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TRAVAIL DES CHEVAUX EN LIBERTÉ

La première fois qu'on a vu les chevaux s'agenouiller, se coucher, se mettre à table, etc.,etd v on a du nécessairement être émerveillé; maintenant encore, on éprouve un moment de sur-

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prise 1 ; et cependant il y a peu de personnes qui ne puissent parvenir à faire opérer ces mouvements en suivant les règles et les mbyens ique je vais détailler. Gomme bien on pense, je négligerai complètement ces singeries qui n'exigent aucun savoir chez l'instructeur, aucune étude pour l'animal, et qui n'éblouissent le vulgaire que parce qu'il en ignore les causes. Mon but n'est pas de traiter ces actes de pur charlatanisme a , mais seule-*

1 L'étbrinement est aile souvent jusqu'à la crainte du sortilégéi

Nous avons sous les yeux un vieil ouvrage sur V Equitation, de M. Delcampe, écuyer de la grande écurie du Roi, imprimé en 1 G64, qui nous en donne un triste exemple :

« Un Napolitain , nomme Piétro , avait un petit cheval dont il sut mettre à profit les dispositions naturelles ; il le nommait Mauraco. H le dressa , et lui apprit à se manier sans selle ni bride, et sans que personne fût dessus.

» Ce petit animal se couchait , se mettait à genoux et marquait autant de courbettes que son maître lui disait. Il portait un gant , ou tel autre gage qu'il plaisait à son maître de lui donner , et à la personne qu'il lui désignait. 11 sautait le bâton et passait à travers deux ou trois cercles les uns devant les autres , et faisait mille autres singeries.

» Après avoir parcouru une grande partie de PEuropc , son maître voulut se retirer ; mais en passant par Arles , il s'y arrêta. Ces merveilles frappèrent tellement le peuple , et l'étonnement fut porté à tel point, qu'on le prit pour un sorcier. Piétro et Mauraco furent brûlés comme tels sur la place publique. »

9 Par exemple , dans un mimodrame intitulé , je crois , Gérard de Tfevers , un cavalier amoureux , plongé dans le chagrin , fait

ment d'indiquer les exercices qui demandent à l'homme du tact et de la patience, et dénotent chez le cheval une intelligence irrécusable.

Le point essentiel pour instruire un cheval consiste à bien discerner si , lorsqu'il refuse d'obéir, il agit par caprice, opiniâtreté, méchanceté, ou bien par ignorance. L'art de l'instructeur n'offre pas d'autres difficultés.

En effet, si le cheval n'a pas bien compris ce qu'on lui demande, et qu'on le frappe pour le punir de ne pouvoir exécuter ce qu'il n'a pas compris, comprendra-t-il davantage? La première chose a faire est d'apprendre au cheval ce qu'on lui demande; pour y arriver, il faut déterminer, par une série bien exacte d'actes intellectuels, ce qu'on veut fixer dans sa mémoire. Est-ce avec des coups qu'on lui donnera

débrider son cheval pour lui donner de l'avoine ; l'animal ( telle est l'intention de l'auteur) doit partager la douleur de son maître ; il ne veut pas manger le grain qu'on lui a jeté; aussi, après avoir mis le nez dedans, lève-t-il la tête avec un signe négatif, et cela au grand étonnement et aux applaudissements des spectateurs 11 faut dire que l'auge est à claire-voie et hérissée de

clous d'épingle.

Dans une autre pièce , un maître assure que son cheval répond à ses questions : pour le prouver , il lui adresse la parole , et le pince immédiatement à l'épaule ; alors le cheval pousse un petit cri , et tout le monde de se pâmer d'admiration. On obtiendra sans peine un pareil résultat avec tous les chevaux chatouilleux.

cette compréhension? Non, sans doute; c'est d'abord en lui indiquant bien clairement le but désiré; ensuite, par des châtiments ou des récompenses appliqués a propos, en lui inculquant dans la mémoire les mouvements qu'il doit exécuter.

