VISIÈRE. — VITRAGE
commerce de la quincaillerie^ les vis se Tendent à la grosse.
Dans la construction, on donne le nom de vis à divers objets ou constructions, dont voici rénumération :
Vis potoyèbe. — Noyau d'un escalier de cave en colimaçon qui porte de fond sôus l'escalier d'une maison.
Vis db Saint-Gilles ronde. — Sorte de voûte annulaire et rampante disposée de manière à soutenir les marches d'un escalier tournant autour d'un noyau, soit plein, soit évidé. (Voy. notre figure.) Il existe également une vis de Saint-Gilles sur plan carré, dont l'exécution
Fig. 10. — Via de Saint-GiU».
présente encore plus de difSculté que la vis de Saint-Gilles ronde. Elle est dite sur plan carré parce qu'en effet ses marches tendent toutes à un même point, en se dirigeant sur des côtés formant rectangle. Cette vis est composée de voûtes d'arête et d'arc de cloître gauches et rampants.
Vis a chapeau. — Sorte de vis qui sert à réunir deux bouts de tuyaux de conduite , à fixer les porte-clapets et les brides de raccordement.
Vis d'Abchimède. — Machine qui sert à élever les eaux et qui est souvent employée dans les travaux de fondation pour épuiser les eaux souterraines qui jaillissent en faisant les tranchées. — La vis d'Archimède se compose d'une enveloppe cylindrique, nommée canon, qui contient une hélice dont les filets sont
faits à l'aide de planches en bois flexibles assemblées d'une part sur la paroi du canon et d'autre part sur un cylindre plein en bois formant axe et qu'on nomme le noyau. L'espace vide compris entre les filets, et (Ju'on appelle pas dé vis dans les vis ordinaires, forme le canal hiliccUdal. L'inclinaison des génératrices de l'hélice est en moyenne de 56 degrés, le diamètre intérieur du canon varie, suivant la force de la machine, entre 0°,45 et 0",75 ; elle se place dans une position inclinée de 32^ à 45®, de manière que le bas plonge dans l'eau à extraire et que la partie supérieure est nécessairement beaucoup plus élevée. Le plus grand effet de la machine s'obtient avec l'inclinaison la moins forte ; ce qui se comprend, car plus la machine se rapproche de l'horizontale, plus elle a de facilité pour élever l'eau, tandis que dans le cas contraire l'élévation du liquide offre plus de diflSculté. La machine une fois en place, l'eau s'engage dans les spires plongeantes, elle se met de niveau dans chacune d'elles; puis, en imprimant un mouvement de rotation à l'appareil, l'équilibre est rompu, et comme chaque spire forme une sorte d'auget, l'eau monte successivement dans chacune d'elles pour se déverser à la partie supérieure, d'où par une canalisation on la dirige où l'on veut.
VISIÈRE, s. /. — Pendant le moyen âge, on nommait ainsi un petit guichet percé au travers d'une porte et qui permet de reconnaître ceux qui s'y présentent, après qu'ils ont soulevé leur visière.
VISITEE (Fosse a). — Voy. Fosse.
VISSAGE, s. m. — Terme de potier. Défaut qui provient de l'inégale compression produite sur la pâte argileuse par la main de l'homme, quand le potier monte sa pièce sur son tour.
VITRAGE, s, m. — Sous ce terme générique, on désigne toute partie vitrée d'un local quelconque; ainsi on dit, le vitrage d'une serre, d'une claire-voie, d'une boutique, d'un bâtiment, etc. Dans l'antiquité, on a employé
VITRAIL
pea de vitrages par la raison fort simple que le Terre était assez rare, partant d'an prix élevé; cependant on a trouvé quelques parties de vitrages, au dire de Quatremère de Quincy, dans les fouilles de Pompéi. Nous avouons n'avoir
Fig. 1. — Fen ponr doable vitrage.
