d'architecture. — T. IV.

THEATRE

portes ; l'une était censée donner sur l'agora , et l'autre sur la campagne. L'espace qui séparait ces deux portes se nommait Spouo;, parce que cet espace recevait les chars qui arrivaient de la campagne, ainsi que tout ce qui venait du port ou de la ville par la porte de l'agora. A côté de ces deux portes, il en existait d'autres qui débouchaient suides escaliers par lesquels les choreuies descendaient de la scène sur l'orchestre pour exécuter en chantant les mouvements cadencés

de la strophe et de Yantistrophe, qui formaient une sorte de danse (op///i<nç). (Voy. Scène.) Enfin, sur les côtés de la scène, on voyait souvent des décorations triangulaires qu'on dirigeait de divers côtés, parce qu'elles tournaient sur des pivots ; on les désignait sous le nom de 7rspiaxTot. Tel était à peu près dans son ensemble le théâtre grec, qui différait fort peu du théâtre romain, comme nous allons bientôt le voir, ainsi que du théâtre étrusque. (Cf. Vitruve, VII, 7.) — En géné-

Fig. 2. — Plan restauré du théâtre de Marcellus, h Borne,

rai, les théâtres étaient accompagnés de portiques sous lesquels le public se promenait pendant les entr'actes. Parmi les ruines les plus célèbres des théâtres grecs, nous citerons, en Grèce, le théâtre d'Hérode Atticus, dont notre planche LXXXIX montre la façade. Il s'élevait au pied de l'acropole d'Athènes. Nous avons dessiné notre planche d'après la magnifique restauration de notre excellent confrère M. Daumefc. Mentionnons aussi les théâtres d'Argos, d'Epidaure, de Sunium, de Mégalopolis, de Chéronée, de Sparte et de Delphes; en Asie Mineure, les

ruines des théâtres d'Aizani, d'Éphèse, de Milct, de Théos, de Smyrne, de Guide, de Mira, de Telmissus, de Thrallus, de Jassus, d'Héraclée, de Laodicée, de Patara, de Stratonice, de Tlos, etc. — On nommait Odéoxs (voyez ce mot) les théâtres qui servaient exclusivement aux représentations musicales.

Notre planche XC montre le quartier des théâtres à Pompéi, tandis que notre planche XCT montre l'élévation du grand théâtre de Pompéi, dont notre figure 1 fait voir la coupe. Nous avons dessine tout ce qui est relatif à

THÉATEE.

(■<• théâtre d'après la restauration de M. Bônnet, l'éminent architecte de la ville de Paris.

Théâtres romains.- Les premiers jeux scéniques furent exécutés à Rome sur des échafauds (pegmata), c'est-à-dire sur une scène mobile qu'on éleva temporairement dans 1rs cirques. (Tac., Ann., XIV. 22; Auson. Prolog, ad Uni. sept, sapient., v. 1 I et seq.) Fies premiers théâtres en pierre ne firent leur apparition qu'eu Tan 5'J!); c'est alors que

Fig. 2 lis. — Travée de la façade du théâtre de Marcellus.

l'hémicyle ou cavea se garnit de sièges, contrairement à l'ancien usage, qui, voulant former des hommes robustes et les endurcir à la peine et à la fatigue, n'admettait pas de sièges dans ces lieux de plaisir. (Tite-Live, Hist., liv. 48 ; Pline, Hist. nat., XVII, 25; Appien, Bell, civ., I, 28; Yclleius Paterc, I, 15; August., de Civil. Dei, I, 31.) Du reste, les Grecs, dans les temps primitifs, se tenaient debout pendant les spectacles ; Homère (Odyssée, XIII, t. 380) nous apprend que les jeunes gens, debout, applaudissaient tournés vers la scène. — Voici les dispositions que l'on retrouve le

plus généralement dans les théâtres romains, aotamment dans le théâtre de liarcellus, à Ro-

me (h'g. 2 et 2 bis), dans celui d'Herculannm et dans ccu.\ de Pompéi. La forme général demi circulaire ; le fond du demi-cercle- était arrêté par le bâtiment formant la scène i dépendances; la cavea était formée par les gradins {gradue, 'yj-.yj, Bpœç) étages les uns au-dessus d - autres. L'aire en hémicycle située entre la scène et la cavea (xoîXov | se nommait, comme- dans le théâtn orchestre, mot dérivé da grec opxsfeOat (dan- !. cavea était divisée en deux ou trou

Fig. 3. — Théâtre de Parme.

de gradins, suivant l'importance du théâtre, par des passages appelés, comme dans les amphithéâtres, précinctions (Si'aïwua-rst, prcecinctiones, laltei, maniana). Des escaliers (scalœ, ascensus) permettaient d'accéder à chaque étage des gradins; ces escaliers, pratiqués verticalement, formaient comme des rayons dont le point de départ était le centre de l'orchestre. L'espace compris entre deux de ces escaliers avait la forme d'un coin ; aussi le nommait-on cuneus (xspxîc), et le spectateur arrivant en retard, et ne trouvant pas de place, était appelé ezcunatus, c'est-à-dire

Planche XC. — Quartier îles tlu'âtrcs, :'i Pompii.

THEATRE

hors du coin : il restait dans la porte donnant sur l'escalier.

