‹ Dictionnaire raisonné d'équitation (volume 2)Chapitre 61 sur 144 · DOMPTER · texte numérisé non relu

DOMPTER

des principes tracés seulement sur le papier; il doit se mettre dans les mains d'un bon écuyer pour apprendre à se bien placer à cheval , et ensuite il s'occupera de la bonne position de Fanimal; s'il n'acquiert pas le tact nécessaire pour corriger les mauvaises allures , il en saura du moins assez pour conserver celles qui sont correctes, et c'est déjà quelque chose.

DÉVIDER. On dit qu'un cheval dévide, lorsqu'en marchant de deux pistes, les épaules vont trop vite, et que la croupe ne suit pas.

Comme ceci tient à l'ensemble des mouvements du cavalier, ce n'est que par des explications verbales et faites sur-le-champ même qu'on peut rectifier ce manque d'harmonie ; il en est ainsi de tout ce qui tient au mécanisme de Péquitation.

DOMPTER UN CHEVAL, c'est vaincre ou subjuguer ses penchants.

C'est rarement par la force qu'on parvient à dompter un cheval ; le châtiment est quelquefois utile, mais en temps opportun seulement.

Si, par des moyens de douceur ^ qui sont toujours préférables, on arrive à maîtriser ses forces, on en modère plus facilement la fougue; car le cheval n'est violent qu'autant qu'il sent la force dont il peut disposer, et c'est souvent

une manière de la lui faire connaître que de chercher a lutter avec lui.

Le travail en place et les allures lentes valent mieux que tous les actes de rigueur, pour calmer son action, et diminuer les mouvements impétueux qui en résultent.

DONNER LA MAIN ou abandonner la main , signifient lâcher la bride au cheval.

Quand on veut diminuer les effets du mors, il faut bien éviter d'abandonner la main, ou de la porter trop en avant. Le mors n'a plus d'action aussitôt qu'il est éloigné seulement d'une ligne de la sensibilité des barres; cette minime distance suffit donc pour récompenser ou faciliter un mouvement en avant. En outre, cette manière délicate de diminuer les impressions du mors, permet de saisir les à-propos pour corriger un déplacement de tête , de maintenir le cheval long-temps dans la même position, et de rendre invisibles les transmissions de forces du cavalier.

On conçoit bien qu'en disant de ~ne rendre qu'une ligne, j'entends par-là diminuer imperceptiblement la tension des rênes.

DOS DE CARPE. {F'oy. doubler les reins.)

DOUBLER , terme de manège , c'est tra-

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verser le manège dans sa largeur, par une ligne droite, sans changer de main.

On s'en sert ordinairement pour apprendre au cavalier k tourner son cheval.

Le doubler n'est pas une chose difficile pour le cavalier; cependant il exige une certaine attention , pour éviter les oscillations de l'assiette , oscillations qui suivraient nécessairement tout mouvement de corps qui précéderait ceux du cheval. Pour obvier à cet inconvénient, il faut, préalablement aux changements de direction , diminuer , au moyen d'un plus fort soutien des reins, la mobilité du corps donné par l'élan du cheval , et avancer imperceptiblement l'épaule de dehors.

Grâce k ces attitudes, tout-a-fait en rapport avec la position du cheval, l'équilibre n'est pas dérangé , et les fesses deviennent le pivot sous lequel le cheval tourne aisément, puisque jamais ses mouvements ne sont combattus par des impulsions contradictoires.

Plusieurs auteurs, qui ont parlé du doubler dans leurs ouvrages, tout en indiquant convenablement les moyens k prendre pour l'exécuter, ont cependant assez mal décrit ceux a employer pour vaincre les résistances du cheval qui refuserait de tourner. L'un deux , entr'autres, un des plus modernes, s'explique

de la manière suivante : « Si, en employant les » moyens d'aides ordinaires, le cheval refusait » d'obéir, il faudrait alors se servir de la jambe » de dehors pour le détacher du mur. » 11 ajoute que , « pour le cheval qui tient au mur, » on peut se -servir de la jambe gauche pour m l'en détacher. »