VU nulle part, soit au musée de Naples, soit à Pompéi même, des traces mêmes de vitrage. Du reste, les anciens employaient pour fermer leurs baies des pierres spéculatres, qui, ayant d'assez grandes dimensions, ne nécessitaient
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Fig. 2. — Fers avec leors Titres.
pas l'emploi de vitrages. — Dans ces temps modernes, le vitrage, au contraire, a été trèslargement utilisé, surtout depuis que l'art de la serrurerie fabrique des châssis en fer de toutes formes et de toutes dimensions. Ce sont, du reste , les vitraux du moyen âge qui ont inauguré le système d'armatures en fer pour soutenir les pièces de verre peintes des grandes
verrières. (Voy. Armature et Vitrail.) C'est grâce à ces vitrages que les églises ogivales possèdent ces magnifiques roses qui décorent si richement les parties supérieures des transsepts. Sans ce système d'armature, il n'aurait
Fig. 4. — Coupe du vitrage.
pas été possible de combler d'une manière légère et pratique l'intervalle de ces croisillons, de ces flammes, de tous ces vides, en un mot, compris dans les nervures, qui font à l'aide des vitraux un des plus beaux motife de décoration que le génie humain ait jamais inventés.
Aujourd'hui, dans le commerce du fer, on vend des fers dits à vitrage, ou petits bois, qui permettent de créer toutes sortes de formes; ces fers, de diverses sections, présentent les modèles les plus variés. Nos figures en montrent divers types. Notre figure 1 montre trois fers pour double vitrage; mais le lecteur comprendra facilement que si ses fers étaient partagés en deux, on aurait six types de fer, pour vitrage simple. Nos figures 2 et 3 font voir des vitrages dont les carreaux sont coupés en segments de cercle ou en angle, afin de faciliter l'écoulement des eaux qui tombent sur ces vitrages ; enfin notre figure 4 fait voir une coupe parallèle à la longueur des fers de ces mêmes vitrages.
VITRAIL, s. m., VITRAUX, pi. — Ensemble de panneaux de verre montés en plomb qui garnissent une baie. Les vitraux sont donc formés par la réunion de petites pièces de verre diversement colorées qui dessinent des
VITRAIL
mosaïques représentant des sujets et des scènes diverses, des rinceaux, des arabesques, des semis, etc. Aucune décoration ne comporte autant de richesse et n'offre plus de charme
FIg. 1. — Vitrail arec arabesqaes ponr une baie trilobée.
que la peinture sur verre. C'est là un grand art, qui avait été fort négligé depuis le XVII* siècle, mais qui aujourd'hui reprend faveur, grâce surtout à l'habileté, au savoir,
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Fig. 2. — Baie poly lobée.
au goût, au talent de nos éminents peintres verriers, à toute cette pléiade d'artistes qui se nomment Didron, Maréchal, Ottin, Claudius Lavergne, Félon, Lefèvre, Lusson, Hirsch, Oudinot, etc., etc.
Historique. — L'usage des vitraux est
assez ancien, et nous ne pouvons admettre, comme l'ont avancé certains archéologues, que les plus anciens datent de la fin du xi® ou du conmiencement du xii° siècle; les plus anciens que nous possédions aujourd'hui ne datent bien que de cette dernière époque, mais nous pouvons affirmer que, dès le iv* siècle de l'ère vulgaire, le vitrail composé de verres de couleur était parfaitement connu et employé. Nous allons, du reste, le démontrer avec des preuves à l'appui. Ainsi saint Jean Ghrysostome (Opéra, t. VII, p. 354) parle, dans divers passages de ses œuvres, de fenêtres garnies de verres de couleur; divers auteurs grecs du n^ siècle en font aussi mention, ce qui prouve que le vitrail existait déjà à l'état rudimentaire, nous le voulons bien, mais qu'enfin il était connu avant le v° siècle. — Prudence nous informe, et cela dès le iv* siècle, que la basilique de Saint-Paul hors les murs, à Rome,
Fig. 8. — Baie en lancette (armatnre du vitrail).
était décorée de vitraux ; et il le dit dans un style très-fleuri. « Dans les fenêtres à plein cintre se déploient des vitraux richement colorés, ainsi brillent les prairies ornées des fleurs du printemps. (Cf. Fea, Not sur Winckelmann; Sf(n^ del arfe.) En outre, une inscription
VITRAIL
placée dans Sainte-Agnès, à Rome^ inscription que Ton peut voir dans Ciampini ( Fé/. mund., t. II, p. 105), nous apprend que cette basilique, rebâtie par Honorius, était décorée de superbes vitraux qui produisaient un effet merveilleux. Or Honorius a vécu de 395 à 424 ; donc, au commencement du v* siècle, on possédait déjà des vitraux remarquables, puisqu'ils produisaient de si magnifiques effets.