Le plus beau travail pour le cheval est celui où il est presque livré à lui-même ; aussi nous en occuperons-nous d'abord. Pour ce genre d'éducation, le manège circulaire est le plus propice; l'instructeur se trouve plus près du cheval, etr toujours également à portée de réprimer ses fautes.

Nous apprendrons d'abord au cheval a rester sur la piste près des planches, au pas, au trot, au galop, puis à les quitter pour tourner à droite ou à gauche.

Il faut mettre le cheval nu, avec un surfait et un anneau rond fixé sur le coussinet , pour y* passer les rênes d'un bridon ou d'une bride; en les y fixant on proportionnera convenablement leur tension sur son action et sur la position naturelle de son encolure, puis on lui adaptera un caveçon après lequel sera bouclée une grande longe de trente pieds.

Une fois le cheval entré dans le manège , on l'approchera avec douceur, on lui donnera du sucre, ce a quoi on l'aura habitué à l'avance; la longe sera tenue de la main gauche et la

chambrière de la droite ; on ne lui laissera d'abord que six pouces de longe, on l'habituera au claquement du fouet, et s'il ne cherche pas à s'en éloigner, on lui prodiguera des caresses. On se placera vis-à-vis de lui à trois pas environ, en le regardant avec bienveillance : les chevaux savent parfaitement distinguer si l'on st plus ou moins favorablement disposé a leur égard; ils se rapprochent plutôt de celui dont le regard est doux. On doit prendre le même soin de sa voix, et lui donner les inflexions qu'exigent les circonstances.

Ce ne sont pas la des règles de peu d'importance; plus l'homme veut avoir d'empire sur l'animal , plus il doit s'attacher a lui faire comprendre et juger ses propres impressions.

On le fait Venir à soi des trois pas de distance dont il est éloigné , en lui disant à haute voix : A moi! Il ne comprendra rien les premières fois, mais, qu'on se serve de la chambrière, en lui singlant de petits coups sur la partie inférieure du ventre, jusqu'à ce qu'il s'approche, puis on calmera l'irritation qui a dù suivre le châtiment, par la voix, les caresses et le sucre; on recommencera ce même travail, en lui donnant un peu plus de longe quand on sera assuré qu'il ne cherche plus à fuir, et bientôt il obéira à la voix ; enfin on le fera tenir

éloigné autant que la longe le permettra. Au mot : A moi! lepalfrenier le laissera aller; s'il vient directement, on le récompensera du geste et de la voix, et on lui donnera du sucre, autrement, on tiendra ferme la longe, en restant toujours à la même place, et on se servira de la chambrière pour l'en toucher vigoureusement, jusqu'à ce qu'il obéisse. Il vaut mieux habituer le cheval à obéir par la crainte du châtiment, que par l'attrait des récompenses. Il n'oubliera jamais les causes qui font naître le châtiment, et comme on lui aura appris à l'éviter, en s'approchant , il obéira franchement et avec promptitude ; si , au cou-»

traire , on ne mettait en usage que des moyens de douceur , il pourrait les oublier , pour se livrer à un caprice quelconque; comment le punir alors- de cet écart ? Ce serait chose difficile, puisque son idée de révolte lui aurait fait perdre de vue la récompense habituelle; il faudrait donc attendre qu'il lui plût de revenir vers vous. On serait alors à sa discrétion , et il n'obéirait qu'autant que le souvenir de la récompense lui reviendrait en tête. On doit, tout à-la-fois, se faire craindre et aimer.

Il faut que le cheval s'approche à la voix,, et que le mouvement en arrière de votre corps lui fasse prendre facilement toute espèce de chan-

gementde direction. Conduisez-le sur la piste à main droite, placez-vous près de son épaule, en le tenant avec la longe du cavecon, ne vous éloignez de lui que progressivement et quand il ne cherchera plus à revenir sur vous. Montrez-lui le bout de votre chambrière chaque fois qu'il quittera la piste; s'il prend le trot avant votre commandement, dites-lui : Au pas! en prolongeant la première syllabe.