Théâtres modernes. — Il est bien difficile de préciser à quelle époque remontent l'origine et la construction des premiers théâtres modernes. Les premières représentations scéniques du moyen âge, les mystères avaient lieu dans les églises ou sur les places publiques des cathédrales (parvis). On dressait pour la circonstance des échafaudages. Le sujet des pièces de théâtre du moyen âge était tiré de l'Ancien et du Nouveau Testa-

SLIEL-

Fig. 4. — Théâtre île la Scala, à Milan.

ment ou bien encore de la Vie des saints. Ce sont donc les églises qui ont été, pour ainsi dire, les premiers théâtres, car le christianisme, ne pouvant déraciner ce goût païen chez le peuple, détourna à son profit cette passion et donna une direction nouvelle à l'art théâtral. On mit en drame la passion de Jésus-Christ, on en fit une trilogie, consacrée à la Nativité, à la Passion et à la Résurrection. Ces essais de théâtre religieux datent du Xe siècle. Ce "fut une religieuse de Gandersheim, nommée Aroswitha ou Hroswitha, qui composa diverses tragédies qu'elle

joua avec des religieuses de son ordre. Il existe un grand nombre de ces mystères dans nos diverses bibliothèques nationales; ainsi la Bibliothèque nationale de la rue Richelieu possède un manuscrit du xvc siècle, presque identique, qui contient plus de quarante drames en l'honneur de la Vierge. Un autre, extrêmement curieux et plus ancien du xie siècle, qui provient de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges, est écrit en trois langues; il est intitulé : Mystères des Vieryes fotles et des Vieryes sayes; Jésus y parle latin, les Vierges

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Fig. 5. — Théâtre de Carlo-Felice , à Gênes.

sages en français, enfin les Vierges folles en provençal. A l'origine de ce théâtre religieux, c'étaient des prêtres et des clercs qui interprétaient les rôles; plus tard ils s'adjoignirent des ouvriers, des étudiants et des gens du peuple, qui servaient comme figurants. Dès 1898 ou 1400, il se forma à Paris une troupe régulière de comédiens qui exploita un théâtre au bourg Saint-Maur. Cette troupe s'intitula confrérie de ta Passion, et en 1402 elle fut autorisée par Charles VI à s'établir à l'hôpital de la Trinité, situé près de l'ancienne porte Saint-Denis; elle fonctionna

TU BATEE.

dans le même local environ quarante-six ans; on Le lui enleva vers 1589, et elle se transporta alors à l'hôtel de Flandre. Cette confrérie existait encore dans les premières années du règne de Louis XIII, mais elle (•(•ila son privilège aux comédiens de l'hôte] de Bourgogne, qui commençaient à représenter de véritables pièces, el qui devaient bientôt jouer les chefs-d'œuvre de notre théâtre classique et fonder enfin la Comédie française.

Ce fut au xvie siècle que des architectes

du centre; le parterre est entouré d'un \ amphithéâtre, lequel est surmonté de deux galeries décorées de colonne- et d'arcades 5 un acrotère couronne ces galeries, el les figures qui le surmontent semblent porter le

plafond de la salle', L'avant-scène présente

deux rangs de niches Buperposées déo

de colonnettes qui rappellent une partie de

la décoration des scènes antiques: enfin, à eoie des faces en retour de l'avant-sc Aleotti a placé deux aies de triomphe surmontés de statues équestres. — A partir du xvii0 siècle, l'Italie et la France adoptent le système des théâtres modem'-, c'est-â-dire qu'on remplaça les gradins des amphithéâtres par des balcons et des galeries; on donna

mil

Fig. 6. — Théâtre de Sari-Carlo, à Naples.

italiens commencèrent à édifier des théâtres fixes exclusivement appropriés aux représentations. C'est alors que Bramante éleva à l'extrémité de la grande cour du Vatican un théâtre en pierre sur le plan des théâtres antiques. Palladio éleva sur les mêmes données en 1580, celui de Vicence. — En 1G20, ou même 1618, d'après certains auteurs, J.-B. Aleotti construisit le théâtre de Parme, qu'on peut considérer comme la transition entre les théâtres antiques et nos théâtres modernes (fig. 3). C'est un hémicycle dont les lignes latérales sont prolongées bien au delà

Fig. 7. Théâtre Ue Pétersbourg.

à la scène beaucoup plus de profondeur, on éleva les combles, on établit des étages souterrains, afin de donner toutes les facilités possibles pour manœuvrer les machines théâtrales. En général, les théâtres de 1" Europe sont aujourd'hui construits sur plan presque identique : celui de la sahe de spectacle est de forme elliptique; quant à l'aménagement de la salle, dans le mididel'Europe, surtout en Italie, on ne voit que des loges sans galeries ; dans le Nord, au contraire, celles-ci dominent. Le grand secret de l'Acoustique (voy. ce mot) réside probablement

THEATRE

dans l'aménagement très différent des salles du Xord et des salles du Midi. Si dans nos théâtres de France, par exemple, l'acoustique laisse tant à désirer, nous l'attribuons en grande partie aux balcons et galeries qui font saillie dans la salle, à l'ouverture delà scène, à l'exiguïté des couloirs qui entourent la salle, etc., etc. Les théâtres italiens, au contraire, ne sacrifient rien à la décoration; l'aspect en est froid et sévère, mais l'acoustique y est excellente.