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Fig. 4. — Vitrail & oompurtlment*.
Dans Ducange {Hist. ByzanLy t. II, p. 39, Deacript. urbts Constant), nous trouvons des citations traduites de Paul le Silentiaire, parmi lesquelles nous voyons celle-ci, qui est caractéristique : Sainte-Sophie de Constantinople reçut au vi" siècle des verres de couleur qui brillaient d'un éclat extraordinaire au soleil levant. Par ce qui précède, on peut donc conclure que le vitrail en verre de couleur a fait
Flg. 5. — Vitrail à entrelacs.
son apparition tout au moins au iv* siècle et qu'au VI" l'art du vitrail était assez perfectionné. Du reste, ce fait n'a rien d'étonnant, puisque nous savons par Pline que, dès la plus haute antiquité, l'art de la vitrification et de la coloration du verre était très-avancé. (Voy. Veere.) Que les anciens aient pu appliquer des verres de couleur à leurs vitrages, c'est donc un fait élémentaire ; mais nous accordons volontiers qu'ils ne savaient pas encore peindre sur verre. Nous pourrions citer beaucoup d'autres
passages de divers auteurs relatife au sujet qui nous occupe, mais nous pensons que ce serait faire preuve d'une érudition inutile ; ce que nous avons dit doit suffire pour convaincre le lecteur. Nous ajouterons cependant que Grégoire de Tours nous apprend (ffisLy VI, 10) qu'en 521 les soldats de Théodoric pénétrèrent dans l'église de Saint-Julien de Brioude en montant sur un tombeau au moyen du-
Fig. 6. — Vitrail mosaïque.
quel ils atteignirent une fenêtre dont ils brisèrent le vitrage (1). Ailleurs il raconte qu'un voleur, n'ayant pu pénétrer dans une église, se contenta de voler un châssis garni de vitres (2), qui étaient sans doute des vitraux; sans cela, des vitres ordinaires n'auraient pu tenter un voleur, puisqu'il n'aurait pu en tirer aucun parti. Il est vrai qu'on pourra nous objecter que ceci ne prouve point nécessairement que
Fig. 7. — Vitrail mosaïque.
ces vitres fussent colorées; mais, pour lever au lecteur toute espèce de doute, nous ajouterons que saint Fortunat, évêque de Poitiers et contemporain de Grégoire de Tours , loue sans
(1) Voici le texte original : Quipoiientes adfenestram ahsidœ cancellum qui super tumulum cujwdam defuncH erat, aêctndente» per eum, effractà vitreâ, 9unt ingressi. (Hi8t.y VI, 10.)
(2) Fenestras ex more habens {ecclesia) quœ vitro Hgnis incluso clauduntur, {Ib.^ I, 69.)
VITRAIL
réserves dans ses poésies le brillant éclat des yerrières colorées. On peut donc admettre qne l'église de Saint- Julien de Brioude avait des verrières de couleur. Au reste, dès cette époque, la France était si renommée et si avance dans cet art, que des pays étrangers on demandait des ouvriers verriers français. Ainsi les évoques Wilfrid (Beda, de Weremulmsimon, I, 5) et
Fig. 8. — Vitrail moeaïqne.
Benoît Biscop en firent venir en Angleterre; Anchaire, apôtre de Suède, et Rambert, apôtre de Danemark, répandirent le goût des vitraux français dans les pays qu'ils parcouraient. Voilà donc des faits certains : les vitraux formés au moyen de fragments de verre de couleur existaient dès le iv* siècle et aux vi* et vil* siècles ils étaient très-répandus. Il nous
Flg. 9. — Vitrail à compartiment»
reste à déterminer à quelle époque le vitrail peint a fait son apparition. Ce fait assez incertain a été fort controversé; cependant nous admettrons la version avancée par Émeric David dans son Histoire de la peinture :
Le règne de Charles le Chauve , dit cet auteur, ou celui de Louis le Débonnaire nous offre un fait très-mémorable : c'est l'invention de la peinture sur verre. L'historien du monastère de Saint- Bénigne de Dijon, qui écrivait vers l'an 1052, assure
qu'il existait encore de son temps , dans l'église de ce monastère, un très-ancien vitrail représentant le mystère de sainte Paschasie , et que cette peinture avait été retirée de la vieille église , restaurée par Charles le Chauve. Il faut croire , par conséquent, que ce monument rustique et élégant , suivant les expressions de la chronique, datait au moins du règne de l'empereur, mais il ne saurait remonter beaucoup au delà.
