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II. Portes des édifices i:x général

Ces portes sont de deux genres : les portes

rieures, ou placées sur les façades des

monuments, et les portes intérieures. Généra-

lement les premières atteignent des proportions beaucoup plus considérables que les secondes , et cela chez tous les différents peuples. Les Hindous, les Phéniciens, les Egyptiens, les Assyriens, les Babyloniens, les Grecs et les Romains ont créé pour leurs monuments des portes de très grande dimension. — Dans l'Indoustan, il existe des types remarquables de porte à la pagode de Chalembron, située dans l'ancien royaume de Tanjaour, sur la côte du Coromandel. Le mur d'enceinte de ce temple est construit en briques, et des dalles de pierre en forment sur une certaine hauteur les parements intérieurs et extérieurs ; ce mur est percé de quatre portes pyramidales qui ne mesuraient pas moins de 38 mètres de hauteur.

Fig. 10. — Porte trapézoïdale.

(Voy. Pagode.) — Les Égyptiens ont créé deux types principaux de magnifiques portes. L'un a son ouverture quadrangulaire, ses pieds-droits s'élevant verticalement au-dessus du sol. Les portes de ce premier type sont couronnées d'une architrave à large gorge décorée d'un glohe ailé : telles sont les portes du grand temple d'Edfou , ainsi que celles de beaucoup d'HYPOGÉES (voy. ce mot). D'autres portes ont leur ouverture trapézoïdale, c'est-àdire que leurs jambages ou pieds-droits sont inclinés, l'ouverture de la porte étant à sa base plus large qu'à son sommet (fig. 10). Ce second type de porte a été surtout utilisé dans les PYLONES (voy. ce mot). — Chez les Assyriens, les Babyloniens et les Persépolitaina, les portes avaient beaucoup d'analogie avec celles des Egyptiens. (Voy. Assv-

PORTE

R1ENNE, Babylonienne et Persbpolitainjs, Architecture.)

Les Grecs et les Romains axaient des portée à peu près semblables, eUea étaient

Fig. 11. — Porte du temple d'Hercule, à Cori.

généralement quadrangulaires ; cependant chez les Grecs beaucoup de monuments avaient les pieds-droits de leurs portes légère-

Fig. 12. — Porte du temple de Testa, à Tivoli.

ment inclinés, comme chez les Égyptiens. Vitruve (IV, G) nous dit bien qu'il existait chez les Grecs, comme chez ses compatriotes, trois sortes de portes pour les temples : la

porte dorique, ['ionique < t Baltique, qu'on nommait aussi atticurge. ('eue dernier*

lit au terme de corinthien. Mais rien ne

prouve que le système que Vitruve veut ap-

Fig. 13. — Porte du panthéon d' Agrippa.

pliquer aux portes soit réel et ne soit pas un produit de son imagination. Il a beau nous faire connaître les proportions et les ornements de chacune de ces portes, toutes ces données nous paraissent complètement théoriques, car elles ne sont pas justifiées, quoi qu'on ait pu dire et écrire, sur des exemples existants; en effet, les portes des anciens temples sont toutes tracées en dehors du module et paraissent surtout avoir été créées d'après le talent et le goût particulier à chaque artiste qui les a imaginées. Ainsi [a pratique détruit complètement les données théoriques fournies par Vitruve, surtout eu ce qui concerne les portes rectangulaires des temples. A peine pourrait-on admettre les proportions de ces trois ordres pour les portes plein cintre, parce qu'on peut à la rigueur les composer d'après les données qui servent à tracer les portiques. Du reste, A'itruve insiste surtout sur les proportions à donner aux moulures, aux chambranles et autres membres décoratifs des portes : d'après l'architecte romain, la porte dorique doit avoir ses jambages et son linteau formés d'un bandeau très simple : la porte ionique doit être moulurée avec beaucoup plus d'étude

PORTE

et plus finement, elle doit porter un couronnement ; enfin la porte attique ou atticurge sera semblable à l'ionique, seulement ses jambages ou pieds-droits seront inclinés. Le même auteur fournit les principales dimensions à donner aux chambranles ; nous en avons parlé à ce mot, nous n'y re-

viendrons pas. (Voy. Chambranle, in fine.) — Dans l'antiquité, les grandes portes de certains édifices, surtout celles des temples, étaient surmontées d'une sorte de châssis ajouré qui éclairait en partie l'intérieur des monuments ; ce châssis se nommait hypètre. Cette disposition existait aux portes du