Il me semble que le défaut de ce passage est de ne pas définir quel effet produit la jambe gauche, de ne pas dire si elle doit toujours être mise en usage avec tous les chevaux qui refusent de se porter à droite. Il fallait, ce me semble, indiquer quelles peuvent être les causes de ce refus , et pourquoi le cheval n'obéit pas aux moyens ordinaires. Or, selon moi, deux choses seulement peuvent empêcher le cheval de répondre a l'effet de nos mouvements : la première est le manque de souplesse de l'encolure et des côtes; la raideur de ces parties lui ôte la faculté de prendre une inclinaison proportionnelle à la courbe qu'il parcourt. La seconde est la mauvaise répartition de l'action, le manque d'ensemble dans l'emploi des forces. En effet, si la force qui fait fléchir l'encolure et les côtes à droite prend sur celle qui doit entretenir le mouvement, le changement de direction est difficile, ou même impossible.

11 en est de même si l'action est trop consi-

dérable; elle dérange la position. Voilà pour les principes généraux. Maintenant, en prenant les choses plus en détail, comment la jambe gauche décidera-t-elle le cheval à tourner à droite, si la croupe est plus portée en dedans qu'en dehors? 11 est clair qu'avec cette position la partie postérieure formera arc-boutant aux épaules, et paralysera le jeu qu'elles sont destinées à fournir. Dans ce cas, le moyen indiqué par l'auteur aggravera le mal, puisqu'il fera précéder les hanches, et que ce mouvement arrêtera la mobilité de la partie antérieure ; mais la jambe gauche aura une action vraiment utile, si, après la flexion convenable donnée à l'encolure, la croupe s'appuie sur le mur. En principe, les moyens à employer pour arrêter les résistances du cheval sont toujours en raison des diverses positions qu'il prend. Avant de chercher a tourner un cheval, assouplissez son encolure, et apprenez-lui à reculer, à revenir sur lui-même, et il n'y aura plus de changements de direction pénibles.

DOUBLER LES REINS, c'est lorsque le cheval voûte le dos ; cette position rend le rassemblé impossible. Or, toute attitude qui amène un pareil résultat est mauvaise et met le cavalier en danger.

Les flexions de l'encolure et le reculer sont des procédés excellents pour corriger ces défauts. Sans l'assouplissement que donnent ces exercices , il serait difficile d'entretenir la mobilité des extrémités , et par conséquent d'em^ pêcher la réunion des quatre jambes du cheval.

DRESSER. On entend par cheval dressé celui dont l'éducation est complète.

Le dresser des chevaux a de tout temps été une source féconde d'erreurs.

Les uns , peu soucieux des avantages d'un dresser accompli , ne suivent aucune règle pour juger de l'instruction du cheval, et regardent comme achevés des chevaux qui savent à peine prendre les allures naturelles.

Pour donner un point de repère, une pierre de touche aux amateurs , il est bon de leur dire que le cheval dressé est celui qui prend immédiatement toutes sortes d'allures et de directions avec une prestesse telle , qu'il faut connaître l'influence du cavalier sur un cheval bien équilibré pour savoir d'où lui viennent ses impulsions. Même sous un cavalier inexpérimenté , si le cheval n'a pas cette grande régularité , du moins supportera-t-il avec soumission l'incertitude de ses mouvements.

Mais , si l'on s'est souvent abusé sur le degré

d'instruction nécessaire aux chevaux, on s'est trompé bien plus souvent encore sur les moyens propres à les instruire. Soit que la force de l'habitude ait empêché les écuyers de réfléchir sur les pratiques qu'ils employaient, soit que la plupart des hommes qui se sont occupés d'équitation , n'aient pas su mettre dans leurs études cet esprit philosophique qui a fait progresser tous les autres arts et sciences, il est certain que le dresser des chevaux est demeuré soumis à vingt méthodes défectueuses.

A cet égard , ce serait chose curieuse que d'examiner la plupart des traités qui ont donné des principes d'éducation , et de voir combien long-temps on s'est éloigné des idées les plus naturelles.

Sans remonter plus loin , se figurerait-on que des hommes de réputation, tels que MM. delà.

