‹ Dictionnaire raisonné d'architecture et des sciences et arts qui s'y rattachent (volume 3)Chapitre 16 sur 252 · PORTUGAISE (ARCHITECTURE · texte numérisé non relu

PORTUGAISE (ARCHITECTURE

la troisième période comprennent ceux dits gothiques et jnauresqiirs, et ici , par ce ternie de gothique, nous entendons bien désigner les monuments élevés par les Goths en Portugal. (Cf. Ogivale (Architecture), § Fausse dénomination de ce style.) Les monuments de style gothique sont fort rares eu Portugal, parce qu'ils ont été détruits par les Arabes, les Maures ou Sarrasins; quant aux édifices que ceux-ci ont épargnés, ils les ont transformés jiour leurs usages. — La cathédrale de Coïmbre remonte bien à l'époque des Goths; les murailles extérieures de cet édifice, qui rappellent par leur aspect celles d'une forteresse, attestent d'une façon indiscutable cette origine gothique ; le caractère primitif du monument a été entièrement respecté, parce que les Maures l'avaient converti en mosquée. — Sont encore considérés avec juste raison comme monuments gothiques, à Porto, l'église San- Martinho (la Cedofeita, la bientôt faite), qui a été fondée en 556, c'est-à-dire vers la fin de la période gothique.

Parmi les monuments d'architecture que nous nommerons de transition, c'est-à-dire produits par la collaboration des Goths, des Maures ou Sarrasins, nous mentionnerons:

le château de Freira, une sorte d'alcazar mauresque ; le château de Pombal, avec sa chapelle dite des Templiers, dont les chapiteaux romans ainsi que les voûtes de même style accusent une assez haute antiquité et caractérisent l'époque gothique, tandis que des arcs en fer à cheval témoignent des transformations que les Maures ont fait subir à cette petite église ; le château d'Alrobaça; celui de Cham, à trente-huit kilomètres environ de Porto, dont certains détails architectoniques accusent parfaitement l'origine romane. Ce château de Cham, dénommé aussi Monte de muro, a souvent été considéré, à cause de cette double dénomination , comme deux édifices distincts fi<n" quelques archéologues.

Eulin, nous arrivons aux monuments de delà période moderne, lesquels monuments présentent, au point de vue de l'histoire de l'art arcliiLw'tural, uu intérêt beaucoup plus considérable que les monuments des périodes

antérieures. Les édifices de cette période appartiennent au style ogival et au style de la renaissance; ce sont sans contredit les plus beaux que possède le Portugal. Cette troisième période commence avec l'avènement du comte Henri , descendant des ducs de Bourgogne. C'est sous ce prince que furent fondées les cathédrales de Viseu, de Porto, de Braga, et le palais de Guimavaës, dont il subsiste encore aujourd'hui dos vestiges. Le fils de Henri, Alphonse I", fonda au xn° siècle (1148) l'abbaye d'Alcobaça, située à soixante kilomètres de Lisbonne. Elle eut pour premier abbé Ranulphe, un disciple de saint Bernard. Le roi avait demandé à ce saint un mestre das obras (un architecte), un imagier (sculpteur), un charjjentier, un tailleur de pierre et un maçon. Pendant longtemps le monastère avait conservé dans son réfectoire une faïence peinte qui montrait l'arrivée de ces cinq artistes, costumés en moines de l'ordre de Saint-Bernard. Cette abbaye était habitée par trois cents moines environ; son église, remarquable, était du style ogival du xiii" siècle ; l'abside était formée au moyeu de huit chapelles qui renfermaient des tombeaux, entre autres ceux de Sanchcz P'', d'Alphonse II et d'Alphonse III, de don Pedro et d'Inès de Castro.

C'est également Alphonse qui fonda le couvent de Santa-Cruz de Coùnbre, et c'est là qu'il fut enterré. Don Diniz 1°'' fonda aussi de nombreux édifices, entre autres l'église et le monastère de Sainte-Marie d'Odivellas, dont l'architecte fut Alphonse Martins.

Jean I"", en commémoration de sa victoire à A.Ijubarota, fonda le superbe couvent de Bathala, qui est sans contredit le plus beau monument de cette période; il présente une harmonie parfaite dans ses proportions, son ornementation est des plus délicates et d'un goût fin et recherché, enfin l'exécution du travail est d'une perfection rare.