Fig. 10. — Vitrail moealqœ.
On peut considérer comme remontant au XII* siècle quelques vitraux du chœur de la cathédrale de Lyon (Saint- Jean), ceux de l'abside de Saint-Denis et de la cathédrale de Bourges, et quelques-uns de la nef de la cathédrale d'Angers.
Du xn* au xiv* siècle, on fait beaucoup de vitraux dits verrières légendaires^ parce
Fig. 11. — Vitrail mosaïque.
qu'ils sont composés de cartouches qui renferment de petits sujets se rattachant à la même légende. Le fond sur lequel se détachent ces cartouches sont dits treillisis: souvent de riches bordures les encadrent. Parmi les vitraux du xui* siècle, nous mentionnerons une partie de ceux de la Sainte-Chapelle du Palais à Paris, des cathédrales de Paris, de Chartres et de Reims. Aux XV* et XVI* siècles, le peintre ver-
VITRAIL
rier produit des œuvres plus remarquables; il ne se contente plus de modeler les carnations comme les peintres Terriers l'avaient fait pendant les siècles précédents, mais
Fig. 12. — Ancien ritriOl à l'église Saint-Denis.
le vêtement, le mobilier, les armures sont également modelés, et beaucoup plus travaillés ; les ornements eux-mêmes participent à ces innovations ; du reste , le vitrail est plus largement traité ; les personnages sont
Tig. 13. — Vitrail à entrelacs.
souvent plus grands que nature, et les scènes représentées sont tirées de la Bible, de l'histoire civile, militaire et religieuse. Aussi les vitraux de cette époque présentent-ils, sous le rapport de l'iconographie et de l'esthétique, un puissant intérêt, et nous fournissent-ils des renseignements
précieux sur les costumes, le mobilier, les intérieurs et les mœurs.
Nous possédons des verrières de ces époques à Auch, à Beauvais, à Bourges, à Brou, à Metz, à Eouen, à Tours, à Troyes, à Sens, à Vincennes. C'est pendant le xv* siècle que nous voyons des peintres verriers aller décorer des églises italiennes à Arezzo, à Bologne, à Florence, à Rome. Parmi les artistes du xiv® siècle, nous mentionnerons Clément de Chartres, Guillaume Canonce, Jacqmin, Jehan de Damery; parmi ceux du XV* siècle, nous signalerons Amould de la Pointe, Jean et Guil. Barbe, Cardin Joyle, de Graville, Geoffroy Masson, Henri Meilleine, Robin Dumeigne ; enfin , parmi les nombreux maîtres verriers du xvi* siècle, nous mentionnerons Angrand le Prince, Arnaud Desmoles , Pierre Anquetil , Valentin Bouch, Michel Besoche, Claude de Marseille, ComouaiUes , Cordonnier, Evrard, les frères Gontier, Guillaume de Marseille, Jean Cousin, Jean Soubain, Bernard Palissy, Pinaigrier, Olivier Tardif, etc., etc.
Pendant les xvu« et xviii* siècles, le vitrail dégénère. On ne fait guère que des
Fig. 14. — Vitrail de 1185, d'après Texier.
grisailles ternes et pâles, afin de laisser pénétrer plus largement le jour dans les églises, car elles sont alors assez souvent décorées de magnifiques fresques et de grands tableaux peints à l'huile. C'est pendant le XVII* siècle qu'on créa les petits vitraux blasonnés de petites dimensions, tels qu'on
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VITRAIL
en voit au musée de Cluuy ; ce genre fut même dénommé vitrail suisse, parce qu'il s'en fit beaucoup à Bâie, à Constance et à Fribourg.