Broue et de Pluvinel, aient recommandé, comme des moyens assurés , de faire creuser des fossés profonds de deux pieds dans les manèges, pour faire exécuter des voltes avec précision , et se servir d'une montagne pour apprendre à un cheval à reculer ; de le piquer avec une molette au bout d'une longue perche , pour lui apprendre a sauter; « de corriger et menacer » a voix furieuse ( ce sont leurs expressions ) » ceux qui de leur naturel étaient fingards ;

» de prendre patience deux ou trois leçons » pour un cheval que l'on désire affiner, lequel » serait ennuyé, rebuté de T école , débauché et » hors de justesse pour voir s'il voudrait se « soumettre avant <fétre rudement battu ; de » jeter son manteau sur les yeux à un cheval » qui forcerait la main et courrait à la déses- » pérade; de lui donner parfois des escaves- » sades et des esbrillades ; de lui attacher » les génitoires avec un cordon ; de le pousser » avec les deux éperons contre un mur, w contre une porte, contre une corde tendue » dans une allée d'arbres à la hauteur du poi- » trail, ou pousser le cheval a la têtière duquel j> on aurait attaché deux cordes, une de chaque » côté , dont les extrémités seraient attachées » à deux arbres , etc. ? »

Encore ces moyens si violents ne sont-ils rien auprès de ceux dont usaient leurs prédécesseurs. Ces moyens consistaient, par exemple , pour un cheval qui partait a la désespérade , à le frapper à grands coups de nerfs sur la tète pour l'étourdir, à lui mettre les deux molettes dans les flancs, jusqu'à ce que l'animal, hors d'haleine, tombât de fatigue et d'épuisement; à le pousser dans un précipice pour lui apprendre à s'arrêter, par l'effroi du danger ; et mille autres pratiques plus absurdes les unes que les autres.

M. de la Guérinière , dont l'ouvrage est loin de remplir les conditions nécessaires pour un bon traité d'équitation , a du moins eu ce mérite , que ses principes sont plus dans la nature. Sans doute il n'a pas fait faire de grands progrès à l'art, mais, au moins, il ne l'a retardé par aucune de ces erreurs comme on en trouve encore dans nos livres modernes , erreurs qui font schisme, et arrêtent la marche de l'équitation.

Ainsi , j'ouvre un traité moderne, et je suis frappé du peu d'ordre et de suite que l'auteur emploie pour dresser un cheval ; je vois qu'il se sert d'une longe, puis d'une plate-longe, toujours tenues par un second cavalier ; je ne sais pendant combien de temps il en use ; mais , d'après la marche qu'il adopte , je doute que le cheval soit dressé avant huit mois ou un an.

Comment irait-il plus vite , puisqu'il s'attache a demander beaucoup au cheval, sans s'occuper en rien de lui donner la souplesse sans laquelle il ne peut parlera son intelligence? Son cheval est au galop , et fuit les hanches avant que son instructeur se soit assuré s'il revient sur luimême ; le voilà parvenu aux grandes difficultés, et toutes ont été surmontées avec Je seul secours du gros bridon. A la vérité, l'auteur recommande fréquemment de rassembler le cheval ;

mais comment veut-il qu'on y réussisse , puisque le frein qu'il prescrit pendant les deux tiers de l'instruction , tend à éloigner le nez du cheval , et a augmenter la contraction de son encolure , a moins que sa position naturelle ne soit des plus parfaites?

Dans un article du même ouvrage , intitulé :

•Sur Futilité de conserver ou de faire prendre au cJieval les allures naturelles , et de corriger ceux qui en ont de défectueuses , on lit :

« Si le cavalier s'aperçoit que le cheval ait » propension à prendre des allures défec- » tueuses, ou qu'il en ait déjà contracté l'ha- » bitude étant poulain , il faut , pour l'en » corriger, lorsqu'on le dresse, le faire trotter » très-allongé , marquer les temps de trot » avec le tact de l'assiette ; puis il faut ne tendre » les rênes que trcs-moelleusement, mener le » cheval dans un terrain raboteux ou très-mou- » vant , les rênes presque flottantes , en ayant » soin d'être en mesure de soutenir le cheval , » s'il venait à broncher, ou à ne pas se laisser » prendre les jambes dessous lui , s'il venait a » tomber. Je recommande d'allonger les allures » et de mener le cheval dans un chemin rabo- » teux et mouvant , afin qu'il soit forcé , pour » ne pas tomber, de rétablir son équilibre en » prenant ses allures naturelles ; étant presque