L'un des premiers théâtres importants construits en France a été celui du Palais-Roval ;

Fig. 8. — Théâtre de Bordeaux.

il fut élevé par ordre de Richelieu, et n'existe plus aujourd'hui. Gaspard Vigarani construisit sous Louis XIV le théâtre des Tuileries ; il occupait le pavillon de Marsan. L'architecte Louis construisit le Théâtre-Français et le théâtre de Bordeaux ; Lenoir, l'ancien théâtre de la Porte-Haint-Martin, remplacé aujourd'hui par celui exécuté sur les plans de la Morandière; Magne, le théâtre du Vaudeville; Cusin, celui de la Gaîté; Davioud, celui de la place du Châtelet; Delalande, celui de la Renaissance: enfin Garnier, l'Opéra actuel, qui est nue <\r< œuvres 1rs plus considérables de notre époque, qui peut être critiquée et qui effet beaucoup, car, comme toute

œuvre humaine, elle n'est point parfaite ; mais, somme toute, c'est l'œuvre d'un artiste de race et qui surpasse de beaucoup en proportions les théâtres élevés dans ces temps modernes.

Notre figure 4 montre le plan du théâtre de la Scala, à Milan; dans notre figure 5, on voit le plan de Carlo-Felice , à Gênes ; dans notre figure G, le plan de San-Carlo, à Naples : c'est un des plus grands que nous connaissions. Notre figure 7 montre le plan du théâtre de Pétersbourg, tandis que notre figure 8 fait voir le plan d'un théâtre très renommé, celui de Bordeaux, construit par l'architecte Louis ; enfin notre figure 9, le plan de l'Opéra de Paris.

Chauffage et ventilation des théâtres. — Le théâtre est sans contredit le monument le plus difficile à chauffer et à ventiler, parce qu'ici on n'a plus affaire à une enceinte close d'une manière permanente et que le cube à chauffer et à ventiler, ainsi que le nombre des personnes, sont extrêmement variables. — En outre, l'ouverture du rideau de la scène, celle des portes de loges et des galeries, la grande capacité de la scène et de la salle, de même que le mouvement, le vaet-vient continuel, en un mot, tout le déplacement qui se produit dans un théâtre, font qu'il n'est pas possible de pouvoir fixer même des données moyennes pour installer un bon système de chauffage et de ventilation.

On a reconnu aujourd'hui que le moyen le plus pratique pour obtenir des résultats satisfaisants, c'était de diviser un théâtre en trois parties qu'on chauffe et qu'on ventile avec des appareils plus ou moins puissants suivant les capacités au service desquelles ces appareils sont affectés ; on arrive ainsi à pouvoir unifier la température d'un théâtre. Quant au mode de chauffage, on peut utiliser indifféremment les calorifères à air chaud, à l'eau chaude et à la vapeur, soit séparément, soit concurremment, pour chauffer l'ensemble de l'édifice. Nous devons ajouter ceperfdant que si l'on veut utiliser à la fois plusieurs modes de chauffage, on doit placer des calorifères à air chaud pour la salle et les locaux qui l'enveloppent, et employer l'eau chaude ou la vapeur pour la scène et

:;im»

'lll BATRE.

ses dépendances, ainsi que pour le bâtiment d'administration. Si, au contraire, on ne veut employer qu'un seul mode, on fera bien d'arrêter son choix sur la vapeur. .Mais quel que soil le mode adopté, les couloirs, foyers, vestibules, escaliers, et autres dépendances

qui enveloppent la salle, doivent être chauffés à 18°, et cela d'une manière constante, une heure avant le commencement du spectacle et jusque vers une heure avant la fin.

La température de la salle doit s'élever a 20°, celle de la scène â \:>" ou 17°. La tem-

Fig. 9. — Théâtre de l'Opéra, à Paris.

pérature des divers locaux réglée de cette façon, les courants d'air des différentes parties de l'édifice concourent vers un point unique, la cheminée d'appel du lustre, qui* quoi qu'on ait pu dire, est encore, selon nous, jusqu'ici, le meilleur mode de ventilation. C'est d'Arcet qui le premier a mis ce moyen en pratique.

à Paris des essais désastreux a cheminée du lustre, et pour

On a fait pour supprimer cela on a employé des procédés d'éclairage tellement ruineux qu'on a dû y renoncer. Aujourd'hui, dans ces mêmes théâtres, on a rétabli la ventilation par le plafond de la salle, comme cela se pratique dans presque tous les théâtres. Nous devons ajouter cependant

THEATRE

qu'il existe un autre mode de ventilation, imaginé par le Dr Tripier, qui mérite d'être étudié. Dans ce projet (fig. 10), contrairement à ce qui se pratique ordinairement dans les théâtres, l'extraction se fait par appel en contre-bas. Cet air, pris dans la salle par les bouches A, A, a , a, est conduit par les canaux a, situés sous le parterre et compris dans l'épaisseur des planchers, dans une cheminée

Fig. 10. — Ventilation par appel en contre-bas.

d'appel BB. L'appel peut être déterminé soit par un propulseur mécanique, soit par un poêle à air ou à eau, chauffé à l'eau ou à la vapeur, soit enfin par des becs de gaz, qui servent en même temps pour l'éclairage. — L'air neuf, pris en H, à la partie supérieure de la façade du théâtre, serait amené dans la

Y % l2±±AM:^. * 1

11, Ventilation par le systiinc Tripier.

salle en J, au devant et au-dessus du rideau, parmi large conduit circulaire II, posé sous le plancher du comble. Le mouvement de l'aii' frais par cette voie pourrait être déterminé par un propulseur, si c'était nécessaire Il serait toujours facile de disposer la prise

d'air de manière que l'arrivée spontanée de l'air frais en J ait toujours lieu. Il suffirait pour cela de séparer du reste du grenier, par une cloison K , une chambre à air frais L, portant à sa partie supérieure deux ailes de pa-

Fig. 12. — Évacuation tle l'air vicii eu nappes.

pillon H', dont l'ouverture plus ou moins grande réglerait l'accès de l'air du dehors.