Si le cheval est instruit par un homme patient, ayant le tact observateur, son intelligence ne restera ps en défaut, et en peu de jours avec cette gradation dans le travail , il marchera au pas avec régularité, bien que vous soyez à vingt-cinq pieds de lui.

» Pour le faire partir au trot, élevez la main, en avançant votre chambrière pour la lui faire voir; commandez : Au trot! en élevant la voix et en allongeant la dernière syllabe. Prévenez le retour au pas en entretenant son action par la chambrière , ou faites onduler horizontalement la plate-longe s'il précipite son allure; faites-le passer souvent du trot au pas, en vous servant du mot : Au pas! et en faisant un usage modéré du cavecon.

Le galop s'obtiendra par les mêmes procédés quant à la chambrière ; mais lorsque vous prononcerez : Au galop! la voix prendra un ton

plus élevé que pour le trot. Ce n'est pas le mot qui le force à obéir, mais des intonations différentes.

Le passage du galop au trot s'exécute comme celui du trot au pas, en baissant la voix et prolongeant le mot: Au trot!

Outre l'intonation , il faut aider au sens des paroles par des mouvements dé corps plus ou moins vifs, en raison des allures que vous lui commandez : ainsi , marchez plus vite quand il est au galop, plus doucement quand il va le trot, et ralentissez encore pour l'allure du pas. Bien que vous soyez à une grande distance du cheval, il n'en aura pas moins les yeux sur vous, et suivra plus facilement la mobilité de votre corps, qu'il n'obéira à des paroles qu'il ne comprendra que par les indications accessoires.

Le cheval ayant été habitué d'avance à s'approcher au mot : A moi! accompagné d'une retraite de corps, prendra aisément des changements de direction par le moyen suivant : diteslui: Doublez! s'il hésite, la chambrière et le caveçon feront leurs fonctions pour l'amener jusqu'à vous; puis vous le conduirez jusqu'à l'extrémité de la ligne du doublé, en restant à son épaule ; si , après avoir répété ce mouvement autant de fois qu'il marquera de l'hésitation , il vient franchement à vous , marchez pour en-

tretenir son action , et le conduire sur la piste opposée.

Les changements de main s'obtiendront plus facilement encore, le cheval cherchant toujours à s'éloigner de son instructeur. Pour obtenir ce changement , vous vous porterez un peu en avant , du côté vers lequel il marche , en lui montrant la chambrière. Le reste de défiance qu'il éprouve le poussera naturellement à couper le manège par la moitié, et à reprendre la piste dans l'autre sens; cependant, soutenezle avec le caveçon , ayez même recours au fouet pour le faire venir jusqu'à vous, car il finirait par tourner sur lui-même. Caressez-le et faiteslui connaître la route qu'il doit suivre. Les mêmes mouvements, fréquemment répétés, finiront par pénétrer dans son intelligence; alors il vous secondera et vous préviendra , pour ainsi dire. Ceci est tellement vrai , qu'il ne m'était pas possible de me moucher en exerçant un de mes chevaux , sans que le mouvement de mon bras pour cette action ne le fit immédiatement rentrer dans le manège. Il faut dire que je m'étais emparé de ses facultés intellectuelles à un tel point, que toute son attention était portée sur moi ; aussi lui faisais-je exécuter toute espèce d'évolutions, sans ouvrir la bouche et avec des mouvements de téte

et d'épaules imperceptibles aux spectateurs.

Quand le cheval répondra a tout, sans la moindre hésitation , débarrassez-le du caveçon, et qu'il fasse en liberté le travail qu'il exécutait précédemment avec ce lien; vous reviendrez à ce premier expédient quand il n'y mettra plus la même régularité. Il serait bon , pour prévenir toute insubordination, de partager le temps de la leçon en deux reprises , la première avec le caveçon , et la seconde sans ce secours.

