MONTOIR
propres à former des casse-cou que des écuyers, et je les ai bannies de mon manège.
Je crois, en effet, que ces réactions violentes mettent le cavalier dans un état de contraction excessive, qui lui donne une raideur nuisible lorsqu'il éprouve les mêmes défenses de la part d'un cheval en liberté. 11 désapprend ainsi à raisonner ses résistances , et à nuancer ses forces pour passer vivement d'une action minime à une action considérable, et revenir aussitôt à une action moindre.
MONTOIR désigne le côté gauche du cheval, et hors du montoir est le côté droit. Rendre facile au montoir, c'est accoutumer un cheval a être tranquille quand on le monte.
J'ai entendu des gens qui s'occupaient de dresser des chevaux, dire sérieusement qu'un cheval dont ils vantaient les qualités , n'avait qu'un seul défaut, celui d'être difficile au montoir. Il semblait, à les entendre, que ce fut un vice incorrigible. J'ai fait venir un cheval de ce genre , qui cherchait a ruer à l'approche de l'homme; je lui ai fait mettre un caveçon dont je tenais moi-même la longe, et en moins d'une demi-heure , avec une dôuzaine d'applications vigoureuses de cette espèce de collier de force , entremêlées de caresses quand il ruait moins,
je l'ai rendu sage et l'ai corrigé de cette mauvaise habitude.
Le moyen sera le même pour les chevaux trop ardents , pour ceux qui se cabrent , etc.
MORS ( du ) ET DE SES EFFETS. Le mors se compose de trois pièces qui , par leur combinaison, n'en font qu'une. Il est formé de deux branches et de l'embouchure qui se subdivise en deux canons et un cintre au milieu , appelé liberté de la langue. Les anneaux et autres ouvertures qui se trouvent dans le haut et le bas des branches , sont destinés^ dans la partie supérieure, a recevoir les montants , et dans la partie inférieure les rênes de la bride.
Tant d'auteurs ont déjà défini le mors et décrit toutes ses parties, que je n'entrerai pas dans des détails qui ne seraient que des répétitions; je me contenterai de faire connaître ses diverses proportions.
Les éperonniers et selliers ont profité de l'ignorance ou de la frivolité de la plupart des cavaliers pour changer la forme des mors et leur donner des dimensions qui, presque toujours, sont devenues nuisibles aux chevaux, et contraires au parti qu'on voulait tirer d'eux. Mais on se gardait bien de convenir de ces inconvénients que combattait d'ailleurs l'attrait puis-
sant delà nouveauté, ou que n'entrevoyait pas l'inexpérience des acheteurs. On a donc suivi les différentes modes que l'avidité des spéculateurs accréditait, et bientôt des mors simples, mais utiles, ont été remplacés par des mors composés , brillants, mais dangereux.
Le principe que je vais émettre ne laissera pas de surprendre sans doute; car il ne s'agit de rien moins que d'adopter un seul mors pour tous les chevaux, quels que soient d'ailleurs leur conformation et leur état de sensibilité.
Voici la forme et les proportions du mors auquel je donne la préférence :
Branches droites, de la longueur de six pouces, à partir de l'œil du mors jusqu'à l'extrémité des branches; circonférence du canon, deux pouces et demi; liberté de la langue, de la largeur de deux pouces à-peu-près dans sa partie inférieure, et d'un pouce dans la partie supérieure.
On comprendra sans peine qu'en disant que la même forme convient à tous les chevaux, je n'entends point parler de la largeur ; sous ce rapport, il faut admettre différentes dimensions, selon la bouche des chevaux, afin qu'ils n'y vacillent point , et que les parties qui doivent avoir un point d'appui fixe le conservent toujours exactement.
Quoique le mors ci-dessus détaillé soit trèsdoux, je puis affirmer qu'il peut suffire à rendre sensible et à soumettre à la plus passive obéissance les chevaux les plus froids, les plus sujets à s'emporter, et ceux mêmes qui offrent le plus de résistance.
Les barres sur lesquelles le mors agit sont deux os recouverts d'un périoste et d'une gencive. Ces parties sont plus ou moins saillantes , plus ou moins rondes ; mais ni cette rondeur, ni cette saillie ne sont des raisons de faire subir des variations de forme au mors , et surtout d'en admettre un plus dur pour les barres charnues. Quelle que soit leur conformation, le mors dont je prescris l'usage produira tout l'effet désirable ; car il est erroné de croire que la résistance que les chevaux nous opposent ait sa cause dans la conformation de leur bouche. La sensibilité de cette partie ne peut varier que de très-peu de chose. Admettons , pour un instant , que les barres du cheval soient bien conformées, c'est-à-dire ni trop, ni trop peu charnues. A mon sens , des pressions légères éveilleront bientôt l'irritabilité de ces parties. Supposons que, pour obtenir ces résultats, il nous faille employer deux onces de force ; supposons encore maintenant que ces mêmes barres soient chargées de deux lignes de chair en plus
(ce qui ne varie jamais davantage), et que chaque ligne augmente l'insensibilité d'une once , ce que je suppose encore , sans l'admettre ; eh bien ! ce maximum réduira le tout à quatre onces. Quel sera l'homme, même le moins solidement placé à cheval, qui ne pourra disposer d'une aussi petite force? U faut donc imputer cette résistance à une cause tout autre, puisque parfois les chevaux opposent des résistances telles , que toutes les forces d'un cavalier bien constitué et solidement placé à cheval ne sont pas suffisantes pour les arrêter.