L'économie de ce système peut être ainsi résumée (1) :

Tandis qu'aujourd'hui l'évacuation de l'air vicié se fait par un courant central et son renouvellement par des courants entrants périphériques, l'évacuation se fait, dans le système proposé par le Dr Tripier, par la périphérie, et le renouvellement par un courant entrant, qu'on peut considérer

Fig. 13. — Variante du projet précédent.

comme central, »»', ou par deux courants nn' et m, dirigés tous deux de la scène vers la salle.

(1) Ce qui suit, de même que les figures intercalées dans le texte, est tiré de notre Traité théorique cl pratique de chauffage et de ventilation, pages 230 et suiv.

THBOR] i:.

< ette condition, outre lea avantages qu'elle présente an point de vue de la ventilation, est éminemment favorable à l'acoustique.

D'après ]<■ D* Tripier, bod Bystème de ventilation aurait donné au théâtre de Toulon en 1862 des résultats satisfaisants. Cependant il a dû y apporter quelques modifications de détail, qui lui parurent nécessaires et avantageuses , dont la plus

i]M| ante consistait dans la substitution d'une

évacuation en nappe, au lieu d'une évacuation par des (uvaux; notre tig. 12 montre cette disposition.

— Dans une brochure explicative, le Dr Tripier donne ainsi l'analyse de ses projets : « Les figures 11, 12, 13, représentent le projet modifié que j'avais en octobre 18G1 remis à mon ami Ch. Garnier, architecte du nouvel Opéra. La question de l'éclairage n'étant pas résolue à cette époque, la partie supérieure de l'épure est donnée en double; une des dispositions (tig. 12) répond à l'adoption d'un système périphérique, l'autre (tig. 13) à l'adoption d'un lustre central. Ce projet ne fut pas accepté par le ministre d'Etat alors chargé des théâtres; mais il a été adopté par M. Charpentier pour la nouvelle salle des Bouffes. »

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1 vol. in-4", Roma, 182.0: — J. Ferrarfo, 8t

<i< i rizione de' principali teatri antichi <■ modertd.

1 vol. in-8", Milan. 1830: — Alexis Donnât, Orgiazzî et Kaufmann, Architectonographie de» théâii. . ..// parallèlt historique et critique de ces idi lices, 1 vol. in-8", Paris, 1837-40; — Clément Contant, Parallèle des principaux théâtres modernes dr VEurope et dis machines théâtral* ses, allemandes et anglaises, 1 vol. in-fol.. Paris, 1842 (il existe aussi une édition in-4" de cet ouvrage): — Memoria historico-artistico <iil teatro mil de Madrid, 1 vol. in-4", Madrid. 1850; — Y. Wieseler, Theatergeba&de und Denkmaler Bûhnenwesen, etc., 1 vol. in-fol., Gottingue, 1851 ; — E. Trélat, le Théâtre et V Architecte^ brochure in-8°, Paris, 18G0; — E. Bosc, le Tltéâlre, étude sur sa construction et sur les divers problèmes qui s'y rattachent. 1 vol. in-8°, Nîmes, 1862; — G. Davioud. Théâtres de la place du Châtelei . 1 vol. in-fol., Paris, 1*62-72; — Ch. Garnier. le Théâtre, 1 vol. in-8", Paris, 1871 ; du même, l'Opéra de Paris.

THÉORIE, s. f. — Partie spéculative d'une science, d'un art, qui n'est, pour ainsi dire, qu'une idée sans manifestation, une règle sans application. La théorie est donc l'opposé de la Pratique (voy. ce mot) ; elle constitue l'ensemble des connaissances nécessaires à la culture d'un art ou d'une science. On n'acquiert la théorie que par l'étude. Bien qu'il n'existe qu'un genre de théorie, Quatremère de Quincy ÇDicl. d'arch., v" Théorie) en distingue trois : la théorie des faits et des exemples, qu'il dénomme la théorie pratique; la théorie des règles et des préceptes, qu'il appelle théorie didactique; enfin la théorie des principes ou des raisons, qu'il nomme théorie métaphysique. Il serait difficile d'écrire un pareil galimatias pour expliquer un terme aussi simple. En effet, la théorie des faits et des exemples, des règles et des préceptes, des principes ou des raisons, toutes ces thé de Quatremère ne constituent qu'une seule et même chose, la théorie proprement dite, la contre-partie de la pratique, autrement dit l'ensemble de toutes les connaissances qui permettent d'établir des règles et des données

THÉRICLÉENS (vases). — THERMES.

nécessaires à la pratique d'un art ou d'une science. Une théorie n'est vraie, n'est exacte qu'autant que Vanalyse et la synthèse de certains faits ont été pratiquées d'une manière scrupuleuse, complète et dans un ordre méthodique ; en dehors de cela , il n'y a point de théâtre, mais seulement des erreurs. Quand on a analysé un fait et qu'on l'a rapporté aux lois qui le régissent et l'expliquent, la synthèse doit reproduire le même fait : tel est le caractère de la théorie.

Dans l'art de bâtir, la théorie comprend l'ensemble des règles et des principes qui permettent d'élever d'une manière certaine des constructions solides. La théorie prévoit tous les cas difficiles, résout tous les problèmes, de sorte que le constructeur qui connaît bien la théorie de l'art de bâtir et en applique les règles dans la pratique ne rencontre aucun obstacle, ou du moins se trouve fortement armé pour les surmonter. C'est pourquoi la théorie est si utile aux praticiens et les rend très rapidement capables d'exercer leur art. (Voy. Pratique.)