Au commencement du xix* siècle, la peinture sur verre, le vitrail grand ou petit, sont complètement délaissés; mais dès 1825 des chimistes et des maîtres verriers font de grands efforts pour ressusciter cet art si éminemment français, puisque nous voyons
Fig. 16. — Vitrail moderne.
qu*à toutes les époques, c'est à la France qu'on demande des artistes verriers. Enfin, grâce aux maîtres contemporains que nous avons nommés au commencement de cet article, nous assistons à une renaissance de la peinture sur verre, renaissance qui a déjà donné d'importants résultats et nous fait concevoir de magnifiques espérances pour cet art qui produit des créations magiques, si brillantes, si fines, et qui relèvent si directement du goût national.
Notre figure 1 montre un vitrail décoré d'a-
rabesques pouvant omerune baie trilobée; mais les vitraux se prêtent également à la décoration des baies polylobées (fig. 2), de même qu'aux baies ogivales ou en lancette (fig. 3). Nos figures de 4 à 15 montrent des moti& de vitraux à compartiments, à mosaïques, à entrelacs, anciens et modernes ; notre figure 16, un vitrail de la chapelle Saint-Ferdinand des Ternes ; notre figure 17, une des figures d'un vitrail du palais du Trocadéro, figure qui symbolise l'art du travail de la laine. Cette magnifique composition est l'œuvre d'un de nos peintres verriers les plus distingués, M. Ottin; enfin nos planches en couleur CI et GII montrent des motifs de vitraux dits en grisaiUes et en mosaïques de verre. Ces divers motifs sont tirés des cathédrales de Bourges, de Chartres, de Strasbourg, de Cologne et de Toumay, et de diverses églises, entre autres celles d'Angers, du Mans, de Lyon, de Rouen, de Sens, de Soissons et de l'abbaye de Saint- Denis.
Pratique. — Le plus ancien document écrit que nous possédions sur la fabrication des vitraux est du moine Théophile, qui vivait non pas dans la seconde moitié du xir siècle, comme quelques-uns l'ont écrit, mais dans la première moitié. Or cet auteur fait remarquer que cet art était déjà spécialement cultivé dans notre pays ; ce qui prouve donc que cet art était déjà à la fin du xi" siècle, ou au plus tard au commencement du xii", une industrie nationale. Le livre de Théophile est pour nous très-précieux pour plusieurs motifs : d'abord, parce qu'il est écrit par un praticien, comme le lecteur va le voir ; ensuite, parce qu'il indique des procédés employés même de nos jours. Ce moine nous dit, dans son livre intitulé Diversarum artium Schedula (II, 17), qu'il faut faire d'abord une table de bois plane, de telle largeur et longueur qu'on puisse y tracer dessus deux panneaux ; cette table doit être enduite d'une couche de blanc de craie préalablement détrempée dans de l'eau ; on passe cette couche avec un linge. Quand cette couche est sèche, le peintre trace les sujets et les ornements avec un crayon de plomb ; puis, quand le trait est
VITRAIL
bien marqué, il cerne le contour au pinceau avec de la couleur rouge ou noire. C'est entre ces linéaments qu'à l'aide de signes ou de lettres on marque les couleurs que doit avoir chaque pièce. Alors des morceaux de verre convenables sont successivement posés sur la table, et les principaux traits qui correspondent aux plombs sont décalqués sur ces verres, qu'on coupe avec un fer chaud et qu'on ajuste au grésoir. Comme on le voit, cette table remplace le carton. Ensuite un peu plus loin (II, 19, de Colore cum quo vitrum pingiiur), Théophile donne les recettes pour faire de la grisaille, pour modeler et pour les hachures. Ces hachures, faites en noir ou en tons bruns, sont appliquées sur les verres, puis vitrifiées au feu. Théophile attache une grande importance à cette couleur noire, il en parle assez longuement dans ce dix-neuvième chapitre. Il dit qu'elle se compose de cuivre mince calciné dans un vase de fer, de verre vert et de saphir grec. Nous ignorons ce qu'était ce saphir; il est probable que c'était un fondant ou un oxyde donnant un bleu pâle. Ces trois matières étaient broyées sur une tablette de porphyre et mélangées par parties égales, ensuite délayées avec de l'urine. On plaçait cette couleur dans un pot; puis on l'appliquait au pinceau, soit claire, soit épaisse, suivant l'intensité du ton qu'on voulait obtenir ; ou bien encore on l'étalait en couche mince sur le verre, et avec un stylet de bois on l'enlevait partiellement, de manière à dessiner des ornements se détachant en clair sur le fond plus foncé. Les verres ainsi préparés étaient mis au four pour vitrifier cette peinture monochrome. Nous ne suivrons pas plus loin le moine Théophile, et nous décrirons les procédés modernes.