Les autres monuments du Portugal érigés ou restaurés en grande partie sous le règne du roi Emmanuel sont (1) : le monastère de

(1) Damiens de Goes a donué, daus sa Chrcmij/ue du roi Don Munuel, la liste complète de tous las monuments

PORTUGAISE (AltCHITECTUKE

Ik'lem, celui de Notre-Dame da Pena, celui de Mato, celui das Berlengas, la maisou de la confrérie de la Miséricorde , le couvent de Tordre du Christ à Thomar ; les monastères de Notre-Dame da Serra , de Sainte-Claire à Estremos, celui de Saint- François, de l'Observance, de Saint-Antoine, du Bois-de-Sapins {Penheiro) ; les monastères de l'Aimonciation de Saint-Benoît à Porto , de Sainte- Claire> de Saint-Antoine àSerpa, la cathédrale d'Ebras, les églises de Sovrenisa, de Saint- Antoine à Lisbonne, et celle de Saint-Guiam dans la même ville ; les hôpitaux de Coïmbre, Monfc-J/oro Velfw (le vieux) de Beja, le monastère de Monte-Moro Novu, le château d'Alfixyetes, la tour et le fort de Saint- Vincent dite lûur de Belem, etc., enfin des monuments en dehors du Portugal dans les colonies et les possessions portugaises. Un des monuments les jihis remarquables du commencement du XYI° siècle est l'église de Belem, dont nous avons tu une représentation à l'exposition universelle de 1878, section portugaise. Notre confrère et collègue de la société des architectes J. da Silva, architecte portugais, a donné une remarquable étude sur ce monument (1). Les trois monuments les plus importants de ; l'époque moderne sont : le palais royal de Cintra , et le palais et l'église de Mafi'a. Le palais de Mafra, situé à vingt-six kilomètres de Lisbonne , est l'œuvre d'un Portugais, Jean-Frédéric Ludovic ; on y employa pendant jjIus de douze ans, de 1711 à 1723, de vingt à vingt-cinq mille ouvriers. Du reste, voici des renseignements précieux fournis par l'architecte chargé de l'entretien et delà restauration du monument (2). Après avoir dit que le roi Jean V fit construire, pour accomplir un vœu, le scjmptueux couvent et palais de Mafra, le chevalier da Silva ajoute :

élevés, restaurés ou reconstruits par ce prince ; cette nomenclature ne comporte pas moins de quatre-vingts édifices, tant pour le Portugal que pour les possessions portugaises.

(1) Conférences initrnationàles, Paris, 1867, 1 vol. in-S**, pages 166 et suivantes.

(2) Con/CT-ewces i"n(erna(iona7es, Paris, 1867 page 17u et suiv. (Voir la Bibliographie à la fin de cet article.)

L'œuvre de Ludovic exerça aussi .son influence sur l'architecture dans notre pays dans le courant du xviir siècle. L'architecture de la renaissance eut, comme toutes les créations humaines, son époque de prospérité et de décadence. Parmi ceux qui s'élevèrent au zénith de leur gloire à cette époque, on cite Bramante, Peruzzi, Sangallo, Michel- Ange, Vignole et Palladio. La mort de Michel- Ange et l'achèvement de la coupole de Saint- Pierre à Rome sont les bornes qui marquent sa décadence, dont la responsabilité est attribuée à trois architectes italiens très-distingués : Bernini Borromini et Pozzo, surtout aux premiers, à cause des fantaisies qu'ils eurent et des libertés qu'ils prirent.

Ce furent sans contredit les œuvres de ces artistes qui servirent d'étude à l'architecte portugais qui construisit l'édifice de Mafra; mais tout en se faisant partisan de leur style, il modifia l'excès de leurs libertés... C'est donc de ce style modifié que sortit le palais de Mafra, et les critiques devront convenir que, malgré sa signification morale, le titre de grand architecte est justement dû à son auteur, abstraction faite d'ailleurs du pays où ce monument fut élevé. Et parvenant ainsi à tracer un palais modelé pour ainsi dire sur les mœurs, les croyances et les aspirations du souverain et de la nation, il créa ,un type d'architecture nationale, non pas beau, mais régulier, noble et majestueux, type qui sert de chronique et de portrait de tout le long règne du roi D. Jean V. — Dans la grandeur et la majesté du temple se trouve consigné l'esprit religieux de l'époque, religieux principalement dans les formes extérieures ; c'est pourquoi il y prodigua tout le luxe des ornements. Dans les proportions colossales de tout l'édifice et dans la projection hardie de sa superbe coupole, il symbolisa l'élévation de la pensée gouvernative en plusieurs matières du bien public, élévation qui se manifesta non pas dans cette institution d'une vanité fastueuse, mais bien plutôt par l'impulsion puissante qu'il donna à toutes les améliorations matérielles, et quelques-unes morales, du paj's.

L'entrée de cette église est un portique d'ordre ionique à fronton; ce portail est flanqué de deux tours hautes de 68 mètres ; le dôme qui s'élève au milieu de l'église est une imitation, assez pauvre du reste, de Saint-Pierre à Rome. Quant à la décoration intérieure de l'église, elle est d'un luxe inouï, c'est celle du style Jésuitique (Voy. ce mot) ;

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