Les Grecs donnaient le nom de théories à des députations de jeunes garçons et de jeunes filles conduites par des théoi'ès ou ambassadeurs, qu'on envoyait à Delos, à Delphes ou à Tempe pour honorer certaines divinités. Pendant le temps qui s'écoulait entre le départ et le retour de ces théories, c'est-à-dire pendant trente jours, il était défendu par une loi d'exécuter aucun condamné.

THÉRICLÉENS (Vases). — Vases qui, dans les festins, servaient à boire; d'après les uns, on les nommait ainsi à cause de leur décoration qui représentait des animaux (G^peç) peints ou sculptés, ou, suivant d'autres, parce qu'ils auraient été inventés par un certain Thériclès.

THERMES, *. m. pi. — Ce mot, dérivé du urée QÉpjxat, signifie sources d'eau chaude, eaux thermales; on l'employa pour désigner un établissement de bains chauds, que la chaleur en fût naturelle on artificielle ; dans la suite. le moi thermes fut transporté an bâtiment qui comprenait un établissement de bains complet,

des piscines, des bassins d'eau froide, ainsi que des bains chauds et des bains de vapeur. Dans ce sens général, ce mot n'est donc que le synonyme de Bains (voy. ce mot). Dès la fin de la république, les thermes prirent une importance considérable, car l'usage des bains était devenu un besoin incessant pour le plébéien , de même que pour le patricien : le Romain passait son existence au bain ; aussi les thermes devinrent-ils le centre de tous les plaisirs, on y trouvait des palestres, des gymnases, des exèdres, des éphébées, des sphéristères, des xystes. Dès l'époque de Pompée, il y avait eu à Rome des bains, mais c'est Agrippa qui le premier créa les thermes ; le panthéon de Rome (il Rotundd) , qui fait encore aujourd'hui notre admiration, n'est qu'une salle des thermes aV Agrippa. (Pline, H. JSf., PXXIV, 10, G; XXXV, 6; XXXVI, 65.) Pour flatter les goûts et les passions du peuple, les empereurs suivirent l'exemple d' A grippa et ils élevèrent des thermes splendides, car ces établissements, qui reçurent les dépouilles du monde entier pour leur décoration, peuvent témoigner de tout le luxe et de toute la magnificence dont l'art romain était susceptible. Xous venons de mentionner une partie des lieux de plaisir que renfermaient les thermes : mais il y avait, en outre , des salons de conversation et de discussion, des bibliothèques, des galeries de statues et de tableaux, de vrais musées , des portiques, des pergoles, c'est-à-dire des promenades ombragées, d'autres à ciel ouvert : en un mot, les thermes renfermaient tout ce qui pouvait contribuer aux exercices du corps, aux jouissances matérielles et intellectuelles de cette population romaine gorgée des richesses du monde conquis. (Suet. , Cal., 3; Ncro, 12; Martial, III, 20, 25 ; V, 44 ; III, 32, 34 : IX, 76 ; XII, 83 ; Eutropc, VII , 9 ; Capitol., Gord., 82.) Les thermes les plus célèbres de Rome, dont, sauf trois, il ne reste que fort peu de ruines, sont ceux d'Agrippa (construits 10 ans après J.-C), de Néron (04), de Vespasien (68), de Titus (75), de Domitien (90), de Trajan (110), d'Adrien (120), de Commode (188), d'Antonin-Caracalla (217), cl' Alexandre- Sévère (230), de Philippe (245), de Dèce (25o), d'Aurélin (272), de Dioclétien (295),

THERMES

de Constantin (824 ). Les thermes de Rome dont il reste des raines assez considérables sont : ceux de Titus, Bur le mont Bsquilin, dans lesquels on a retrouvé le fameux groupe du Laocoon; ceux de Caracalla, donl notre planche XCU montre le plan; dans cestherfameux, dénommés aussi thermœ Antoniance, on a découvert les statues de l'Hercule Farnèse, de la Flora Farnèse, et le groupe de Dircé attaché par Amphion à un taureau sauvage, dit le Taureau Farnèse : ces chefsd'œuvre de la statuaire sont aujourd'hui au inusée national de Naples ; enfin les thermes de Dioclétien, qui couvrent une partie du Yiminal et du Quirinal, et dans l'une des salles desquels Michel-Ange a pu créer l'une des plus grandes églises de Rome après Saint- Pierre, Santa-Maria-degli-Angeli. Elle fut inaugurée le 5 août 15G2; le transsept actuel était alors la grande nef : c'est Vanvitelli qui fit cette transformation malheureuse en 1749.

Au commencement de l'empire, les hommes et les femmes se baignaient en commun ; mais Adrien reconnut les abus d'un tel état de choses, il ordonna que les hommes seraient séparés des femmes : il y eut donc, comme dans nos pauvres établissements de bains, la partie réservée aux hommes, qu'on nomma balnea virilia, et celle des femmes, balnea muliebria. Une loi. dite lez Censoria, régla tout ce qui concernait l'administration intérieure des thermes; mais, sous Héliogabale, cette loi tomba complètement en désuétude, et les désordres les plus effrénés se commirent dans les thermes jusqu'à l'avènement de Marc-Aurèle.