Le peintre ^verrier fait son carton, c'està-dire une aquarelle sur papier du sujet qu'il veut exécuter, ensuite il calque sur un autre papier le trait du carton, en ayant soin d'indiquer par des teintes plates les différents tons de son vitrail. Il découpe alors ce calque en autant de morceaux que l'exécution demande de pièces de verre, en
indiquant par un trait sur le carton original toutes les pièces découpées, dont on peut former l'assemblage à l'aide de lettres ou numéros servant de repères. Quand le verrier a taillé sur ces patrons ses verres de couleur les moins fusibles, le peintre place
Fig. 16. — Vitrail dâ la chapelle de la vierge & l'église Saint- Ferdinand des Ternes , à Nenilly.
ces pièces de verre sur le carton et calque tous les traits qu'il voit au travers, à l'aide d'im pinceau long et efSlé, nommé drague^ et d'un émail noir composé de hattitures de fer broyées avec de l'eau gommée et mélangées avec un fondant ou verre très-fusible. Au .lieu de batUtares de fer, ramassées chez les forgerons, on emploie avec avantage un oxyde de fer naturel, plus brun que
VITRAIL
la sanguine et connu dans le commerce sous le nom de ferret â^ Espagne. Ce même émail est employé pour ombrer aussi bien les carnations que les draperies. Aujourd'hui, grâce aux progrès de la chimie moderne, grâce
surtout aux travaux de Brongniart, les pein- ment, au bout de quelques années et quel-
tres émailleurs possèdent une palette trèsvariée ; mais il faut bien avouer que malheureusement beaucoup de couleurs, beaucoup de tons ne sont pas solides. Aussi bien des vitraux modernes passent-ils prompte-
Fig. 17. — Vitrail de ramenblement, an palais da Trocodéro, à Paria.
quefois après quelques mois de pose, quand un soleil ardent vient à les frapper. Les peintres verriers anciens employaient un nombre de couleurs assez restreint, mais leurs vitraux possédaient une solidité à toute épreuve, puisque des vitraux du xiii* siècle sont encore aujourd'hui fort brillants. Leurs couleurs principales étaient le rouge, le jaune, le vert, le pourpre, le bleu et le vio-
let. Ils possédaient un rouge émail, dont Thématite était la base, ainsi qu'un jaune d'argent extrêmement solides. Ils employaient aussi des verres colorés dans leur masse beaucoup plus solides que les verres blancs colorés. Quelquefois ils peignaient sur les deux côtés du verre : une teinte plate sur Un côté et les ombres de l'autre. Une fois que le peintre avait achevé son travail,
VITRAIL
modelé , hachures , etc., les couleurs étaient fixées par la cuisson qui yitrifiait les émaux. — Nous n'entrerons pas dans de plus longs détails, de même que nous ne discuterons pas la théorie de la lumière et de la couleur considérées au point de vue qui nous occupe; mais nous ne saurions terminer cet article sans citer un travail remarquable de M. Albert Lenoir sur les yitrauz, travail qui peut être d'un grand secours pour la restauration des vitraux peints. Cette étude de M. A. Lenoir a paru dans le Bulletin du comité dês arts et monuments^ 2* cahier. Voici ce que nous y lisons :
Les plus anciens vitraux qui aient été confiervés datent du douzième siècle ; les tableaux représentent des légendes de saints ou des traits de l'histoire sacrée, composés de manière à prendre Tapparence des mosaïques dont les pièces de rapport, de petite dimension , sont formées de verre en table coloré dans la pâte et de verre légèrement nuancé pour imiter les carnations ; sur ces différents tons, on a tracé au pinceau des contours vigoureux et un léger modelé, qui donnent la forme aux figures et à leurs vêtements ; il en est de même pour les fonds à compartiments variés remplissant les intervalles qui isolent les tableaux des limites des fenêtres ou de leurs meneaux. Ordinairement, dans ces fonds imitant des mosaïques, un