11 faut une grande patience pour apprendre au cheval à rapporter. Cependant, si les progrès sont, pour ainsi dire, nuls les premiers jours, ne vous découragez pas ; c'est dans ce momentlà que le cheval classe, dans sa mémoire, les faits qui doivent, plus tard, se développer dans son intelligence, et qu'il arrive ainsi a comprendre parfaitement. Ne compliquez pas ce que vous lui demandez par trop de promptitude, et il saura bientôt mettre à profit vos bonnes leçons. Du reste, voici à-peu-près la marche à suivre :

Pour qu'il ne se tourmente pas, et s'occupe uniquement de vous , laissez-le dans l'écurie , et a sa place habituelle. Ayez, dans un mouchoir blanc de lessive, une bonne pincée d'avoine et quelques petits morceaux de sucre ; mettez-vous du côté du montoir, passez votre bras droit sous sa tête, faites qu'il ouvre la

bouche, en appuyant l'index sur la barre inférieure, et introduisez (avec la main gauche), entre les incisives, le petit tampon préparé; appuyez le pouce et le troisième doigt sur les lèvres supérieure et inférieure, et chaque fois que le cheval fera un mouvement pour se débarrasser de ce qu'il tient entre les dents, marquez une pression forte et rapide ; recommencez cent fois de suite, s'il le faut, et replacez le mouchoir dans sa bouche chaque fois qu'il s'en échappera , surtout saisissez bien l'instant de la petite correction que je viens d'indiquer.

Quelque temps après cet ennuyeux commencement, les dents seront plus de temps sans se desserrer; commencez alors a le caresser de la voix et de la main.

L'avoine et le sucre imprégnés de salive ne tarderont pas à éveiller la friandise du cheval à tel point, que bientôt il se jettera sur le mouchoir, si on le place près de ses lèvres.

Éloignez-le petit a petit, ou baissez-le, mais toujours progressivement, et, en peu de temps, il ira le chercher partout où on l'aura placé de façon, toutefois, a ce qu'il puisse le voir.

Pour le lui faire prendre sur le sol, vous vous servirez du mot: A terre 7 S'il résiste, on lui fera connaître ce qu'on lui demande, en lui indiquant, de la main, ce qu'il doit faire, et l'endroit

où se trouve l'objet qu'il doit saisir. En cas de refus, le caveçon pourrait encore être mis en œuvre avec avantage. Tout ceci doit se faire avec beaucoup de ménagement, jusqu'à ce qu'on se soit aperçu qu'il n'y a plus d'ignorance ; il y aurait caprice si, ayant bien exécute, il venait a s'y refuser; alors parlez-lui avec sévérité, et servez-vous du fouet vigoureusement, sans toutefois y mettre de colère. U est si vrai qu'on ne saurait se passer du châtiment pour forcer le cheval, même instruit, a une passive obéissance , que souvent il m'est arrivé, avec une jument fort intelligente, de lui jeter le mouchoir à uue certaine distance, et de ne pouvoir obtenir qu'elle le saisît, sans la menacer de la chambrière; mais alors elle se lançait dessus avec une action considérable, et me le rapportait immédiatement.

C'est avec regret que je fais connaître les moyens à employer pour faire mettre le cheval à genoux, le faire boiter, le forcer à se coucher, et a rester assis sur ses fesses, dans la position dite du clieval gastronome. Ce genre d'exercice, qui dégrade le cheval, est pénible pour l'écuyer, qui ne retrouve plus dans cette bête tremblante et humiliée le coursier plein de fougue et d'ardeur qu'il a eu tant de joie à dompter. Mais je me suis avancé, et, bien

qu'il m'en coûte, je dois remplir la tâche que je me suis imposée.