Les Romains passaient leur existence au bain, nous venons de le dire; en effet, en hiver, ils prenaient deux bains par jour, et, en été, jusqu'à cinq et six dans une mémo journée. Us avaient une robe spéciale pour le bain. On paya d'abord une faible rétribution pour se baigner, un quadrans : c'était une petite monnaie de cuivre du poids de trois onces (unicœ) et valant, comme son nom l'indique, le quart d'un as: plus tard, l'entrée des bains fut gratuite. Le son de la cloche d'airain , comme le dit Martial dans les deux vers suivants , annonçait à la foule disséminée dans les divers locaux des jeux, mais principale-

ment au sphéristère, que les bains étaient

de pilam, n'-rmarum; ludere pergis?

ne, vit boIA latus abire doinum.

Si maintenant nous pénétrons dan- la partie des thermes dans laquelle on prend bains, voici les locaux que non- y trouvoi

,. raiions qui s'y pratiquent. — On trouve d'abord, après le vestibule d'entrée, une salle pour se déshabiller (spoîiatorium , apodytarium). (Pline. A)/.. V. o'ij: des escli 8ariï) y gardent les vêtements. On passait ensuite dans une salle qui contenait des armoires dans lesquelles étaient enfermées les huil les essences pour s'oindre le corps : cette salle se nommait Yonchiaire (unctuariton) et correspondait à l'iXai«0É(7iov des Grecs. La, des esclaves chargés d'oindre répandaient sur le corps des gens venant se baigner des parfums et de l'huile qu'iLs versaient goutte à goutte avec un vase nommé pour cela guttus ,• le- claves chargés de ce soin portaient différents noms ; on les nommait aliptœ, unctuarii, reunctores. Quand on s'était fait oindre et parfumer, on passait dans le sphéristère (sphœristerium) pour y jouer à la balle, ou dans le coryceum pour y pousser et repousser à coups de poing un sac suspendu au plafond, lequel sac renfermait du sable, du son ou des grains. Cet exercice servait à amener la transpiration et à activer la circulation du sang. Quand le joueur avait fait assez d'exercice, il entrait dans le bain chaud (caldarium, calida lavatio), qui était tout près du sphéristère et du coryceum. Autour du bain chaud, on voyait une galerie (schoïa) qui se terminait vers le bassin par un mur d'appui. Cette galerie présentait deux gradins sur lesquels les personnes qui ne se baignaient point venaient s'asseoir pour causer : l'espace libre qui restait entre le bassin et la galerie, et qui servait à la circulation, se nommait alveus. Ce dernier ternie a des significations assez diverses. (Voj. Alvi: -

Souvent la salle du bain chaud comportait, inscrustées dans son sol, des baignoires (labra, alvei salia). Dans certains thermes, les baigneurs se plaçaient sur les marches du bain chaud, qu'on nomme aussi lavacrum occanum,

THERMES

et des esclaves versaient sur leurs épaules et sur leur dos des vases remplis d'eau chaude; ce grand bassin pouvait contenir jusqu'à douze ou seize personnes à la fois. Au-dessous de ce lavacrum, ily avait un autre bassin d'eau chaude où le baigneur se lavait une seconde fois ; puis il passait dans le tcpidarium. Après le bain chaud, disons-nous, on pouvait passer dans le bain tiède {tepidarium) , qu'on nommait aussi vaporium quand il était chauffé à l'aide de la

vapeur de l'eau en ébullition. (Voy. Hypocauste.) Ordinairement, le baigneur se promenait quelques instants dans cette sorte d'étuve ou la traversait à pas lents, avant de pénétrer dans le bain froid (frigidarium) , dans lequel on pouvait nager dans la piscina natalis. Le frigidarium se trouvait après le tepidarium, aussi ce dernier était-il appelé , à cause de sa position , cella média (chambre du milieu) ; dans les petits bains qui n'avaient pas de

Fig. 1. - Laconicum restauré de Ponipci.

spolialorium, le tepidarium en remplissait l'office. — Enfin les bains des thermes comportaient trois salles : le grand bain ou bain en commun | baptisterwm), le bain de vapeur sèche (concamerata sudatio), enfin le laconicum ou salle servant à chauffer, ainsi nommée parce qu'elle avait été imaginée en Laconie. Ce dernier local était souvent confondu avec le mâatorium on concamerata sudatio, dont lions venons de parler. (Voy. Laconicum.) Le laconicum était une salle voûtée an milieu de laquelle un vaste bassin rempli d'eau bouillante émettait des vapeurs qui, lorsqu'elles étaient trop considérables, s'échappaient par un ocuîus perce dans la voûte et qu'on fermait au moyen dict. d'aiiciiitectcke. — T. IV.

du clipeus. Notre figure 1 montre le laconicum restauré de Pompéi.

Pendant le bain, des esclaves rendaient aux baigneurs divers services : ainsi, quand un baigneur sortait du bain, on l'enveloppait du sindon ou couverture fine et légère ; quand il sortait de l'étuve, des esclaves (alipi) l'épilaient ou d'autres (tractatores) le massaient. Une fois le massage ou l'épilage terminé, les mêmes esclaves, armés de strigiles, sorte de racloirs en airain, en corne ou en ivoire, raclaient le baigneur; ensuite les unciarii le parfumaient de diverses essences, suivant les diverses parties du corps où elles étaient appliquées : après quoi le baigneur revenait dans

THEEMES.