» abandonné a lui-même, h nature lui indique » et le force a songer à sa sûreté. »

Il me semble que s'en référer à de pareils moyens pour le dresser des chevaux, c'est méconnaître entièrement les ressources de l'équitation. Evidemment ce qui donne des allures défectueuses , irrégulicres , c'est le mauvais emploi de force dont le cheval fait usage (quand il n'est pas taré) , et la disposition du sol où on l'exerce ne peut rien faire à cela. En supposant même qu'un terrain mou et raboteux change la mauvaise allure du cheval, ce que je ne crois nullement, V attitude qu'il y aura prise lui restera- 1- elle toujours ? Et dans le cas où elle lui resterait , sera-ce bien celle avec laquelle le cavalier pourra lui faire apprécier ses moyens de direction ?

D'ailleurs, cette attitude venue sans le secours du cavalier pourra bien s'en aller , en dépit de ses efforts ; et voilà l'écuyer dans la nécessité de ne jamais user de ce cheval ainsi dressé que dans des terrains moux et raboteux.

Malheureusement ces erreurs tiennent à ce qu'on ne s'est pas encore pénétré de cette vérité, qu'il n'y a pas d'allures défectueuses avec de bonnes positions. Le cheval né trotteur, qui prendrait l'amble ou toute autre allure vicieuse, n'y parviendra qu'en raison du mau-

vais emploi de ses forces. Ce n'est pas avec les rênes flottantes et le tact de l'assiette qu'on parviendra a les rectifier, car le tact de l'assiette ne peut être apprécié du cheval que dans l'équilibre parfait , et cet équilibre ne s'obtient que par une bonne position.

De cette première erreur en découlent mille autres. Il n'y a plus de règles fixes pour l'instruction du cheval ; on agit sur lui en aveugle, et les résultats qu'on obtient sont aussi incertains que les méthodes.

Nous avons blâmé tout-a-l'heure les barbares moyens d'éducation qu'employaient nos ancêtres; nous avons ri de leur ignorance, sans songer que nos livres modernes n'offrent, pour la plupart, rien de plus rationnel.

Dans un traité fort récent, intitulé: Promenades à clieval , je vois, par exemple, entre autres choses : « Il y a peu de chevaux qu'un » bon cavalier ne parvienne à réduire; les » caresses, le sucre, le temps et la constance » produiront généralement des effets bien pré- » férables à ceux déterminés par les saccades , » la cravache et les coups d'éperon. »

L'auteur n'a oublié que l'aide de Dieu. Mais les caresses, le sucre, la constance et même le temps ne serviront pas plus que les rigueurs k dresser les chevaux, si le cavalier ne sait

pas faire comprendre au cheval d'abord qu'il doit lui être assujetti, et ensuite ce qu'il lui demande. Car dans cruel moment doit -on le caresser? pourquoi du sucre, et comment lui en faire manger étant a cheval ? quelle idée le cheval en concevra-t-il ? L'auteur oublie évidemment que c'est sur l'intelligence du cheval qu'il faut agir, et que le choix des moyens • importe peu, pourvu qu'ils arrivent a propos.

Du reste, l'auteur passe promptement d'une extrême douceur à l'excès opposé, car il ajoute en note que « les hommes qui, par métier, » domptent les chevaux, considèrent la privam tion du sommeil comme un moyen efficace. »

Quelle erreur ! quelle folie !

Quand donc les écuyers se persuaderont-ils bien qu'il n'y a rien à tirer de ce charlatanisme ; que l'art de dresser les chevaux consiste dans le soin soutenu de récompenser à propos et immédiatement chaque acte d'obéissance qui ramène le cheval a une bonne position , et de punir chaque déplacement comme une désobéissance ; mais qu'il n'est pas dans la privation du sommeil, cruauté qui ne saurait faire comprendre au cheval qu'elle lui est infligée pour une faute passée ou future? Laissez dormir ces pauvres bêtes tranquillement, et tâchez de sortir l'équitation de ce sommeil léthargique où l'ont

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