Fig. 14. — Tuerta <lcl Sol, à Tolède.

temple d'Hercule à Cori (fig. 11), de Testa à Tivoli (fig. 12), et du panthéon d' Agrippa à Rome (fig. 18). Souvent les portes principales des temples étaient richement décorées; le lecteur pourra s'en rendre compte en se reportant au mot CHAMBRANLE, où nous avons donné (planche XVI) un détail de la magnifique porte du temple d'Héliopolis, ancienne ville de la Célésyrie, aujourd'hui Balbec, Dans les monuments décorés an

moyen de la polychromie, les portes recevaient également ce genre d'ornementation, qui relevait et rendait encore plus éclatante leur brillante sculpture ; le bronze servait également à orner les chambranles, soit que ceux-ci fussent entièrement fabriqués avec cette matière et appliqués ensuite sur la pierre., soit que celle-ci servît à créer des ornements séparés qui décoraient les surfaces du chambranle : parmi ces ornements

PORTE

figurent surtout des perles, des fusaroUes, des palmettea on d -. La porte ionique

de l'Érecthéion à Athènes était décorée de rosaoea en bronze doré, qui étaient implantées dans des trous pratiqués dans le marbre, lesquels trous avaient été préalablement tamponnés avec des tampons de bois imputrescibles, tels que le cèdre, le cyprès, etc. Nonne pouvons, le lecteur le comprend, donner, même d'une manière sommaire, rénumération des portes les plus remarquables des édifices de l'antiquité, tant elles sont nombreuses ; les quelques figures que nous avons données ci-dessus , ainsi que celles qui se trouvent dans le cours de ce dictionnaire, suffiront, nous l'espérons du moins, pour donner une juste idée à nos lecteurs de l'étude et du soin tout particuliers que les anciens avaient apportés à ce motif d'architecture ; mais nous dirons, en terminant ce paragraphe, que toutes les portes des édifices chez les peuples anciens étaient en général quadrangulaires , et que les Romains créèrent les premiers la porte cintrée. — Au moyen âge, les portes quadrangulaires et cintrées ne peuvent suffire, car l'élancement des voûtes ogivales, l'emploi des frontispices en pignon triangulaire, nécessitent une nouvelle forme, qui est, du reste, toute trouvée. Puisque l'ogive sert à tracer la voûte ogivale, il est bien facile de créer de grandes portes en ogive; on peut même les former avec de petits matériaux. Les constructeurs obtiennent dès lors des portes d'une ouverture considérable, qui étaient plus en harmonie avec les grandes fenêtres ogivales que ne l'auraient été des portes quadrangulaires, dont les proportions étaient, du reste, forcément restreintes à cause de l'emploi des linteaux de pierre, qui ne pouvaient dépasser certaines dimensions. L'emploi de la plate-bande présentait les mêmes inconvénients que le linteau. Du reste, les grandes portes quadrangulaires auraient nécessité un pilier vertical et central d'une extrême lourdeur, si ce pilier avait eu la double fonction de soutenir en même temps que le tympan toute la maçonnerie portant audessus de l'ouverture, tandis que l'arc ogival rejette sur les côtés la plus grande charge

des matériaux. — La renaissance revient à l'arc plein cintre, mais elle crée aussi une nouvelle forme de porte dont la courbe supérieure, dite anse de panier, est plus ou moins surbaissée. Comme les altistes de c époque ont beaucoup d'imagination et beaucoup de fertilité dans l'esprit, ils mettent naturellement la porte en harmonie avec le de leur architecture, qui est décorée de magnifiques sculptures; aussi les portes, qui un des principaux motifs des façades, sont d'une extrême richesse. — Enfin au xviie et au XVIIIe siècle, la porte dans les édifices prit une grande importance ; on la fit indifféremment quadrangulaire, à plein cintre, en arc surbaissé, car c'est à partir de cette époque que l'éclectisme en architecture commence à faire son apparition. Dans les édifices publics, dans les palais et dans les châteaux, les portes, surtout pendant le xvme siècle, prennent des proportions si considérables, elles ont souvent un caractère si monumental, qu'on pourrait les classer dans le genre que nous allons définir et étudier brièvement.