Yapoihjli rinut pour s'habiller; là un esclave lui remettait ses habits, qui avaient été soigneusement enfermés dans une case, l'nc fois habillé, le Romain pouvait retourner aux jeux OU rentrer dans sa maison, en pouvant dire, comme Titus, qu'il avait bien rempli sa journée, surtout s'il avait pris cinq à six bains. Comme le lecteur peut en juger par ce rapide aperçu, c'était un grand travail que le bain d'un Romain, mais on ne doit pas oublier qu'on était en pleine décadence; aussi, si nous lisions une lettre de Sénèque {Ep. 86) dans laquelle le philosophe décrit les bains de Scipion l'Africain, nous serions frappés de l'énorme différence qui existait entre les bains

-i simples des anciens Romains et les thermes de l'ère impériale.

I)u reste, si le lecteur veut bien jeter les yeux sur notre planche XCII, qui représente une restauration des thermes d'Autonin Garacalla, il se rendra parfaitement compte de la richesse, du luxe, ainsi que du confort qui existait dans ce genre d'établissements. En A, A. nous trouvons des péristyles découverte ; eu B, B, des péristyles d'entrée ; en C, C, des apo- (hjterkt; en I), I), des pièces où se tenaient les esclaves chargés de déshabiller les baigneurs (aq/.vnii); en E, E, les elœothesia ; en F, F, les conislcridj c'est-à-dire des locaux dans lesquels on agitait une poussière fine pour cou-

Plan des thermes de Jurançon. A . galerie : B , atrium ; C, étuve ; E, tepidarium ; D, frigidariurn ; H. liypocauste ;

L, M, salles à baignoires.

vrir le corps des lutteurs ; en G, G, des salles de conversation; en H, le frigidariurn ; en I, la grande salle centrale ou xyste découvert, qui avait à droite et à gauche des emplacements, K, K, destinés aux spectateurs. Nous voyons en L un deuxième tepidarium ; en M, un caldarium; enX, X, deux autres iepidarici; en 0, 0, des frigidaria ; en P, un petit tepidarium ; en Q, Q, des sudatoria; en R, R, des vestibules donnant accès dans les bâtiments en aile, et notamment aux bibliothèques, S, S ; en T, T, des exèdres ; en U, U, des salles découvertes pour les exercices ; en V, V, des frigidaria; en X, X, des cours de service; en W, W, des ephebea.

On voit par cette longue nomenclature que les thermes de Rome étaient des édifices im-

portants; ajoutons que, dans les provinces, les mêmes monuments étaient également considérables. Il existait de grands thermes à Badenviller, à Trêves, à Xîmes, à Tienne, à Verdes, à Lillebonne, à Landunum, à Cahors, à Jurançon, à Saintes, à Valognes, à Gennes, à Luxeuil, à Mansigné, à Poitiers, à Drevant. à Trignères, à Bagneux, à Bourbon-1'Archambault, à Xéris, à Arles-sur-Tecq, peutêtre à Paris, autres que ceux du palais de Julien; enfin dans un grand nombre d'autres localités, soit en France ou à l'étranger. Xe pouvant donner la description de tous ces thermes plus ou moins célèbres, et qui, du reste, sont loin d'avoir la même importance et d'offrir le même intérêt, nous nous bornerons à signaler à l'attention de nos lecteurs

THERMES

ceux qui par leur célébrité même sont plus intéressants ; ce sont les thermes de Jurançon, de Nîmes, de Poitiers, enfin de Paris. Thermes de Jurançon. — Découverts en 1850, ces thermes avaient été seulement dénommés dans le principe Mosaïques du pont

Fig. 3.

Mosaïque des thermes (le Jurançon.

(FOly, parce qu'on avait découvert des mosaïques sur le territoire de Jurançon, près le pont d'Oly. Les restes de ces ruines se composent de quinze salles environ (fig. 2), dont la majeure partie ont conservé leurs mosaï-

Fig. 4. — Mosaïque des thermes de Jurançon.

quea ; nos figures 3 et 4 en montrent des spécimens. La légende de notre figure 2 fait connaître au lecteur la destination des principales salir-.

Thermes de Nîmes. — Deux inscriptions trouvées dans la source même de la fontaine de Xîmes prouvent que ces thermes ont été commencés 25 ans avant l'ère vulgaire. Quelquea années plus tard, c'est-à-dire 19 ans av. J.-C, Agrippa fut envoyé dans les Gaules, pour apaiser des soulèvements qui, du reste, se montraient assez fréquemment, et, afin de 9'attirer la bienveillance des Gaulois et les romaniscr, Agrippa continua l'œuvre com-

mencée par Auguste et créa des thermes superbes. Par suite de diverses révolutions, ces thermes restèrent envelis dans le sol jusqu'au xvine siècle. En 1738, on commença les fouilles; quelques années après, on fit des projets de restauration : malheureusement on adopta un projet qui démolissait les anciennes ruines pour n'en conserver que les fondations, comme bases des nouvelles constructions qu'on voulait ériger. Ce fut un ingénieur des fortifications qui fut chargé d'exécuter les travaux ; cette simple révélation surfit pour expliquer ce qu'ils devaient être. Voici, du reste, ce que dit un auteur de la localité à ce sujet, Pellet, (Essai sur les thermes de Nemausus , p. 23 et suivantes) :

Architecte de fortifications, M. Maréchal renferma dans de grands fossés les eaux limpides de notre fontaine ; il éleva des terrasses en forme de bastions, et crut sans doute faire beaucoup pour Fart en établissant les nouvelles constructions sur les bases antiques des monuments découverts. Ainsi, ce fut par arrêt du 2G octobre 1744 que cet architecte patenté , juré et assermenté , obtint Vautorisation de dégrader avec discernement et le choix de mauvais goût, un des plus beaux monuments de V antiquité, en substituant à sa simplicité majestueuse les chicorées et les chérubins bouffis du siècle de Louis XV. De là ces constructions étranges qu'on appelle aujourd'hui la Fontaine, où l'artiste chercherait vainement les bains antiques de Nemausus.