C'est donc ailleurs qu'il faut chercher les moyens d'opposition du cheval ; il faut jeter les yeux sur les autres parties de son corps, et observer attentivement si des tares , un vice de conformation, une mauvaise attitude , ne contribuent pas plus que tout le reste à amener cette résistance. En effet, la force que l'animal oppose est toujours le résultat d'un manque d'équilibre ; c'est pour moi une vérité incontestable , sanctionnée par l'expérience. Que de personnes ont été emportées par leurs chevaux , et se plaignaient de la dureté de leur bouche ( expression banale et fausse ) ! J'ai monté ces mêmes chevaux , et, en peu de temps , au grand étonnement de leurs maîtres, ils ont cédé à toutes mes exigences sans la moindre
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opposition, et, cependant, je n'ai mis en usage qu'une force presqu' insensible.
Je le demande, est-ce la bouche qui, dans ce court espace, a retrouvé sa sensibilité? Cela est impossible; on ne peut, instantanément, faire ressentir une force de deux onces quand une puissance de deux cents ne produisait aucun effet ; le clfeval ne pourrait passer immédiatement d'une insensibilité aussi grande à autant d'irritabilité, surtout s'il avait un vice de conformation; c'est donc la position qui, étant rectifiée, l'a mis dans l'impossibilité d'opposer la résistance attribuée a tort k l'insensibilité de sa bouche. >l
Détruisons cette erreur, trop accréditée, et remplaçons l'expression bouclie dure par celle de dur à la main. Une expression a souvent dans les arts plus d'influence qu'on ne pense sur le mode d'agir de ceux qui les professent ; celle-ci, par exemple, a laissé l'équitation de cinquante ans en arrière; l'expression que j'y substitue aura le double avantage de rectifier une idée fausse, et d'indiquer le moyen d'arriver le plus tôt au but.
On comprendra alors que ce n'est plus la forme du mors qu'il faut changer, et qu'il ne s'agit ni d'allonger les branches, ni de diminuer l'épaisseur des canons, puisqu'on a dû re-
connaître que la bouche n'est pour rien clans la résistance du cheval, et qu'un mors doux produit autant d'effet qu'un mors dur. Ce dernier d'ailleurs ne peut occasionner que des résultats fâcheux, tels que de comprimer plus fortement le cheval , et de l'amener à des défenses plus dangereuses.
Cette vérité une fois admise, on s'occupera spécialement de ramener le cheval à la bonne position , en le travaillant dans l'inaction. J'ai acquis, même avec les chevaux les plus difficiles, la certitude que c'était moins la force que le bon usage du mors qui , en déterminant la juste position du cheval, le soumettait a notre volonté, et lui donnait ce qu'on appelle si improprement une bouclie sensible, ♦
Pour mon propre compte, j'atteste que j'ai rencontré des chevaux qui, malgré la rondeur des barres et l'épaisseur de la gencive, ont toujours eu ces parties d'une extrême sensibilité; et comme chacun peut se convaincre de cette vérité, je persiste à dire que la dureté que l'on croit rencontrer dans la bouche ne dépend pas de la disposition des barres et des gencives, mais bien de la conformation générale du cheval.
Aussi , la science de l'équitation réside-t-elle dans l'adresse a saisir les moments favorables d'agir, de punir et de récompenser ; et pour
cela il faut un mors doux qui puisse se prêter a tous les mouvements d'une main habile , et communique au cheval Faction du cavalier, avec la douceur , la légèreté et la promptitude que celui-ci y met.
Les cas dans lesquels on fait usage ordinairement de plusieurs espèces de mors , sont :
celui où le cheval éloigne son nez (ou porte au vent), celui où il est lourd à la main, et enfin celui où il s'emporte. Je parlerai seulement du mors dont on se sert pour la première de ces positions, puisque les inconvénients sont les mêmes pour les autres. Dans ce premier cas, on fait usage d'un mors à branches longues pour ramener le nez du cheval qui l'éloigné tVop.
Or, si c'est par un vice de conformation ou de position que le cheval présente de la résistance, les moyens doux pourront seuls assouplir et ramener l'animal dans un plus juste équilibre. Le mors, avec des branches plus longues, aurait une force et une rapidité d'action si grandes, que la contrainte excessive qui en résulterait, mettrait le cheval dans la nécessité de se défendre. De plus, comment conserver la finesse nécessaire au contact des jambes, si l'action du mors est trop considérable, les aides devant être en rapport en tr 'elles ? Les jambes
ne sauraient donc, sans contraindre péniblement le cheval , augmenter leur force dans la même proportion que le mors, et la récompense serait toujours trop tardive, à cause de la longueur des leviers .
En effet , les branches longues donnent une force très-grande au mors. Comme leur extrémité inférieure est plus éloignée des canons , on est exposé à agir trop ou trop peu ; et cette violence ou cette faiblesse d action s'opposent à ce qu'on puisse maintenir le cheval dans une bonne position. L'une, par la continuité de souffrance qu'elle lui impose , blase son irritabilité ; l'autre l'engage à forcer notre action. U en sera de même si les canons sont minces : le mors sera toujours d'une dureté pernicieuse.
Qu'on se rappelle donc bien que les forces qui doivent arrêter, secourir, enlever et déterminer, reposent dans l'assiette du cavalier et dans une pratique basée sur le raisonnement , bien plus que dans la dureté des instruments qu'on emploie. Si le cavalier saisit bien l'action du mors , s'il sait en graduer les effets , le cheval aura la facilité de se placer, puisqu'il sentira, par des pressions motivées sur la force qu'il emploie lui-même, ce qui lui est permis, ou ce qui lui est défendu ; et à une courte ré-