III. Portes monumentales. — On désigne généralement sous ce terme les grandes portes qui décorent l'entrée des monuments, ainsi que les portes commémoratives ou triomphales qui servent soit à rappeler le souvenir historique d'un fait éclatant, soit à servir à l'entrée triomphale d'un grand personnage. Chez tous les peuples et à toutes les époques , on a élevé de ces portes, qu'on a souvent dénommées Arcs de triomphe (voy. ce mot, où le lecteur trouvera la description et la représentation d'un certain nombre de ces monuments). Dans beaucoup de villes, les arcs de triomphe eux-mêmes se nomment simplement portes : telles sont, à Paris, la porte Saint-Denis, la porte Saint-Martin, élevées, la première en 1673, et la seconde en 1674, en l'honneur des victoires remportées par Louis XIV. Telles étaient aussi : la porte Saint-Antoine, élevée en 1585 sous Henri III et démolie en 1778; la porte Saint- Bernard, élevée en 1674 sur le quai Saint-Bernard par François Blondel. — Bien souvent les enceintes des villes et des fortifications possèdent des portes monumentales qui sont flanquée- de

PORTE

tours; ces constructions présentent un très bel aspect. Les peuples les plus anciens ont érigé des portes de ce genre. Nous donnons ici un type ravissant, en style mauresque : c'est h,puertadelSol, à Tolède (fi g. 14). — Voir ce que nous disons ci-dessus (§ I) de ces portes

Fig. 15, — Porte à un vantail.

de ville, ainsi que les mots Enceinte, et Militaire, Architecture.

IV Portes mobiles ou de clôture. — Jusqu'ici nous ne nous sommes occupé que de l'ouvrage en construction formant l'ouverture, la baie proprement dite; clans le

Fig. 1C. — Porte à. petit oadre.

présent paragraphe, nous allons étudier l'ouvrage, quelle que soit la matière qui le compose, qui forme la clôture fermant la baie. On nomme également cet ouvrage porte, mais on le qualifie de mobile, parce qu'en effet, au lieu d'être fixe et stable comme l'œuvre en maçonnerie, la porte qui sert à clore cette

DICT. D'ARCHITECTimr:. — T. IV.

œuvre s'ouvre et se ferme, se meut sur des gonds. La porte, ordinairement en menuiserie, se compose d'un ou de plusieurs battants ou vantaux.

A. Portes en bois. — Les portes de ce genre sont extrêmement variables dans leur forme et dans leur décoration. Les plus simples sont arasées, c'est-à-dire que leurs montants, tra-

Fig. 17. — Porte eu menuiserie à deux vantaux à compartiments.

verses et panneaux forment une surface lisse ; d'autres sont à compartiments plus ou moins compliqués, à un seul vantail ou à deux vantaux : nos figures en montrent divers types, dont les légendes explicatives définissent la structure. Suivant le milieu dans lequel sont placées les portes de menuiserie, elles sont simples, moulurées, à compartiments, décorés de

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Fig. 18. — Porte & deux vantaux à compartiments.

panneaux et de sculptures plus ou moins riches;

notre figure 21 montre une des portes de l'église Saint-Maclou à Rouen, dont l'admirable

sculpture est attribuée à Jean Goujon; notre figure 22 représente une partie de la porte

POETE

principale de la cathédrale de Beauvais : notre planche LXXVII, une porte de l'hôtel de Vogaè, à Dijon : ces < rois monuments Bont des spécimens égalemenl remarqnahleB de la sculpiii!-" de la renaissance française.

H. Portesmfer. — Les portes eu fer de deux genres : quand elles sont pleii à-dire non ajourées, elles constituent les porto proprement dites; quand elles sont entièremenl à jour, c'est-à-dire composées de barreaux, de tiges, d'enroulements en 1er repoussé, elles (•(instituent des GRILLES (voy. ce mot). A diverses époques, surtout au moyen âge, à la renaissance et dans ces temps modernes, on a exécuté des portes en fer qui sont des œuvres d'art très remarquables et dont la finesse du travail est surprenante. (Voy. Ferronnerie.)

Fig. 19. — Porte à deux vantaux avec décharges transversale;.