Ce fut réellement une grande perte pour l'art et pour la ville de Nîmes; du reste, un homme d'un talent et d'un goût incontestables pour tout ce qui se rattache à l'art, Winckelmann, écrivait de Rome à son ami Clérisseauen 1758, au sujet de ces thermes, ce qui suit

Combien je regrette, mon ami, que vous ne soyez pas arrivé à Nîmes avant la restauration qu'on a faite des anciens bains ! Vous auriez pu voir ce monument en entier, d'après tout ce qui restait ; maintenant il vous sera presque impossible. 0 barbarie! on a détruit ces restes précieux, on a renversé, avec de la poudre, ces masses anciennes que le temps avait respectées ; et pourquoi ? poulies revêtir à la française : la fureur de détruire l'emporte encore sur celle de faire de nouvelles constructions. Nation frivole ! change à ton gré tes productions légères, mais laisse au moins respecter les beautés que tu ne veux point imiter!

THOLOS.

Tl BBS-POINT.

Par ic fragmenl de cette lettre, peut-être an peu emphatique, de l'antiquaire Winckelmann,

mi pcui, \dii- combien a été regrettable la desi racl ion des thermes de Nîmes.

Thermes de Poitiers. — Ces thermes occupent une surface de près de 3 hectares. Malheureusement les fouilles entreprises ne permettent pas de dire encore comment était disposé ce vaste édifice. Il a été construit très certainement à une époque de décadence, si nous en jugeons par les détails de sculpture, ainsi que par les profils des bases des colonnes et des chapiteaux. Les fouilles, assez récentes, ont mis à jour deux vastes salles et une grande partie des hypocaustes. — Sur l'emplacement de ces thermes se trouvent de nombreuses maisons (60 environ), une église et trois ou quatre rues.

Thermes du palais de Julien. — C1e qu'on nomme à Paris les Viennes de Julien, le palais des Thermes, n'a sans doute jamais fait partie des thermes publics. Xous pensons (juc ces restes de bains n'étaient qu'une dépendance du palais d'un empereur, probablement de Constance Chlore, qui aurait fait bâtir son palais au commencement du ive siècle. C'est donc d'après une opinion erronée qu'on a dénommé ces ruines palais des thermes de Julien. Il subsiste de ces ruines deux pièces quadrangulaires qui mesurent, l'une 20 mètres de longueur sur 11 mètres de largeur, l'autre 9m,75 sur <im,75. Elles sont voûtées en maçonnerie ; la voûte en arête est plein ceintre ; elle repose sur des massifs de maçonnerie construits par assises de moellons et de briques alternées. La retombée des voûtes porte sur des corbeaux qui représentent des proues de navire. (Voy. Romaine, Architecture.)

THOLOS ou THOLUS. — Coupole ou dôme servant de couverture à un édifice circulaire. (Yitr., IV, 8, 7; Ovide, Fast, VI, 282 et 29G ; Martial, I, 59.) Sur une médaille de Néron représentant le maceïlum magnum (la grande boucherie) , nous voyons un tholos couvrant le bâtiment central.

THUYA, s. m. — Arbre des pays chauds, de la famille des conifères, qui est très em-

ployé comme bois de placage. Le thuya et surtout les loupes de thuya sont très mouche- ■ el couvertes de fines veines extrêmement coloré

III Y M BLÉ, s. m. — Ce terme, dérivé du grec Oj;/£/r , désigne un lien de sacrifiée, tel qu'un autel, un temple; mais il désigne surtout le petit autel de forme carrée qui était dédié à Bacchus, lequel autel était placé en avant du théâtre grec. Le théâtre romain n'avait pas de thymélé. 'Voy. Théâtre.)

THYRSE, s. m. — Long bâton , sorte de javelot ou de lance (Macrob., Sat., 1, 1!» : Benec., lier, fur., 904) dont la pointe était cachée on entourée d'une touffe de lierre ou de feuilles de vigne : mais la pomme de pin formait surtout le principal ornement du thyrse, qui était aussi entouré d'une tige de lierre ou d'un pampre de vigne. Les prêtres de Bacchus portaient le thyrse dans leurs processions et dans les diverses cérémonies du culte en l'honneur de ce dieu. (Horace, Od., II, 19, 8. 1 Le prêtre qui portait cet instrument Bai nommait thyrsiger ou ihyrsitenens (portc-thyrse) ; du reste, le même titre était commun à Bacchus, à ses compagnons et à ses pu (Senec, Med., 110.)

Quelques peintures de Pompéi montrent des thgrses et des thyrsiger.

TIERCEFEUILLE, s. m. — Synonyme de Trèfle (voy. ce mot).

TIERCEROX, s. m. — Nervure d'une voûte d'arête, qui, partant des angles de la voûte, va se réunir à une lierne en passant entre les croisées d'ogive et les arcs-dou-

bleaux. (Voy. Nervure.)

TIERCTXE, s. f. — Tuile réduite sur si largeur suivant l'exigence de la place qu'elle doit occuper. On l'utilise pour compléter le rang d'ardoises ou pureau, près d'un solin ou d'une ruellée.

TIERS-POINT, s. m. — Lime fine à section triangulaire, qui sert aux serruriers, mais qui est surtout employée à affûter les

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