AVERTIR
Un bon écuyer doit rechercher tous les points de contact avec le cheval, et, à qualités égales, donner la préférence à celui dont la conformation se trouve le mieux en rapport avec la sienne. Les disproportions de taille entre le cheval et le cavalier nuisent toujours à la grâce, à la solidité, au sentiment de l'assiette et à l'ensemble des mouvements ; c'est, du reste, un soin à prendre dès les premières leçons , que de proportionner, autant que possible, la taille du cheval à celle de l'élève, pour que celui-ci se trouve plus à Taise , joigne mieux la monture , et acquière plus vite de la confiance.
AVERTI. Pas averti, ou pas écouté, signifie pas réglé dans lequel le cheval semble compter lui-même le posé de chaque jambe. Ces gracieux mouvements lui donnent de la fierté ; et comme on ne les obtient qu a laide dune belle position, ranimai qui les exécute est aussi toujours mieux disposé pour changer d'allure ou de direction.
Dans le manège, où toute évolution doit être précise , le pas averti est de rigueur, car sans lui il n'y a ni brillant, ni régularité dans les exercices.
AVERTIR UN CHEVAL, c'est éveiller son
BA.LLOTADE. 21
attention pour le prévenir qu'on va lui de-r mander un acte d'obéissance.
Si Ton agit sur lui sans avertissement préalable, souvent la surprise peut le faire répondre avec brusquerie.
Pour éviter qu'il en soit ainsi , il faut faire usage de demi-arrêts, espèce de garde à vous ! qui annoncent le commandement.
Si le cheval n'a pas beaucoup d'action primitive, il faut, de plus, que les jambes précèdent ou au moins accompagnent ces faibles pressions du mors; sans ce soin, elles pourraient le ralentir, et nuiraient, au lieu de servir à l'obéissance.
BALANCER, se dit du cheval dont l'allure n'est pas ferme, et dont la croupe vacille.
Ce défaut tient à une faiblesse de reins qui n'offre que peu de ressource chez les chevaux qui ont atteint leur sixième année ; mais, bien que supportant difficilement les longues courses, ils pourront encore être agréables et rendre de bons services , s'ils sont habilement montés. {Voyez BERCER.)
BALLOTADE (la), c'est un saut dans lequel le cheval fait un temps enlevé , et plie les ge-
noux et les jarrets , en montrant ses fers , sans cependant détacher la ruade.
Il faut , pour exécuter ces violents mouvements , des chevaux construits en force ; avec des organisations faibles , on estropierait ranimai avant d'atteindre au but.
BRANLE DE GALOP, c'est le mouvement que fait le cheval pour prendre le galop; c'est aussi un terme synonyme de l'action qu'il conserve à cette allure; on dit : un beau branle de galop y pour désigner la cadence, la régularité et le brillant du galop d'un cheval. Du reste, c'est un mérite qu'il dépend souvent du cavalier de donner au cheval , en secourant et entretenant convenablement ses forces.
BARRES. Les barres sont la continuation de deux os de la mâchoire inférieure, entre les dents mâchelières et les dents de devant ; cet espace est recouvert d'une chair plus ou moins épaisse, sur laquelle le mors de la bride est posé. .
Les barres ont été l'objet de graves erreurs. On s'est figuré jusqu'ici que , de l'épaisseur des gencives ou de la saillie des os, dépendait la sensibilité du cheval ; de là toutes ces fausses dénominations de bouches dures, bouches
tendres, bouches faibles, fortes, égarées, pesantes , etc. ; de là aussi ces différentes espèces de freins , dont on fatigue si mal à-propos les chevaux.
Et non-seulement ces erreurs existent dans les ouvrages anciens , mais elles se reproduisent dans les traités plus modernes. Dans le Traité
de M. W , par exemple, qui n'a que dix
ans d'existence , nous lisons :
« On entend par bouches fortes celles qui » tirent à la main et qui résistent à l'action du » mors. Cela provient ordinairement de ce que » les barres sont trop rondes, charnues et trop » basses, en sorte que la langue forme le pre- » mier point d'appui du mors ; il résulte » aussi quelquefois de ce que l'épaisseur des » lèvres et des gencives couvre les barres, seul » endroit où se doit faire l'appui du mors.