seul ton domine les autres, qui lui sont subordonnés; de manière à éviter la confusion. Les couleurs claires, telles que le blanc, le jaune, Torangé, le violet pâle, le vert pâle, y sont fort rares, pour éviter que les rayons lumineux, en passant par ces verres transparents , ne nuisent à Teffet général de la verrière; ces tons clairs ne sont employés que dans des fleurons , des perles d'encadrements et autres détails ; on conçoit qu'un point trop brillant, dans une verrière obscure, donne passage à un rayon qui s'élargit en s'approchant du spectateur, et nuit à toutes les parties voisines de ce foyer lumineux. •— Au douzième siècle , le verre rouge n'est pas teinté d'une manière uniforme, imperfection qui dépendait sans doute du fabricant , mais dont les peintres verriers ont su tirer parti au point que, dans certains vitraux, ces teintes vergetées produisent plus d'effet que nos verres également colorés sur toute leur surface, et qui en raison de l' uniformité du ton deviennent froids; — Un dépoli obtenu au four et appliqué par derrière donne aux verres blancs ou colorés du douzième siècle, ainsi qu'à ceux des époques suivantes , un ton grave et
DIGfT. D'ABOHITEOTURI. — T. lY.
rembruni que n'ont pas nos verres diaphanes, à travers lesquels on distingue le ciel. Ce moyen simple d'harmoniser les verrières dans leur ensemble n'a jamais été négligé par les artistes du moyen âge. — Déjà dons cette période, les ornements s'exécutaient avec beaucoup de soin et de finesse pour les broderies des vêtements et autres détails ; ils s'enlevaient en clair avec une pointe délicate, au moyen de laquelle on les gravait dans les teintes brunes avant que la cuisson leur eût donné une ' durée inattaquable. Aux quatorzième et quinzième siècles, on usait du même procédé pour rendre avec précision les cheveux des personnages et pour obtenir des lumières dans les carnations. — Au treizième siècle, les vitraux furent composés dans un système analogue à celui de la période précédente ; mais , l'art faisant de^ progrès, on osa davantage ; les sujets peints s'étendirent aux dépens des fonds en mosaïque, on représenta des personnages de grande proportion qui remplirent toute une fenêtre. Ces tableaux sont si bien conçus, quant à l'alliance des couleurs, qu'il n'y règne aucune confusion, malgré le nombre considérable de morceaux de verre dont ils sont composés.
Les vitraux du treizième siècle sont les plus remarquables de tous ceux qui furent exécutés an moyen âge, ce qui tient à la grande unité qui y règne et à laquelle sont sacrifiées les recherches de la peinture.
Déjà au quatorzième siècle, la peinture sur verre se modifie; ce n'est plus cette mosaïque ferme et serrée qui, dans les siècles précédents, se lie si bien aux formes simples et graves de Tarchitecture. Alors les meneaux se multiplient et se contournent, et la peinture suit la même marche. Elle devient plus lâche par l'étendue donnée aux mor ceaux de verre qui composent les tableaux; le peintre l'emporte sur le décorateur.
Au quinzième siècle, l'unité est moins observée que dans la période précédente. Les tons clairs se multiplient dans les pinacles et les dais fort peu colorés qui encadrent les grandes figures isolées. Les nombreux ornements peints en jaune sur fonds blancs ou enlevés par la gravure à l'émerî sur les tables de verre coloré à demi-épaisseur, qui forment les vêtements des figures ou des tapisseries tendues derrière elles, produisent une confusion qui détruit l'harmonie. — A cette époque, le modelé des figures est fin et transparent, mais d'une teinte grise et uniforme.
Au commencement du seizième siècle, lorsque les arts dépendant du dessin recherchaient les formes antiques et déterminaient la renaissance, on exécuta de très-belles verrières , riches encore