Pour obtenir du cheval qu'il se mette à ge* noux, nouez, à l'aide d'une corde, le paturon pour fixer la partie inférieure de la jambe au bras, et maintenir cette jambe en l'air; servez-* Vous d'une seconde longe , que vous adapterez de même au paturon de l'autre jambe. Faitesla tenir bien tendue, et frappez cette jambe de plusieurs petits coups de cravache, profitez de l'instant où le cheval s'enlève pour tirer sur cette seconde corde, de manière à faire plier la jambe. Il ne peut alors faire autrement que de tomber sur les genoux. Ayez soin de garnir de sciure de bois , ou de toute autre substance molle, le terrain sur lequel il se trouve, pour qu'il n'éprouve pas de douleur par cette espèce de chute, et qu'il ne se blesse pas ; on doit aussi, pour plus de sûreté, lui garnir les genoux de morceaux de toile. Flattez-le beaucoup dans cette position, et laissez-le se relever sur le pied, dégagé de tout lien* Quand il n'offrira plus de difficultés , vous ne ferez plus usage de la longe qui lui fait plier la jambe ; bientôt après vous lui laisserez les deux jambes libres, et il saura qu'il doit se mettre a genoux à la suite de petits coups de cravache frappés sur cette partie.

Cette position une fors obtenue, soutenez-

lui fortement la tête à gauche, en vous plaçant de ce côté, et appuyez la rêne droite du bridon sur son encolure, pour le faire tomber sur le côté du montoir; ne discontinuez pas cet emploi de force , qu'il n'ait cédé ; une fois couché tout de son long, flattez toutes les parties de son corps; pendant ce temps, faites-lui tenir la tête pour qu'il ne se relève , ni malgré vous , ni trop brusquement; profitez de cette position pour l'asseoir sur ses fesses et sur ses jarrets. Pour y parvenir, élevez-lui doucement la tête et l'encolure, avancez-lui les jambes de devant, soutenez-le fortement avec le bridon tenu par les deux mains , et placez-vous près de sa croupe. En l'élevant ainsi graduellement , vous parviendrez , en quelques leçons, à le placer en gastronome.

Une fois le cheval posé sur les genoux , et haWtué à y rester, il sera facile, à l'aide de la cravache, de le faire ainsi marcher; pour cela, on allégera, je suppose, d'abord la partie droite, en portant l'encolure plus à gauche, et de légers coups de cravache activeront le côté allégé ; quand le cheval aura fait un mouvement progressif de ce coté, on opérera sur l'autre de la même manière; et ainsi de suite pour l'une et l'autre jambe, jusqu'à ce que cette marche lui soit devenue familière.

L'imitation du cheval boiteux se fera encore avec le secours d'une longe qui soutiendra la jambe chaque fois que la cravache touchera desssus. Comme vous l'aurez mis en action et que vous le forcerez a avancer, il faudra bien qu'il retombe sur la jambe libre. Après quelques répétitions de cet exercice, il le fera avec un léger mouvement de la cravache.

C'est au moyen d'une cruauté semblable qu'on obtiendra ce qu'on appelle le pas de basque ; pour y réussir promptement , il faut mettre le cheval dans les piliers , l'habituer aux deml-pesades, et, chaque fois qu'il retombe, le frapper de la cravache sur une jambe, puis sur l'autre, alternativement , pour qu'il ne prenne jamais son point d'appui que sur une jambe.

Le caveçon, pour faciliter ce mouvement, sera soutenu avec force du côté où le point d'appui doit avoir lieu , ce qui bientôt donnera le balancé qui caractérise cette espèce de danse.

Le cheval tirera un coup de pistolet quand il saura rapporter, et qu'on l'aura habitué a supporter la détonation sans ciller.

On disposera le pistolet de manière à ce qu'un bouton, long d'un pouce, rembourré légèrement , fasse partir la détente quand le cheval le prendra avec les dents, et le pistolet sera solidement attaché sur vine table par des vis placées en dessous.