C. Portes en bronze. — Comme les précédentes , les portes faites avec du bronze sont pleines ou ajourées ; ces dernières constituant également de véritables grilles, nous ne parlerons ici que des portes pleines. — La construction des portese ntièrement en bronze ne remonte guère qu'au XIe siècle. Dans l'antiquité, en effet, il paraît que les portes étaient en bois recouvert de lames de bronze qui avaient plus ou moins d'épaisseur ; le métal était iixé sur l'ossature, sur Yâme en bois, au moyen de bulles, espèces de gros clous d'un travail souvent remarquable : telle était, par exemple , la porte en bronze du panthéon d' Agrippa, dont notre figure 1 3 montre l'ensemble, et nos figures 23 et 24, un spécimen des clous. Notre figure 25 montre une porte antique en bronze avec le chambranle de la baie en marbre. Il ne

pas parvenu d'autres spécimens de portes en bronze : seulement beaucoup d'auteurs m qu'il en existait de fort belon exécutait même des portes avec un tations d'or el d'ivoire. (Voir cin His-

torique.)

Dan- c - temps modernes, c'est-à-dire vers le milieu du s . c'< si a ( lonstantinople

qu'on créa les premières portes de bronze; elles furent fondues par un nommé Staurachios Tuchitos de Chio pour la basilique de Saint- Paul, à Rome ; elles t une âme eu bois et ne comptent pas moins de cinquante-quatre compartiments. Les portes en bronze de Saint- Marc, à Venise, proviennent également de C tint inople, mais elles ne datent que du milieu du xin'' siècle. Dans la même église, la porte

Fig. 20. — Baie de porte dans bois.

à droite de la façade est en bronze : elle est niellée d'argent. Cette dernière porte date sans doute de la fin du xiiic ou du commencement du xiv1' siècle. La sacristie de la même église renferme une porte en bronze de la seconde moitié du xvie siècle, probablement de 1555 : c'est un ouvrage attribué a Sansovino. En Italie, on retrouve des portes en bronze dans presque toutes les villes ; nous allons en donner une rapide énumération. L'une des plus anciennes est de la fin du XIIe siècle (1180) ; c'est l'œuvre d'un artiste pisan, Bouano : cette porte, endommagée en partie par un incendie, a été restaurée. Mentionnons , à Florence, les lèbres portes de Lorenzo Ghiberti au ba] tère, et celles d'Andréa Ugolino, dit Pisan, au même édifice : elles datent de 1889, tandis que les plus récentes, celles de Ghiberti, sont

Planche LXXV1I. — Porte de l'hôtel de Vogué , à Dijon.

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de 1424. Ugolino avait fondu aussi en 1380 les portes du baptistère de Pise. A Bologne, dans l'église de San Petronio, la porte d'entrée est un travail du xve siècle de Jacobo délia Quercia. Enfin il y a des portes en bronze à Vérone, à la basilique de Saint-Zénon ; à

Padouc , à l'église San Antonio ; à Lucques , à l'église Saint-Martin. A Loretto, toutes les portes sont également en bronze. A Rome, on peut voir de ces portes à la basilique de Saint- Pierre, à Saint- Jean de Latran, ainsi qu'au baptistère de même nom. Au Campo Vaccino

Fig. 21. — Porte de Saint-llaclou, à- Roueu.

dans l'église de Saint-Corne et Saint-Damien, église aujourd'hui démolie ou sur le point de l'être, afin de poursuivre les fouilles du forum , on voyait une ancienne porte antique de bronze qui avait été donnée à cette église par le pape Adrien Ie* en 78<>. A Xaples, on peut voir à Castel Nuovo des portes de bronze fondues à la fin du xvc siècle par Monaco. Notre

figure 26 montre une porte en bronze de la préfecture de police à Paris ; notre figure 27, le détail d'une porte en bronze de la cour de cassation de Paris; enfin notre figure 28, l'armature en fer d'une porte moderne en bronze avec imposte. — En Allemagne, il y a des portes de bronze à la cathédrale d'Hildesheim, à l'église collégiale de Mayence, à l'église d'Aix-la-Cha-

POETE

pelle : notre figure 29 montre une partie de caisson de cette porte.- - Mentionnons, en AJ la célèbre porte de la cathédrale de Strasbourg, dont un vantail date de la première moitié du xive siècle. — A Paris, un grand nombre de monuments possèdent des portes de bronze :

notamment, le Panthéon, la bibliothèque du Panthéon, l'église de la .Madeleine, l'< s Saint- Augustin, etc. En Russie, quelques monnmen portes en bronze

• anciennes. — Enfin, en Espagne, la moar quée de Cordoue en possédait un grand nom-

Fi.j. 22. — Porte de la cathédrale de Beauvais.

bre; malheureusement, beaucoup ont été fondues pour faire des cloches, et il n'en reste plus aujourd'hui que quatre ou cinq de ce métal.

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