» Lorsqu'un cheval tire à la main par trop » de fougue , il sera facile de l'apaiser avec » de bonnes leçons; mais s'il tire à la main » pour avoir les lèvres et la langue trop » épaisses, ou les barres trop rondes, il faut » l'emboucher avec un mors à gorge de pi- » geon, etc. »
Combien de chevaux n'a-t-on pas maltraités et estropiés , avec ce faux système de n'admettre dans leur mécanisme qu'une seule partie res-
ponsable de l'impression de nos forces, tandis que toutes sont solidaires !
Gomment les personnes qui s'occupent d equitation n'ont-elles pas observé de plus près l'intimité qui règne entre toutes ces parties? comment, lorsqu'on voit qu'elles se lient entre elles de manière à se secourir mutuellement , n'a-t-on pas cherché à s'assurer si un vice quelconque dans l'une d'elles ne privait pas les autres du jeu qu'elles sont destinées a fournir, si le mauvais emploi de force ne serait point un obstacle pour bien placer une partie qui doit servir de base à telle autre inapte à agir sans son concours ? Pourquoi ne parle-t-on jamais de la contraction de l'encolure , qui fait naître la presque totalité des résistances?
Pour moi, j'ai cru que ces études étaient les premières qui devaient occuper un écuyer consciencieux, et les recherches que j'ai faites dans cette conviction m'ont donné la certitude que les barres ne sont pour rien dans la sensibilité du cheval; que ce qu'on attribue à la bouche tient à la conformation de la tête, de l'encolure, des reins, des jarrets, de tout le cheval en un mot, mais surtout au plus ou moins de souplesse de l'encolure et des reins.
Passant de l'observation a la pratique , j'ai cherché, pour agir sur les forces du cheval, les
moyens Je plus en rapport avec sa résistance; et, grâce à ces essais, maintenant il m'est facile, à moi comme à deux cents de mes élèves , de rendre léger n'importe quel cheval , avec le mors le plus simple et le plus doux , en moins d'un quart-d'heure.
Mais ce n'est pas là le seul avantage que j'ai tiré de mes recherches ; tous les écuyers en renom qui ont dirigé les principaux manèges de France, n'y ont admis que rarement les chevaux mal conformés ; quand cela leur est arrivé, c'est toujours sous la prévention qu'ils avaient tel ou tel défaut, et jamais on ne s'est imaginé de chercher les moyens de les en corriger. On se contente de dire bien sérieusement: «Tel cheval a la bouche dure, tel autre le nez au vent; celui-là se te iurne plus facilement à une main qu'à l'autre ; » et l'on ne s'inquiète pas des correctifs propres à vaincre ces défauts ; cette indifférence tient à ce que les chefs d'établissement trouvent ces chevaux indignes d'eux, et les abandonnent en partage à des élèves écuyers qui n'en montent pas un assez grand nombre pour sortir de la route commune.
Je suis une méthode tout opposée : loin d'acheter des chevaux de choix , je les prends, au contraire, avec une conformation fort ordinaire ; et, bien que j'en monte souvent de très-
beaux , je ne les aime, ni comme étude, ni comme spéculation , parce crue le beau cheval, que chacun estime de suite à sa valeur, se vend souvent plus cher brut qu'après son éducation. Mais les chevaux négligés dans leur construction , qui n'acquièrent de grâces qu'après le dressé y sont achetés en raison de leurs défauts naturels, et vendus en conséquence des belles qualités qu'on leur donne. Il y a de plus avec ces chevaux l'avantage de faire des études plus sérieuses qu'avec ceux appelés chevaux à moyens.
Je pose donc en principe qu'il n'y a pas de bouche dure; que c'est en agissant sur l'ensemble du cheval qu'on le rend sensible à la main, et que le talent de l'écuyer est bien plus de corriger les conformations défectueuses que de profiter des dispositions favorables.
On trouvera peut-être singulier que j'oppose ainsi mes méthodes et mes façons de faire a celles de tant d'écuyers j mais si j'ai obtenu des résultats certains, c'est par de longues veilles , par des travaux réfléchis : toutes les heures de ma journée , passées en observations dans mon manège, donnant leçon à soixante ou quatrevingts élèves , montant huit ou dix chevaux par jour, sans aucun auxiliaire, feront comprendre aux lecteurs que, si j'ai fait faire