On trouvera d'abord très-difficile d'amener le cheval a donner de lui-même la secousse qui fait partir le pistolet ; c'est en peu de temps cependant qu'il s'y soumettra , quand on l'aura bien familiarisé avec cette arme. Voici la gradation a observer :

Placez le cheval dans un endroit isolé , pour qu'il n'ait aucun sujet de distraction, montrezlui le pistolet non chargé, éloignez -le et rapprochez-le de ses yeux à plusieurs reprises» Quand il ne cherchera plus a l'éviter , mettez en jeu la batterie ou le chien , puis après , lâchez la détente , pour faire sortir des étincelles de la pierre. Éloignez le pistolet de ses yeux , et ne le rapprochez qu'au fur et à mesure qu'il s'y habituera. Commencez à brûler de légères amorces , placez-vous à cinq ou six pas de sa tête , et continuez jusqu'à ce qu'étant bien près de lui , sa tête reste dans une immobilité parfaite. Il existe des chevaux dont l'ouïe se familiarise aux détonations plus vite que la vue ne s'accoutume au feu qui jaillit par le contact de la pierre et du couvrefeu ; pour ces derniers, il faut, pendant quelques jours, battre le briquet près de leurs yeux. Quand ces deux organes seront bien accoutumés à ces diverses opérations , mettez la dixième partie d'une charge sans bourre y

dans le canon du pistolet. Restez à une distance pareille a celle que vous conserviez pour l'habituer aux amorces ; après le coup parti , venez le flatter, en tenant toujours le pistolet à bras tendu vis-à-vis de sa tête; augmentez la charge et rapprochez-vous insensiblement de lui. Si le cheval cherche à se dérober à ce bruit , ne le frappez pas , car les coups n'amèneraient pas la série d'idées qui lui font apprécier et discerner reflet de la sensation qu'il éprouve ; mais ramenez-le avec beaucoup de ménagements a son point de départ, et revenez à des détonations plus faibles. 11 faut avoir soin de chaîner le pistolet devant le cheval , et de manière à ce qu'il puisse suivre tous vos mouvements. Voilà, selon moi , les moyens les plus efficaces pour faire connaître aux chevaux la nature du pistolet , les mouvements de la charge , et la détonation qui en résulte ; une fois cet avantage obtenu , il n'y a plus qu'à leur faire serrer les dents sur le ressort , et nous avons indiqué plus haut les moyens propres à les façonner à ce travail; il faut qu'un cheval soit bien farouche pour ne pas être entièrement familiarisé avec cette arme, si on l'exerce ainsi une demi-heure chaque jour pendant un mois.

Je ne m'étendrai pas davantage sur les exemples de ce genre; on trouvera suffisam-

ment de quoi exercer sa patience dans ce que je viens d'expliquer. Je me serais même abstenu de ces démonstrations , si plusieurs personne» ne m'avaient manifesté le désir de connaître la théorie la plus prompte pour développer l'intelligence du cheval, théorie qui ne se trouve en effet dans aucun ouvrage.

Peu de gens se livrent à ce genre de connaissances, qui cependant n'est pas sans quelque mérite, quand on le possède assez pour lire dans la pensée de l'animal, et pour le soumettre au moindre geste.

J'engagerai l'homme de cheval observateur à se livrer quelquefois a cette étude ; elle n'est pas inutile pour son état, et c'est une distraction instructive et amusante, quand on n'en abuse pas.

Cet article aura de plus l'avantage de faire perdre au charlatanisme cette espèce de suprématie qu'il avait usurpée sur la véritable équitation, en donnant pour merveilleux et presque surnaturels les moyens employés pour arriver à ces singeries, dont la plupart exigent moins de science et d'habitude qu'il n'en faut pour le simple dresser d'un cheval monté.

Les écuyers-voltigeurs qui, par état, sont obligés de satisfaire la curiosité publique, trouveront; je crois, dans cette esquisse, les moyens

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